Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 19:00

Nous regardons - presque tous les jours - et de plus en plus avec stupéfaction, sur les écrans de nos télévisions, les visages graves des négociateurs gouvernementaux qui, sous couvert de « prendre les mesures qui s'imposent », font en réalité assaut de stratégies partisanes. Prenons du recul...

Leur première erreur majeure est la véritable idolâtrie du PIB. Les vrais économistes, ceux qui ne sont pas payés par les gouvernements, savent que le PIB est une quantité tout à fait artificielle où se mélangent joyeusement la
carpe et le lapin. Bien mieux, elle est trafiquée au hasard des caprices des politiques, ces trafics se produisent dans tous les pays ; or l'on prétend faire les calculs de PIB à l'échelle des Régions ou de l'Europe et forcément les ajustements obligatoires sont livrés à l'arbitraire. Bien pire, certains économistes font même des calculs à l'échelle mondiale, comme si un PIB mondial satisfaisant pouvait fournir du travail aux Américains mis au chômage par Barak Obama ou à nos sidérurgistes qui le sont par Mittal...

Au demeurant, il n'y a pas de véritable indice pour mesurer la richesse des nations qui, par définition, ne peut pas être mesurée.

Une autre idole universelle est à mettre aussi en question : la « sainte croissance », qui résoudrait tous les problèmes. Le malheur est que cette sainte croissance n'obéit pas vraiment - ou alors si peu - aux ordres des gouvernements, même les plus interventionnistes.

L'idée un peu folle est que cette dernière pourrait aider à supprimer les déficits budgétaires. Nos journaux se remplissent de pourcentages qui ne veulent pas dire grand-chose. Si le PIB est faux par nature, les réflexions sur la croissance - en pourcentage du PIB - le sont aussi. D'autant que pour résoudre les problèmes grâce à la croissance, il faudrait des taux
absolument déraisonnables étant donné les chiffres tels qu'ils sont réellement (mais sont-ils vraiment réels ?) malgré les manipulations du PIB. La controverse, alimentée par les sociétés de notation, bat alors son plein entre les chiffres annoncés par les gouvernements et, par exemple, ceux que prévoit l'Europe ou d'autres : c'est un festival. Chacun s'appuie sur des
moyennes et/ou sur des comparaisons avec les années précédentes. C'est ainsi qu'à la Banque nationale de Belgique, on « balaie sous les tapis » pour voir si un 0,1 % ne se serait pas caché là !

Enfin, le dérapage se poursuit avec l'énoncé d'un seul objectif : « la diminution du déficit budgétaire ».

Un surplus public a existé, il y a fort longtemps, et il existe encore dans certains pays. Ce devrait être l'objectif essentiel d'une bonne gouvernance et ce n'est pas le cas puisqu'il n'est seulement question de diminuer le déficit dans un avenir incertain à savoir : 2012, 2013, 2015, 2050 (?) etc. Ceux qui occupent le pouvoir ont, au demeurant, tellement peur de leur propre incapacité à l'atteindre, cet objectif, qu'ils militent pour l'inscription dans la constitution d'une « règle d'or » : un « déficit
acceptable ». Pour n'importe quel observateur de l'actualité récente, ce projet ne serait évidemment qu'une barrière de papier incantatoire, inopérante et contournée à la première occasion.

En outre, l'action sur le déficit budgétaire fédéral, évidemment utile et nécessaire, est un peu l'arbre qui cache la forêt. Puisque le point essentiel est l'importance de l'endettement public global. A supposer que le déficit budgétaire soit réduit, cela n'aurait pas de conséquence si par ailleurs l'endettement global de tous les pouvoirs publics et de toutes les institutions para publiques augmentent par le transfert ou la création de nouvelles dettes.

Nous avons aussi vu récemment sur les écrans les visages graves des membres du G20 avec en figure de proue Sarkozy et Merkel engagés dans une course poursuite vers un accord qui sera forcément ruineux pour tous. Ce vrai spectacle s'accompagne d'une dramatisation : « L'avenir de la zone euro va se jouer ». Le prétexte immédiat est de « sauver » la Grèce ce qui serait nécessaire pour éviter la propagation de l'incendie ailleurs. Ce prétexte est erroné, car les actions engagées - on le voit par les réactions des Marchés financiers - diffusent les inquiétudes sur des pays bien plus importants. Pour prétendument « sauver » la Grèce, il est déversé des tonnes d'argent, or personne n'ignore que ce sera un trou sans fond avec en prime le terrible malheur de la population victime des prétendus remèdes. La valse des sommes à emprunter à cette fin va de 440 milliards d'euros à 1000 milliards d'euros. Un fonds européen ainsi que d'autres moyens seront utilisés à cet effet. La planche à billets tourne à plein régime à la grande inquiétude des Allemands. (*)

Enfin, ce qui ne serait - en temps normal qu'un bête dérapage vite maîtrisé devient un véritable toboggan lorsque l'on évoque le remède qui va être utilisé : de nouveaux impôts. Ces manipulateurs au sommet de l'Etat se rendent bien compte que leurs objectifs ne seront pas atteints sans pourtant vouloir expliciter les raisons véritables énoncées ci-dessus. C'est ainsi
que sont évoquées des mesures correctives urgentes ; elles se réduiront à des aggravations fiscales et des pertes de pouvoir d'achat. Or, nous sommes déjà noyés sous les différentes formes d'impôts. Les médias, et donc les citoyens, sont tellement imprégnés par cette pensée unique (inique ?) qu'ils n'imaginent pas qu'il puisse exister un autre chemin.

Tout impôt quel qu'il soit est destructeur de la richesse nationale et en conséquence contraire aux objectifs officiellement annoncés. Certes, parmi ces mesures, nous entendons parfois évoquer la nécessaire et massive diminution des dépenses en commençant par les plus inutiles, voire les plus stupides. Mais la culture de la dépense publique est fortement ancrée dans
la sphère des partis traditionnels... et s'adosse à la richesse personnelle qu'en tirent ces mêmes acteurs publics ! On n'évoque pas - par exemple et puisque tout le monde - dit-on - « est invité à participer... » - la réduction ou même la suppression des dotations publiques aux partis politiques...

A examiner les faux théorèmes, on comprend que personne parmi ces derniers n'ait envie de prendre courageusement le chemin de la vérité qui serait aussi rigueur pour eux.

En toile de fond de toute cette tragédie se trouve l'objectif fondamental de sauver l'euro. Or cette monnaie n'est qu'un appendice inutile de la construction européenne, l'objectif final étant en fait de sauver l'Europe. Cet objectif qui est pourtant très clair se manifeste par le projet de renforcer la gouvernance économique de l'Europe. Or, l'Europe qui est acquise à la mondialisation « par le bas » sous l'influence des marchands et des financiers incontrôlables (en fait, le néo-libéralisme) inonde le continent, sous prétexte d'uniformité destructrice d'identités, de directives superfétatoires, socialement et économiquement couteuses.


Dans ce contexte, la crise a encore de beaux jours devant elle.

 

(*) Michel Henrion signale la publication par le Standaard des inquiétudes d'un économiste allemand, Gernot Brähler, professeur à l'Université d'Ilmenau,qui affirme - sur base d'un module mathématique- que "les données belges ont fait trembler ses chercheurs."
Les chiffres belges, de 1999 à 2009, seraient d'après dans les tests seulement "légèrement mieux" que les grecs.
Il y aurait une indication que "les chiffres de ce pays avec son endettement élevé ne correspondent pas à la situation réelle". L'équipe de recherche allemanderecommande donc que l'on vérifie les chiffres belges pour complément d'enquête.
http://www.standaard.be/artike l/detail.aspx?artikelid=DMF20111025_113

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
commenter cet article
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 19:26

En attendant le rapport du formateur sur ce qu'on appelle une fois de plus (en fait la sixième !)  « la pacification de l'Etat » (sic !) première étape de l'éventuelle formation d'un gouvernement dont on peut déjà prévoir que les conséquences de la seconde étape (socio-économique) seront dramatiques pour notre niveau de vie, je vous suggère la lecture d'un article paru dans « Le Vif » : http://www.levif.be/info/actualite/dossiers/les-entretiens-du-vif/paul-jorion-sans-revolution-ce-sera-la-chute-de-l-empire-romain/article-1195115511426.htm

 

Disciple belge de Claude Lévi-Strauss, cet anthropologue « touche à tout » a toujours été considéré comme un vilain petit canard théorique mais avait prédit, avec une précision étonnante, la crise des subprimes.

 

Pour lui, qui estime - ce que je partage - que «l’économie est une chose trop sérieuse pour être attribuée aux seuls économistes», l’économie est le trou noir de la nature humaine, celui particulièrement impensé et dans lequel mijotent avant qu’elles ne débordent, toutes les irrationalités. «L’esprit n’est pas cartésien, la raison est caparaçonnée et dirigée par l’affect», affirme-t-il.

 

Un autre regard qui nous sort de la pensée unique. Voyez ce qu’il dit du sacro-saint PIB…

« (...) mesurer la dette en fonction du PIB, soit le potentiel économique d'un pays, c'est un artefact. Historiquement, en 1944, les pays qui avaient connu une économie de guerre n'avaient plus les moyens d'évaluer leurs rentrées fiscales. Les Etats ont alors décidé de ne plus mesurer leurs dépenses par rapport à leurs rentrées, mais par rapport à leur PIB. C'était provisoire. Cela aurait dû durer cinq ans tout au plus. Mais on a maintenu le système, par habitude, sans même plus savoir aujourd'hui pourquoi on l'a imaginé. Désormais, l'Allemagne va l'inscrire - c'est la fameuse règle d'or - dans sa Constitution et obliger les autres membres de l'Eurogroupe à la suivre. C'est du délire ! On ne peut mesurer ses dépenses que par rapport à ses rentrées, comme les ménages le font »

 

Plus que du bon sens. Il n’y a pas qu’en politique institutionnelle belge que l’ignorance de l’Histoire conduit à des catastrophes…

 

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Réflexions
commenter cet article
5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:56

«L'armée sera flamande ou elle ne sera pas.»
(Dans l'hebdomadaire catholique flamand Elckerlyc, du 22 mars 1936)

 

Ce que le Mouvement wallon dénonce depuis plus d’un siècle et demi, et a été redécouvert après les « révélations » médiatisées du Colonel Gennart, c'est-à-dire la « flamandisation » des forces armées et la possible fermeture de la base de Florennes doublée d'une concentration des principaux systèmes d'armes de l'armée belge en Flandre n’est qu’un secret de polichinelle.  Mais Gennart n’a pas tout dit…

 

On en a beaucoup parlé, un des nombreux tabous belgicain semble être tombé. Tout à coup, certains journalistes et hommes politiques « francophones » semblent vouloirs montrer qu’ils ont pris la mesure des intentions d'une Flandre qui semble faire main basse sur un corps d'Etat encore provisoirement fédéral.

 

Or, la question linguistique à l’armée est un vieux sujet de conflit larvé. Voici quelques détails assez anciens, mais significatifs d’un projet à long terme.

 

Certes, après la création de la Belgique, historiquement et humainement, il convenait de tenir compte des justes revendications flamandes en matière linguistique et de leurs incidences sur le plan militaire. Jusqu'à la première guerre mondiale, l'armée belge comprenait des unités mixtes commandées le plus souvent en français (et en plus par des Flamands francophones qui n’étaient d’ailleurs pas toujours mieux compris par les soldats wallons non plus…). Il aura fallu attendre la loi de 1913 qui a généralisé l'emploi du néerlandais.

  

Quelques arrangements mineurs dans l’immédiat après-guerre et, en 1923, un projet du ministre Devèze visant au bilinguisme des cadres ont suscité des réactions de l'Assemblée wallonne, soucieuse - à l’époque - de maintenir l'unité belge par la langue française. Il fallu pourtant attendre 1928 et la mise sur pied d'une commission mixte pour voir les mouvements wallons réagir face aux nouvelles orientations de la politique militaire. C’est à ce moment que « l'Assemblée wallonne » entame sa campagne en faveur de la défense de la Wallonie, donc à la frontière allemande, en publiant une carte montrant comment la défense de la Wallonie avait été négligée en 1914.

 

Cette même année, une commission mixte réexamine la question et propose de donner au recrutement régional sur une base linguistique réelle, ce qui se traduit par la loi du 7 novembre, laquelle consacre le principe de l'instruction dans la langue maternelle du soldat. L'Assemblée wallonne s’est élevée contre cette mesure « qui priverait les soldats bilingues du choix de la langue de l'instruction » voyant dans la nouvelle loi un danger de flamandisation de l'École militaire et de l'armée en général alors que la Ligue d'action wallonne de Liège qui se réjouit de cette mesure parce qu'elle y voit un espoir d'échapper à un bilinguisme généralisé. (*)

Mais ce recrutement régional allait avoir une autre conséquence avec la montée du Mouvement flamand: la contamination atteint bientôt les garnisons et les recrues n'y échappent pas. En raison de l'intense propagande extrémiste de certains milieux flamands, bon nombre d'unités seront touchées par le caractère nationaliste flamand, ce qui aura des répercussions sur la cohésion de l'armée, des officiers de réserve notamment et sur leur attitude lors de l'invasion allemande. (**)

 

Détail peu connu : L'année 1936 marquera un tournant dans la politique militaire belge. En février, un projet du ministre Devèze est rejeté à la Chambre; il nécessitait une augmentation des effectifs à laquelle les Flamands déclaraient ne pouvoir consentir que si l'on renonçait à l'accord militaire franco-belge de septembre 1920. Le projet est alors revu par une sous-commission de trois membres dont aucun n'était wallon et il n'est dès lors pas étonnant qu'elle ait conclu en consacrant le chantage flamand…

 

La loi du 30 juillet 1938 consacrera l'égalité complète des langues française et néerlandaise ainsi que le principe des divisions unilingues et fixe en outre le degré de connaissance linguistique des officiers mais la situation internationale éclipse les réactions des mouvements wallons, essentiellement préoccupés à ce moment-là du danger de guerre toute proche.

 

Le 20 juillet 1936, Paul-Henry Spaak annonçait une politique étrangère «exclusivement et intégralement belge» et, le 14 octobre, Léopold III expose au Conseil des ministres sa vision en matière de politique étrangère et de défense: «entretenir un appareil militaire de taille à dissuader un quelconque de nos voisins d'emprunter notre territoire pour attaquer un autre État». Alors que la Flandre se félicite ; Le journal « l'Action wallonne » considère le discours royal comme une carte dans le jeu de l'Allemagne: «c'est plus qu'une faute», lit-on dans le numéro de novembre, «c'est une trahison». On constate que la « neutralité » va nous obliger à nous garder au sud, ce qui dispersera nos efforts et compromettra le sort dela Wallonie. Eneffet, selon l'hebdomadaire de l'abbé Mahieu, la Belgique est dans l'impossibilité financière et technique d'avoir la politique militaire voulue par Bruxelles; c'est donc une situation qui risque d'attirer la guerre, dont la Wallonie fera les frais. Au début de 1938, certains Flamands réclament des mesures contrela France. Ledéputé nationaliste flamand et futur collaborateur Staf De Clercq presse le ministre de la Défense nationale à ce sujet. L'État-Major général lui donne suite en établissant une ligne de défense face à la France, ce que dénonceront des députés wallons àla Chambre. En vain; des manœuvres seront organisées contre des attaques censées venir… du sud et des troupes y seront déployées, tout cela au détriment de la défense à l'est où il était difficile de ne pas percevoir de bruits de bottes… (***)

La politique officielle de neutralité sera toutefois appliquée jusqu'au bout et le dispositif militaire restera inchangé, à tel point que le général Van den Bergen, chef de l'EMG qui, en janvier 1940, avait fait enlever des barricades à la frontière française, sera démis de ses fonctions…

 

Ce court résumé montre que les relations entre camps linguistiques n’ont jamais été un long fleuve tranquille.

 

A l’époque actuelle, comme dans d’autres secteurs demeurés fédéraux, on sait qu’au-delà des recommandations de la  charte intitulée : « Les Dix commandements du nationalisme flamand» , la politique d’occupation des plus hautes fonctions de l’Etat, la favorisation des investissements et le transfert des activités rentables en Flandre reste la règle (les transferts des unités militaires basées jusqu’ici en Wallonie comme les activités ferroviaires (Ronnet !) ou autres qui procèdent d’une même logique). Mais à de très rares exceptions, ça reste un tabou pour la presse et les parlementaires « belges francophones » pour qui la Wallonie reste un arrière pays.

 

Mais, ça ne s’arrête pas là…

 

L'armée sera flamande et catholique ou elle ne sera pas ?

 

Hérité des chocs du vote de la « Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 » en France et de la « question scolaire », un autre tabou est loin d’être mort. La Belgique n’étant pas un Etat laïque, se disant en principe neutre philosophiquement.

 

Voici ce qui est loin d’être une anecdote :

On le sait, un certain nombre d’universitaires peuvent s’ils remplissent les conditions effectuer leur formation en qualité de candidats officiers de carrière. Tous les cours étant à charge de l'Etat, le candidat signe un engagement (statut) avant de pouvoir commencer sa formation. Les cours sont gratuits. Celui qui réussit doit néanmoins servir l'armée pendant une période au moins égale à une fois et demie la durée de la formation. Les médecins, pharmaciens, dentistes ou vétérinaires en particulier choisissent de suivre leur cursus dans l’université belge de leur choix sous la responsabilité de "l'Ecole Royale du Service Médical" à Gand. Pour la plupart de ces universitaires, le choix d’une université plutôt que d’une autre est rarement séparé d’un choix philosophique, la Belgique étant ce qu’elle est…

 

Il me revient de bonne source (vérifiable) qu’un médecin diplômé récemment de l’ULB et souhaitant poursuivre sa spécialisation en chirurgie (promotion 2011-2012) dans le même réseau vient de se voir imposer par sa hiérarchie - à quelques heures du début et alors que tout était organisé - de la suivre en Néerlandais à la K.U.L...

 

S’il peut sembler pertinent d'imaginer que d’éventuelles fonctions au sein de la défense obligent à pratiquer dans les deux régimes linguistiques (encore que… On sait que le fait de ne pas être « né Flamand » est un obstacle de taille  à toute évolution de carrière, peut-on encore être vraiment naïf ?) on ne peut que s’étonner de l'imposition de l’endroit choisi par les « autorités supérieures hiérarchiques et fonctionnelles » pour la poursuite des études.

Admettons même que l’argument de l’usage potentiel du flamand soit recevable. (Qu’en est-il pour les vétérinaires ?) Pourquoi ne pas proposer comme lieu de formation une autre université, si pas adogmatique (comme la VUB), tout au moins en principe philosophiquement neutre comme l’UGent ?

 

Pour qui a observé les évolutions du nationalisme flamand ou du mouvement flamand (dont personne ne contestera l’aspect démocratique hors quelques dérapages…), celles-ci doivent toujours être décrites et comprises dans leurs relations avec les autres acteurs dans le contexte belge où le rôle de l’Eglise catholique n’est pas toujours très clair. Si l’Eglise officielle belge était - au début de l’Etat- tout naturellement francophone, cette même Eglise très influente au nord a toujours défendu le « non français », parce que le français (la langue française) véhiculerait (encore visiblement dans l’esprit de certains) des idées de révolution, de liberté, de laïcité et de franc-maçonnerie qui pourraient pervertir les âmes...

 

On aurait pu croire cette époque révolue… Et, on le sait, dans les milieux militaires, on doit se considérer comme militaire avant d’être citoyen et l’obéissance - en silence - est et reste la règle. Sous peine de sanctions.

 

Décidément, le difficile chemin du libre arbitre entre les « dragons de la science et les démons de l’Eden » semble bien être une notion volontairement ignorée dans le domaine militaire qui a choisi une autre voie qui rappelle plutôt l’époque de l’inquisition. L’armée belge a fait son choix. Et on peut légitimement se poser la question suivante :  pourquoi diable, l'ex-colonel Gennart n'a-t-il jamais évoqué cet aspect des choses qu'il ne pouvait pas ne pas connaître, lui qui n'avait plus rien à perdre  ? Parce que ça ne le concernait pas personnellement après ses études au Collège Saint Michel à Bruxelles ?

 

Qui défendra encore la laïcité des institutions et par là l'égalité des citoyens dans ce pays ?   

 

 ---------------------------------------------------------------

 

 (*) On le voit, il y a eu au cours de l’histoire plus que des nuances. L’adjectif  « francophone » n’ayant pas encore été « adoubé » en nom propre, le terme « wallon » regroupait en plus des Wallons, tout qui s’exprimait dans une langue aux consonances françaises d’Ostende à Bruxelles.

Premier organisme wallon unifié et sorte de Parlement créé en 1912, « l’Assemblée wallonne » étudie toutes les questions touchant à la Wallonie et agit par le biais de revendications et de propositions au niveau des Chambres et du gouvernement. L’Assemblée wallonne a une grande influence jusque dans les années vingt mais perdra peu à peu sa représentativité et sa crédibilité dans les années trente par son aspect académique. Ses thèses, très modérées, n’évoluant pas : elle défendra alors toujours une union belge corrigée par une séparation administrative, et le maintien de la langue française en Flandre. Son organe de presse s’intitule La Défense wallonne. (Voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/assemblee-wallonne.htm)

Plus en phase avec la réalité, la «  Ligue d’Action wallonne » a élaboré un programme qui reste d’une criante actualité et est résolument autonomiste, une autonomie conçue dans un cadre belge. Persuadé que l’unité nationale, fondée sur la domination d’une race sur l’autre, serait impossible à conserver et à défendre, la nouvelle Ligue affirme que la Belgique ne peut poursuivre ses destinées que par l’union des deux peuples qui la composent, union basée sur une indépendance réciproque et faite d’une entente loyale et cordiale, position déjà développée par Jules Destrée dans sa Lettre au roi et que l’on retrouvait, mot pour mot, dans le programme de l’Assemblée wallonne, lors de la réunion constitutive d’octobre 1912. Le nouveau groupement s’oppose à l’obligation d’un quelconque bilinguisme pour les Wallons, réclame l’adaptation des structures de la Belgique en fonction de la frontière linguistique, et partant la rectification des divisions administratives, judiciaires et militaires de la Belgique en tenant compte de la frontière linguistique, l’élargissement considérable de la compétence des pouvoirs communaux, provinciaux et éventuellement régionaux, soit l’autonomie de la Flandre et de la Wallonie dans la Belgique. Cette autonomie, prônée dans un rapport rédigé par Auguste Buisseret, trouve à la fois son assise dans le principe wilsonien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dans une ébauche de fédéralisme régional, voire européen.

(voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/ligue-action-wallonne-liege.htm)

 

 

(**) Par une campagne de presse intense et la voix de ses parlementaires, à quelque bord qu'ils appartiennent, la Flandre s’est élevée contre cette politique de coopération franco-belge. Quelques exemples suffiront à illustrer cette attitude : Toujours en 1928, le catholique De Bruyne réclame une protection contre le Sud, le socialiste Eeckelers refuse, quant à lui, de voir dans l'Allemagne un danger (il dira plus tard: «nous irons au devant de l'Allemand avec le pain et le sel de la fraternité») tandis que le nationaliste (VNV) De Backer déclare que «la Flandre ne veut plus saigner à côté des Sénégalais», exprimant bien ainsi la politique du «los van Frankrijk» que veulent les Flamands dans leur grande majorité…

 

(***) A noter – pour la petite histoire – qu’au lendemain de la chute du mur de Berlin, l’armée belge a repris ses habitudes et organisé des manœuvres simulant une attaque venant de la botte de Givet !

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
commenter cet article
2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 06:30

« Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'opinion ». (Paul Valery)

 

Voilà des sujets dont je n’aurais pas parlé si la presse n’en avait fait écho avec enthousiasme… mais, décidément, certains ne savent plus à quel saint se vouer pour sauver ce qui ne peut plus l’être.

 

Il faut leur reconnaître de belles qualités d’imagination.

 

Revenons sur la journée d’hier, 1er septembre, jour traditionnel de rentrée dans les classes maternelles, ceci expliquant peut-être cela.

 

Le matin, tout d’abord, « Le Soir », grand quotidien de la capitale (*) titre à la une : « L'Europe veut un gouvernement belge, et vite ».  Annonçant que la Commission européenne a perdu patience et va très prochainement lancer une mise en garde officielle à la Belgique : « Cette intervention dans les affaires politiques belges trouverait sa justification dans la détérioration de la croissance économique en zone euro, et en particulier en Allemagne, qui contraindra la Belgique à décider d'importantes réformes structurelles ». Pour faire bonne mesure, ils y ajoutent les déclarations de Mark Eyskens – réputé bon Flamand pour les « francophones » (lisez les belgicains aux abois) - qui précise « qu’en cas d'échec des négociations, ce serait l'abîme. La spirale diabolique pour la Belgique ».

 

Patatras ! Quelques heures plus tard la Commission européenne a jugé « infondées » les informations diffusées le matin même par le quotidien bruxellois réfutant toute "démarche spécifique" prévue au sujet de la Belgique…

 

Qu’à cela ne tienne, ce quotidien en rajoute une couche ce matin montrant qu’on passe du stade d’une l'information orientée (compréhensible s’il s’agit alors d’un journal d’opinion ce qui est tout à fait honorable à condition qu’il se présente comme tel), à la désinformation pure et simple, organisée et sans scrupules. D’ailleurs, « l’éditorialiste en chef » ne revient-elle pas ce matin sur le sujet jugeant « ridicules » le démenti pourtant formel de la Commission européenne au nom d’un prétendu « Devoir d’assistance à pays en danger ».  Reprenant l’antienne éculée : « la Belgique, laboratoire du vivre ensemble est essentielle à la crédibilité du projet européen ». Or, quand on se penche sur les succès de ce « vivre ensemble », décidément,  l’avenir de l’Europe semble bien sombre…

 

Ensuite, lors de la rentrée judiciaire, on apprend que Jean-François Leclercq, procureur général près la Cour de cassation, sortant du principe de séparation des pouvoirs a lancé « un avertissement » au monde politique belge. A ceux qui rêvent d'un démembrement de l'Etat belge (certains – toujours dans la presse – ont imaginé qu’il visait sans doute la N-VA ?), le procureur a tenu à souligner combien les conséquences sur le plan international peuvent être imprévisibles. Si je suis d’accord sur ce mot, je pourrais lui faire remarquer que la poursuite de l’existence de l’Etat belge aura aussi des conséquences imprévisibles.

 

Là où ça devient quasi comique, c’est quand le magistrat fait notamment référence au port autonome de Liège, « actuellement le premier port intérieur belge et le troisième port intérieur d'Europe (exact !), et à ses relations avec le port d'Anvers via le canal Albert. « L'espace maritime est traditionnellement pensé en termes de liberté, rarement en termes d'appropriation, pratiquement jamais en termes d'exclusion. Les peuples libres veulent avoir accès à la mer et il ne faut pas sous-estimer l'obsession maritime d'un Etat enclavé »… a-t-il prévenu. Cherchant pour illustrer son propos des situations particulières et clairement conflictuelles. La Bolivie où, jusqu'à un accord récent entre les présidents péruviens et boliviens, l'accès à la mer a fait figure de véritable cause nationale depuis la perte par la Bolivie de sa façade sur le Pacifique  à la suite de la guerre de 1879-1883 et l’l'extrême étroitesse du littoral irakien a été une des raisons qui a poussé le régime de Saddam Hussein à annexer le Koweit en 1990 ! Bref pour lui : « Les peuples veulent avoir accès à la Mer et il ne faut pas sous-estimer l'obsession maritime d'un Etat enclavé ». Faisant fi de tous les autres nombreuses situations comme la Suisse, le Luxembourg, la Tchéquie, pour ne citer que ces pays  qui – si je ne m’abuse - n'ont pas agressé leurs voisins pour autant. Tout cela est réglé par des conventions que ce juriste devrait connaître.

 

Il faudrait peut-être informer ce monsieur qu’en cas d’indépendance de la Flandre, la liberté de circulation des hommes et des biens serait garantie par l’Union Européenne. L’enclavement de la Wallonie – et donc ses accès à la mer est donc uniquement théorique : c’est bien le cas sur une carte, mais il n’y a en réalité aucune entrave à la liberté de mouvement.  S'il est possible que l'intégration de la Flandre dans l’UE ne suive pas immédiatement l’indépendance durant cette période transitoire, le nouvel Etat n’aurait - théoriquement - pas à respecter ces libertés de circulation. Mais l’objectif prioritaire de la Flandre étant d’intégrer l’Union, de ce point de vue, couper ou simplement restreindre de quelque manière que ce soit l’accès à la mer serait une erreur tellement grossière que l’on peut douter qu’elle soit jamais commise. Bien au contraire puisqu’aujourd’hui comme hier,  la Flandre met en priorité l’accent sur la réalisation de ses infrastructures et de ses équipements ferroviaires avec l’arrière pensée de contourner et de vassaliser la Wallonie (« Diabolo », « axe Cobra Anvers-Ruhr »...).

 

C’est ce jeu stratégique qui trame au niveau des voies navigables avec le raccordement à Anvers par Gand du canal Seine Rotterdam Nord-Europe mis à grand gabarit. Avec pour objectif de contourner la Wallonie. C’est qu’Anvers doit rester pour la Flandre le débouché « naturel » des produits finis wallons. Or, avec ses limitations (tirant d’eau insuffisant), ce ne sera bientôt plus possible.

 

Pour des raisons économiques, les bateaux doivent être de plus en plus gros, donc de plus en plus profonds. Seuls les ports français peuvent et pourront toujours le faire. Et les Flamands le savent.

La France termine sa liaison Seine-Nord. Liège et la dorsale par voie d'eau wallonne sont donc un enjeu de transport durable évident. Cette dorsale passant par Liège, Charleroi et Lille pour aboutir à Dunkerque viendra compléter celle venant de Barcelone et de Marseille. La connexion entre les deux flux se réalisant  le long d'une ligne Charleroi Valenciennes rejoindra celui venant de Rotterdam. Les néerlandais ont compris qu'ils auront du mal à recevoir les immenses porte-conteneurs de l'avenir. Le port de Rotterdam, comme celui d'Anvers n'offre qu'un tirant d'eau de 13/14 m, alors que celui de Dunkerque offre 25m. Anvers, en plus est soumis à ensablement et manquent d'espace. Liège et Charleroi-Valenciennes deviennent donc 2 nœuds de convergence et d'éclatement des trafics. Une situation géostratégique formidable. Ce projet exige, pour sa finalisation, que la Wallonie et l’espace bruxellois fonctionnent de manière intégrée avec le Nord Pas de Calais.

 

Les intérêts sont convergents entre la France, la Wallonie, Bruxelles, et les Pays bas. Il ne faut pas oublier que la Manche est la première route maritime mondiale en termes de trafic de marchandise : c'est là qu'est le gisement de croissance et d'emplois. C'est par rapport à ce flux que doivent être imaginées les politiques économiques de relance dont la Wallonie a besoin.

 

La France développe actuellement le port de Dunkerque, idéalement situé en eaux profondes, relié à l'est par l'autoroute de Wallonie (qu'on met à trois bandes de bout en bout). Et de tout le continent, la France est le seul Etat qui a accès à la mer libre, avec la pointe de Bretagne et le golfe de Gascogne.

 

Les Français qui ont une vision géostratégique construisent actuellement le canal de liaison entre Paris et l'Escaut, seule raison de l'existence de Strépy-Thieu.

 

Dans une Europe où les flux économiques et humains se sont réorientés d’Ouest en Est (et vice-versa) depuis la chute du Mur, l'importance stratégique du carrefour wallon est indéniable… Il est donc de l’intérêt de l’axe Bruxelles-Anvers de garder la haute main sur les exportations et importations wallonnes.

 

Ceci dit, et fort heureusement, depuis des décennies, la Wallonie investit pour garder des accès à la mer quelles que soient les avatars institutionnels.

Trois voies sont privilégiées: Rotterdam par la Meuse, Anvers par le canal Albert, et Dunkerke par le canal du Centre. Le quatrième pôle, je le cite plus haut c’est la connexion du canal du Centre au Canal Seine - Escaut, qui donne un accès navigable de la Wallonie en général, et du Hainaut en particulier, à Paris, et permet de reprendre le traditionnel dialogue industriel entre le Hainaut et Paris dans des conditions intéressantes.

 

Bref, beaucoup de bruit pour rien.

 

Ces apprentis sorciers militants d’une cause perdue n’ont pas encore compris que le débat démocratique se nourrit de vérité et non de propagande. Et que cette dernière ne fait pas illusion très longtemps. Même Goebels a du s’en rendre compte. 

 

 

(*)-« premier site d'informations en Belgique francophone » d’après la pub de la même gazette…

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
commenter cet article
16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 10:23

Vous avez certainement – comme moi – lu dans la presse l’interview de François Perin en faveur d'une solution claire au problème belge, ainsi que les articles sur la publication de l’étude de Jules Gazon (ICI) sur les difficultés auxquelles serait confrontée une Wallonie indépendante.

 

Deux approches différentes, mais complémentaires. Elles partent toutes deux de l’opinion qu’il n’y a pas d’autre choix que la réunion de la Wallonie à la France. Vous connaissez mon opinion à ce sujet. Je voudrais simplement prendre ici un peu de recul.

 

Wallonie indépendante ou Wallonie française, seuls choix.  Mais choix par rapport à quoi ? Si une alternative correspond à une situation à laquelle il n'existe que deux solutions possibles. Ici, en l’occurrence l’indépendance wallonne ou le rattachement à la France, encore faut-il montrer en quoi la situation actuelle est problématique. D’autant plus que d’autres solutions sont prônées par d’aucuns et tiennent la corde dans les programmes des partis traditionnels.

 

Objectivement, il semble aujourd’hui très difficile d’imaginer une vision commune de la Belgique où les institutions seraient normalement là pour appuyer un projet de société, un « vivre-ensemble commun ». Pourtant, rappelant que depuis des années, les relations entre communauté et Régions se sont structurées, institutionnalisées, il ne faut pas écarter d’un revers de manche l’hypothèse d’une solution pacifique, certes difficile à concevoir ou compliquée à mettre en œuvre, mais pragmatique comme le confédéralisme.

 

L’autre hypothèse étant ce qu’il est convenu d’appeler « la Fédération Wallonie-Bruxelles »… Gommant même l’existence des Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, cette fédération porte en elle les germes de la rupture définitive du « pacte des Belges » laborieusement élaboré depuis les premières les lois linguistiques de 1873. Elle montre, en tous cas, que les partis francophones ont intégré et se préparent à la scission de l’Etat belge dont cette Fédération constituerait le résidu. A moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice de musculation destiné à apparaître en position de force dans la crise de nationalités qui s’est ouverte depuis les élections du 13 juin 2010… ou, paradoxalement, en défendant leur programme, les partis flamands qui maintiennent leurs revendications de participer à la gestion de Bruxelles contribuent à la « non-évaporation » de la Belgique.

Certes, en termes de comptabilité nationale, se basant sur les statistiques en matière de PIB, cette « Belgique continuée » aurait un PIB équivalent à celui d’une « Flandre –Etat autonome ». Il a été ainsi calculé sur base des statistiques Eurostat 2007 que si on additionne les PIB wallons et bruxellois on obtient 114,8 milliards avec 42,2 % d’habitants contre 154,4 milliard et 57,8 % d’habitants pour la Flandre. Ce qui revient – un peu vite - à dire que le PIB de la Flandre est proportionnellement inférieur à celui de Bruxelles et de la Wallonie réunies...

Ces montants ramenés au PIB par habitant montrent qu’avec 26.330 €, la Fédération Wallonie-Bruxelles ferait même mieux que la Flandre (25.724 €).

Ces extrapolations négligent des aspects importants comme la répartition régionale la dette et ses intérêts en cas de scission. Pourtant largement utilisées par les politiciens, elles ne tiennent pas non plus suffisamment compte d’une réalité qui veut que le PIB régional est rapporté à la population de la région concernée et que, à cet égard, la différence entre le lieu de résidence et le lieu de travail est significative. Le PIB mesure bien les prestations économiques réalisées dans les limites d’une région ou d’un pays, indépendamment de la question de savoir si ces prestations ont été réalisées par des salariés vivant ou non dans cette région ou ce pays. De ce fait, l’emploi de l’indicateur «PIB par habitant» ne pose vraiment aucun problème si tous les salariés qui sont associés à la production de ce PIB ont aussi dans le même temps leur domicile dans cette région.

Dans des centres économiques une forte proportion de navetteurs peut conduire à un PIB régional très élevé par habitant, tandis que celui affiché dans les régions environnantes est relativement faible, bien que le revenu des ménages y soit très élevé. Il ne faut donc pas confondre le PIB régional par habitant avec le revenu régional.

Le flux de navetteurs à Bruxelles peut tout autant être porté au compte de l'attractivité des 19 communes que de la capacité de la Flandre et de la Wallonie de fournir la main d'œuvre nécessaire à l'activité économique à Bruxelles… (2)

Si on poursuit la logique d’affrontement, la guerre civile froide, qui oppose les Communautés et Régions, il reste alors à trouver un avenir en dehors de la Belgique. La stratégie de l’autre Belgique, ou Belgique continuée, étant vouée à l’échec par la stratégie géopolitique qu’elle sous-tend. Tant sociologiquement qu’économiquement, les sensibilités, les besoins sont différents entre les deux régions et que si nous voulons créer toutes les conditions du renouveau de la Wallonie, nous devons maîtriser toutes les fonctions sociales, à commencer par l’enseignement et la culture. Ce qui est difficilement conciliable avec la logique communautaire qui n’est qu’une abstraction « qui se met à faire de la politique ». Enfin, il est prévisible que d’importantes difficultés financières ne manqueront pas de surgir par le partage de la dette belge. La solidarité dont se targuent les promoteurs de ce projet s’étant évanouie avec le départ de la Flandre, ce sont les facteurs de division, jusqu’ici laissés de côté, qui risquent de faire surface. La construction de ce néo-nationalisme francophone tout aussi artificiel est simplement destinée à épauler le nationalisme belge face à une nation flamande en devenir.  Passons…

 

Revenons au problème de départ. Et de « non-dit ». Un choix par rapport à quoi ?

 

Et si on le disait clairement ? Celui de la poursuite d’une Belgique sous une forme ou une autre.

 

Dans le débat d’opinions, il manque une objectivation des deux branches de la vraie alternative : « rester dans l’Etat belge ou ne pas y rester ». C’est que attachés à nos opinions, nos croyances, nous avons tendance à oublier celles des autres. Le débat ne se passe pas uniquement entre rattachistes et indépendantistes. Le panel est beaucoup plus large. Aussi remarquable qu'elle soit, une étude à l’appui de l’une ou l’autre thèse n'est qu'un argument complémentaire d'un camp contre l'autre.

Mais quel est son véritable impact sur la majorité des Wallons ?

Qu'un pourcentage infime (même éclairé) de la population prouve à un autre pourcentage infime de celle-ci que sa solution n'est pas la bonne ne fera jamais basculer une majorité de pensée. Il faut cesser ces combats fratricides. L’intérêt des Wallons et de la Wallonie est en jeu.

 

Je pense qu'il serait utile - mais je n'ai pas les compétences en la matière - de compléter les études par d'autres montrant le coût pour les Wallons de leur maintien dans la structure belge. Que celle-ci reste inchangée ou évolue encore un peu dans la voie du confédéralisme. C’est bien par là qu’il faut commencer.

 

C'est de cela que nous avons besoin. Sous l’influence des médias à la solde des partis traditionnels, les Wallons restent englués dans leur loyauté fédérale et on ne leur démontre pas suffisamment qu'ils se trouvent en compétition avec les autres composantes de la Belgique. S'ils en sont là, c'est probablement parce qu'il ne leur est pas encore apparu que ce sont leurs intérêts, leur survie économique qui sont en jeu. Tant que cette démonstration ne sera pas popularisée en termes simples et crédibles, rien ne changera.

Qui leur montrera le prix de leur maintien dans cette structure ? Qui leur montrera que leurs intérêts vitaux sont en jeu ? C'est ce qu'on peut attendre d'experts et d'intellectuels indépendants. mais le feront-ils ?

 

Ceci dit, j'aime beaucoup cette phrase du texte de Jules Gazon qui résume clairement la position que défends parce qu'elle présente d'avantage de satisfaire à la fois les rattachistes rationnels et les partisans de l’indépendance : « L’alternative passe par une union de la Wallonie à la France, mais pas n’importe laquelle. Pas celle d’une simple association qui postulerait que la Wallonie s’unisse à la France sous une forme confédérale, sans que les Wallons ne soient citoyens français, donc sans bénéficier du lien solidaire avec la France notamment pour le financement de la sécurité sociale. (...) Et pourquoi pas, un mélange des deux dans une perspective qui allie le meilleur de la République française et de l’autonomie wallonne, en étant citoyens français dans la France solidaire ».

 

 

(1) oubliant que comme le disait Fernand Schreurs, Secrétaire général du Congrès national wallon de 1948 que : « Les Wallons ne sont pas de simples francophones. Un francophone est un homme qui s’exprime en français, sans plus, ajoutant : « Ce que les Wallons ont en plus, c‘est l’intégrité française »    . Propos prémonitoires ?

 

(2) Comme l'explique à de nombreuses reprises l'historien Pierre Lebrun (Essai sur la révolution industrielle en Belgique, Bruxelles, 1979, pp. 589 et suivantes), lors de la scission des Pays-Bas en 1830, la Belgique s'est créée comme un pays profondément déséquilibré avec en Wallonie la seule richesse valable du pays, L'État belge investissant les fruits de l'exploitation de la classe ouvrière en Wallonie dans sa capitale et à Anvers. Il n'est pas besoin non plus de longues démonstrations pour montrer que Bruxelles, dès l'indépendance belge, a été placée au centre du pays et que tout a été fait du point de vue des communications routières et ferroviaires pour que le pays converge vers ce centre. Cet aménagement du territoire conçu en fonction de Bruxelles a eu comme résultat que Bruxelles pouvait être considérée comme «le centre de l'agglomération belge».  C’est cette centralisation excessive du pays dont l’économiste Michel Quévit considère qu'elle est la grande cause du déclin wallon.

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Réflexions
commenter cet article
20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 08:00

« Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n’est pas de faire son devoir, mais de la connaître » (Louis de Bonald Extrait de « Considérations sur la Révolution française »)

 

 

Serions-nous passés cette nuit dans une autre dimension ? Un monde parallèle ?

 

Jugez-en :

Dans « Le Soir » Véronique Lamquin propose de scinder BHV. « L'enjeu de BHV est plus dérisoire que jamais » écrit-elle

La vie des habitants francophones qui ont choisi de vivre dans les communes sans facilités de la périphérie changera certes : ils devront voter pour des candidats résidant en Brabant flamand. Et alors ? Ils auront enfin des élus qui les représenteront vraiment (Même des élus francophones de leur communauté). Et qui devront leur rendre des comptes, ce qui n’est pas le cas actuellement. . Ce serait la fin de cette énorme duperie et  d’une rente de situation pour certains.

 

Philippe Martin dans « l'Avenir » dresse (enfin !) un constat réaliste : « rien ne sera plus jamais pareil entre le Nord et le Sud. Il précise que « les Wallons ne doivent plus se maintenir dans la position du conjoint malmené et à demi délaissé. Ils doivent construire un modèle différent, qu'ils auront choisi, pas qui leur a été imposé par d'autres ». « Oser la fierté, se tourner vers l'avenir. Les Wallons sont un peuple jeune mais ils doivent encore faire la démonstration qu'ils ne sont pas une nation fatiguée, déboussolée, anéantie ». Relisez l’article,  il parle bien de peuple wallon…

 

Quand je pense au nombre de fois où je me suis fait traiter de traître par des « francophoniscistes » quand j’écrivais ça ici ou ailleurs…  Avouez qu’il y a de quoi s’étonner…

 

Mais j’ai gardé pour la fin le meilleur, le magnifique débat entre Ch. Behrendt & M. Uyttendaele, ce matin sur Matin première. Après un début un peu mou où ils se sont sentis obligés de rappeler quelques principes de Droit (effet Delperée ou RTB(f) ?) ils sont assez vite sortis de la langue de bois habituelle. J’ai même eu l’impression que l’excellent Bertrand Henne  a été surpris de la clarté du message délivré par les deux constitutionnalistes de service. Nous avons assisté ce matin à un démontage quasi complet des arguments des « ultimistes » (*). Etaient-ils en mission commandée ? Si je peux résumer, les droits fondamentaux des habitants francophones des Halle-Vilvoorde ne sont pas mis en question par une scission de BHV. La circonscription électorale unique ? Une foutaise. La Région de Bruxelles–Capitale ? Elle existe. Etc…

 

Y aurait-il enfin quelque chose de changé dans la communication  au Royaume de Belgique ?

 

Et bien, pour une fois, si ces propos sonnent comme le début  d’un changement d’esprit, nous avons vraiment des raisons de faire la fête !

 

A lire absolument :

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20110720_00025317

http://www.lesoir.be/debats/editos/2011-07-20/scindons-bhv-c-est-le-moment-ou-jamais-852055.php

 

A écouter :

http://www.rtbf.be/info/emissions/article_matin-premiere-21-juillet-fete-nationale?id=6480283#newsAudiosPane

 

Ou a télécharger en MP3: ICI 

(*) Si un extrémiste est bien celui qui va au bout d’une logique, d’une idée, même si cette logique a complètement échoué – el la Belgique en est un bel exemple -  un « ultimiste » est celui qui l’a compris mais continue à faire semblant. C’est le cas de ceux qui refusent d’admettre, par exemple, que la frontière linguistique existe depuis 1970 et qu’elle est intangible. Que l’expérience ultime comme l’avait appelée Charles Plisnier au Congrès national wallon de 1945 a échoué. Que la Belgique a échoué. Il persiste à faire comme si le passé n’existait pas. C’est une forme de populisme, d’intégrisme politique...  jouant sur les émotions. C'est défendre une opinion politique radicale qui va à l’encontre des intérêts de tous et des Wallons en particulier.

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Coup de coeur
commenter cet article
11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 00:00

 « Le chemin appartient à celui qui marche »… Lao Tseu

 

Je remarque, ici ou là, que d’aucun s’étonnent des propos tenus hier soir par Bart De Wever : « C'est une nation, monsieur. C'est un peuple, une Communauté, une démocratie. On a un territoire, une histoire et des valeurs communes »… Et pourtant, n’est-ce pas la réalité ? Certes, le terme « nation » regroupe beaucoup de choses différentes. La définition de De Wever est une définition générique pouvant s’appliquer à des nations devenues Etats comme la France, l’Allemagne – mais pas la Belgique et ses avatars, extérieur (BENELUX) et intérieur (Fédération Wallonie-Bruxelles... embryon de "Belgique continuée"...) – ou à des Etats en devenir comme l’Ecosse ou… la Wallonie  et qui sait (?) même... Bruxelles ! Renan n'a-t-il pas écrit : "la nation est une conscience morale collective »… ?  

 

Il n’y a dans ses propos là rien de choquant. Aucune provocation, juste le constat froid et logique d’un fait. Un constat que les membres du Mouvement wallon ont fait depuis longtemps. La Flandre est une nation (1). Souhaitons lui bonne fête et j’ajouterais volontiers et très sincèrement : « bon vent ! ».

 

J'ai supprimé la suite de ce billet. Je m'étais inspiré d'un texte que je pensais personnel d'un correspondant qui - jusqu'ici - s'était toujours montré fiable. Or, il s'est avéré qu'il ne s'agissait pas d'une production personnelle, mais d'un copier-coller tiré du forum de La "Libre Belgique"  : Que vous inspirent les differents scenarii de reforme institutionnelle ? et publié sous le nom de guido naets (08/07).

Une partie de ce texte semble depuis avoir été (mal ) ré-écrite sous forme de courriel pour servir la propagande de certains membre de l'extrême droite flamande - en particulier - mais aussi de partis politiques démocratiques  et a créé quelques remous dans la presse en cette période assez creuse de vacances .  

 

Belle manipulation, en tout cas. Un "remake" local du faux "protocole des Sages de Sion" en quelque sorte..  

 

Après avoir évidemment tiré les oreilles de ce correspondant, j'en ai profité pour lui suggérer d'éviter de s'inspirer des fora des journaux - pourtant surveillés par des modérateurs - ainsi que ceux qui prétendent parler de politique. Ils sont le plus souvent remplis de bêtises de type "propos de café du commerce" proférés par des ignares ou pire encore, noyautés par des propagandistes de toute sorte généralement courageusement anonymes... C'est ainsi qu'il y a quelques années, le FN de Le Pen aurait donné à ses membres la consigne d'envoyer des "réactions de lecteurs" au journaux pour diffuser leurs idées. l'irruption de la possibilité de réagir aux articles publiés facilite cette pratique...  

A vous qui alimentez ma réflexion et me connaissez, j'avoue ne pas avoir pris - cete fois ci - le temps de la vérification nécessaire sur sa véritable origine sans compter qu'il contient quelques erreurs,  en particulier historiques.

Comme quoi, il n'y a pas que les journalistes qui relayent des fausses nouvelles.

 Qui m'incitera à encore plus de prudence à l'avenir..

 

Ma conclusion reste valable. Les partis francophones ont une fois de plus joué avec le feu. Ils ont joué et perdu en croyant gagner. Il reste à en tirer les conclusions. Et passer à la vraie « négoscission ».

 

Ce n’est pas la première fois qu’on joue avec le feu. La fête nationale flamande permet de rappeler que la Belgique est ainsi bâtie sur des mensonges et que ceux-ci se retournent parfois cruellement sur leurs auteurs.

C’est Léopold Ier, dont on n’oubliera pas qu’il a combattu dans les armées du Tsar contre la République et l’Empire, qu’il nous a été imposé par les Anglais, qui a voulu commémorer cette « victoire belge » (*) contre « l'envahisseur étranger », évidemment français (**). Ses successeurs doivent se mordre des doigts de cette fausse bonne idée.

 

Objet de manipulation, l’Histoire a parfois de ces ironies…

 

(1) lire le beau coup de gueule de Jean-Maurice Dehousse : http://www.larevuetoudi.org/fr/story/vive-la-nation

(*) Quels belges ? Quelques « communiers » flamands et des mercenaires venus d’autres comtés…dont des inévitables « Anglois »… Les belges ? Ça n’existait pas à l’époque.

(**) Jusqu’à la revanche… : http://www.claude-thayse.net/article-1623589.html

 

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Actualité
commenter cet article
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 17:16

Pour info :

 

Le Rassemblement wallon a étudié avec beaucoup d?attention la note du formateur. Il constate que malgré les propos cités en introduction : « Notre pays a besoin de changements radicaux et de réformes fondamentales », il n'y a pas vraiment de basculement vers les Régions et certainement pas vers la Wallonie. Ce dernier terme d?ailleurs n?apparaît que six fois dans toute la note? Certes, quelques avancées, mais rien de vraiment fondamental, si ce n?est des mesures parfois cosmétiques et parfois logiques en matière de maîtrise de compétences. N'empêche, si la structure de l?Etat belge n?est que peu remise en question (et au contraire renforcée par la possible instauration d?une « circonscription fédérale », les transferts annoncés ou la disparition programmée du Sénat sont bons à prendre.
Si la note peut servir de base à une discussion, la principale avancée significative se situe autour de la Région de Bruxelles-Capitale qui obtiendrait l?autonomie constitutive comme la Communauté germanophone. Cette reconnaissance comme région particulière serait confirmée par la possibilité logique d?y présenter des listes bilingues. Mais pourquoi, alors que Bruxelles et ainsi consacrée « super région » par le transfert à la COCOM d?un certain nombre de compétences communautaires, un même transfert des compétences communautaires n?est-il pas organisé vers la Wallonie ? Il restera donc toujours, à l'intérieur du royaume de Belgique fédéralisé à la sauce Di Rupo, trois composantes jugées inaptes à être parfaitement et totalement autonomes : les Wallons, les Germanophones (qui ne sont toujours pas une région quoique jouissant quasiment de toutes les compétences régionales) et les Flamands de Bruxelles (mais ils l'ont eux-mêmes souhaité). Autrement dit, seul le Peuple wallon continue, dans la vision Di Rupo comme lors des précédentes réformes de l?État, à être considéré comme un peuple éminemment mineur.

Cette note, essai d?amalgame entre les positions institutionnelles ou socio-économiques très éloignées des partis des deux communautés s?apparente à une chimère.
En fait, la Flandre n'a pas besoin de concessions socio-économiques. Elle peut mettre en application sa propre vision socio-économique quand elle le veut, soit au travers de son propre gouvernement, soit par l?entremise du gouvernement fédéral, qu?elle continuera de contrôler. C'est donc une fausse compensation qui est proposée, sauf qu'à partir du moment où cette compensation lui est accordée, elle devient libre de pouvoir appliquer sa politique sans entraves. Ce point acquis, le débat va se focaliser sur l?institutionnel.

Le Rassemblement Wallon se réjouit de lire que le premier parti politique de Wallonie semble acquis à l?idée de la disparition de ce monstre institutionnel qu?est l?arrondissement électoral de BHV et la fin de l'apparentement avec les provinces wallonnes et flamandes voisines nées de la scission du Brabant unitaire.

Mais, nous sommes cependant loin de l?application définitive du « pacte des Belges » acté il y a près de cinquante ans. La création d?un « canton-tampon plus fédéral que les autres » composé des six communes à facilités de la périphérie, une espèce de marche territoriale, prélevée sur le territoire de Flandre ne peut que se révéler inacceptable pour celle-ci. Une telle mesure qui porte atteinte au principe de territorialité serait d'ailleurs inacceptable par tout état démocratique et sage.
C?est là un germe de conflits et une nouvelle introduction de différences et donc d?inégalité de droits entre les citoyens, particulièrement pour ceux des autres communes à statut spécial, comme Fourons (oubliée une fois de plus) par exemple.

Le Rassemblement wallon estime qu?un accord « durable » est impossible sur la base de cette note, car elle ne répond pas au schéma mental dans lequel évoluent déjà majoritairement les Flamands

Dans l?intérêt de l?autonomie wallonne, il est donc urgent d'attendre... et de laisser mûrir.

Communiqué du Rassemblement Wallon du 06/07/2011
Contacts
Tél. : 0477912070 - @ : presse@rassemblementwallon.be
http://www.rassemblementwallon.be

Repost 0
Published by Communiqué
commenter cet article
23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:28

Pour notre Wallonie, seuls comptent demain et les après demain (J.-J Merlot (1959))

 

Dans le cadre de la publication prochaine, en France, d’un livre sur l’histoire de la Wallonie, les auteurs m’ont demandé de me livrer à un petit exercice de prospective. Ce qui peut sembler paradoxal en posface d’un livre traitant du passé. Pourtant, j’imagine qu’en terminant la lecture de cet ouvrage, le lecteur aura compris que la construction de l’entité politique appelée « Wallonie » n’a pas ressemblé à un long fleuve tranquille et que son histoire est loin d’être terminée. Pays de marches appartenant naturellement au monde latin et français (1), mais écartelé par les turbulences politiques de l’Histoire, la consécration d’une identité politique, finalement assez récente à l’échelle des nations européennes, est le résultat d’une conviction forte portée par le Mouvement wallon depuis plus d’un siècle. Une des caractéristiques essentielle de cette identité qui en montre toute l’essence démocratique, c’est celle du respect de l’originalité des deux peuples et des trois régions (auxquels il faut maintenant et fort logiquement ajouter la région germanophone) qui ont composé jusqu’ici la Belgique. Un nationalisme d’exclusion n’a jamais existé en Wallonie. L’autre caractéristique, sans rien occulter, c’est la capacité de dépassement des clivages idéologiques qui a permis de forger ce projet d’entité politique originale. Finalement, l’expérience du fédéralisme, certes incomplet, inabouti et surtout hybride, aura permis de faire naître une société wallonne.

 

Certes, l’Histoire ne justifiera jamais le présent, mais permet de le comprendre. L’histoire du pays wallon ayant été occultée par le besoin de création, puis de consolidation d’un nationalisme belge, ce livre, par la démarche originale qui a guidé ses auteurs, viendra bien à point en complément de la déconstruction d’une certaine mythologie belge depuis Léopold Génicot (2) en 1973.

La pérennité de la Belgique étant, de fait, mise en question par la coexistence de plusieurs nationalités concurrentes sur un même territoire, si ce qu’écrivait Antoine Prost (3): « une société sans histoire est incapable de projet », la Wallonie a bel et bien une histoire. Il reste à définir - sans conception finaliste - un projet d’avenir comme espace politique sans sous-régionalisme et sans repli. Question difficile qui appelle une réponse plus complexe encore : « Notre combat est d’abord un combat contre nous-mêmes » écrivait François Perin en 1971 (4)…

Et, en effet, quels sont les choix d’avenir possibles pour la Wallonie et les Wallons ?

 

Constatons d’abord, que près de soixante-dix ans après le Congrès national wallon de Liège (5), le débat institutionnel est loin d’être terminé… Néanmoins, il est logique de se demander dans quelle mesure, la Wallonie sera partie prenante du « réveil des peuples européens » auquel nous assistons, de l’Ecosse à la Catalogne ou du Pays Basque à la Flandre ?

 

C’est que la Belgique, ainsi que les environnements économiques et politiques internationaux ont tellement changé depuis 1945 qu’un éventail de possibles restreint s’offre aux Wallons.

A l’extérieur, une Union Européenne économique dicte ses lois aux nations jadis souveraines. Des institutions financières dictent leurs conditions et imposent des plans d’austérité aux populations, à cause du spectre d’une faillite des banques et des pays. En interne, depuis « l’affaire royale », et alors que paradoxalement, la décentralisation est dépassée par la Loi, le régime belge s’est renforcé dans les esprits (wallons et bruxellois francophones…) grâce à la disparition de la presse d’opinion, l’omniprésence et le conformisme de la presse radiotélévisée (6) et enfin la concentration des médias à Bruxelles.

Surtout, le fédéralisme – et on peu discuter à perdre haleine de ses réussites et de ses échecs – est passé par là. Il aura été utile en termes de redressement de l’économie régionale, son bilan restera plus que mitigé en matière de « communautarisation » puisque cette politique aura abouti à polariser le débat ethnique sur base linguistique. Au point d’obérer les identités régionales dans ce qu’il est convenu d’appeler « la Fédération Wallonie-Bruxelles » oubliant que comme le disait Fernand Schreurs : « Les Wallons ne sont pas de simples francophones. Un francophone est un homme qui s’exprime en français, sans plus ». Ajoutant : « Ce que les Wallons ont en plus, c‘est l’intégrité française (7) ». Gommant même l’existence des Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat…

Cette fédération porte en elle les germes de la rupture définitive du « pacte des Belges » laborieusement élaboré depuis les premières les lois linguistiques de 1873. Elle montre, en tous cas, que les partis francophones ont intégré et se préparent à la scission de l’Etat belge dont cette Fédération constituerait le résidu. A moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice de musculation destiné à apparaître en position de force dans la crise de nationalités qui s’est ouverte depuis les élections du 13 juin 2010… ou, paradoxalement, en défendant leur programme, les partis flamands qui maintiennent leurs revendications de participer à la gestion de Bruxelles contribuent à la « non-évaporation » de la Belgique.

Alors qu’un nationalisme francophone tout aussi artificiel (8) est venu épauler le nationalisme belge face à une nation flamande en devenir, tous deux exacerbés, la Wallonie peut-elle envisager un avenir serein ?

Le fédéralisme a montré ses limites face à une Flandre qui appelle clairement à une alternative.

 

Alors ? Quel avenir et dans quel cadre ? Evaporation, métamorphose ou quoi d’autre ?

Paradoxalement, la crise politique semble replacer la Wallonie devant certains choix du Congrès national wallon de 1945. Réunion à la France, indépendance… ou confédéralisme ?

 

Le confédéralisme, dernière chance ?

Même si, en terme de prospective, il est aujourd’hui très difficile d’imaginer une vision commune de la Belgique du futur proche, où les institutions seraient normalement là pour appuyer un projet de société, un « vivre-ensemble commun. Rappelant que depuis des années, les relations entre communauté et Régions se sont structurées, institutionnalisées, il ne faut pas écarter d’un revers de manche l’hypothèse d’une solution pacifique, certes difficile à concevoir ou compliquée à mettre en œuvre, mais pragmatique comme le confédéralisme. La clé de la « paix des belges », en respectant les acquis des décennies précédentes, une réforme institutionnelle transparente, simple et cohérente aboutissant à une refondation du pays sur base de quatre Etats-Régions égaux en compétence et en droit, où chacun est partenaire de l'autre et non ennemi, permettrait de sortir des ressentiments, linguistiques ou ethniques. En objectivant des territoires politiques sur base d’espaces définis comme c’est le cas partout en Europe. Le territoire déterminant la citoyenneté, pas la langue. Evidemment, il faudra du courage pour changer de discours, mais ce serait en finir avec les combats symboliques. Qui peut croire en ce mois de juin 2011 que c’est encore vraiment possible ?

 

Si on poursuit la logique d’affrontement, la guerre civile froide, qui oppose les communautés et Régions, il reste à trouver un avenir en dehors de la Belgique. La stratégie de l’autre Belgique, ou Belgique continuée, étant vouée à l’échec par la stratégie géopolitique qu’elle sous-tend. Comment ne pas être sidéré par les propos de leaders politiques francophones annonçant que dans la « nouvelle Belgique », l’enseignement flamand à Bruxelles sera fusionné avec l’enseignement « francophone » ? Que les Flamands ne sont désormais plus des adversaires mais des ennemis politiques (9) ? Que s’ils veulent quitter la Belgique, ils devront rapatrier leurs institutions dans les trois mois… sans transformer Bruxelles et sa périphérie en un Sarajevo ?

Sans compter que, tant sociologiquement qu’économiquement, les sensibilités, les besoins sont différents entre les deux régions et que si nous voulons créer toutes les conditions du renouveau de la Wallonie, nous devons maîtriser toutes les fonctions sociales, à commencer par l’enseignement et la culture. Ce qui est difficilement conciliable avec la logique communautaire qui n’est qu’une abstraction « qui se met à faire de la politique » (10). Enfin, devant le lot de difficultés financières héritées de le partage de la dette belge, la solidarité dont se targuent les promoteurs de ce projet s’étant évanouie avec le départ de la Flandre, ce sont les facteurs de division, jusqu’ici laissés de côté, qui risquent de faire surface.

 

En dehors de la Belgique, en toute légitimité ?

L’énorme différence avec 1945, c’est que la Wallonie dispose maintenant d’un Parlement légitime, représentatif, élu séparément et directement. Jouissant ainsi de la pleine souveraineté et qui peut décider de se donner la capacité juridique de prendre les décisions institutionnelles engageant l’avenir du Peuple wallon. Cette affirmation politique ne pourrait qu’être reconnue internationalement.

 

Rationnellement, et en écartant les délires farfelus de type reconstruction des Etats bourguignons ou des anciens Pays Bas, le choix se limiterait à deux possibilités, une union (d’un type à définir) avec un pays voisin accueillant ou l’indépendance.

 

Un voisin accueillant ?

Excluons d’emblée deux hypothèses qui ont parfois été évoquées : le rattachement à la République fédérale d’Allemagne ou le rattachement au Grand Duché de Luxembourg. L’une comme l’autre ont été réfutées par les responsables politiques de ces deux pays. Tacitement pour la première, publiquement pour la seconde.

 

Historiquement, la construction de l’identité wallonne jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale a été indissociable de la relation que le Mouvement wallon a entretenue avec la France tant en matière de défense que d’économie. Depuis, certes, les choses ont évolué, mais avec curiosité, maladresse parfois, les médias français essayent d’expliquer ce que la plupart des Belges ne comprennent pas eux-mêmes. L’enjeu est de taille. Un Etat européen voisin, en partie francophone, en principe allié, réputé jusqu’ici politiquement stable si pas conservateur, économiquement évolué, risque de disparaître. Si pas complètement, en tous cas dans sa forme actuelle. Pour la France, les conséquences peuvent être aussi importantes que pour nous.

Cette hypothèse pose logiquement les questions du type de relations que nous pourrions avoir avec la France.

Quels pourraient être les statuts la Wallonie et Bruxelles dans cet Etat que l’on dit « centralisateur à un degré névrotique » ?

L’Histoire nous éclaire. En 1919, l’Alsace et la Lorraine ont réintégré la République, et gardé un certain nombre de dispositions de droit allemand qui étaient favorable et qui sont toujours d’actualité : droit sur la faillite personnelle (depuis élargi à tout le territoire), traitement des membres des clergés, dispositions particulières sur les langues locales (De vraies facilités en quelques sorte…). Pour le reste c’est le Droit français, plus favorable qui s’applique.

Depuis, la Loi de Décentralisation de 1982 a organisé un transfert de compétences de l’État à des institutions distinctes de lui : les collectivités territoriales, parmi lesquelles les régions. Celles-ci bénéficient ainsi d’un pouvoir politique, une certaine autonomie de décision et de leur propre budget (principe de libre administration). Sous la surveillance d’un représentant de l’État (l’autorité de tutelle) qui n’est pas un supérieur hiérarchique, mais vérifie simplement la légalité des actes émis par ces collectivités.

 

Toutes les régions n’ont pas le même statut. La Corse (on nous prédit souvent une vocation à devenir des « Corses du Nord »…) a acquis un statut spécial, avec une Assemblée détenant des pouvoirs plus élargis que les autres régions, dotée d’un exécutif doté aux larges responsabilités qui dirige l’action de la collectivité. Un mécanisme permet à l’Assemblée de Corse de mettre en cause la responsabilité du conseil exécutif. Le conseil économique et social s’y est vu reconnaître une vocation culturelle. Actuellement, c’est le seul en France métropolitaine. Des compétences, qui feraient même rêver… la Flandre, ont ainsi été transférées à cette collectivité territoriale, dans des domaines très variés : éducation, communication, culture et environnement, aménagement du territoire, aides au développement économique, agriculture, tourisme, industrie, logement, transports, formation professionnelle, etc… Le conseil régional est aussi l'interlocuteur et le partenaire de l'État pour les programmes importants et de longue durée.

 

Certes, contrairement à nos décrets ou ordonnances, aucune de ces entités ne possède, jusqu’à présent, de compétence législative. Seul le Parlement vote les lois de la Nation; et seul le gouvernement conduit la politique de la République. Mais ça a le mérite de la clarté et d’éviter les conflits de compétences que nous connaissons.

 

La Constitution protège les droits personnels (11). Ce découpage administratif en régions et en collectivités d’outre-mer (anciens DOM-TOM) n'a pas été réalisé de manière purement arbitraire : il respecte, tant que faire se peut, les identités culturelles, témoins du passé, de l'histoire. La Bretagne, par exemple, a une identité très forte, liée aux péripéties de l'histoire…

Les statuts des régions leur sont adaptés. Il en va ainsi, pour l’exemple, de toute la palette des collectivités d’outre-mer, avec la Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna - qui ont trois rois qui gouvernent et sont… rémunérés par l’Etat français (!) ou la Polynésie devenue complètement autonome et dont les liens avec la France se limitent pratiquement à recevoir le chèque de son budget de fonctionnement…

 

En France, ces particularismes ne posent pas, ou si peu, de problèmes ni de déséquilibres et personne n’y trouve à redire ou revendiquer.

Les Wallons auraient ainsi à leur disposition un large choix de possibilité respectant leurs sensibilités.

 

On pourrait craindre que faire entrer la Wallonie au sein de la République, c’est ouvrir la boîte de Pandore d’un fédéralisme centrifuge pour les régions des marches de France. Mais ce risque est-il vraiment si important ou ne serait-ce qu’un chiffon rouge ? Nul doute que le risque, négligeable pour qui est informé, a été évalué. Les marques d’intérêt « officieuses » affichées par les voltigeurs des médias proches du pouvoir ressemblaient plutôt à des signaux.

Les médias (et dirigeants) français sortiraient-ils du syndrome de Waterloo qui les a empêchés jusqu’ici de s’intéresser à ce qui se passe à un peu plus de 200 km de Paris ? Syndrome né de la volonté des despotes d’ancien régime de confiner le Peuple de France dans ses frontières d’avant 1789.

Concrètement, la Constitution française prévoit une procédure de referendum pour l’association de nouveaux territoires (12). Ensuite, les ressources et l'ingéniosité (la créativité) institutionnelle permettra d'accorder un statut qui satisfera les deux (ou trois, n'oublions pas Bruxelles !) partenaires. Association, absorption, association avec intégration progressive, etc... Beaucoup de choses sont possibles en conservant toute l'armature administrative et réglementaire qui conditionne notre quotidien (13).

 

Mais, la France accepterait-elle une « Wallonie sinistrée » ?

Les scénarii financiers catastrophes sur le séparatisme se basent sur une hypothèse des deux ou trois Etats distincts dans un cadre territorial d’une future ex-Belgique « isolée du reste du monde ». Cet exercice est limitant et orienté. Car enfin, soyons sérieux, la Wallonie, ce n’est quand même pas le tiers monde ! Nous avons surtout un problème de gouvernance et ne sommes « pauvres » qu’en comparaison avec la Flandre qui est-elle, relativement riche. Par rapport à un PIB européen moyen de 100, la Flandre se situe à 123 tandis que la Wallonie est à 90. La Flandre est précédée d'autres, comme le Bade-Wurtemberg, le Pays basque espagnol, la Lombardie, la Bavière, la Catalogne ou l'Irlande (14). Michel Quévit dans l’Echo du 31/08/2007 se demandait « si la stratégie actuelle de la Flandre ne consiste pas à récupérer les moyens financiers qui lui permettraient d’intégrer le peloton de tête européen » ? Ce qui expliquerait pourquoi la pression flamande porte surtout sur des compétences à incidence financière »…

Il faudrait aussi expliquer un jour, comment la Flandre en est arrivée là en détournant beaucoup de moyens à son profit depuis 1945…(15) Y compris, comme le fait encore remarquer Quévit grâce à la rigidité du principe de péréquation financière. Cette péréquation qui fait que dans d’autres pays démocratiques, les entités fédérées riches contribuent au développement des entités plus pauvres. La clé de répartition (60/40) bétonnée dans les lois de financement est anormalement rigide à la différence du modèle allemand par exemple, où les Länder contribuent au pot commun en fonction de leur croissance économique respective. Dans tout Etat, les régions riches contribuent ainsi au développement des régions moins riches au prorata de la richesse qu'elles créent. C'est le fondement même de la solidarité. Sauf en Belgique… Ce contingentement de la solidarité « à la belge » est une des causes peu citée et donc peu connue, mais essentielle du retard (qui est plutôt du «mal-développement») qu’on ne rattrape que lentement sur les autres régions européennes de vieilles industrialisations comparables.

Wallonie pauvre, vraiment ? Elio Di Rupo, alors ministre président de la Région wallonne, publiait ceci en 2006 : « A l’échelle de la France, le PIB de la Wallonie la placerait au 8ème rang des 22 régions françaises et au 3ème en matière d’exportations, juste derrière l’Ile-de-France et la région Rhône-Alpes. En termes d’emplois, les groupes français occupent la 1ère place avec 34.000 postes, soit 32 % des 100 premières entreprises industrielles en Wallonie. La France est, de très loin notre 1er client avec quasi 35 % du total des exportations wallonnes. Notre intégration est du point de vue économique est très avancée... On ne le dit pas assez »

On le voit, une telle opération présenterait des avantages aussi bien pour l’une que pour l’autre partie. L’adossement de la Wallonie à un Etat relativement puissant prémunirait évidemment la population contre la précarisation du niveau de vie consécutive à la dislocation des liens sociaux lors de la disparition de la Belgique. Mais, avec les équipements, les talents et la situation stratégique dont elle dispose, la Wallonie a tous les atouts pour être une des plus performantes régions d'Europe. L’atonie économique dont elle est en train de sortir n’est qu'un effet du contexte particratique belge dysfonctionnel.

Pour la République française, le sacrifice financier et budgétaire que l’adhésion de la Wallonie impliquerait serait compensé par le renforcement de sa position au sein de l’Union européenne et dans les enceintes internationales.

Mais cette hypothèse est - actuellement - probablement la moins réaliste politiquement pour la raison très simple que la plupart des dirigeants politiques wallons seraient très peu enclins à favoriser cette solution… qui remettrait en cause leurs pouvoirs. Sans oublier les craintes plus psychologiques ou sentimentales induites par près de deux siècle d’enseignement d’histoire de Belgique qui s’est caractérisée par un distanciement de ce qui est français.

 

Et si la Wallonie a les atouts pour être une des régions d'Europe les plus performantes, pourquoi pas l’indépendance ?

Il existe, en effet, à côté de celle de la France, une voie qui n’a pas été essayée et est rarement évoquée par les politiques or, « il n’est pas démontré qu’un peuple de nationalité française ne puisse atteindre à la plénitude de sa vie nationale sans faire partie de l’Etat français »(16) comme l’écrivait Arille Carlier en 1938.

Les arguments ci-dessus en faveur d’une intégration économique dans la République peuvent parfaitement venir en appui de cette autre voie d’avenir possible.

Une Wallonie disposant d’une situation géostratégique exceptionnelle et unique dans l’espace européen, sûre de son identité et maîtresse de ses moyens pourrait œuvrer à une coopération équilibrée avec les Régions et États voisins tout en s’intégrant aisément dans la communauté internationale.

On entend souvent dire que la Wallonie aurait des difficultés à s'en sortir seule. Les chiffres avancés pour le prouver sont pourtant contestables. Ils projettent une situation actuelle dans le futur sans jamais tenir compte, ni des variables nécessairement liées à une refonte du paysage institutionnel, ni que nous vivons dans un ensemble intégré, l’Union européenne. Il faut cesser de croire que c'est une région désastreusement incompétente. A titre de comparaison, en Allemagne, elle serait plus au moins au milieu du classement de Länder, et on a pu lire ci-dessus qu’il en irait de même en France.

Certes, si ce choix était fait, rien ne serait simple. Sans parler du modèle d'assistés dont on nous a affublés, le contexte international est dominé par les exigences des institutions financières et le poids de la dette publique belge qu’il faudrait assumer en partie pénaliserait la jeune nation. On en voit les ravages en Grèce. 

Faut-il pour autant négliger un aspect essentiel : jamais des raisons purement économique n’ont été à la base des la création ou de la disparition d’un Etat. Une volonté politique forte n'est pas tenue de respecter des analyses économiques parfois frileuses. Pourquoi les Wallons n’auraient-ils pas le droit de croire en eux ?

 

Pour la Wallonie, il n’est plus temps de craindre l’avenir, mais de le préparer. C'est-à-dire, se donner les moyens de le comprendre avant qu’il ne devienne présent pour l’affronter avec la dignité d’un peuple adulte et responsable.

 

 

(1)Félix Rousseau : « Sans aucune contrainte, de leur propre volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris, et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française ». Le problème culturel en Belgique, Rénovation, 1963

(2)Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, 1996

(3 ) Léopold Génicot, Histoire de la Wallonie, Privat, Toulouse, 1973

(4)François Perin, Forces wallonnes, 1971

(5) 20 et 21 octobre 1945

(6)Pierre Bourdieu , Sur la télévision, Paris, Liber-Raison d’agir, 1996

(7)Fernand Schreurs, Secrétaire général du quatrième Congrès wallon, 1948

(8)Au parlement de la Communauté française, on a pu entendre que ce « glissement sémantique » répondrait aux préoccupations quotidiennes des citoyens… Une enquête publiée par « La Libre » en 2010 a démontré que 70 % des Bruxellois ne sont pas du tout séduits par une union quelconque avec la Wallonie…

(9) http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_ch-picque-la-n-va-peut-devenir-un-ennemi-politique?id=4911213

(10) René Swennen, Belgique requiem, Paris, Julliard 1980. « La région elle, est une réalité. Elle vit de la vie des hommes et des femmes qui la composent. Ses limites géographiques sont connues. Elle est formée de liens précis, tissés par l’histoire, la nature, l’économie, les intérêts, les mentalités. La Région est une chose concrète, tandis que la Communauté est une abstraction intellectuelle, donc une idée, et il n’y a rien de pire que les idées qui se mettent à faire de la politique ».

(11)La collectivité de Mayotte a obtenu obtenir le statut de départements d'Outre-mer en 2011. Un statut de collectivité d'outre-mer au plan constitutionnel, avec une organisation et une dénomination spécifique de « collectivité départementale » ayant été mis en place par la loi organique du 11 juillet 2001 afin de rattraper le différentiel législatif avec la métropole.

(12) Article 53, dernier alinéa, de la Constitution, « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n'est valable sans le consentement des populations intéressées ».

(13)Voir les articles 72, 73, 74 et suivants de la Constitution française

(14)Pour des comparaisons plus fines, voir les publications « Eurostat » et plus particulièrement : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-HA-10-001-04/FR/KS-HA-10-001-04-FR.PDF

(15)Dans le Livre « Histoire de la Wallonie » (éditions PRIVAT 2008) les auteurs, KUPPER Jean-Louis et DEMOULIN Bruno, rappellent citant Michel Quévit dans son ouvrage « Les causes du déclin wallon », que le lent essoufflement de l’économie wallonne a commencé avant la seconde guerre mondiale. Masqué par les moindres destructions massives, les facteurs de déclin (démographie, obsolescence et vétusté du matériel, faiblesse des moyens de communication, désinvestissement de l’Etat belgo-flamand, absence de perspective globale, hyperspécialisation…) se sont combinés avec le désintéressement des groupes financiers « belges » qui ont préféré se lancer dans des entreprises nouvelles et une région flamande socialement plus attrayante. Cette dernière a alors bénéficié en plus d’un apport des investissements américains et du développement d’un « capitalisme intra-flamand ».

Les premières politiques européennes d’aide aux investissements n’ayant servi en Wallonie qu’à maintenir les prix belges à un niveau concurrentiel avec les pays voisins et ainsi à sauver l’emploi pendant qu’en Flandre elles ont contribué à la création de nouvelles entreprises. A titre personnel, je me souviens qu’on disait : «  le gouvernement fait des choix. Ainsi, toute la Flandre, et même les régions riches, est considérée comme en développement pour l’Europe alors que seule une faible partie de la Wallonie est dans le même cas ». Et comme c’était le gouvernement belge qui décidait de l’attribution de la manne européenne… Un exemple frappant : « la solution belge à la crise de la sidérurgie wallonne a été de construire Sidmar… à Gand en Flandre ! » De là à conclure que « Le mal wallon, c’est la Belgique »…

(16) Arille Carlier, « Qu’est-ce qu’une nation,? Qu’est ce qu’un Etat ? » La Wallonie nouvelle, 1938

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Réflexions
commenter cet article
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 12:04

« Les fondamentaux de la Belgique sont bons »… propos rassurants mais imprudents en réponse à l'agence de notation Fitch qui vient de mettre la note de la dette publique de l'état belge sous implication négative. Il s’agit généralement d’une étape formelle qui précède de quelques semaines la décision de dégradation. Or, la « note » à long terme appliquée à la dette fédérale est déjà AA+. Concrètement, si une implication négative se transforme en dégradation, ça veut dire qu’un état qui se présente sur les marchés financiers pour placer les titres de sa dette publique devra rémunérer plus cher les prêteurs - de l’ordre d’un quart de pourcent - pour lever la même somme ce qui est considérable (actuellement, 4,2 %.pour la Belgique et un peu au-dessus des 3 % pour nos voisins). Le différentiel avec les pays voisins notés AAA va aggraver au risque de rendre plus difficile le financement du contrat social, qui est parmi les fonctions redistributives de l'état, celle qui consomme le plus de ressources.

 

Fitch a donné les raisons de cette dégradation possible : « l’absence de perception de solution à la crise institutionnelle », démontrant ce que les promoteurs wallons du fédéralisme avaient clamé : le socio-économique et l’institutionnel sont inséparables. Penser que ces volets puissent être traités séparément est une erreur. On ne peut concevoir une politique économique, sociale et fiscale en dehors d'un cadre institutionnel stable. Les Francophones qui se disent très attachés au contrat social doivent se méfier.

 

Et, guidés par l'émotion, c’est le moment que choisissent nos apprentis sorciers pour donner le jour à une « fédération Wallonie-Bruxelles » dont le ministre-président bruxellois dit qu’il faut voir dans cette initiative - embryon d’un état hybride - la manifestation d’une volonté de coopération entre les Régions wallonne et bruxelloise « en réponse aux revendications flamandes ». On n’est plus là dans le débat « communautaire » puisqu’on est clairement sorti du cadre culturel de la Communauté française, la Région de Bruxelles, partie prenante de la dite fédération, étant officiellement bilingue et se voulant « multiculturelle ». ue deviennent les bruxellois des autres cultures, à commencer la Flamande dans ce machin ? Pensons simplement aux propos de Demotte qui a annoncé que l'enseignement flamand à Bruxelles serait... géré par la fédération nouvellement créée... Certes, il existe une identité bruxelloise (réelle, au-delà des appartenances linguistiques des bruxellois flamands ou francophones) qui différencie cette région des deux autres avec même un parti politique objectivement et régionaliste et bruxellois qui les représente. Mais dans ce cas, pourquoi aller aussi loin et donner corps à ce qui n’était qu’une hypothèse alternative au fédéralisme actuel sous forme d’un début d’application d’un « plan B » ? Une alliance de fait, Bruxellois et Wallons contre Flamands, favorisant une logique d’affrontement risquant de faire de Bruxelles en un Sarajevo potentiel ? Si ce machin avait été renommé « Fédération des locuteurs francophones de Wallonie et de Bruxelles », c'eût été plus correct et j'aurais évidemment réagi différemment. Or, ce n'est pas le cas, loin de là, le site Internet de l'aile bruxellisssime unitariste (et annexionniste !) du MR parle à plusieurs endroits d'un « état Bruxelles-Wallonie », allant à l'encontre de son sympathique slogan des années '70 : « Bruxellois,   Maître chez toi»,  et surtout de l'opinion publique locale majoritaire de la population qui n'en veut pas si l'on en croit les sondages répétés...  

 

On le voit, dans le choix politique qui a été fait, il ne s’agit ni de recentrer l’organisation de ce pays sur des régions homogènes, ni d’affirmer le principe du fait régional que ces partis n’acceptent qu’à contre cœur.

 

Il est temps de se ressaisir. Les partis traditionnels sont tombés dans la logique de l’affrontement communautaire, piégés par la volonté de concilier les intérêts de leurs deux ailes régionales. Et plus particulièrement par les calculs électoraux de partis sociologiquement bien implantés en périphérie bruxelloise. Dans ce cadre, leur politique de refus d’admettre que les frontières des territoires ont été fixées par les lois linguistiques de 1873 à 1963 et de maintenir l’acquis de ce qui a été négocié depuis des décennies est suicidaire. Il faut arrêter la folie de dire que l’on va élargir le périmètre de Bruxelles. Evidemment, il faut du courage pour changer de discours et reconnaître que l’on a trompé « à l’insu de leur plein gré » ceux qui habitent la périphérie et qui parlent français tout en sachant parfaitement que la langue de la région est le flamand.

 

Or, seule une refondation du pays sur base de quatre (états ?) régions égales en compétence et en droit permettrait de sortir des ressentiments linguistiques ou ethniques en objectivant des territoires sur base d’espaces définis. C’est le cas partout en Europe. C’est le territoire qui détermine la citoyenneté, non la langue. Il faut pouvoir en finir avec les combats symboliques. C’est la clé de la paix. Sinon, une seule chose reste sûre et prévisible. Ce n’est pas le contenu des nouvelles réformes de l’État, ni la nouvelle clef de répartition des richesses du pays ou la liste des domaines préservés à l’issue éventuelle des négociations qui poseront problème. Quelle que soit la liste définitive des revendications flamandes qui seront acceptées par les partis francophone, la seule chose qui soit prévisible, c’est que les Flamands se percevront toujours comme les perdants à l’issue de toutes ces tractations, et il y a fort à parier qu’ils cultiveront encore longtemps ce ressentiment. En d’autres mots, demain, rien ne sera définitivement réglé car ce ressentiment est devenu à ce point obsédant qu’il structure toute la vie politique.

 

Si une réforme institutionnelle transparente, simple et cohérente, n’est pas rapidement décidée, l’évaporation de l’Etat sera le fait de décisions prises ailleurs. La crise perdurant, la bataille du socio-économique sera perdue parce que la crédibilité de la capacité belge de remboursement de sa dette aura été dégradée. Pensons à l'Irlande où les prêts de restructuration ont été consentis à ...5,5 %, correspondant à un arrêt de mort pour les finances de ce pays exsangue. Chez nous, mourir pour BHV, ce sera rendre le fonctionnement du contrat social impossible. Tous les belges seront perdants, les plus faibles en premier. C’est aussi ruiner les effets du redressement de la Wallonie.

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Actualité
commenter cet article

« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Recherche

Réunioniste

Pour la réunion à la France Mon action se base sur les Valeurs républicaines,
les déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen
1789 & 1793

La République indivisible, laïque, démocratique et sociale

Dans Le Rétro...

Pour y réfléchir

Vidéos

- Participation à Controverses (RTL) sur BHV…
- Message improvisé pour les législatives de 2007
- Interview sur TV-Com
- Chirac, une certaine idée de la France
- Mes pubs préférées sur le rugby
- Gendebien, un avis...
- L'identité wallonne est-elle incompatible avec l'identité française ?
- Religions, Neutralité ou laïcité de l'Etat
- "Bye bye Belgium"
- "Enregistrement, Evaluation et Autorisation des substances CHimiques" : Qu'en penser ?
- Attention à la publicité !
- Le Club du Net : Karl Zero et Dupont-Aignan
- Magnifique leçon de civisme d'Elisabeth Badinter.
- François Mitterrand

Textes

- Le vrai visage des Français
- Bicentenaire de la réunion de Mulhouse à la République
- La loi d'unanimité et de contagion
- L'heure décisive approche pour les Bruxellois
- Appel à la France, à tous les francophones :  pour une action mondiale pour le français et la Francophonie
- Les réformes des régimes de retraites - Comparons la Belgique et la France
- Un peu de tout... mais des infos utiles
- Du 24/10/62 au 24/10/63, pour comprendre les dessous d'une évolution institutionnelle (CRISP)
- Une histoire de la Wallonie (Institut Jules Destrée)
- Les pouvoirs en Wallonie et environs, mode d'emploi (Crisp)
- Wallons et Bruxellois francophones, pour en finir avec le syndrome de Stockholm !
- ISF - Impôt de solidarité sur la fortune, de quoi s’agit-il ?
 
- Aux origines de la frontière linguistique 
-
La Wallonie sauvera-t-elle l'Europe ? 

Autres sujets ?


Merci à
FreeFind !

Sur Le Feu...