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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 10:06

Dans son édition disponible en librairies depuis le mercredi 9 septembre 2009, le magazine « Télépro »  (fondé à Verviers en 1954, mais appartenant au groupe flamand Roularta puisant outil de désinformation du CD&V)) présente un dossier spécial signé Barbara Witkowska consacré aux fêtes de Wallonie à Namur.

 

Mon ami Jean-Sébastien Jamart (juriste rigoureux et rédacteur en chef adjoint de la revue "Wallonie-France")  a été fort étonné (le mot est faible !) d’y retrouver une photographie de sa fille mineure prise par l’agence Belga en 2008.



L'image originale 
 
L'image manipulée... et publiée (en plus !) sous le titre "folklore" !  dans le Télépro n° 2897 (P509567) du 10 septembre 2009 page 106

(Publées avec l'aocord du père et où j'ai masqué le visage... ce que l'hebdomadaire en question n'a même pas pris la peine de faire. Ils ont pourtant vendu beaucoup d'exemplaires lors de "l'affaire Dutroux"...)

Le choc vient du fait que cet hebdomadaire (*) n’a pas hésité à modifier la photo originale pour en faire un acte de propagande en faveur de la Belgique. Retouchant le cliché et violant ainsi, non seulement le droit à l’image d'un enfant figurant sur une photo, mais probablement également celui du photographe.

Il là s’agit d’une pratique inacceptable. La reproduction de la photo d’enfants mineurs, de plus aisément reconnaissables, sans l’accord de leurs parents, est évidemment totalement interdite.

 

De plus, utilisée ici avec un objectif clairement politique, cette pratique de retouche et de détournement d'image en rappelle (et en annonce ?) d’autres...

 


Tout ça sent la fin de régime. La Belgie-que va très mal puisque ses contempteurs en sont réduits à de tels expédients. La propagande nationaliste belge - meilleure alliée des Flamands minimalistes impérialistes - fait toujours des ravage en persuadant par tous les moyens les Wallons les moins éclairés qu’ils sont belges.

Il reste à mon ami à réclamer des dommages et intérêts au journal, ce ne serait que justice.

J’espère que ces faits feront l’objet de l’opprobre des journalistes sérieux… Nous pourrons ainsi juger de leur degré de liberté par rapport au système…

 

Un petit rappel de la législation en la matière :

 

La publication ou la reproduction d’une photographie sur laquelle une personne est clairement reconnaissable n’est possible qu’avec son consentement préalable, que l’image soit préjudiciable ou non.

 

En pratique : un document manuscrit doit donc être signé par la ou les personnes concernées par la photographie. Le document doit préciser explicitement les photos concernées par l’autorisation et l’utilisation qui en est faite.

 

Dans le cas des enfants mineurs, la publication de photos est toujours interdite. La signature d’autorisation des parents de l’enfant ou de ses tuteurs légaux doit également être obtenue par écrit.

(*) Audience CIM 2007-2008 :

Mise à jour : Dans Le Soir de ce lundi, page 4, un excellent papier de Pierre Bouillon sur la manipulation d'image par le Télépro.

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 19:20

La RTB(f) - avec "f" comme fête - a créé l'événement en publiant un reportage sur la visite du président  Sarkozy à une visite d'équipementier automobile.  Sans doute un effet de la déclaration de son Directeur général qui a affirmé que cette chaine de télé serait désormais "plus belge"...
Et comment être "plus belge", en effet, si ce n'est qu'en étant plus critique à l'égard de la France et singulièrement de son président ?

Logique. La Belgique ne s'étant jamais mieux définie que contre la France.

Bof...

Par ailleurs, pourquoi faire tout un foin de cette affaire. Toute visite de chef d'état, même le plus insignifiant, dans une entreprise n'échappe pas à une mise en scène organisée avec soin. J'ai ainsi eu l'occasion - à mon corps défendant - de participer à l'organisation d'une visite privée de "nos souverains" comme dirait Di Rupo dans l'entreprise qui m'occupait à l'époque. Je ne vous dis pas le cinéma... entre les Dupont-Dupond de la Surété de l'Etat (lunettes noires en permanence...) et les précieux ridicules du protocole, croyez-moi, quelles dépenses d'énergie (et de moyens ) inutiles.
 
Voici un billet qui remet les choses en perspective :
http://www.philippebilger.com/blog/2009/09/un-grand-pr%C3%A9sident-.html

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 12:04

Le dernier envoi de Jacques Lenain, ce fonctionnaire français qui avait fait forte impression lors de la réunion dite « des Etats généraux de la Wallonie » à Liège en mai dernier où il avait présenté son analyse des hypothèses possibles de réunion de la Wallonie à la France suscite bien des remous dans ce qu’il faut bien appeler le microcosme des néo-réunionistes (lire les billets et les commentaires ICI et ICI). Adressé sous forme de lettre ouverte au président du RWF et le refus de prise en considération par ce dernier (ou plus précisément les prétextes qui sont donnés…qui, dois-je vous dire ne m’étonnent guère, connaissant ses méthodes… de communication et de gestion des hommes qui n’ont pas varié depuis son œuvre de destruction du Rassemblement Wallon) déstabilisent jusqu’aux ultras les plus pointus dont je viens de découvrir le forum de discussion.

 

Certains en viennent même maintenant tout à coup à trouver des vertus à une approche moins radicale de celle qui est défendue par leur gourou. C’est toujours une bonne chose que de sortir d’une logique où on s’interdit de penser par soi-même... A noter cependant que le résultat risque bien d’être une atomisation encore plus importante du mouvement de libération (osons les mots !) des « Peuples de Wallonie » (comme l’aurait écrit Michelet). Mais je ne veux pas préjuger de l’avenir à court terme.

 

Cette analyse – en tous cas les extraits que j’en ai lu – si elle est rationnelle ne me paraît pas suffisante pour entraîner une large adhésion, hors les déjà convaincus de la solution française.

C’est qu’il faut davantage prendre en compte des aspects plus psychologique et donc moins rationnels. Ceux-ci sont liés au vécu personnel et à l’histoire des engagements des individus quand ce n’est pas le résultat de 178 ans de propagande anti-française essayant de prouver que la Belgique avait préexisté de tous temps... pour devenir le « rempart de l’Europe contre la France ».
 

Comme l’écrivait Fustel de Coulange (Revue des deux mondes, 27 octobre 1870) : « Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple quand ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs, d’espérances ».

 
Il me semble qu’avant d’envisager ensembles un choix d’avenir, nous, les Wallons, devons changer au préalable le regard porter sur notre Histoire. Histoire davantage subie que choisie. Se réapproprier son passé, la chose est psychologiquement difficile, mais indispensable.

« Se rendre compte de la nocivité du cadre belge » et « se rendre compte que les Wallons ne sont pas responsables de la situation dans laquelle ils sont ».

Advenue cette prise de conscience, donc la bataille des idées gagnée pour l'essentiel, une volonté commune devrait pouvoir se dégager, et, comme on dit, « là où il y a une volonté, il y a un chemin ».

Pour beaucoup, la disparition de la Belgique est (et sera) considérée comme un échec. Psychologiquement, ils ne sont pas capables d’entendre toutes les excellentes raisons pour lesquelles ce pays ne marche pas et qu’il faut s’en choisir un autre dans l’impossibilité de réformer celui-ci. Dans ce cadre, les arguments les mieux étayés ne serviront qu’à convaincre davantage ceux qui le sont déjà.

Il faut plutôt accompagner les opposants, les rassurer, les faire évoluer. Les engagements politiques s’apparentent souvent à des croyances (oui, quasi religieuses !), et on sait que ces dernières sont difficiles à déstabiliser. Quels arguments Lenain oppose-t-il aux tenants de l’indépendance par exemple ? En dehors d’affirmations « qu’on peut démontrer, de manière argumentée, l’inanité de ces projets indépendantistes », mais qui ne tiennent pas compte des sensibilités de ces mêmes indépendantistes quand par ailleurs ces arguments ne sont pas énoncés ? Or, pour en côtoyer, en dehors de quelques très rares « intégristes radicaux », la majorité de ceux-ci se compose de gens sincères et ouverts à la discussion. Mais évidement les propos provocants ne peuvent que bloquer tout débat. Une caractéristique commune aux (vrais) rattachistes et aux (vrais) indépendantistes (parmi lesquels je classerais les régionalistes qui choisiront l’une ou l’autre option et sont en position d’attente), c’est leur extrême émotivité et la puissance des filtres liés à leurs croyances. Ceux-ci sont à la hauteur de leur engagement. Un mot, une phrase interprété ou interprétable et c’est une cause de désaccord.  Pensons-y !

 

Le refus des indépendantistes de participer et d’apporter leurs arguments dans le recueil d’informations à charge et à décharge sur les différentes possibilités d’avenir qui était une des ambitions de la démarche qui était destinée à alimenter la réflexion et que nous destinions à ceux qui réuniraient vraiment les Etats généraux de la Wallonie tient de cette logique de méfiance. Ils ne sont pas seuls responsables de ce que je considère comme une erreur, nous en portons tous la faute.

On ne s’écoute plus assez dans le Mouvement wallon. Les rejets se font davantage sur les personnalités (les personnes !) que sur les idées. C’est fort regrettable et particulièrement inefficace. Pourtant, on ne pourra pas faire un jour prochain l’impasse de débats argumentés sur les choix d’avenir.

 

Tout en respectant ceux qui pensent différemment – on me l’a suffisamment reproché ! -  je suis évidemment rattachiste et ce depuis bien avant la création du RWF. Je n’ai donc eu aucun problème dans le passé à utiliser des « propos définitifs » tant qu’il s’agissait de maintenir en vie une option jugée lointaine si pas utopique. Mais je considère maintenant que le temps de la rupture semble plus proche (*) et que l’idée de la réunion n’est plus considérée comme irréaliste, qu’il faut sortir des propos simplistes ou catégoriques. A côté des « propositions Lenain » parfaitement estimables et très bien documentées, il faut ajouter une autre solution qui serait plus souhaitable (dans le sens plus simple à faire accepter) dans un premier temps. Vous qui me lisez, vous savez que je plaide pour une confédération France-Wallonie ? Constitutionnellement, elle est tout aussi réalisable et respecterait les différentes tendances qui déchirent actuellement le mouvement wallon. (Enfin, je pense surtout aux Wallons, indépendantistes, régionalistes et rattachistes sincères (ceux qui ne souhaitent pas simplement "devenir français par haine de leur peuple et de leur condition de Wallons"...). Cette approche Respecterait les sensibilités et évolutions récentes des deux parties. Et pourrait même séduire les futurs nostalgiques de la Belgique.

 

En conséquence, je rejoins complètement Lenain quand il termine son plaidoyer par : « La France ne pourrait être satisfaite de devoir intégrer un jour de nouveaux français, Wallons et Bruxellois, dont la majorité le serait devenue à regret, parce que rendue malheureuse par l’imposition d’un statut négateur de leur passé et de leur identité ». Je ne dis rien d’autre depuis un bon moment déjà sur ce blog.

 

Enfin, je ne pense pas que la direction actuelle du RWF soit sincèrement ouverte à la possibilité de l’éventualité d’envisager (et je pèse mes mots) un débat interne (**), ni surtout à une mise en question de ce qui est plus un dogme qu’une doctrine, et certainement ni un projet, ni un programme, ni encore une stratégie. Leur message est plus axé contre l’existence de l’ancien Etat Belgique dans lequel ils intègrent la Région wallonne - sans autre forme de procès -  pour ses défauts et les prises de position de la Flandre qu’en faveur de la France et des conditions favorisant la réunion. Cette dernière y est même idéalisée jusqu’à la caricature. Comment y croire ? Comment mes compatriotes wallons qui - grâce aux médias - y suivent toutes les aspects de la vie quotidienne pourraient-il se retrouver dans cette vision de la France qu’ils savent arrangée et donc largement fausse ? Quant à ce « devoir de rassemblement » que se serait donné comme « tâche statutaire » le RWF tel que l’écrit l’auteur de la lettre. je reste rêveur...

 

Mais nous verrons bien. Quel que soit l’objectif, ce courrier a eu le mérite de susciter une amorce de débat en dehors des cercles d’initiés. Que ce ne soit qu’en dehors des instances officielles du RWF n’est pas une mauvaise chose. Le débat sur le rattachisme ne doit pas être la chasse gardée d'un groupe fermé.

  

Je serais curieux de lire les passages de son analyse consacrés à « l’inanité des projets indépendantistes ». Je suis certain que j’y retrouverai probablement des arguments que je partage et que même les indépendantistes utilisent, mais ce point de vue, cet éclairage différent d’un « Français de l’intérieur » m’intéresse.
Parce que restons réalistes à défaut d’être rêveurs. Il est ridicule de dire comme certains d'un Etat quel qu’il soit, qu'il n’est pas viable. Prenez n’importe quel morceau de la surface de la planète, entourez le de frontières, baptisez le « Nation ou encore « Etat » et il existera si ses habitants le veulent vraiment. Les exemples sont multiples. Maintenant, évidemment, les conditions de vie, les conditions économiques seront peut-être changées. Mais ça, c’est un autre aspect qui n’a rien à voir avec la viabilité, notion finalement assez relative quand on compare les PIB des différents états du monde. Il faut savoir ce que l’on veut.


(*) La déroute des finances publiques fédérales devrait être un nouveau puissant facteur d’évolution…
 
(**) Il est piquant de lire dans son ouvrage « Splendeur de la Liberté », Paul-Henry Gendebien écrire : « La démocratie, quant à elle, accepte le droit à la différence, elle reconnaît et même encourage le divers et le multiple (...) Mais sans différences, l'échange n'a plus lieu. S'il n'y a plus rien à échanger, donc à comparer et à recomposer, alors la civilisation végétera et régressera. 
»

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 05:47

La chute des feuilles en automne (apoptosis en grec) a donné son nom à un terme scientifique en médecine, l’apoptose qui correspond aux phénomènes qui conduisent normalement à la mort « en douceur » ... une autodestruction cellulaire (on parle également de mort cellulaire programmée) en réponse à un signal (interne ou externe).

Ce mécanisme permet à l'organisme de se débarrasser des cellules qui ne lui sont plus nécessaires.

 

On le sait, la division du pays en communautés flamande et française est l’aboutissement logique du long combat d’émancipation culturelle (combat justifié) du peuple flamand contre sa bourgeoisie francophone, alliée de la bourgeoisie capitaliste (au double sens de capital financier et de capitale politique) belge qui avait préalablement centralisé entre ses mains les richesses de la Wallonie en utilisant au mieux de ses intérêts l’institution Belgique.

 

Très rapidement, la communauté française a vu son qualificatif et sa référence « français » muer dans les discours en « francophone » avec comme dernier avatar non dénué d'arrière-pensée, « Wallonie-Bruxelles ».

 

L’usage de ces termes n’est pas innocent. Comme le disait déjà Maurice Dehouse, alors président de l’exécutif wallon (on ne parlait pas de gouvernement au début des années ’80) : «  La poussée vers la régionalisation à deux ne met pas en cause Bruxelles. Ce qui est plus important, et ce qui est nouveau ; c’est qu’elle met en cause la Wallonie. Car le système « simplifié » dont on vante les mérites, en fait soustrait la réalité wallonne. Il s’agit d’une mise en cause de la Wallonie. Si crise il y a, elle portera bien plus là dessus que sur le statut de Bruxelles ».

 

Curieusement, à l’époque, un des promoteurs de cet amalgame francophone incorporant les Wallons et Bruxelles était un… Wallon, François Martou, qui voulait ainsi marquer l’évolution de Bruxelles de ville historiquement flamande (*) à une cité « où l’on parle désormais le français dans la reconnaissance de la mosaïque des peuples et des cultures qui s’y déploient », voulant par là « organiser cette reconnaissance plus facilement au sein d’une région Wallonie-Bruxelles que dans un territoire soumis à l’influence flamande ».  Il faut reconnaître à sa décharge Qu’à l’époque, il était peu certain que la Flandre accepte la forme de régionalisation prévue sous forme de trois régions par la réforme de la Constitution de 1970. On sait ce qu’il en est devenu. Si la région de Bruxelles existe, elle reste aussi la capitale de la communauté flamande… et celle des « francophones ».

 

Martou reconnaissait d’ailleurs faire le jeu de la Flandre en préparant l’adoption de la volonté de fédéralisme à deux de cette dernière : « Si la communauté flamande veut imposer un fédéralisme à deux, autant qu’il soit efficace et démocratique et prenne pour base les deux régions ; Flandre et Wallonie-Bruxelles ».

 

André Patris avait réagi avec virulence à cette proposition d’amalgame. Non à cause d’une quelconque hostilité des Wallons à l’égard des Bruxellois, que du contraire, mais d’un sentiment de différenciation : « Coller aux Wallons l’étiquette de francophones en les assimilant ainsi abusivement aux Bruxellois, les frustrer d’un passé annexé par les laudateurs de l’unitarisme, et par là même consolider la barrière qui sépare le Wallonie de la France, n’est-ce pas le destin permanent des petits hommes qui nous gouvernent ».

 

A l’époque déjà, ce manque d’assentiment se justifiait en plus par des raisons financières. La clé de dotation pour les régions donnait 8,5 % des budgets à Bruxelles tandis qu’en matière communautaire, les Bruxellois bénéficiaient de 11,5 %. Ce n’est évidemment pas la Flandre qui aurait payé la différence…  Evidemment, ce débat fait maintenant presque partie de l’Histoire.

 

J’écris bien « presque » parce que, si la création des régions économiques a permis la mise en œuvre de politique adaptées en matière d’aménagement du territoire, de développement industriel, d’infrastructures, d’action démographiques (et encore, pas tout à fait), etc.. La persistance de l’institution « Communauté française » avec le contrôle des compétences culturelles (dont les medias de communication et l’éducation) a fini par imposer l’usage du terme générique francophone justifiant par là les pires craintes d’André Patris. L’amalgame dénoncé au début des années ’80 n’a pas fini de causer des dégâts.

 

Les différences culturelles font en effet partie du patrimoine immatériel de l’humanité. . Les spécificités culturelles, de quelque part du monde qu’elles viennent, méritent d’être conservées. Et cela vaut tant pour le, pour le joual de Montréal ou pour le ch’ti que pour sicilien des polars de Camilleri que pour le yiddish par exemple. Sans pour cela prôner un retour des langues endogènes ou dites naturelles sur le devant de la scène, à l’instar de ce que nos voisins grand-ducaux ont obtenu pour le luxembourgeois, devenu en 1984 « langue nationale » par une « loi » rédigée en français ( !). Ils avaient évidemment des raisons politiques locales que je ne jugerai pas. Il y a bien aussi un projet de créer un wallon passe-partout pour l’ensemble de la région… les Wallons sont de culture française et cela leur suffit.. Pour moi, mon langage vernaculaire maternel c’est le wallon de mon village – que je parle encore presque couramment – qui joue ce rôle. Quand je rentre dans la famille, je reçois l’accent comme on reçoit des odeurs d’herbes sur un marché provençal. C’est l’accent de ma mère, celui de chez moi qui malheureusement n’accompagne plus guère des discours en wallon. Les jeunes du cru ne connaissent que quelques insultes bien senties. Regrettable, mais c’est ainsi, avec l’acquisition du français, il y a déjà quelques siècles, nous avons fait un grand pas en avant vers l’universel.

 

La langue endogène, « le dialecte», rattache à un coin de terre  (allons, osons le mot ! Une petite patrie!). Sans rapport avec le nationalisme. C’est un rattachement est avant tout d’ordre sentimental, et n’implique aucun débordement politique. C’est prendre plaisir, pour moi, à savourer la « dorée au stoffé » de mon enfance ou une « târte al’djote » de ma commune d’adoption tout en appréciant, en goûtant par ailleurs et en même temps les différents d’accents français du reste de la Wallonie ou de France. Parce qu’on est toujours de quelque part, et si le monde d’aujourd’hui nous rend presque tous de plus en plus cosmopolites, il n’est pas mauvais de pouvoir disposer d’un point d’ancrage Ce point d’ancrage, c’est notre langue française. Sans quoi, nous risquons tous de n’avoir plus à notre disposition que cet anglo-américain de second rang qui s’insinue avec une force croissante dans les pratiques de communication.

 

On ne dira jamais assez l’effet pernicieux de l’existence de cette « communauté française Wallonie-Bruxelles  de Belgique » qui nie les différences sociologiques et linguistiques entre les deux régions. D’autant plus que l’essentiel des instances dirigeantes et donc le contrôle sur les medias officiels se trouve exclusivement dans une des deux régions économiques. Cette dernière peut donc imposer ses références culturelles à l’autre. (Pensons à l’usage « naturel et sans questionnement » lors des émissions de la télévision officielle de mots aussi abscons que « brol » ou Stoemp » par exemple). Et parmi ces références, influence flamande (besoin de vendre à cette communauté, quand ce n’est simplement pas de plaire), intégration européenne et multiculturalisme (en réalité multi communautarisme) obligent, la recherche d’un idiome « neutre » (quand ce n’est pas l’invention d’une déformation malheureuse comme « BOZAR » pour qualifier le Palais des Beaux-Arts)… Que font les ministres qui ont en charge la culture ?

 

Longtemps après les regrettés Joseph Boly et Joseph Hanse, défenseurs acharnés de la langue française contre ce qu’on appelait déjà l’invasion des anglicismes, il faut bien constater que la vogue de l’anglais ne cesse de dénaturer la communication et nos références. Une langue n’est pas seulement un moyen de communication, c’est aussi et surtout un système de construction de la pensée. Le français est tout aussi capable que toute autre langue de produire des idées profondes et rigoureusement élaborées. Pourquoi le négliger ?

Je ne m’élève pas ici contre l’usage de la langue anglaise. Je dis que cet usage ne procède pas d’une prétendue supériorité linguistique. D’ailleurs, quand on se retrouve dans un contexte anglophone : le français, certes, n’est guère prisé des unilingues anglo-saxons, qui ignorent même qu’il puisse exister d’autres langues que la leur. C’est cette ignorance qui explique également (pour faire simple) leur influence surdimensionnée aux plus hauts niveaux de décision de l’Union européenne. Ils sont en effet, les seuls à se comprendre et à imposer leurs points de vue puisqu’il y a finalement autant de façon de parler l’anglais qu’il y a de locuteurs.

Mais quand on s’exprime dans un milieu essentiellement de langue française, est-il légitime de l’imposer à ses auditeurs ? Peut-on penser qu’il ne s’agisse tout bêtement que d’être dans le vent, de « s’accorder au sens de l’histoire » et de la mondialisation (les derniers événements financier montrent bien toutes les limite de celle-ci…) ou d’une prétendue supériorité linguistique ? Ou est-ce simplement un effet induit d’une volonté d’acculturation liée à l’existence (et à la survie) de l’institution « communautaire » puisque celle-ci est composée de deux communautés au moins.  Georges Désir qui fut un député-bourgmestre de Bruxelles (ou plutôt de Woluwe quelque chose) faisait remarquer que « les Bruxellois ne sont plus ni Wallons, ni Flamands, même si lors de leur installation dans l ’agglomération, leur famille provenait de l’une ou l’autre province du Sud ou du Nord ». Le slogan de son parti dans les années 70-80 n'était-il pas « Bruxellois, maître chez toi » ?

 

Francophone dans ce pays, c’est être ni Wallon, ni Français ce n’est même plus s’exprimer en français. C’est reproduire un des aspects les plus sournois de la propagande centralisatrice et différenciatrice (vis-à-vis de l’étranger et particulièrement de la France) belge. Un nationalisme larvé qui n’ose pas dire son nom. Une machine à laver les cerveaux. Préparer cette monstruosité que serait l’Etat Belgique continué avec des citoyens culturellement indifférenciés. Pour ne pas dire acculturés.

 

André Paris l’avait bien dit, rappelons le : « … consolider la barrière qui sépare le Wallonie de la France, n’est-ce pas le destin permanent des petits hommes qui nous gouvernent ».

 

(*) Un des plus fervents défenseurs du « belgicanisme continué » comme José-Alain Fralon a écrit dans « Le roman de Bruxelles » que celle-ci est une ville flamande parlant français… Même s’il a nuancé son propos par la suite en précisant que « s’il faut tenir compte du caractère flamand de la ville, je pense que le jour où la Flandre sera indépendante, les Flamands n’auront aucun droit à revendiquer un quelconque pouvoir à Bruxelles ».

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:35

Titre choquant pour beaucoup ? Mais il faut parfois jouer du paradoxe pour faire avancer les choses.

Ce traitement, c’est pourtant ce qui se ferait dans un Etat normal…

 

Un exemple, l’offre de transport en Wallonie.

 

Certes, dans les grands dossiers de mobilité, la Wallonie a rattrapé son retard – avec ses propres moyens depuis la régionalisation – mais les résultats restent bien fragiles.

Il reste des points faibles, par exemple, la mise en oeuvre lente des plans de déplacement et de stationnement dans les grandes villes, même si les collèges échevinaux en font une priorité.

 

Il y a surtout le problème de la SNCB avec le financement des travaux du TGV. Si on peut accepter qu'il y ait une clé de répartition entre les régions, la part wallonne intègre forcément le financement global du TGV. Or, la plus grande partie des emprises est en Wallonie, mais le TGV ne va transporter que 20 à 25 pc d'habitants de la région. En attendant la Wallonie aura payé à 100 pc alors qu'il aurait fallu logiquement le mettre hors de la clé régionale.

Par ailleurs, il est certain que la Wallonie va se retrouver en 2010 dans une situation comparable à celle qui prévalait lors de la régionalisation des travaux publics en 1988. C'est clair qu'il ne faut pas se précipiter tête baissée dans la régionalisation de la SNCB. La question est de savoir ce qu'on entend par régionalisation. La Wallonie aurait intérêt à ne régionaliser les infrastructures dans un premier temps puisqu'à ce moment les utilisateurs (Thalys, Eurostar) devront payer une redevance de passage. Ainsi elle rentabiliserait ses investissements en infrastructures…

 

Le mode de fonctionnement de la SNCB est surdéterminé. Les Flamands renforcent ce qui marche bien, notamment en bord de mer et autour de Zaventem. Logique quand on pense que dans le plan décennal, ils ont aligné des études pour expliciter les besoins jusqu'à 2010 de Zaventem, d'Anvers, de Zeebrugge. Par contre l'analyse du plan ne révèle qu’une petite croissance de 2 à 3 pc… pour la Wallonie. Certes, il y aura peut-être quelques miettes de retombées du développement de Zeebrugge… et on pourrait toujours espérer  qu'un jour il y aura une saturation des zones économiques flamandes pour qu'il y ait un débordement chez nous. Mais on ne peut pas simplement baser le développement de la Wallonie sur le trop plein des autres.  

Je parlais récemment des projets de développement économique de Bruxelles, c’est un peu pareil…

Tant que nous restons dans le cadre belge, il est malheureusement difficile d’espérer autre chose…

 

Si nous étions dans un vrai pays, il y aurait une démarche comme en Allemagne. Il aurait été ainsi souhaitable que la Wallonie soit traitée comme l'Allemagne de l'Est. Quand l'État fédéral allemand dépense 1 euro dans l'ex-Allemagne de l'Ouest (RFA), il sort 2 euros pour l'ex-Allemagne de l'Est (RDA). La démarche est totalement inverse dans la mentalité flamando-belges et dans les instances restées fédérales comme la SNCB où on suit dans l'ordre. Ce qui est regrettable du point de vue wallon, c'est qu’on ne fait toujours pas cette analyse (ou bien on n’ose pas en parler…) quand on connaît la démarche flamande depuis plus de 30 ans. C'est leur peuple le premier, le reste du monde n'existe pas. La Wallonie ne peut pas suivre dans les mêmes conditions puisqu'elle a dû d'abord quitter une position historique où elle a permis à la Belgique d'accéder au stade de 2ème puissance économique du monde en négociant durement les quelques compétences qui l’intéressaient en priorité quand cette position qui lui a permis d’être généreuse a disparu. Trop tard.

Mais il y a encore du chemin à faire.

Heureusement, il semble que le gouvernement wallon devienne un peu plus proactif et vise progressivement aussi une création de rente de situation en développant des plates-formes intermodales.  Il faut aussi penser à mobiliser les universités pour faire des prévisions qui seraient macro-économiquement favorables pour la Wallonie. Pas seulement dans le domaine des transports.

Bien sûr, ceci n'est pas nouveau, on retrouve déjà dans le programme du Rasemblement wallon en 1968 (!) cette phrase : « la proposition de création d'une Société Wallonne pour l’Infrastructure et une Société Wallonne de Transport chargée d’assurer l’intermodalité »

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 06:37

C’est la rentrée scolaire. Le but de l’enseignement est de permettre au jeunes ; mais aussi aux autres, d’être moins démunis face à un monde de plus en plus compliqué (en tous cas décrit comme tel).

Au même titre que pour la santé individuelle, au niveau de la société je dirais certains livres font figure de remède en matière économique. Ils devraient être remboursés pour leur utilité. Ils devraient être mis au programme dès l’entrée en secondaire.

 

Extrêmement didactique et pédagogique, le livre « l’économie au service des gens » permet de comprendre en terme simples les nuances des doctrines et théories économiques, du fonctionnement de l’économie capitaliste (mais pas seulement…). Un bel essai de vulgarisation à l’usage de tous pour comprendre la crise que nous vivons.  Yves de Wasseige présente deux vertus qui ont souvent manqué à la gauche, comme Michel Rocard l’a souvent noté : la culture économique et la compétence technique. Il les combine avec sa générosité sociale et son honnêteté intellectuelle.

 

Dans un tout autre style, mais assez complémentaire sur le fond, sauf peut-être pour les remèdes à appliquer (et encore !), les sept péchés capitaux du capitalisme : « The seven deadly sins of capitalism » (le livre n’existe encore qu’en anglais…) se lit très facilement et est assez jubilatoire par son style incisif et particulièrement documenté. Bourré d’exemples à l’appui de la démonstration. 

Et pour ne pas que mes visiteurs et lecteurs croient que j'ai introduit un « cheval de Troie » anglo-saxon dans leur univers  franco-français, je me permettrai d’ajouter que l’auteur est né et a grandi à... Charleroi. Il écrit en anglais parce que c’est devenu sa langue (de travail et plus) depuis longtemps, que c’est devenu la lingua franca dans de nombreux domaines (comme le latin l’est resté dans certaines sciences), et que son audience s’exprime majoritairement dans cette langue. Cela ne signifie en rien un quelconque dédain pour notre belle langue française ! Au contraire.

 

Leur rapport au capitalisme est donc assez différent, il est assez intéressant de constater une convergence certaine en termes de diagnostic entre des auteurs d’orientations professionnelles différentes. Yves de Wasseige (ancien sénateur Rassemblement wallon) et Francis de Walque (syndicaliste) qui signent le premier sont militants engagés dans l’action sur le terrain, Mike Guillaume, auteur du second, est le patron d’une firme anglo-américaine spécialisée dans l’analyse des rapports de société et un observateur de « l’économie en pratique ».

 

Bref, deux ouvrages érudits, accessibles et documentés. Par leur contenu, deux excellents antidotes à la pensée unique. Des clés pour ne pas mourir idiots…
 

Yves de Wasseige qui la présida et Michel Guillaume ont été membres de la Commission économique du Rassemblement wallon.
 

- L’économie au service des gens ; Yves de Wasseige - Francis de Walque : Editions « Couleur livre » http://couleurlivre.be - 16 €

 
- The seven deadly sins of capitalism ; Mike Guillaume Publié par l’auteur :
http://www.mikeconomics.net - 20€

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Published by Claude Thayse - dans Coup de coeur
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 22:08

Comme chaque année, le pèlerinage de l'Yser (Ijzerbedevaart), rassemblement annuel du mouvement flamand modéré, s’est tenu ce dimanche.

La presse francophone fait mine de s’inquiéter des propos qui ne sont parfois que de bon sens comme la suppression des élections fédérales, mais surtout de la présence de politiciens flamands importants lors de cette manifestation.

 

Dame, c’est que l’évolution péjorative de la Belgique a de quoi alimenter les pires fantasmes. Pas de quoi rassurer ceux qui veulent « laver plus belge » comme les instances dirigeantes de la RTB(f) qui ont annoncé au cours d’une grande fête que « leurs programme seraient encore plus belge » désormais. Diable, ça promet…

 

L’inquiétude est d’autant plus grande que les partis radicaux, ouvertement indépendantistes (ou, en tous cas, ceux présentés comme tels), attirent plus de 30 % des électeurs flamands. Et que l’un d’entre eux participe au gouvernement de la Flandre.

 

Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?  Comme souvent, l’Histoire nous éclaire.

 

Si depuis 1830, un mouvement d’émancipation contre la bourgeoisie francophone se développait en Flandre, ce n’est qu’à partir de 1880 que le mouvement flamand prend son essor. D’orientation essentiellement culturelle et linguistique, il n’accordait que peu d’intérêt aux questions économiques. Ce qui n’a pas duré, la bourgeoisie flamande ayant très rapidement compris l’intérêt de lier revendication culturelle et indépendance économique pour s’émanciper de la bourgeoisie francophone (et donc aussi flamande, mais s’exprimant en français) centralisatrice et concentratrice. Permettant ainsi un rapport spécifique entre les forces sociales fort différent de ce qui s’était passé en Wallonie depuis le XIXème siècle.

En Flandre dès l’origine du processus d’industrialisation l’économique est directement lié à la revendication culturelle, permettant le développement d’un sentiment d’appartenance au peuple flamand. C’est fort différent de la Wallonie où conséquence de l’antériorité et des luttes, l’appartenance s’exprime par rapport aux classes sociales. (*)

 

Les histoires des régions sont différentes, l’adversaire du peuple flamand n’est pas sa bourgeoisie, mais la bourgeoisie francophone et tous ceux qui en parlent la langue. En conséquence, il n’y aura que peu d’affrontement entre classes sociales à l’intérieur de la communauté flamande. Le conflit social fondamental, originel, est un conflit de communauté à communauté. L’adversaire est extérieur. (1)

 

Pour légitimer cette stratégie, la bourgeoisie flamande regroupée au sein du V.E.V. va favoriser l’adhésion des forces sociales à cet enjeu politique. (2) Les intellectuels flamands et le bas-clergé s’en sont fait les relais favorisant un antisocialisme par l’émergence d’une démocratie chrétienne plus propice à défendre des objectifs combinant à la fois une politique sociale modérée basée sur le respect de chaque classe sociale et surtout la défense culturelle du peuple flamand et donc, le contrôle de l’économie en faveur de celui-ci.  Une politique quelque peu populiste en quelque sorte. Stratégie qui va être développée et mise en application avec succès puisque poursuivie depuis sans discontinuer. Les récentes déclarations de Chris Peeters en faveur de plus d’autonomie économique et institutionnelle vont dans ce sens.

 

On comprend mieux pourquoi on voit cohabiter au sein des partis flamands et particulièrement le plus puissant d’entre eux, le parti catholique (devenu depuis CVP et ensuite CD&V) des tendances que tout aurait du opposer mais pour lesquelles la revendication culturelle (communautaire) est un puissant ferment d’unité au-delà des divisions sociales. D’ailleurs, lors de l’introduction du suffrage universel (et depuis !), rares ont été les politiciens flamands qui se seraient déclarés « anti-flamands ». Là où de nombreux politiciens wallons (les bruxellois, c’est normal…) se sont plus volontiers déclarés et ont agi en « belges » (au sens « internationaliste » qu’on peut maintenant donner à ce terme, favorisant les visées du mouvement flamand)…

 

A côté de ces partis traditionnels, largement acquis au programme du mouvement flamand, s’opposent des partis clairement nationalistes. C’est le début de la division entre minimalistes (ou modérés) et maximalistes (ou radicaux).

D’ailleurs, dans un souci d’unité de la lutte d’émancipation, un programme minimum a été élaboré en 1918 et proposé aux partis traditionnels avec l’assurance d’un soutien électoral :

- Flamandisation de l’Enseignement, de la Justice et des administrations publiques sur le territoire flamand ;

- division de l’armée en unités wallonne et flamandes ;

- réorganisation linguistique de l’administration centrale selon l’équilibre linguistique des régions.

Face à cette tendance majoritaire, diverses formations revendiquent des réformes institutionnelles plus radicales. Mais, même minoritaires, elles ont toujours eu une influence évidente sur l’électorat.

 

Les minimalistes majoritaires préférant une conquête progressive du pouvoir (3) au sein des structures existantes pour contrôler la décision politique et l’infléchir progressivement et durablement en faveur de la Flandre. (4)

 

On le voit, cette opposition entre minimalistes et maximalistes n’a jamais porté sur le processus d’autonomisation ou de prise de contrôle par la Flandre des leviers du pouvoir en Belgique à son profit mais sur la stratégie à suivre pour réaliser cette autonomie. La Flandre pourrait d’ailleurs se satisfaire de cette autonomie de gestion de l’ensemble belge par elle seule. Plus besoin alors de la revendication d’indépendance qui serait toujours le fait de partis minoritaires comme ça a été le cas depuis 1860… Heureusement le fédéralisme - revendication wallonne - nous en protège un peu tant qu’on ne cherchera pas un retour en arrière.

 

Ce billet n’est évidemment qu’un résumé de quelques faits historique et est forcément incomplet.
Notons simplement que la persistance de la revendication culturelle au sein des partis de la tendance minimaliste a eu pour effet de contenir la poussée nationaliste tout en consolidant (exacerber) l’identification flamande autour de l’opposition entre les communautés.  
Il est intéressant aussi de constater que les Flamands que l’on présente comme « sage et responsables » aujourd’hui (Martens, Dehaene, Eyskens, Van Rompuy...) ont tous été maximalistes dans leur jeunesse et dans la première moitié de leur vie politique (5) et malgré leur engagement dans des partis minimalistes ont bien pris leur part dans la conquête flamande. Béatrice Delvaux (dans son édito au journal « Le Soir » de ce lundi 31 août) que la présence d'Herman Van Rompuy au fédéral rassure… devrait le... méditer (?) Ils ont passé le relai à d’autres qui continuent le même combat et le pousseront plus loin.

 

Ecoutons donc bien attentivement  tout ce qui se dit dans la plaine de l’Yser. Les maximalistes de la cause flamande d’aujourd’hui sont les minimalistes de demain et les sages d’après demain. Le renouvellement est assuré. Il n’y a pas d’illusion à se faire. 

Je suis prêt à parier que dans quelques année, Bart De Wever qui est voué aux gémonies par les belgicains d' aujourd'hui sera considéré comme un sage, un homme d'Etat capable de sauver la Belgique. En atendant, il aura fait progresser la cause flamande et aura pu passer la main.
 

La seule façon de nous en sortir, c’est l’autonomisation de la Wallonie par rapport à la Belgique. En sortir. Et vite !


M. à J. : Un excellent billet sur le blog "Liège-France" du 1er septembre. 

 

(*) Il faudra bien en finir un jour avec ceux qui propagent et entretiennent à l’envi le « culpabilisme historique des Wallons » qui n’ont jamais dominé la Flandre mais ont été les premiers à souffrir d’un capitalisme industriel débridé à l’époque où la Flandre était encore essentiellement rurale.

 

(1) « Nous devons avoir conscience que notre organisme doit aider effectivement à l’émancipation morale et matérielle de notre peuple… Nous désirons (…) que la puissance économique qui jusqu’ici se trouve encore en grande partie entre les mains de nos adversaires, passe lentement mais sûrement entre les mains de Flamands convaincus et conscients, qui l’emploieront à revigorer et fortifier la communauté flamande ». (Lieven GEVAERT, discours inaugural du V.E.V.)

 

(2) Et peu importe finalement que derrière cette façade se dissimule une concurrence entre deux fractions de la bourgeoisie industrielle de l’époque (capitaliste francophone, belge centralisatrice, et industrielle flamande, la seconde ne souhaitant pas être absorbée par la première comme ce fut le cas de la bourgeoisie industrielle en Wallonie, perdant ainsi toute possibilité de réaction face aux nouveaux enjeux. Une des causes premières et lointaine de ce que Michel Quévit a décrite dans son livre : « les causes du  déclin wallon ». Dans la première partie, si je ne m’abuse).

Cette référence populiste a favorisé la cohésion sociale et a donc a donc permis le développement de relations sociales non-conflictuelles (ou, en tous cas rares) à l’intérieur du territoire flamand. Tout en donnant une légitimation sociale à la lutte contre la bourgeoisie francophone dans un premier temps contre tout ce qui parle français par la suite. C’est l’origine du « conflit communautaire »… Qui viendra encore dire, face à ces conséquences économique que « le communautaire, c’est un faux problème » et « qu’il faut s’occuper des vrais problèmes » ?

 

(3)Avec leurs alliés francophones, ces minimalistes vont ainsi consolider la logique de la centralisation institutionnelle.

 

(4) Mais on sait que ça s’est fait rapidement - et brutalement, j’y reviendrai un jour - induisant en retour une réaction d’auto-défense du mouvement wallon qui aboutira péniblement à la régionalisation.

 

(5) Van Rompuy en 1979… :

- « La survie de la Belgique a pour nous moins de valeur que le sort de centaines de milliers de Flamands qui devront construire demain leur avenir… » On dirait du Leterme, quasiment mot à mot.

- « Ce n’est un secret pour personne que les groupes de travail du CVP (sur la réforme de l’Etat) sont arrivés à la conclusion que seule une autonomie politique et économique très poussée permettra à la Flandre d’assurer sa prospérité à venir ». (Bart de Wever est un modéré à côté)

- A propos de Bruxelles pour ceux qui s'y font encore des illusions : « avant toute négociation, la Flandre exige la limitation de Bruxelles aux dix-neuf communes, la fusion de toutes les communes bruxelloises et une gestion paritaire… avec un statut spécial » et « La périphérie, ce n’est plus à discuter ; une des causes majeure de l’échec du pacte d’Egmont était le droit d’inscription ; aujourd’hui, on n’en parle plus ; les francophones ont compris… » Là aussi, l’histoire se répète… Avec une constance remarquable.

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Published by Claude Thayse - dans Actualité
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 12:08

Il est parfois utile d’aller voir ce qui se passe ailleurs...
Avez-vous déjà entendu parler de la
« Business Route 2018 for Metropolitan Brussels » (à vos souhaits !)?

Cette plate-forme née de l'initiative des trois organisations patronales Beci-UEB (Bruxelles), Voka-Comité Brussel et l'Union Wallonne des Entreprises (UWE), avec le soutien de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), cette feuille de route présentée début avril vise à doper le dynamisme économique de Bruxelles et de sa grande périphérie, en ce compris certaines régions des provinces du Brabant flamand et du Brabant wallon. Au total, le « grand Bruxelles » ainsi délimité s'étend sur 35 communes et compte une population de près de 3 millions d'habitants.

Ces gens ont compris que l’attirance économique d’une ville est liée à son impact culturel et relationnel. C’est ainsi que parmi les projets il est prévu de fonder un musée d'art contemporain à Bruxelles, sorte de phare architectural et culturel, créant un effet "Bilbao-Guggenheim" à l'instar du musée qui a mis la cité basque sur les cartes touristiques. Doter Bruxelles d'un centre pour les médias de "calibre international" et de programmes d'études de haut niveau sur l'Otan et les affaires européennes ou encore fonder un centre d'accueil des Bric (pour Brésil, Russie, Inde et Chine) afin d'encourager les entreprises de ces pays à forte croissance à s'installer dans la ville. Plus curieusement (mais c’est aussi une certaine forme de culture, ou en tous cas, ça fait parler de la ville) l'organisation à Bruxelles lors de la prochaine décennie d'un « événement planétaire » (sic !) comme la Coupe du monde de football… (Enfin si d’ici là la Belgique existe encore…)

 

Il est tout à fait normal qu’une ville cherche à développer son attirance économique en se faisant connaître par des organisations ou des constructions de prestige qui la rende séduisante. Les villes wallonnes qui, grâce à la politique économique de la Belgique, ne sont plus des pôles de développement devraient sérieusement y réfléchir et s’en inspirer. Quitte à bousculer un peu les opinions publiques. Pensons aux ratages que sont le non-achèvement de l’environnement de la gare Callatrava à Liège ou le refus du projet de l’architecte Botta de construction du nouveau Parlement wallon en bord de Meuse à Namur…

 

Maintenant il s’agira également d’être vigilant. Cette plate-forme est un bel outil de développement économique pour Bruxelles. Espérons que ces retombées pourront profiter aux régions des Brabant flamand (là, je n’ai aucun doute…) et du Brabant wallon impliquées. Et surtout ne pas tomber dans le piège de confondre hinterland (qui est une notion économique) et région politique en utilisant ce projet à des fins bassement politiques pour ramener les projets d’annexion de communes du Brabant wallon à la Région de Bruxelles.

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 22:04

La presse en a parlé, le Secrétaire d’Etat à la fiscalité environnementale, Bernard Clerfayt (MR tendance FDF), va suggérer une grande réforme fiscale environnementale devant répondre aux impératifs de la crise financière et à la lutte contre les changements climatiques.

Le prétexte est hautement louable. Opérer un transfert de la fiscalité du travail vers la fiscalité de l’énergie, à fiscalité constante et sans « régressivité » (c’est-à-dire, sans conséquence sociale) dans un pays qui taxe trop lourdement le travail en comparaison avec les pays voisins va, en principe dans le bon sens. En tous cas, si nous étions dans un pays normal, ce qui n’est pas le cas.


Cette politique pourrait se traduire, par exemple, par l’augmentation progressive des accises sur le diesel, le mazout de chauffage et le gaz naturel ou encore par l’adaptation ou la création de taxes (éventuellement en fonction du contenu en carbone) ou cotisations sur l’énergie. Si effectivement, il s’agit en fin de compte d’une opération blanche pour les revenus du travail, je ne peux qu’y souscrire.

Dans les termes, on ne peut, en effet, qu’adhérer aux objectifs :

- Renforcer la compétitivité de l’économie.

- Encourager les entreprises à embaucher des travailleurs peu qualifiés.

- Orienter les ménages et les entreprises vers des comportements moins consommateurs d’énergie.

- Donner un signal clair et fort que l’énergie à bas prix n’est pas compatible avec une politique climatique suffisamment ambitieuse.

 

Mais… dans les faits, « on » a surtout parlé d’une augmentation du prix des carburants…


Et dans la réalité, dans ce pays, les ministres étant avant tout les représentants de leur région, je ne peux qu’appeler les élus wallons à la plus grande vigilance parce que ces mesures pourraient fortement pénaliser la Wallonie, son économie et ses travailleurs.


En effet, on sait que Bruxelles (où est élu ce monsieur Clerfayt) pour des raisons de taille (c’est une ville moyenne) et de développement historique (par la concentration due à ses fonctions de capitale belge) a un réseau de transport en commun fort développé. Le recours à des moyens de transport individuels couteux, pour se rendre au travail, comme l’automobile n’y est plus vraiment nécessaire. Et de toute façon, les distances n’y sont pas énormes. C’est aussi la Région qui détient le record du nombre de travailleurs peu qualifiés parmi les demandeurs d’emploi. Cette politique répond parfaitement aux besoins de Bruxelles.


Pour la Flandre qui a modernisé (et continue à le faire) ses infrastructures en accaparant les moyens de l’Etat belge depuis la fin des années 30 (*) et disposant d’une répartition des bassins d’emplois assez homogène sur un territoire plus petit que la Wallonie, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.


Bref, avec un réseau de transports en commun peu dense par rapport aux autres régions et à sa géographie, la Wallonie verra ses travailleurs (navetteurs) pénalisés, parce qu’obligés par la force des choses d’utiliser leur voiture, si nos élus (et les quelques ministres ayant une conscience wallonne… mais euh… qui ?) ne sont pas vigilants.


(*) Dans cette Belgique qui nous veut du bien et qui, aux dires de certains, aurait été dominée par les Wallons, imprévoyants et laxiste, il est intéressant de noter que ce n’est pas depuis la fin de la guerre que le mouvement flamand a fait main basse sur l’économie.

Si on ne commence à compter que depuis la création du V.E.V. (Vlaams Economish Verbond) en 1926, il faut observer que ses représentants (délégués) dans les gouvernements ont détenu la plupart des ministères à incidence économique entre 1929 et 1940 :

- Ministère des Affaires économiques : 75 % de la période ;

- Ministère des travaux publics : 75 % de la période

- Ministère des communications : 50 % de la période

- Ministère des Transports : 50 % de la période

- Ministères de l’Agriculture : 50 % de la période

Les agents économiques de la Flandre se sont ainsi donné la possibilité et les moyens d’infléchir les décisions du pouvoir central dans le sens du développement économique de leur seule région. Et ça ne s’est pas arrangé après la guerre, jusqu’à la mise en place progressive de la régionalisation. On se demande encore comment certains peuvent regretter l’Etat unitaire… Stupidité ou ignorance ?

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 12:10

"Le budget devrait être équilibré, les finances publiques devraient être comblées, la dette devrait être réduite, l'arrogance de l'administration devrait être abolie et contrôlée, et l'aide aux pays étrangers devrait être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite.
Les gens doivent encore apprendre à travailler au lieu de vivre sur l'aide publique."

CICERON,  55 av J.C.

(Merci Alain !)

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Published by Claude Thayse - dans Pour la petite histoire...
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« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

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