Le blogue-notes de Claude Thayse

La presse du régime glose actuellement beaucoup sur l’éventualité hypothétique du départ d’Herman Van Rompuy à une fonction somme toute honorifique et en partie redondante à la tête de l’Union européenne.

 

Certains s’inquiètent. « On voit mal qui pourrait le remplacer… ». C’est que l’homme a jusqu’ici réussi -  temporairement - à maintenir le couvercle sur la marmite en fusion qu’est devenue la Belgique.

Ils ne semblent pas se rendre compte qu’en fin politique, il doit déjà avoir pris la mesure de l’échec inéluctable de sa mission. L’ouverture européenne serait évidemment une occasion irrésistible pour lui. D'où sa prudence.

 

D’autres hurlent en rappelant que l’homme est l’auteur du point de vue flamand su BHV. Point de vue décliné dans une série de propositions de loi : scission sans conditions de l’arrondissement électoral, pas d’élargissement de Bruxelles, pas de nomination des trois bourgmestres « francophones » dans la périphérie flamande bruxelloise s’ils ne respectent pas les décrets flamands. Ils s’opposent à cette nomination au prétexte qu’elle « constituerait un bien mauvais signal donné par une institution fondée sur la liberté individuelle et la tolérance » Euh… On parle bien de l’Union européenne là, non ?

Ne se rendent-ils pas compte que Van Rompuy, soit dit en passant, est paradoxalement susceptible de prolonger l’existence de la Belgie-que en restant premier ministre ?

S’opposer à ce départ, est-ce bien réaliste ? N’y aurait-il pas là derrière un enjeu géostratégique qui dépasse le choix d’un homme pour une fonction ?

Se sont-ils posé la question de savoir pourquoi la France a été parmi les premiers pays à appuyer la candidature de Van Rompuy ? Pourquoi l’Allemagne y est ouverte ?

 

C’est un secret de polichinelle, la déliquescence de la Belgique n’a échappé à personne, même pas aux journalistes de la presse internationale (« The job is done »...). Les responsables politiques des grands pays voisins ne sont pas complètement inconscients au point d’ignorer la possibilité de la partition (ou du moins du blocage institutionnel) de la Belgique. Sans compter l’effet délétère sur le fragile équilibre de l’Euro de l’effondrement de ses finances publiques.  De là à imaginer – rêver ? -  que les puissances riveraines (France, Pays-Bas et Allemagne) soient (enfin ?) prêtes prêts à précipiter la fin de la Belgique en lui prélevant le dernier fusible… Voilà qui me ferait drôlement plaisir !

 

Van Rompuy, « l’orangiste déclaré» de longue date, se faisant douce violence, pourrait ainsi devenir l’élément déclencheur d’un processus doux de démembrement de la Belgique et en même temps, le garant que la Flandre pourrait se plier à un scénario préparé pour elle d’union aux Pays-Bas plutôt que de se choisir un destin de nouvel Etat indépendant dont les partenaires européens ont tout à redouter, ne fusse que pour les complications diplomatiques et institutionnelles qu’il amènerait (*). L’état d’esprit des Wallons en cas de partition est connu, leur choix posant moins de problème, l’intervention d’un fonctionnaire français dans les débats autour de l’Appel à la réunion d’Etats généraux de la Wallonie aurait fort opportunément contribué à continuer à préparer le terrain.

 

Mais, arrêtons de rêver. Tout ça n’est que de la politique fiction.

Et pourtant ? Et si… ?

 

(*) 2010 sera l’année de tous les dangers avec des referenda sur l’autonomie en Catalogne et Ecosse. Et si on y ajoute le risque que fait courir la Padanie à l’Italie…

Mer 4 nov 2009 4 commentaires
Le ciel vous entende!
francolatre - le 04/11/2009 à 17h18
... !
Claude Thayse

Je partage ton analyse. Le départ de Van Rompuy serait une excellente chose. Je ne comprends pas bien pourquoi nos amis bruxellois du RBF signent cette pétition. Je les rassure tout de suite : je suis solidaire de Bruxelles et des Francophones de la périphérie. Je suis plus proche par ma famille de Bruxelles que du Hainaut ou que du Luxembourg. J’ai à Bruxelles sœur, filleul, cousins. J’y ai vécu, j’y ai travaillé 8 ans. Mais les Francophones de Bruxelles et de la périphérie ne doivent rien attendre de la Belgique, quelque soit son Premier Ministre, toujours flamand. Le départ de Van Rompuy peut fragiliser le gouvernement fédéral, faire éclater le pays avec le retour de Leterme et précipiter les choses. Une fois, ce « job » terminé, la France aux portes de Bruxelles posera ses exigences pour les Francophones de Bruxelles et de la périphérie. Les Francophones seront mieux protégés qu’aujourd’hui, avec ou sans Van Rompuy.

 

Il se peut même que la nomination d’un Flamand à la tête de l’Europe soit la pièce maîtresse du grand marchandage ou du « grand jeu » belge pour paraphraser le « grand jeu » ottoman de la fin du XIXème siècle qui se passe en coulisse :

 

1. Etat flamand

2. Principauté bruxelloise à la monégasque associée à la France avec possibilité d’opter pour la nationalité française (on pourrait même garder le Prince et ses 4 enfants pour faire vendre la presse people !)

3. protection des Francophones de Flandre par la France avec possibilité d’opter pour la nationalité française

4. Wallonie française

5. cantons rédimés partagés entre Allemagne et Grand-Duché du Luxembourg…

 

Les points 2 et 3 n’étant possibles que si l’on donne des carottes à la Flandre : la présidence de l’Union européenne et la protection du Flamand comme langue régionale en Flandre française, à Bruxelles bien sûr et dans certains arrondissements wallons…

 

Dans le même sens, j’ai posté sur le blog d’André Schreurs le commentaire suivant :

 

Pour compléter le message précédent, que Van Rompuy soit Président de l'Union européenne ou non ne changera rien pour les droits des Francophones de Bruxelles et de la périphérie. Au contraire de la nomination envisagée, en mai 2009, de Vanden Brande au Conseil de l'Europe, qui aurait eu la mainmise sur l'organe chargé de veiller au respect des minorités. Comme vous, je crains que cette pétition serve plus les intérêts des Francophones de Bruxelles et de la périphérie belgicains que nos amis rattachistes bruxellois qui ont signé la pétition dont je suis pourtant entièrement solidaire.

 

Les Francophones de Bruxelles et de la périphérie ne doivent jamais compter sur la stabilité gouvernementale belge pour être protégés. Tout ce qui aboutira à l'affaiblissement du gouvernement fédéral est bon pour les séparatistes et rattachistes comme nous. Une fois cet "éclatement" de la Belgique consommé, les Francophones de Bruxelles et de la périphérie seront mieux protégés avec une France aux portes de Bruxelles dans un premier temps, et ensuite peut-être même à Bruxelles sous une autre forme à discuter avec les responsables français. Une fois la Belgique éclatée, la France pourra négocier un referendum dans l'ancien BHV pour fixer sa frontière Nord. Rien ne sera donc perdu pour les Francophones même si BHV est scindé.

 

Certains diront que je suis pour la scission de BHV et diront : "Attention à l'uti possidetis". Certes, je connais la question (je l’enseigne à l’ULg même). Mais si en 1992, l'Europe a soutenu la Commission Badinter et l'uti possidetis, en 2010, elle aura compris l'erreur qu'elle fit alors (l’uti possidetis a abouti à 200.000 morts et le déplacement d’un million de personnes). L'Europe rejettera l'uti possidetis en 2010 car elle ne voudra pas commettre la même erreur qu’en 1992. L'Europe exigera un referendum aussi, d'autant plus que de nombreux fonctionnaires européens non belges habitent dans BHV. L'Europe ne sacrifiera jamais sur l'autel d'un uti possidetis hasardeux ses fonctionnaires européens !!!

 

 

Jean-Sébastien Jamart - le 04/11/2009 à 22h16

Je pense que tes amis bruxellois du RBF manquent de recul et sont en permanence dans l'émotion. Eux non plus n'ont pas encore intégré le fait que la Belgique unitaire, c'est fini. Il a bien fallu un siècle au Mouvement wallon pour se rendre compte qu'il y avait deux nations sur un même territoire.
Je peux comprendre qu'ils ne comprennent pas que mes billets ne leur soient pas consacrés et qu'ils pensent donc être abandonnés. Ce n'est pas une question de manque de solidarité. Je pense avoir écrit dans le passé des choses importantes là-dessus, en particulier des cartes blanches au "Soir". Comme ils se trompent également quand ils considèrent la Wallonie comme une région sinistrée parce qu'ils ne la connaissent qu'au travers les médias du régime... ou les écrits de PHG !

De l’émotion à l’intransigeance, il n’y a qu’un pas qui une fois franchi mène tout droit au sectarisme.
Mais tout ça demanderait un long développement.
Ce n'est pas la solidarité des Wallons (qui n'a jamais fait défaut, alors que le contraire reste à prouver) qui pose problème, c'est bien l'association, la confusion, des intérêts. Le tandem "Wallonie-Bruxelles" est un frein pour notre cause. Le système est comme un château de cartes. Sortons la Wallonie de la Belgique et tout v s'accélérer. Les Bruxellois francophones et leurs "extensions périphériques" ont tout à y gagner. Tu le pressens, va jusqu'au bout de ton analyse.
Je pense également que le Droit international n'est pas figé. Comment le pourrait-il ? Il se construit et s'adapte aux situations. L'ingénierie juridique n'a jamais manqué. Dans ce domaine non plus. Le Droit suit les évolutions.

Il faut faire preuve de stratégie, quitte à indisposer ceux qui sont le nez sur le guidon.

Claude Thayse

@ Jean-Sébastien Jamart


Il se peut même que la nomination d’un Flamand à la tête de l’Europe soit la pièce maîtresse du grand marchandage ou du « grand jeu » belge pour paraphraser le « grand jeu » ottoman de la fin du XIXème siècle qui se passe en coulisse :

 

1. Etat flamand

2. Principauté bruxelloise à la monégasque associée à la France avec possibilité d’opter pour la nationalité française (on pourrait même garder le Prince et ses 4 enfants pour faire vendre la presse people !)

3. protection des Francophones de Flandre par la France avec possibilité d’opter pour la nationalité française

4. Wallonie française

5. cantons rédimés partagés entre Allemagne et Grand-Duché du Luxembourg…

 

Les points 2 et 3 n’étant possibles que si l’on donne des carottes à la Flandre : la présidence de l’Union européenne et la protection du Flamand comme langue régionale en Flandre française, à Bruxelles bien sûr et dans certains arrondissements wallons…

 

Je suis d'accord, en gros, avec votre vision des choses. A un détail près:

 

la protection du Flamand comme langue régionale en Flandre française

 

Il est hors de question que la langue flamande ait un statut particulier en Flandre française qui fait partie du 'premier cercle' des régions françaises, régions que je qualifierais d'assimilées. Donc: aucun statut officiel, si ce n'est le fait de faire partie d'un patrimoine à préserver.


Personnellement, si je suis favorable au projet d'union-intégration, plutôt qu'au projet d'union-assimilation, c'est qu'ils nous permet (à nous, français) de définir un cadre d'accueil relativement flexible, tant de la Wallonie que de Bruxelles, et que l'on peut clairement distinguer des régions françaises assimilées.


La phase 2 du processus serait soit de maintenir le statut d'union-intégration, soit d'aller vers une assimilation, soit de se séparer (en cas d'incompatibilité à mon sens peu probable).


 

En ce qui concerne le point 1: visiblement l'hypothèse d'une Flandre indépendante est exclue par beaucoup de réunionistes, pour la simple raison que cela constituerait un précédent et un exemple fâcheux pour les autres régions automisantes d'Europe. Je ne sais quoi penser de cette argument.

 

En ce qui concerne la pétition: qu'est-ce que cela changera? Si des négociations ont effectivement lieu en coulisse, cette pétition valorise la 'carotte' en question!

 

 

fde - le 05/11/2009 à 12h20

@ Fred.doc... (ça doit être un pseudo)

Vérifiez ce que s'est passé en France depuis mars dernier... La plasticité de la Constitution semble permettrebeaucoup de choses qui risqunt d remettre en cause les ceritudes.

Claude Thayse
Ce qui se négocie aujourd'hui, c'est ceci:

1. Leterme reprend la place de Herman Van Rompuy.

2. Les partis flamands décident de ne pas mettre la scission de BHV à l'ordre du jour après expiration du dernier conflit d'intérêts. Donc pas de vote sur BHV et pas de communautaire jusqu'aux élections législatives de 2011 pour éviter de mettre Leterme et, indirectement Van Rompuy, dans la difficulté.

3. Les partis flamands préparent une loi spéciale pour que les élections de 2011 puissent avoir lieu sans la scission de BHV. Des contacts ont déjà lieu avec Marc Bossuyt (Open VLD) de la cour constitutionnelle.

Le départ de Van Rompuy signifierait bien la stabilisation de la Belgique pour quelques années supplémentaires. Et en prime, on aura un flamingant à la tête de l'UE. Ceci n'est pas une fiction.

Signé: un petit bruxellois "émotionnel" et "sans recul".

Olivier - le 06/11/2009 à 05h57

Mais… tout est bien possible ! J’avais précisé, mais ça a du vous échapper, que ce que j’écrivais s’apparentait à de la politique fiction. Il en va de même du scénario décrit dans votre commentaire.

Attendons de voir comme disent les anglo-saxons.

 

Maintenant, il faut remarquer que les masses flamandes (les électeurs et donc les « Flamands d la rue ») sont acquises à beaucoup de chose, et ne sont pas prêtes à remettre en cause leurs croyances (un peu comme les habitants « francophones » (rien à faire, pour moi, ce terme ne rester qu’un adjectif qualificatif) d’ailleurs). C’est le résultat de dizaines d’années de propagande.

Il y aura donc une pression sur ceux qui voudront abandonner la course au « meilleur Flamand ».

 

Je ne suis pas certain que les partis flamands soient prêts à risquer une débâcle électorale, même au prix de voir l’un des leurs à l’Europe.

 

Ne soyez pas trop optimiste ! La stabilisation de la Belgique n’aura jamais lieu.

Claude Thayse