Le blogue-notes de Claude Thayse

A l’heure où j’écris ces lignes, nous ne savons pas encore quelle sera la décision des dirigeants de la Communauté (Région ?) de langue allemande. Mais peu importe. C’est l’occasion de prendre du recul et de mettre des tabous en question. Après tout n’est-ce pas notre rôle ? Dire comme le fait certain parti qui se veut à l’avant-garde de l’action wallonne qu’il ne faut pas, en termes de programme, aller vers des sujets qui fâchent arguant que le pluralisme est sa richesse. Citant en exemple le Rassemblement Wallon (qui lui avait bel et bien un programme institutionnel, social, culturel et économique d’avant-garde) qui se serait déchiré pour cette raison, alors que ceux qui s’en souviennent savent qu’il a été détruit par l’autoritarisme et le manque de vision politique de son dirigeant de l’époque qui préférait, alors comme aujourd’hui, surfant sur l’émotivité de militants de base peu éclairés, les attaques « ad hominem » aux débats d’idées. Mais soit, ne tirons pas sur l’ambulance.

 

Il n’est pas suffisant, ni même efficace d’appeler à voter sur base d’une conviction, sans étayer celle-ci d’arguments solides. C’est même irresponsable. Osons dire la vérité.  Osons sortir de la pensée unique. Oui, il faut aller vers la scission de BHV. Oui, il faut accepter la création d’une région (de langue) allemande autonome.

Ou rester définitivement belge (c'est-à-dire, même plus Wallon !) à jamais !

 

Rationnellement, en dehors de la défense de quelques droits individuels qui ne sont que fort peu menacés, pourquoi faudrait-il « mourir pour BHV » ? Pour sauver la Belgique ? Allons, arrêtons de rire !

Faut-il rappeler que les fédéralistes dans le mouvement wallon ont décidé depuis 1923 et la démission de Jules Destrée (*) de l'Assemblée wallonne (**) de ne plus défendre les Flamands francophones, au moins comme collectivité. Le groupe « Destrée » se disant clairement « séparatiste et ne voulant plus défendre les francophones de Flandre ». Il préconise « une solution fédéraliste car il estime que la défense de la langue française en Flandre permettrait alors les mêmes revendications de la part des Flamands pour la Wallonie ». C’était il y a 86 ans… Et Philippe Moureaux (Bruxellois-PS) n’affirme-t-il pas d'ailleurs dans « Le Soir » de ce jour qu'il faut négocier « sans tabou, en acceptant des concessions ».

A l’heure où le FDF veut exporter les problèmes communautaires bruxellois en Wallonie, faut-il donc continuer à défendre le principe (initialement provisoire avant d’être bétonné, remis en question, re-re-bétonné, etc…) des facilités linguistiques ? Ce principe ne se justifie que si on réfléchi à un avenir dans le cadre belge avec une extension (comprenez une division de la société) de la « diversité culturelle » (lisez du communautarisme).

Nous manquons décidément, en Wallonie, d’hommes de conviction et de responsabilité comme Jules Destrée ou François Bovesse.

 

Revenons-en aux facilités. Et adoptons un point de vue de raison sur leur maintien par rapport à la cause de la réunion de la Wallonie à la France, peu important ici la manière dont cette réunion se ferait.

 

Si le destin de la Wallonie et de Bruxelles, en cas de scission de la Belgique, a fait l’objet de quelques publications ces dernières années (pensons aux écrits de Demelenne, Javaux ou Gheude) ces écrits font l’impasse sur un obstacle majeur. La France, qui est sans minorités nationales, où tous les citoyens sont égaux devant la loi sans distinction d’origine, de race ou de religion se verrait confrontée de facto – dans la situation actuelle –  à une situation contournant la Loi républicaine puisque devant intégrer, dans le cas de Bruxelles de nouveaux citoyens (mais peut-on encore parler de citoyens dans ce cas) qui revendiqueront le respect scrupuleux de leurs droits, linguistiques et politiques, au sein de l’Etat français, en l’occurrence un équivalent du statut particulièrement avantageux qui est le leur à ce jour dans la future ex-capitale belge. Ils n’y représentent que 10% de la population, mais occupent, quel que soit le résultat des élections, un quota forfaitaire d’un peu plus de 20% des sièges au Parlement bruxellois, sans compter d’autres avantages.

Il pourrait en être de même pour les habitants des communes de Wallonie avec facilités en néerlandais (Comines; Mouscron; Flobecq; Enghien). Et je n’oublie pas les Fourons annexés pour lesquelles il faudra trouver une solution.

Et enfin, quid des 70 000 habitants concentrés dans les neuf communes composant la Région linguistique germanophone en plein processus d’autonomie ? (***)

 

La voie qui nous mènera vers la France sera celle d'un Etat intermédiaire (Wallonie), les citoyens, le Parlement wallon... le voudront ainsi. Les vues assimilationnistes de certains n’ont aucun avenir immédiat. Ces derniers parlent aussi d’obtenir pour la Wallonie et Bruxelles un « statut particulier dans la République », un statut comme celui de la Corse, « dont l’assemblée et l’exécutif possèdent des pouvoirs plus élargis que les autres régions », de l’Alsace, avec son régime local de Sécurité sociale, son enseignement religieux et ses classes bilingues héritées de l’occupation allemande, voire de la Polynésie, « dotée depuis 2004 d’une autonomie renforcée ». En juillet 2008, souvenez-vous, Daniel Ducarme, a concocté avec un groupe de juristes belges francophones et français une loi organique composée de pas moins de 132 articles constitutifs d’un « statut d’autonomie de la Belgique française ». Ce texte établit les bases d’une association « à la polynésienne » de la Wallonie et de Bruxelles avec la France… Certes, une possibilité parmi d’autres.

 

Quelle que soit l’approche entre l’association d’Etats, réaliste pour la République et l’assimilation brutale difficilement acceptable par les « assimilés », il me parait inconcevable que la France accepte une modification radicale de sa nature même en introduisant chez elle la reconnaissance de minorités. Renonçant de fait à sa qualité d’Etat-nation. Elle ne pourrait, en effet, ensuite refuser aux uns, à tous ceux qui y militent pour l’établissement d’un ordre ethnique, ce qu’elle aurait accordé à d’autres. Au lieu de renforcer la France, l’arrivée de ces « Belges néo-francophones » risquerait au contraire de la détruire.

 

Voilà une belle raison de militer pour la suppression des facilités et en revenir à l’homogénéité linguistique des territoires. Y compris pour la future quatrième région. Robert Collignon l’avait pressenti comme il l’avait rappelé dans une interview à John Erler, parue dans Le Matin du 16/7/98.

 

Il faut savoir que tout cela se passe dans un débat géostratégique qui dépasse le cadre belgo-belge. Restons dans le cadre de la région de langue allemande, on l’a vu, le parti autonomiste PRO-DG a le vent en poupe. Karl-Heinz Lambertz, plaide pour davantage d’autonomie. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il est aussi partisan d’une mise en réseau des minorités en Europe. Son gouvernement et son Parlement se tourne vers l’Allemagne, en vue d’une interconnexion aussi étroite que possible avec le land voisin de Rhénanie du Nord-Westphalie, mais aussi qu’avec des minorités allemandes dans différents Etats européens (Italie, Hongrie, Roumanie). Rien que de très logique. Après tout, nous en faisons de même dans ce qu’on appelle le monde francophone.

 

Plus inquiétant, depuis quelques années, la Communauté germanophone s’est rapprochée de la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen/Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes) où elle figure parmi les « institutions étatiques » qui la soutiennent financièrement. La FUEV, dont le siège se trouve à Flensburg (Schleswig-Holstein), poursuit la politique des minorités menée par l’Allemagne dans les années 1920-1930, y compris les « congrès des nationalités ». L’un de ses objectifs est l’attribution de droits collectifs aux minorités, pour une recomposition de l’Europe en fonction de critères ethniques.

 

Très proche du ministère fédéral allemand de l’Intérieur, qui participe à son financement, cette ONG a su imposer son influence au sein du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne. Son lobbying intensif a fait d’elle un des maîtres d'œuvre de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires (1992) et de la convention cadre pour la protection des minorités nationales (1995). Ces textes contribuent tous à « l’ethnicisation  du politique », et amputent d’autant les conquêtes de la Révolution que sont les droits individuels de l’Homme et la volonté de vivre ensemble dans une communauté voulue que l’on appelle « nation ». « Une et indivisible » dans le cas de la France. Dans l’hypothèse d’un éclatement (ou plutôt d’une évaporation si nous n’en prenons pas l’initiative) de la Belgique et de la réflexion autour d’une réunion de nos régions (je reste volontairement vague !) à la France, nous aurons donc une grande responsabilité et il est important de peser tous les aspects, dans l’intérêt même de la France. En intégrant tels quel « les reliquats de la Belgique », la République ouvrirait ses portes à la FUEV qui travaille à son démantèlement !

Quel que soit l’avenir, il faut se prémunir de tout communautarisme (et pas uniquement linguistique d’ailleurs… que penser de l'introduction du débat sur les « accomodements raisonnables » ?). Sous couvert de promouvoir une certaine diversité – signe de richesse- une certaine Europe vise aussi à détruire les (vrais) Etats nations qui font l’originalité de notre modèle de développement par leur cohésion interne et l’émulation qu’ils entretiennent entre eux. C’est la vraie diversité.

 

Je devine que ce billet ne plaira pas beaucoup aux intégristes vociférants de tout bord. Mais comme l’écrivait Paul-Marie Coûteaux, « Tout reste possible aussi longtemps que la politique existe. Sans la politique, qui ressaisit les êtres et les hisse à la hauteur de l’histoire, les hommes sont perdus de solitude ».
A nous de définir pour notre région un projet qui soit vraiment politique.

 

 

 

(*) Il rejoindra le « Comité d’Action wallonne de Liège » qui deviendra la « Ligue d’Action wallonne ».

Faut-il rappeler que le premier congrès de la Ligue d’Action wallonne en 1924, ce Congrès fût qualifié «d’autonomiste » parce qu’on lui a reproché de revendiquer l’autonomie wallonne et ainsi « d’adhérer au programme flamingant » (…). Les participants étant qualifiés avant tout d’anti-belges et se proclamant déjà eux-mêmes « réunionistes ».

Jules Destrée critiquant à cette occasion les partisans des (déjà !) ultimes tentatives de conciliation en des termes qui, dans l’esprit lyrique de l’époque, sont toujours brûlants d’actualité : « c’est le sang pur et ardent de l’Assemblée wallonne qui la quitte, et ce qui va rester de l’Assemblée wallonne ne sera plus qu’un corps exsangue et sans vie qui pourra encore être traité avec complaisance par la presse nationaliste (comprenez belge unitariste) mais qui aura perdu toute autorité et toute influence. Joli résultat ! C’est la course au suicide sous prétexte d’ « unionisme » ».

 

(**) L’Assemblée Wallonne a eu une grande influence jusque dans les années vingt mais perdit sa représentativité et sa crédibilité dans les années trente par son aspect académique, ses thèses, très modérées, n’évoluant pas : elle défendra toujours une union belge corrigée par une séparation administrative, et le maintien de la langue française en Flandre – on croirait retrouver le programme du FDF…

 

(***)

·          1962 et 1963 : Introduction du principe territorial dans la législation  régissant l'emploi des langues dans les matières administratives et création de la région de langue allemande. Le territoire de la future Communauté germanophone est ainsi délimité.

·          Première réforme de l’Etat (1968 - 1971) : Esquisse des contours d’une autonomie politique. Elle institua une assemblée : « Communauté culturelle allemande », à l’instar des communautés culturelles française et néerlandaise. Les compétences étant exclusivement limitées aux matières culturelles.

·          Deuxième réforme de l’Etat 1980 – 1983 : Un nouvel article de la Constitution stipula que la Communauté pouvait voter des décrets dans les matières culturelles, les matières personnalisables, ainsi que les relations internationales et intercommunautaires. En accord avec la Région wallonne, elle a pu à partir de ce moment exercer des compétences régionales. Depuis l’entrée en vigueur de la seconde réforme de l’État, le Conseil est chargé de constituer l’exécutif.

·          31er décembre 1983 : Signature de la loi sur la réforme institutionnelle concernant la Communauté germanophone. Changement de nom de Communauté culturelle en Communauté. Le 30 janvier 1984, le nouveau Conseil de la Communauté germanophone se réunit pour la première fois et élit le premier gouvernement communautaire.

·          Troisième réforme de l'Etat (1988-1990) : Transfert des compétences en matière d'enseignement.

·          Quatrième réforme de l'Etat (1993 - 1994) : Le système parlementaire belge distingue les compétences de la Chambre et du Sénat. Le Conseil de la Communauté germanophone désigne un de ses membres qui le représente au Parlement fédéral en tant que sénateur de Communauté.

·          Loi du 16 juillet 1993 : Les compétences de la Communauté germanophone étendues par l’ajout de la législation qui régit les Centres Publics d’Aide Sociale. Adaptation du système de financement.

·          La région de langue allemande constitue un arrondissement électoral à part entière pour les élections européennes.

·          Depuis le 1er janvier 1994, la Communauté germanophone est pour la première fois responsable de l’exercice de compétences régionales, à savoir la protection des monuments et des sites (les fouilles archéologiques exceptées). D’autres compétences régionales furent ajoutées en 2000 (la politique de l’emploi) et en 2005 (le contrôle et le financement des communes).

·          Le 20 mai 1997, l’article 130 de la Constitution fut élargi à un cinquième point stipulant que le Conseil de la Communauté germanophone régissait à l’avenir par des décrets l’emploi des langues dans l’enseignement.

·          Cinquième réforme de l’Etat en 2001, les communes reçurent des moyens financiers plus élevés de la part de l'Etat fédéral. La Communauté germanophone élabore son règlement propre en ce qui concerne le contrôle des dépenses électorales, les communications gouvernementales et le financement complémentaire des partis.

·          2006 : Adhésion à la FUEV

·          Juin 2008 – Importante progression du PRO-DG, parti à vocation clairement autonomiste.

 

Lun 19 oct 2009 8 commentaires
Avec la scission de BHV telle que proposée par la Flandre, la Belgique est repartie pour 10 ans. Par contre, on nous y opposant, on peut faire tomber le gouvernement et précipiter la partition du pays.

Quid des territoires francophones de la périphérie bruxelloise, qui ont été annexés par la Flandre en 1963? Consultation populaire. Le retour de la démocratie locale trop longtemps ignorée et qui mené à l'occupation politique actuelle.

Qui de Bruxelles? Elargissement aux territoires francophones libérés de l'envahisseur flamand et négociations avec la Flandre pour contrôler nos moyens de communication externe (autoroutiers, etc.).

Un statut de Ville-Libre et autonome en union avec la France est ma solution privilégiée. Elle sera porteuse dans l'opinion publique bruxelloise. Quant à la Wallonie, c'est aux Wallons de décider.
Olivier - le 20/10/2009 à 07h36

Je commencerai ma réponse par la dernière phrase de votre commentaire. En vous la retournant :  « Quant à la Wallonie, c'est aux Wallons de décider ».

Oui, c’est aux Wallons à décider pour la Wallonie. J’ajouterais… Enfin !

Je n’aurai pas l’impudence, en ma qualité de Wallon de décider pour les Bruxellois.

 

Pour le reste, point par point :

« Avec la scission de BHV telle que proposée par la Flandre, la Belgique est repartie pour 10 ans ».

Et même bien plus. La scission n’a rien à voir avec le maintien ou non de la Belgique. Tant que les Wallons ne décideront pas de partir, les Flamands garderont cet Etat qui leur convient bien finalement.

 

« Par contre, on nous y opposant, on peut faire tomber le gouvernement et précipiter la partition du pays. »…

Euh, peut-être… J'avoue ne pas en être convaincu.

 

« Quid des territoires francophones de la périphérie bruxelloise, qui ont été annexés par la Flandre en 1963? Consultation populaire. Le retour de la démocratie locale trop longtemps ignorée et qui amené à l'occupation politique actuelle ».

 

Les Fourons ont également été annexés, on l’oublie trop souvent. Ils ont été laissés à leur sort parce qu’ils étaient plutôt de tendance « PSC »… La loi de 1962-63 a été votée par une majorité flamande et bruxelloise. Vérifiez dans les annales de la Chambre. Elle correspondait à la double demande flamande et wallonne d’homogénéité du territoire et la répartition des communes avait fait l’objet d’une commission d’étude préparatoire. On le sait, les choses ont changé par la suite. Cette limite administrative s’est clichée. A ce que je sache, les communes de la périphérie fonctionnent quasi normalement, à part la non-nominatiion des candidats bourgmestre. L'adminisrtration fait son travail pour les citoyens. Certes, il y a quelques points de friction linguistique. mais reconnaissons que si c'est exaspérant, c'est assez marginal dans l'ensemble de la vie quotidienne. Sinon, pourquoi continuer à y habiter et à aller y habiter ?

 

« Quid de Bruxelles? Elargissement aux territoires francophones libérés de l'envahisseur flamand et négociations avec la Flandre pour contrôler nos moyens de communication externe (autoroutiers, etc.) ».

"territoires francophones libérés de l'envahisseur flamand"... N'est ce pas là un vocabulaire excessif un tantinet guerrier ?
Je pense avoir compris que les frontières étatiques et donc régionales ont été abolies dans l’espace Schengen. L’accès à Bruxelles devrait rester libre, nous ne sommes pas dans les Balkans. Maintenant, en interne, vous pouvez vous organiser comme vous le souhaitez et par exemple terminer la rocade sud, ce qui vous éviterait de longs détours par la Flandre et la Wallonie, je crois avoir lu que la Région flamande est même prête à intervenir...

 

« Un statut de Ville-Libre et autonome en union avec la France est ma solution privilégiée. Elle sera porteuse dans l'opinion publique bruxelloise. »

Pourquoi pas ? Une unuion et non pas une réunuion serait, en effet une excellente solution qui ne mettrait pas en cause les principes essentiels inscrits dans la Constitution de la République. En particulier les articles suivants :

-  La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.

La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.

-  La langue de la République est le français

Articles qui ne seraient pas rencontrés dans quelque forme d’intégration de Bruxelles - en - l’état à la République puisque les facilités et autres avantages accordés aux Flamands de Bruxelles (pour ne parler que d'eux...) en violent l’esprit et la lettre. Et je reconnais dans mon billet qu’il en irait de même d’une Wallonie incluant les belges de langue allemande.

Claude Thayse
Merci pour votre réponse. Il est parfois si difficile de pouvoir débattre ...

Evidemment la perception de la violation des droits fondamentaux est différente selon que l'on habite les territoires concernés, y compris les 19 communes de Bruxelles, ou pas. C'est logique. Au-delà de la réalité institutionnelle, il y a le vécu quotidien.

Concernant BHV, je suis convaincu qu'il s'agit d'une opportunité unique de provoquer la rupture à notre avantage. Par contre si BHV est scindé, les nationalistes flamands se donneront dix ans (deux législatures) pour digérer avant de passer éventuellement à l'étape suivante. Ce délai de grâce fera partie du deal passé avec les dirigeants "francophones".

J'ajoute que tout abandon, par le passé, des "francophones" du nord, s'est traduit systématiquement par le transfert de la dépendance de la Wallonie des classes dirigeants '"francophones" bruxello-flamandes aux classes dirigeantes nationalo-flamandes. La Wallonie pliera sous un double niveau de pouvoir flamand ... qui ne demandra pas l'indépendance tant qu'il peut continuer à grignoter.

Au plaisir de vous lire.
Olivier - le 20/10/2009 à 12h49

 

"Il est parfois si difficile de pouvoir débattre ..." ... surtout par écrit !

Par rapport au passé, avant la régionalisation, le vote BHV du 7 /11/2007 serait passé sans problème. Ce n'est pas la première fois qu'une majorité linguistique flamande impose unilatéralement son point de vue.

En réalité, ce fait s'est déjà présenté (au Parlement) avant la Première Guerre mondiale lors du vote de certaines lois linguistiques et ensuite, lors de divers incidents parlementaires en 1921 (lois linguistiques), 1938 (loi sur  la séparation des régiments wallons et flamands à l'armée), 1947 (sauf erreur sur l'année mais si ce n'est celle-ci c'est une autre année avant 1950), lors du rejet de la proposition de révision de la Constitution dans le sens fédéraliste, en 1962 (lors du vote de la frontière linguistique) etc.
On peut évoquer aussi la manière dont le gouvernement central en 1991 a bloqué des exportations militaires qui pouvaient intéresser l'économie wallonne. Mais plus largement, on devrait évoquer le fait que depuis 1884 jusqu'aux années 70, non pas certes toujours, mais le plus souvent,  la direction politique du pays était aux mains des Flamands majoritairement par le simple jeu du système parlementaire. 

Les régions industrielles wallonnes ont été  de fait écartées de la direction des affaires du pays. De toute façon, de 1884 à 1914 et ensuite, dans l'entre-deux-guerres, la plupart du temps, càd chaque fois que les socialistes étaient écartés du pouvoir avec les communistes (qui ont eu une majorité en Wallonie durant cette période). Les choses se sont poursuivies ensuite jusqu'aux années 60 avec quelques moments d'interruption (de 45 à 47, de 54 à 58). Ensuite, il est vrai, les choses se sont modifiées, mais, jusqu'à l'année 1999, la majorité de toutes les majorités gouvernementales était CVP-PSC. Je ne dis rien de ce qui a suivi 1999. L'analyse que je viens de faire mériterait d'être affinée. Mais elle permet de dire que la plupart du temps, la majorité flamande du pays a imposé sa volonté à la Wallonie, celle-ci se défendant - on ne le souligne jamais assez -  d'une manière qui devrait être jugée avec infiniment plus d'intelligence, compte tenu du rapport de force extrêmement défavorable aux Wallons. Les Wallons ont été capables de dire non, très souvent. Ils ne sont ni réduits ni vaincus.

Nous avons certes perdu des batailles mais pas la guerre et c’est la victoire qu’il faut remporter ! Et accepter des sacrifices. J'essaye d'être réaliste et honnête.

Claude Thayse

M. Thayse, bonjour.

Je crois que vous êtes dans l’erreur quand vous faites de la constitution française un obstacle à la reconnaissance des droits des minorités linguistiques en France, dont celles néerlandophone et germanophone de Bruxelles et de Wallonie, en cas de rattachement de ces deux entités à la France.

Sachez d’abord, élément d’ambiance, que notre Constitution, depuis mars dernier, nous dit que « les langues régionales font partie du patrimoine de la France ». Ce n’est pas rien…Et cela concerne déjà l’allemand et le « flamand »…

Sachez aussi que ce rattachement, du fait de son importance, ne pourrait se définir sans introduire un titre spécial dans la Constitution (soyez rassuré, la « Française » change aussi souvent que la « Belge », et nous avons déjà un titre constitutionnel spécial pour notre Calédonie). Ce titre, qui serait probablement voté par le peuple français, définirait les spécificités du statut des deux entités, dont les droits de leurs minorités. Y compris, s’il le fallait, l’affirmation d’une représentation particulière dans les organes de Bruxelles de sa minorité « flamande ».

Quant au groupe germanique, outre qu’il pourrait opter pour l’Allemagne (Eupen) ou pour le Luxembourg (St Vith), s’il choisissait la France avec la Wallonie, il pourrait se constituer en « Province », ou en Région propre (retenez que la France compte aujourd’hui deux collectivités à statut spécial de 7000 hab (Saint Pierre et Saint Barth), une de 40 000 (St Martin), et un département métropolitain de 75 000 hab (la Lozère, tout comme Eupen-St Vith). Toutes choses qui se négocient.

Et vous n’ignorez peut-être pas que l’Etat français malgré son caractère « laïque » qui terrorise tant de Belgicains bien à tort, rémunère les représentants des cultes en Alsace-Moselle, tout comme en Belgique,…ce qui démontre bien la plasticité de notre Constitution.

M. Thayse, en tant que rattachiste, trouvez des solutions, n’inventez pas des problèmes. Et n’écoutez pas seulement les « souverainistes » français, dont je crois faire un peu partie, mais dont beaucoup ne supportent pas les évolutions institutionnelles françaises, la « République décentralisée ». Moi, je la prends comme elle est, et elle est bien commode pour imaginer un statut spécial pour la Wallonie et Bruxelles en France. J.LENAIN

jacques LENAIN - le 20/10/2009 à 13h40

Bonjour monsieur Lenain,

 

J’apprécie votre commentaire et je le partage en grande partie. Si vous vous donnez la peine de chercher sur mon  blog un billet concernant ce que j’avais appelé « le syndrome de Waterloo », vous y retrouverez les arguments que vous développez. L’ingénierie constitutionnelle française n’a, en effet, rien à envier à celle de la Belgique.  La plasticité institutionnelle française m’arrange bien en qualité de rattachiste. Les débats, comme celui sur la laïcité, ne sont que des écrans pour masquer des résistances plus émotionnelles que rationnelles. Après tout, si on veut aller plus loin, la République accepte bien que trois rois règnent sur Wallis et Futuna… Leur rôle n’est pas très différent de celui que nous connaissons ici… A part les costumes peut-être…

Le wallon fait également partie des langues régionales reconnues…

La Wallonie (il en va de même pour Bruxelles !) pourra devenir une collectivité bénéficiant d’un régime spécifique, comme c’est le cas, par exemple, pour la Corse et pour l’Alsace, en métropole, et pour la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, Mayotte, et d’autres encore outre-mer..

Je n’ai aucune crainte à ce niveau.

Ne donnez pas à mon billet l’importance qu’il n’a pas ! Et ne me donnez pas une importance que je n’ai certes pas. Comment peut-on ne pas être un peu souverainiste si on aime la France ?

 

Je reviendrai sur la « République décentralisée » et les possibilités qu’elle offre. Mais il s’agit d’abord de travailler ici et maintenant pour préparer l’avenir.

Je connais votre implication et je sais que vous percevez l'attachement à l'héritage belge, à la conservation d’une grande partie du corpus juridique et surtout le maintien des autonomies régionales wallonne (et bruxelloise). Vous êtes également conscient que jusqu’à présent, vous avez traité la question de la réunion plus en technicien qu'en sociologue, historien, etc, et que c'est insuffisant.

 

Il me semble qu’avant d’envisager un choix d’avenir, les Wallons doivent changer au préalable le regard qu'ils portent sur leur Histoire. Histoire davantage subie que choisie. Se réapproprier son passé, la chose est psychologiquement difficile, mais indispensable.

 

Je vous lis toujours avec plaisir.

Claude Thayse
N'est-ce pas sous la houlette de Henri Mordant que le Rassemblement wallon a peu à peu évolué vers le néant?
francolatre - le 20/10/2009 à 16h38
Henry Mordant a essayé de sauver ce qui était encore possible après les épisodes catastrophiques du "retour aux sources, du "fédéralisme intégral à la Proudhon " et l'exclusion de François Perin et des réalistes.
Il n'a pas été aidé, mais plutôt saboté... Passant son mandat à éteindre des feux allumés par d'aucun.
Claude Thayse
Bravo pour votre courageux et très lucide commentaire.
Au vu des considérations suivantes:
- La "solidarité Wallonie-Bruxelles" et d'ailleurs plus largement cette notion absurde de "communauté française" (un nom mal choisi, impropre, à moins que prémonitoire?) sont totalement fictives, culturellement et économiquement. A partir du moment où il y avait deux régions, les Bruxellois auraient dû être conséquents et développer leurs politiques régionales indépendamment. Au lieu de cela, ils ont gaspillé (administration pléthorique), organisé le sous-développement économique (taxation, fuite des entreprises en périphérie, économie de plus en plus "service public"....) et social (immigration massive et incontrôlée, assistance, ghettoisation, islamisation...). Il est de bon ton de parler du déclin wallon, mêmme chez les "bobos" brusseleirs. Qu'ils regardent à l'intérieur. Bruxelles est une région déclinante, dont la prospérité dépend principalement des navetteurs (flamands surtout) et de l'Eurocratie.
- Les Bruxellois se sont de tout temps gaussés des Wallons et pavannés dans une "idéologie" (si peu) de "gens de la capitale" principaux défenseurs de la vieille Belgique. En dépit de l'héritage de pères fondateurs aux intentions parfois louables, le FDF actuel, et notamment M. Maingain, symbolise très bien cette attitude.
- Halle et Vilvoorde sont en Flandre. Et quand on s'installe dans une région, on essaie de parler la langue! Punt is af!
- Bruxelles est un boulet financier, économique, social et culturel pour la Wallonie. Autant, si pas plus que l'inverse. Le taux de chômage à Bruxelles est, de loin, supérieur à la moyenne wallonne. Sans parler des poches de pauvreté et d'assistance.
- Prôner l'anschluss par Bruxelles de parties des Brabant est non seulement irresponsable mais dangereux. C'est la quasi-certitude à terme de l'extension de la pauvreté et de la tiers-mondisation du centre de la région. Que les prétentions annexionnistes des Bruxellois soient reprises en compte par des Wallons est stupéfiant, et humiliant pour la Wallonie.
- Une Wallonie indépendante s'avérant impraticable, malheureusement, les solutions les plus réalistes sont le maintien d'une Belgique (fédéralisée au maximum) ou le rattachement à la France, sous une forme où l'autonomie doit être garantie.
- Ni la France, ni l'Europe, ni... les Bruxellois n'accepteront jamais l'idée que Bruxelles soit capitale de l'Europe et française.

En conséquence, LES WALLONS DOIVENT LAISSER TOMBER BRUXELLES!
Et entamer dès à présent la marche vers un autre destin.
Jérôme Pétion - le 22/10/2009 à 12h33
Voilà un avis tranché et définitif !  
Claude Thayse
Excellente analyse et toute logique pour le cadre français dans lequel nous serons un jour. J'ajouterai que dans ce cadre, il n'est pas utile non plus d'exiger à cor et à cris que la Belgique ratifie la convention de protection des minorités, à laquelle la France s'est fortement opposée au Conseil de l'Europe pour toutes les raisons que tu as si bien décrites. Finalement, exiger le maintien de BHV et la ratification de la convention sur les minorités, c'est encore raisonner en "belge" et revendiquer en "belge" qui tient à la Belgique.

Cela dit, rien ne nous empêche par contre d'exiger et de manifester de toutes nos forces pour que des consultations populaires aient lieu dans les communes de la périphérie (et à Fourons ?) pour voir à quelle région (et un jour à quel Etat : France ou Flandre) elles veulent appartenir. Et pourquoi pas, si la situation s'envenime avec la scission unilatérale de BHV, organiser des consultations populaires "illégales" à l'initiative des bourgmestres concernés ? Quel retentissement cela pourrait avoir si ces communes "se rattachaient" à la Wallonie ou à Bruxelles, par la voie populaire, fût-ce de manière illégale. Bon d'accord, je "rêve" mais finalement, ne serait-ce pas le meilleur moyen d'allumer la mèche ?
Jean-Sébastien Jamart - le 24/10/2009 à 23h32
Je partage tout à fait ton avis. Il est sans doute plus facile et rentable électoralement pour ces "bourgmestres périphériques" de jouer aux victimes. C'est dans la logique du FDF qui a intérêt à entretenir le conflit depuis 50 ans en prenant bien garde de le faire éclater.
Mais qui osera jamais le dire ?

Un détail qui ne t'aura pas échappé, mon analyse se base sur l'état actuel de la Constitution et des coutûmes françaises. Je n'y fait pas allusion à la reconnaisance depuis mars dernier des langues régionales qui font désormais partie du patrimoine français (au nombre desquelles le flamand, l'allemand et le wallon!) parce que les locuteurs reconnaissent la primauté du français et qu'ils sont intégré en qualité de Français à part entière en fonction d'un désir d'appartenance et d'adhésion. Et toujours ce principe d'égalité. Principe qui est violé en Belgie-que avec l'application de droits particuliers particulièrement favorables pour certaines minorités...
Claude Thayse
Ceci ne se rapporte pas à cet article, mais suite à votre réponse précédente, êts-vous au courant que les "réunionistes bruxellois" qui suivent monsieur Gendebien et qui se sont présntés aux dernières élections régionales à Bruxelles ne sont guère différents du FDF et de ses volontés annexionistes ?
Voici ce qu'on trouve sur leur forum de discussion :
"(...) pour que BXL ne sont pas enclavée ni limitée à un trop petit territoire, la Région de Bruxelles pourrait fort bien comporter :BXL, l'intra-ring + le brabant wallon. C'est une zone cohérente démocratiquement... avec encore des zones importantes non construites qui pourraient accueillir un aéroport international de BXL sans nuisance et pourvoyeur d'emplois (à distance utile de BXL (ni 2 km comme Zaventem, ni 50 comme Charleroi mais +-20 comme Charle de Gaules. Payable en taxi, en somme.)"

En gros, prendre la région la plus riche de Wallonie et en tentant d'asphyxier l'aéroport wallon. Il n'y à pas a dire, c'est séduisant !
Thierry R. - le 25/10/2009 à 10h08
En effet...
Pour plagier ce vieux proverbe, "solidarité bien comprise commence par soi-même" !
Claude Thayse
Post-scriptum
J'ignorais la position annexionniste des "réunionnistes" bruxellois (qui doivent se compter par dizaines). Merci pour l'info.
Elle conforte nos opinions.
La scission de BHV devient une condition majeure pour COUPER LE CORDON OMBILICAL entre la Wallonie et Bruxelles.
Bruxelles, et pas seulement la Flandre, fait de plus en plus de tort à la Wallonie.
Grave oubli: j'avais oublié que les Flamands, bien entendu, ne voudraient jamais de Bruxelles rattachée à la France. Les voilà ainsi alliés objectifs du FDF maingainiste et... de l'islamo-écolo-socialisme bruxellois qui préfère prospérer librement (?) à l'abri de lois laiques et républicaines. Curieux rapprochement, non?
Si les Wallons continuent à tirer sur Bruxelles pendant que Bruxelles tirent sur les deux autres cordes, l'autonomie REELLE est remise au millénaire prochain! Au moins!
Jérôme Pétion - le 27/10/2009 à 16h30