Le blogue-notes de Claude Thayse
Parmi les nombreuses réactions, en tous sens, suscitée par mon billet sur
les populismes, certains me soupçonnent de rancœur à l'égard du parti qui incarne - seul à leurs yeux - une cause qui m'est chère. Même si je ne vois pas comment éviter de citer parfois ce parti
quand on traite de la réunion à la France. Difficile, en effet ! Curieusement, quand j'ai réagi lorsque Didier Reynders a tenu des propos semblables à ceux que je critique, les mêmes personnes ne se sont pas
exprimées...
Il ne faut pas rester sur un malentendu. J'ai beaucoup d'affection, de sympathie, pour les militants de base. Militants honnêtes, sincères et désintéressés. Et je m'excuse auprès d'eux s'ils ont pu en quelque manière se sentir visés. Ce n'est évidemment pas du tout mon objectif.
Sans être une justification, l'écrit est un moyen de communication imparfait et comme pour toute communication, celle-ci passe par de nombreux filtres, facteurs d'interprétations. Il est impossible à l'émetteur de réagir à l'effet de la communication sur le récepteur. C'est d'autant plus difficile quand ce dernier est multiple.
Ce que je critique, ce n'est pas une cause partisane (je la partage !), c'est la manière dont elle est portée. Ne pouvant agir de l'intérieur - et pour cause, je n'y suis pas – j'ai le choix entre ma taire et assister impuissant ou réagir. C'est ce que je fais. Dans toute démocratie, le droit de tendance existe. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans le cadre du rattachisme (ou du réunionisme ?). En quoi un débat serait-t-il néfaste à une cause ? N'y aurait-il qu'une seule vérité révélée ? Est-ce aussi personnaliser des critiques quand une seule personne incarne à elle-seule tout un parti et qu'on le sait ?
La pensée doit-elle être figée ? Quel est bon militant ? Celui qui suit sans réfléchir ou celui qui cherche à penser par lui-même et à argumenter ? Quand on entre en politique, faut-il absolument laisser son cerveau au vestiaire ? N'aurait-on plus le droit de penser par soi-même ?
Agir ainsi, est-ce vraiment donner des armes à nos adversaires communs ? Devient-on automatiquement un "traître" quand on exprime son désaccord ? Et en quoi est-ce trahir au juste ? En ayant raison trop tôt ? Talleyrand qui fût - lui - un grand spécialiste de la chose ne disait-il pas que la trahison n'est qu'une question… de date ?
Il est vrai aussi que jouer le rôle de Cassandre… n'a jamais été apprécié.
Et si c'était au contraire l'absence de débat, de contenu ou les certitudes ânonnées qui servaient de repoussoir ?
Ce que j'écris là est valable pour tous les partis. Simplement, il y en a avec lesquels on se sent plus en phase. Voilà !
Puisque j'ai commencé par parler de rancœur, la mienne, mon amertume est à la hauteur des espoirs déçus. Du gaspillage d'énergie, de temps et de compétences. C'est humain, non ?
Mais rassurez-vous, ce n'est qu'une question de temps. Il y a encore de nombreuses raisons d'espérer pour notre Wallonie. De plus en plus, en fait.
J'ai reçu d'un des lecteurs (et que j'espère encore ami), une fois sa colère passée, cet extrait de l'essai "Sculpture de soi" de Michel Onfray et publié chez Grasset :
" Requis par le ressentiment, le sujet n'existe plus que dans l'espoir d'une vengeance, il veut opposer la violence au souvenir du désagrément et entretient, pour ce faire, la bête qui croupit en lui. La mort est à l'œuvre, en chacun de nous, sous de multiples formes. Rancœur et rancune sont parmi les plus actives, les plus redoutables. () L'homme du ressentiment macère dans son incapacité à consumer le mal, à l'exprimer pour expier. La rancune se nourrit de la sève masochiste et de la puissance qu'à cette pulsion à détruire et mettre à mal les équilibres précaires installés au creux de la chair. L'homme de rancœur est le contraire du dispendieux : il garde, conserve, chérit presque ce capital de douleur qu'il porte en lui. () Le ressentiment n'est pas acceptable parce qu'il gâche l'existence, parce qu'il induit du déplaisir et de la douleur, parce qu'il est économie et thésaurisation du négatif. () L'hédonisme du dispendieux oblige à la dépense de ces forces noires, car il vise une pleine et entière disposition de soi-même : narcissisme négateur, nihilisme en acte, épuisement radical. C'est moins pour autrui que pour sa propre sauvegarde qu'il faut œuvrer à la destruction de la rancune. "
Voilà qui est dit. Il a raison. Pourquoi donner à d'autres du pouvoir sur
soi ? En valent-ils vraiment la peine ?
Maintenant, c'est un texte qui convient à tout le monde. Chacun peut en faire son profit.
Il est vrai qu'en politique… rien n'est définitif. Mais ne nous trompons pas de colère et tournons la page, mais restons nous-mêmes, c'est sain. Pour moi, c'est fait.
Au-delà des désaccords sur la manière, n'est-ce pas la cause qui importe ?
De toute façon, quoi qu'on fasse, il y aura toujours quelqu'un pour critiquer et interpréter... C'est ça aussi la réalité. Alors, bien faire et laisser dire…
Mais cela justifie-t-il le rejet de ma sympathie pour ce que son président fait ou pour vous dont j'apprécie le combat que vous menez ? Le temps des paroles désobligeantes doit cesser. Le MR vient de lancer sa machine électorale, LiDé bénéficie d'un soutien médiatique important. Les socialistes et les CDH se présentent en sauveurs de la Wallonie. Alors, le temps du rassemblement me semble obligatoire. Je vous sais idéaliste et raisonnable. Tendez la main vers ceux qui ont le même idéal que vous.
Toutes les forces doivent être unies dans le combat. C'est mon souhait d'homme libre, c'est aussi mon exigence de citoyen !
Quand j'étais président, j'ai tendu la main aux autres partis et mouvements avec des fortunes diverses, dont de réels succès. Je ne vous dirai pas d'où sont venues les réticences.
Je continue à essayer de rassembler les hommes (et les femmes !) de bonne volonté. Il y a des choses qui avancent. Nous avons, au sein des partis wallons, tant de choses en commun.
Comme je vous comprends. J'ai reçu hier un coup de téléphone furibard d'un membre du RWF suite à mon commentaire. Ils ont répondu à mon observation et le message qu'ils m'ont envoyé en date du 6 novembre leur est revenu, ma boite à courriel étant saturée me dit-il. Soit, bien que je relève ma boite plusieurs fois par jour. Il m'est donc demandé d'apporter une rectification sur., votre site, ce que je fais volontiers.
Le texte disait " Non. Le manifeste a été réactualisé et signé sous sa présidence.
Mais cela m'inspire une autre réflexion. J'ai adhéré au RWF sur base du manifeste signé par vous. Vous n'êtes plus au RWF. C'est donc à vos idées que j'ai adhéré et non à celle de Paul Henri Gendebien. Quel est le programme du RWF, Le vôtre ? Le sien ?
Décidément, la campagne électorale semble mal partie !
Une remarque: vous êtes très important puisqu'il n' a pas fallu deux jours pour avoir une réaction à mon texte. Votre blogue est sous haute surveillance ! Amicalement
Et oui, évidemment je suis sous haute surveillance ! Mais ça m'amuse plutôt.
Bof, tout ce qui est excessif est insignifiant. Ne perdons pas notre temps à ces broutilles, il y a d'autres manières de défendre et promouvoir notre cause commune. Sur le terrain électoral, certes, mais aussi et surtout ailleurs.
Il est important d'être présent aux élections, là où ça fait mal aux autres partis. Mais pour ça, il faut chercher à être crédible...
Il reste 7 mois avant les élections, beaucoup de choses peuvent se passer d'ici là, même s'il est fort tard. Ne perdez pas courage.
L'honneur des militants wallons est leur fidélité à leur idéal.