Le blogue-notes de Claude Thayse
1. Quelle crédibilité peut vraiment avoir cet homme dont même les Flamands ne veulent plus ? Ancien haut fonctionnaire déchu, ne cherche-t-il pas une revanche ? (Mais je suis d'accord pour dire qu'il s'agit là d'une opinion subjective)
2. Son analyse reste dans les limites étriquées de l'ancien Etat belge. Il n'envisage que les pistes d'indépendance pure et dure. Or, les rattachistes savent qu'il y en a d'autres beaucoup plus intéressantes. Depuis la fusion pure et simple dans l'Etat français jusqu'aux différentes formes d'associations comme celle d'une collectivité territoriale avec un statut ad hoc ou encore toute l'ingéniérie institutionnelle que permet l'article 86 de la Constitution de la République…
3. Son second scénario, aux antipodes du premier, de maintien et de reconstruction d’un Etat fédéral performant, au moins aussi compétitif, économiquement, que ses voisins immédiats pêche par sa faiblesse quand il dit que 100.000 des 200.000 chômeurs wallons devraient, en tout cas, à terme, accepter d’occuper les 150.000 emplois vacants en Flandre. On sait bien que les emplois vacants en Flandre demandent les mêmes qualifications que les emplois à pourvoir pour lesquels on ne trouve pas de chômeurs compétents en Wallonie. Je me demande comment le simple fait de traverser la frontière les rendraient subitement qualifiés ?
4. Aernoudt part de l’hypothèse que la scission du pays mettra automatiquement fin aux transferts Nord-Sud. Peut-être certains transferts visibles, en matière de sécurité sociale, par exemple. Mais il néglige totalement les transferts occultes (la clé de répartition régionale 60/40 par exemple qui enrichit la Flandre au détriment de la Wallonie, sans oublier les détournements du passé dont j'ai parlé dans un billet précédent). Soyons sérieux, par ailleurs, les flux économiques ne s'arrêtent pas non plus à la frontière linguistique. Une Wallonie, même indépendante se retrouverait dans un environnement très différent de celui que nous connaissons actuellement.
5. J'insiste peut-être, mais j'aimerais lire un jour une analyse sérieuse et non orientée du coût (du bilan) de la Belgique (et de son maintien !) pour la Wallonie… Je suis de ceux qui estiment (et ne suis pas le seul) que la régionalisation a permis de sauver pas mal de chose, même si elle était imparfaite et qu'elle est maintenant dépassée.6. Utiliser des chiffres orientés qui ne sont que des agrégats et des extrapolations ne sert faire peur aux citoyens (je ne suis pas certain qu'on en parle en Flandre) et n'apporte rien au débat. C'est jouer au faux prophète. Les Wallons ne doivent pas avoir peur, la scission faite, nous nous retrouverons dans un nouvel environnement où nous pourrons utiliser tous nos atouts.
C'est en fin de compte la politique et la pression de l'opinion publique qui décideront des choix. Si on ne tenait compte que d'arguments financiers, jamais la Tchécoslovaquie n'aurait éclaté et jamais l'Allemagne ne se serait réunifiée. Heureusement, face aux frileux, c'est encore la politique qui décide... parfois !
7. A l’analyse des données socio-économique de la Belgique, le séparatisme flamand est certainement moins dangereux pour la Wallonie qu’un Etat confédéral dans lequel la Flandre maintient sa domination et continue à profiter de l’essentiel des ressources de la Belgique. La question nationale prime tout. Il n'est aucune prospérité économique possible, aucun niveau de vie acceptable dans l'asservissement culturel et politique. Puissent les Wallons en prendre conscience. Et surtout parmi eux, ceux qui se sentent anticipativement protégés par la future frontière d'état française (les 49 % au dernier sondage en sont le reflet) et qui acceptent encore de subir la domination flamande, pourvu qu'ils aient leur niveau de vie plus ou moins garanti et que cette domination soit "douce" (c'est-à-dire sans violences physiques).
Voilà, c'est une réaction rapide, mais j'y reviendrai.
Chacun son Grall !
Mon dernier point allait d'aileurs dans ce sens. Même si je ne l'ai pas développé dans le même sens que vous et que je parlais surtout des Wallons. La situation à Bruxelles et dans la périphérie est bien pire !
Moi aussi j'ai trouvé cet étude malhonnête, pour les raisons que vous citez déjà. Je voudrais insister sur deux points:
- personne n'a jamais mesuré le coût du dysfonctionnement belge, mais cela doit être faramineux
- le scénario que nous soutenons présente de nombreuses opportunités d'économie d'échelle
- Plus de justification pour les implantations des bureaux belges à Diegem des entreprises internationales. En effet, la Belgique francophone serait servie plus efficacement par les bureaux français de ces mêmes groupes.
- Plus de monopole "de facto" sur les postes de direction des entreprises et institutions belges, réservés aux bilingues officiellement, aux flamands souvent.
- Plus de facilités pour prospecter la Wallonie et Bruxelles pour y vendre produits et services. Le lait normand prendra rapidement la place du lait "Campina", par exemple, à mesure que la grande distribution en Wallonie et à Bruxelles passe sous le contrôle probable de groupes français.
http://www.medium4you.be/Brussel-de-melkkoe_7209.html
où l'on indique la volonté d'une belgique unie n'est plus suffisante et que, socio économiquement, peut être que la solution français est intéressante...
avec un petit semblant de rattachisme...
http://moving-society.blogspot.com/2008/09/et-si-nous-devenions-franais.html
suivi par ailleurs d'un débat sur :
http://www.medium4you.be/Et-si-nous-devenions-Francais_7022.html
Bonne lecture et n'hésitez pas à réagir...
Je ne dirais pas que Rudy Arnoudt n'est pas crédible. Je dirais juste qu'il n'est pas du tout représentatif du monde politique et de l'électorat flamand... donc il est politiquement insignifiant.
Ce qu'on entend de son bouquin dans la presse est effectivement révélateur:
- évidemment qu'une Belgique fantasmée sur papier où le chômeur sous-qualifié wallon prendrait le poste super-qualifié trilingue flamand correspondant, où les cabinets et les intercommunales n'existeraient plus et dont le fonctionnement serait souple etc etc, économiserait de l'argent et pourrait être plus efficace. C'est évident.
Mais cette Belgique fantasmée est, à moins de passer l'électorat flamand à l'eau de javel, une pure utopie.
Alors oui, si la Belgique se sépare et que la Wallonie devient indépendante seule, certains transferts immédiats disparaitraient d'un coup et il faudrait trouver l'argent ailleurs.
Et alors? Que ce ne soit surtout pas une raison de faire peur aux Wallons, car sur le long terme terme la Wallonie, libérée du carcan belge et flamand, a un sérieux avenir...
Enfin peu importe Rudy Arnoudt: il est tellement marginalisé en Flandre que son message est voué au silence. C'est dommage pour lui mais c'est ainsi. Il n'y a vraiment plus qu'à Bruxelles qu'on en fait un Dieu, car il est en quelque sorte l'archétype du Flamand que nous attendons: il dit aux derniers Belges exactement ce qu'ils veulent entendre... Le messie en quelque sorte.
Ou pour paraphraser Mouraux: les Flamands ont leur messie (Kris Peeters). Maintenant les ultra-Belges ont aussi le leur...