Le blogue-notes de Claude Thayse
Dans "Le Soir", Kris Peeters, ministre-président du gouvernement flamand, déplore que "des francophones" saliraient l'image de la Flandre en saisissant les Instances européennes pour faire progresser leurs dossiers.
Intéressant. Il est vrai que l'image de la Flandre en prend un coup ces derniers temps. Particulièrement dans la presse internationale. Le Kroll du 20 mai l'avait superbement illustré. Kris Peeters ne fait que reprendre une vielle tradition du Mouvement flamand. Se faire passer pour victime.
S'il a été relativement facile de manipuler l'Histoire en mettant en avant les malheureux Flamands brimés par les odieux
hobereaux "fransquillons" (*), puis chair à canon d'officiers dont ils ne comprenaient pas les ordres pendant la grande guerre (**), victimes des conditions de travail inhumaines imposées par le
capitalisme dans les mines et aciéries situées dans le bassin Sambre et Meuse (***), ayant capté les Fonds structurels européens de reconversion industrielle destiné à la Wallonie dans les années
'50 et '60 pour permettre leur développement économique (****), il devient de plus en plus difficile de faire croire au Monde qu'un peuple flamand, sûr de lui, "confiant et ambitieux,
économiquement très forts" - pour reprendre les paroles du ministre - reste une pauvre malheureuse victime.
L'utilisation stratégique et manipulatrice du statut de victime aurait-elle ses limites ?
Tant pis... et tant mieux. Voilà qui va augmenter la cohésion et l'unité du ressentiment que d'aucuns, rares en Flandre, lucides, appellent mystique, traumatisme ou phobie. Toute la Flandre, largement convaincue d'être dans son bon droit face aux critiques internationales qu'elle attribue aux basses manœuvres des partis francophones va ainsi se radicaliser encore un peu plus.
A quelques jours d'un débat sur la révision de la Constitution - que personne ne semble préparer, la crainte des conséquences d'un échec collectif le 15 juillet est devenue aussi grande que la crainte des conséquences qu'entraineraient des concessions - ça promet des moments très chauds, très rapidement ! Comme le dit fort justement Jules Gheude dans une interview au Vif, il est plus que temps de poser crûment, et d'urgence, la question de notre devenir.
Et pendant ce temps, la France prépare son opinion publique, voyez cet article du Figaro international...
(*) Des Flamands aisés s'exprimant en français pour se différencier du petit peuple.
(**) Oubliant que la plupart des soldats wallons ne les comprenaient pas beaucoup plus et également passant sous silence la défection de régiments flamands entiers, eur fraternisation avec les troupes nazies la fois suivante. Oubliant également le retour immédiat dans leurs foyers de ces "valeureux guerriers" pendant que les Wallons sont restés en captivité pendant toute la guerre...
(***) Au même titre que les autres ouvriers, tant Wallons (bien plus nombreux) qu'étrangers...
(****) Sidmar à Gand ayant été construit avec les fonds européens destinés à la restructuration de la sidérurgie wallonne.
Avec toutes mes excuses aux puristes, d'avoir utiliser ce néologisme de "victimisation", "mot-valise" emprunté à l'anglais (le français correspondant serait « victimer »).
L’ancien commentateur politique du Standaard Hugo De Ridder était convié au même exercice : « Yves Leterme s’efforce d’expliquer à sa base qu’on peut s’approcher du but par petits pas. Une base qui, entre parenthèses, est contaminée par le virus nationaliste. Quand je vais parler dans les sections locales du CD&V, je constate que les gens tiennent un tout autre langage qu’il y a cinq ans. Le discours de la N-VA y est omniprésent. Bart De Wever est aujourd’hui le leader intellectuel du cartel (…) et on réagit peu à ses propos nationalistes et séparatistes. Cette tendance est irréversible (…). Ni Jean-Luc Dehaene, ni Herman Van Rompuy ne peuvent y remédier ».
Le malheur c'est que
Lachée par
J'ai découvert avec stupeur, étonnement et colère les propos de Kris Peeters dans l'interview au journal Le Soir citée plus haut. Ses propos me sidèrent de par leur mauvaise foi la plus incroyable.
Ainsi, si les francophones ne sont pas contents de la législation linguistique, ce serait au Parlement de changer ces lois? "Démocratiquement" sans doute?
Ce même parlement qui en 1962-1963 a voté "démocratiquement" le tracé de l'actuelle frontière linguistique, voix flamandes contre une majorité de voix wallonnes? Frontière que la Flandre remet aujourd'hui en cause unilatéralement en voulant par la force du nombre scinder BHV et étouffer les facilités linguistiques?
Ce parlement où le 7 novembre 2007 et le 8 mai 2008, la Flandre a voulu imposer ses vues par la force du nombre?
Ainsi, nous - francophones - devrions faire confiance à un parlement, où nous sommes minorisés, pour défendre nos intérêts légitimes, alors que la Flandre est entrée dans une logique de "loi du plus fort", à laquelle nous serons mathématiquement toujours perdants?
Cette opinion est indéfendable, elle est d'un mépris indigne pour les Wallons et les Bruxellois francophones, et pour la démocratie tout court.
Il est à présent impossible de s'entendre avec la Flandre sur ses dossiers fondamentaux. La seule issue est le divorce. Par consentement mutuel et dans le calme, du moins je l'espère.
J'ai beaucoup apprécié la justesse de la réponse de Bétrice Delvaux dans le Soir, par contre.