Le blogue-notes de Claude Thayse
L'actualité est très calme. Je voudrais revenir sur la proposition de ce juriste francophone de Tervueren, Jacques Autenne, qui propose à la Flandre de céder à Bruxelles les axes de communication (ferroviaires, routiers et fluviaux) qui la relient à la Wallonie...
Ce spécialiste en droit fiscal, professeur à l'UCL et à l'Ecole royale militaire, ancien membre du Conseil supérieur des finances et du Conseil central de l'économie dit comprendre la demande flamande de scinder l'arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Que les francophones devraient accepter la scission - en exigeant cependant une disposition transitoire permettant aux habitants francophones de Halle et Vilvorde de pouvoir avoir recours à des tribunaux francophones pendant quelque temps encore... En gros ce qui était prévu en 1963 avant qu'on ne déclare (unilatéralement) que les facilités accordées (provisoirement) aux habitants francophones présents à l'époque dans les communes proche de Bruxelles et situées au nord de la frontière linguistique (mais bien d'Etat) étaient "bétonnées".
Inspirée du statut de Berlin-Ouest qui n'a pu tenir que grâce au couloir aérien et à l'autoroute qui la reliait à l'Allemagne de l'Ouest, son idée rejoint celle émise dans les discussions communautaires dites de Steenokkerseel (1974), une idée de couloir limité à la chaussée de Waterloo (rattachant des parties de la foret de Soigne - les "Espinettes" - à cette chaussée). Ce que François Perin avait appelé la solution du "pédoncule" et qui a signé la fin des négociations.
Amusant ? Délirant ? Ouais... peut-être. Indépendamment du fait qu'il est assez incongru de comparer la situation de Berlin enclavée dans un territoire contrôlé par une puissance hostile avec contrôle d'identité systématique de tous les navetteurs, agences en douane à la frontière à celle de Bruxelles intégré dans l'Europe (accords de libre circulation des hommes et des idées, Schengen, etc..). Ça n'aurait de sens que si la Flandre (et je l'imagine mal, en cas de crise extrême, couper ces voies de communication) quittait l'Europe.... Ce qui serait encore plus incongru, cette dernière serait la première à la reconnaître comme Etat lors de sa déclaration d'indépendance. (Mais qu'attend-t-elle ?)
Notez que ça répondrait au désir de certains d'établir un lien physique entre Bruxelles et la Wallonie...
Et donc, si les projets délirants qui ont cours à l'heure actuelle, de pouvoir réunir une communauté française sans passer par un élargissement de la Région bruxelloise au sens strict, puisque toutes les habitations jouxtant ces voies d'accès resteraient rattachées juridiquement à la Flandre. On apporterait aussi une solution symbolique à un problème politique insoluble. Sauvegardant l'avenir, les Régions pouvant se choisir leur destin...
Mais, gageons que certains (néo-belgicains) n'apprécieront pas... les habitants francophones de la périphérie étant de facto assimilés à la Flandre, les privant d'une bonne partie de leur fond de commerce électoral. Tout le monde ne partage pas ce point de vue : voyez ce qu'en dit Liège-France.
Et pendant ce temps là, délaissant ses dossiers locaux (entendez fédéraux), le premier ministre voyage... en représentant de la future Flandre indépendante ?
Simplement, dans mon esprit, réunion ne signifie pas annexion. C'est le résultat d'un processus négocié, approuvé et volontaire. Si les Flamands de Bruxelles et de la périphérie souhaitent devenir Français, ils seront logiquess avec eux-mêmes. Vous pourriez être étonné...
Dans les années 80, évoquant je ne sais plus quel problème communautaire de l'époque, feu Henri Simonet avait parfaitement résumé l'attitude de la Flandre en reprenant cette maxime héritée de la Guerre froide: "Ce qui est à moi est à moi mais ce qui est à vous est négociable".
C'est comme ça que raisonnaient les boers des romans de Stijn Streuvels. Leterme, Dewever et les autres en sont aujourd'hui les dignes descendants en costume de ville. Et le temps joue en leur faveur.
Cette proposition est évidemment d'un grotesque achevé . Ce Monsieur aurait pu tout aussi bien nous proposer le partage des lampadaires de la chaussée de Waterloo ( le corps de l'engin devenant Francophone et la lampe Flamande ) .
Dans
l'affaire qui nous préoccupe et qui va redevenir incandescente sous peu, c'est
Olivier Maingain qui a raison pour au moins 3 motifs :
1° -D’abord et indépendamment de sa personnalité et de ses convictions profondes , c'est bien lui qui détient la clef du problème et qui est en position de faire sauter le verrou Bruxellois.
2°- Maingain fait une analyse quasiment similaire à celle de Gheude concernant la Flandre , Etat- Nation , les trois « gros « se refusant en public à qualifier le phénomène comme il sied.
3°- il a vraisemblablement une vision de l'Etat presque jacobine avec un Centre ( Bruxelles ) et sa périphérie ( la Wallonie ). Je pense par ailleurs que , eu égard aux oppositions régionales historiques qui entrave l'unification organiques de tous les Francophones, il sera suffisamment sage pour proposer au futur Etat résiduel un cadre institutionnel proche de celui de la R.F.A. Il n'est pas indifférent, de ce point de vue là, que son père ait été Gaulliste.
4°- Je
le soupçonne , à tort ou à raison , d'être un rattachiste qui s'ignore ou qui
ne peut que s’en défendre par les temps qui courent ,car , à sa manière, il
est trop d'esprit Français pour être honnête. En toute hypothèse, il fera en
fonction de l'évolution de la situation………. et des états d'esprit.
On peut
aussi maginer qu’il proposera à ses mandants ( la Bourgoisie Francophone de
Bruxelles ) de conserver son autonomie par rapport à la Parisienne.
4°- il n'est donc pas nécessaire tactiquement de lui taper dessus comme s'y emploient certains régionaliste Wallons. Quand on sait queles réunionistes qui représentent 1,50 % du corps électoral ( et d’ailleurs pourquoi continuent ils à obtenir d’aussi maigres scores ? se sont ils interrogés à ce sujet ? ) ont encore trouvé le moyen de se disputer entre eux, ils n’ont aucune leçon àassener à ceux qui représentent une force réelle et qui sont au coeur du problème.
Vous
Monsieur, qui prétendait défendre autant la Wallonie que Bruxelles , je ne
comprends pas que vous vous attaquiez à ceux qui sont en première ligne.
Olivier Maingain est un acteur incontournable, jusqu’à nouvel ordre et je vous le dit en toute sympathie,ju-squ'ç nouvel ordre,vous ne l’êtes pas…..
La suite de l’Histoire , c’est à dire ce qu’il adviendra de l’ex-Belgique ( rattachement de la Wallonie à la France avec neutralisation diplomatique de la Capitale, Etat Francophone résiduel , ou Confédération Franco-Belge avec partage partiel de compétence qui a ma préférence , vous ne la maîtrisez pas plus que moi à l’heure qu’il est ! .
J’attends
avec intérêt votre réponse et vos objections.
Sentiments distingués.
Mais une question factuelle: à propos de votre phrase:
"En gros ce qui était prévu en 1963 avant qu'on ne déclare (unilatéralement) que les facilités accordées (provisoirement) aux habitants francophones présents à l'époque dans les communes proche de Bruxelles et situées au nord de la frontière linguistique (mais bien d'Etat)."
Suggérez-vous que les facilités aient effectivement été temporaires? Sur quelles bases?
Si j'ai bien compris cette proposition est émise par quelqu'un qui n'a jamais habité Bruxelles.
Si ce type de proposition devait être retenue ou appliquée, elle serait interprétée par les Bruxellois comme une déclaration de guerre.
En cette période d'évaporation de l'Etat il ne faut sous-estimer la loi de la rue qui risque de se substituer à celle de la rue de la loi.
PS: Pourriez-vous écrire Hal au lieu de Halle. Merci!
Je suis résolument contre la vision de Liège-France. La Wallonie a l'obligation morale d'être à 100% solidaire des francophones des communes à facilités, voire d'ailleurs (communes sans facilités). Comment peut-on invoquer la solidarité de la France à l'égard des Wallons tout en souhaitant par ailleurs larguer les bruxellois francophones (intra- et extra-muros) et les livrer en pâture à la Flandre? C'est tout bonnement injustifiable et incompréhensible.
La seule solution juste, démocratique et valable, c'est l'élargissement pur et simple de Bruxelles après consultations populaires et référencements linguistiques. Là on pourra scinder BHV voire abolir le principe des facilités partout si ça fait plaisir à la Flandre, mais une fois seulement que la frontière sera devenue réellement linguistique, et non artificiellement administrative comme aujourd'hui.
La seule manière de crever définitivement l'abcès, c'est de rendre la Flandre homogène linguistiquement, non pas en la "nettoyant" de ses francophones, mais bien en faisant bouger les frontières. Et cela, ce n'est possible que dans le cadre belge. En cas de rupture, il sera trop tard.
Pas d'élargissement de Bruxelles? Et bien, pas de scission de BHV. La crise qui s'en suivra ne fait plus peur à grand monde en Wallonie. Les drapeaux délavés ont pour la plupart quitté les fenêtres, même dans la capitale.
Scinder unilatéralement BHV c'est remettre en cause la frontière linguistique toute entière. C'est hors de question sans juste compensation.
Tout le reste n'est que littérature.