Le blogue-notes de Claude Thayse

Période calme sur le plan politique… Les Flamands et les autres crient tous victoire après l’arrêt de la Cour de Justice de Luxembourg, et le gouvernement se cherche une raison d’exister.

Pour le reste, l’actualité nous tiens au courant avec minutie des moindres faits du procès de Charleville-mézières à un point tel que ce Fourniret va en devenir plus le symbole que Rimbaud. Un peu comme Dutroux qui a fait plus pour la réputation de Charleroi que Jules Destrée… Hélas !
Merci à la presse et à ce qu’elle est devenue...

 

Je suis allé voir le film de Dany Boon dont tout le monde parle. Et je n’ai pas été déçu. Au contraire. Certes, il s’agit d’une comédie bon enfant, pleine de cliché, mais savoureuse. Un bon moment de cinéma. Beaucoup de tendresse et de bonnes intentions. J’ai vraiment bien aimé.

Wallon ordinaire, les dialogues en patois ne m’ont pas dérangés. Bien au contraire. Que d’expressions communes, et pour le reste, que de ressemblance avec mon coin de Wallonie.

L’ambiance du bureau de poste, la tournée du facteur, l’accueil et le naturel des gens, la chicorée dans le café… C’est mon village d’il y a quelques années (d’avant la forte immigration bruxelloise) transposé de l’autre côté de la frontière.

Emouvant. Un film sain.

 

Certes, et c’est la raison de ce billet, certains esprits chagrins verront ça d’une autre manière. Comme dans ce courriel que j’ai reçu et qui s’est retrouvé sur de nombreux fora… (j’en connais l’auteur, et cette violence m’a vraiment étonné jusqu’au moment où j’ai appris qu’il avait assisté à une conférence commune de P.-H. Gendebien et de De Dekker à Louvain-la Neuve…).
Je vous le cite intégralement :

« Ce film que j'ai vu en France a un succès extraordinaire. Comment comprendre cela?
Les Français seraient-ils de plus en plus intéressés à leur "particularismes" régionaux?
Dans ce film les Ch'tis sont présentés de façon ridicule et caricaturale mais sympathique voire jovial.
Cela met aussi en scène des employés de la Poste sous un jour peu favorable.
Au premier abord le film se veut rigolard comme souvent les films français de cette veine. J'ai ri aussi mais quand je suis sorti je ne souhaitais pas vraiment être un Ch'ti
Comme toujours c'est à la grosse louche.
Les wallons pourraient être aussi caricaturé de cette façon.
Au match de foot PSG(Paris)-Lens(Nord-Pas de Calais) ce dimanche les parisiens ont sorti une banderole sur laquelle ils avaient inscrit: " Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les Ch'tis".
Voilà sans doute l'accueil dont rêvent certains wallons rattachistes de la part des parisiens. »

 

Passons sur l’affaire de la banderole des supporteurs de foot. C’est con, mais qu’attendre d’autre ? Ce jeu, ce spectacle (le sport professionnel n’est plus vraiment du sport) incite à la haine, c’est bien connu. J’ai cru comprendre que le même genre d’attitudes débiles se retrouve régulièrement dans nos stades locaux. Bof… C’est toléré par les autorités (c’est même là que se passent le moments forts des négociations partisanes) et ça canalise la violence, pendant ce temps là, ces « gens » (comme dirait Di Rupo, ça sonne mieux que « sujets ») ne sont plus des citoyens conscients, ni actifs. Le foot, opium du Peuple…

 

Non, ce qui m’a frappé dans ce message, c’est le ressenti inconscient d'appartenance ethnique avec les Ch'tis. C’est ce mélange complexe d’attraction et de répulsion, de fascination et de peur de ceux qui n’osent pas affirmer leur appartenance ou plutôt qui la sentent fragile. C’est pourtant une grande force que d’appartenir à un terroir, de se caricaturer soi-même. Plutôt que se replier sur soi, se « victimiser », soyons fiers de ce que nous sommes !

Merci à Dany Boon, ce qui est vrai pour les ch'tis vaut pour les Wallons. Il a fait là oeuvre utile.

 

Je laisserai le dernier mot au correspondant (un rien sarcastique !) en France du journal « The Independent ».

J’y relève ce petit extrait:   " To the French, who seldom go there, the most northerly region of France is a frozen, post-industrial wasteland. It is a part of Belgium which is, unaccountably, part of France. It is a place where unemployed miners speak a dialect which sounds like a blend of Polish and Portuguese. It only rains three timesa year but each shower lasts for four months."
 

Traduction : « Pour les Français, qui s’y rendent rarement, la région la plus septentrionale de la France est une friche post-industrielle figée. C’est une partie de la Belgique qui s’est, inexplicablement, retrouvée en France ».

Sacrés Britaniques va, ils sont mêmes capables de se moquer de leur créature…

Jeu 3 avr 2008 9 commentaires
A propos de banderoles, voici une histoire vécue au stade du pays de Charleroi lors d'un match Sporting-Standard il y a deux ans je crois: on pouvait y lire la banderole des supporters du Standard: "Charleroi, ville sinistre pour un équipe sinistrée - carolos chômeurs" et j'en passe. Quand une équipe flamande débarque on a droit aux chants anti-francophone (et aux chant anti-flamands de l'autre côté). Ce n'est donc pas une particularité parisienne mais je suppose que ce monsieur est un grand intellectuel et ne va pas au foot.
benoit - le 03/04/2008 à 10h24
A propos de cette banderole, on a encore crié au racisme. Maintenant, on s'accuse de raciste comme on s'mouche. Alors qu'il s'agissait simplement de la connerie ordinnaire en effet.
"Sacrés Britanniques va, ils sont même capables de se moquer de leur créature..." ...mais pas Mary Shelley quand même ! Si ? Ah !  Quelle raciste celle-la!
Ornoto.be - le 03/04/2008 à 11h12
Mary Shelley ? Non ? Je trouve qu'elle avait beaucoup de tendresse pour sa créature pourtant, non ?
Claude Thayse
Il serait intéressant que la presse se penche sur les Belges de plus en plus nombreux à déserter la côte flamande pour le Nord de la France le temps du week-end ou d'un séjour plus long. En cause, un accueil plus chaleureux, des prix moins prohibitifs et des paysages pas encore défigurés par le béton.
francolâtre - le 03/04/2008 à 11h31
J'ai aussi bien aimé le film, j'étais à côté d'un français dans une salle de Tournai qui habite la Belgique pour des raisons fiscales :) Habitant la partie picarde de la Wallonie, il y a clairement une proximité avec les nordistes : les fanfares, les géants, une sorte forme d'auto-dérision
Guillaume - le 03/04/2008 à 13h32
Cette méconnaissance du Nord par le reste de la France me rassure: les Ch'tis sont aussi peu connus en France que ce qu'on y appelle "les Belges" (càd les Wallons et les Bruxellois)... finalement.
Nous sommes si proches. Il est étonnant qu'on semble seulement découvrir en France mais aussi chez nous (cf demotte) cette évidence...
didier - le 03/04/2008 à 14h06
Le Soir se sent obligé de publier un dossier complet pour contrer ce phénomène cinématographique, qui clairement, dérange aux entournures.  J'ai fait part de ma réaction :

Les Ch'tis dérangent à Bruxelles, une fois.
On a bien compris que cette poussée de sympathie régionale pour les voisins immédiats de la Wallonie, dont une partie est d'ailleurs partie intégrante à cette région de France, irrite au plus haut point les pètes-culs bruxellois, déjà harcelés au Nord par l'intégrisme flamand. Il ne leur reste plus que les dociles Wallons à mépriser pour se donner l'air d'être les Parisiens de quelques-uns. Ca ne pèse déjà pas très lourd, alors si le Hainaut se fend de choisir Lille pour capitale du coeur, c'est tout un royaume qui va partir en quenouille. En tout cas, ce n'est pas les imitations lamentables de la bande à Mercier sur La Première qui remontront la cote de Bruxelles en Wallonie.

Toute sympathie intacte, bien sûr, aux nombreux habitants de Bruxelles qui ne sont pas victimes de ce complexe de supériorité.
François - le 03/04/2008 à 16h42
J'ai aussi écrit un billet sur ce beau film et ma conclusion est la même que la tienne : le sentiment d'appartenance de la Wallonie à la France. Vu de France, en plus, ce film a créé un véritable choc chez moi.
Francois Collette - le 05/04/2008 à 14h36
Cher François,
J'ai même été touché à plus d'un titre, mon père était facteur dans un petit village de l'Est du Brabant wallon... Et ma mère mettait de la chicorée dans le café.
Ce n'était pas les madeleines de la grand-mère de Proust, mais...
Claude Thayse
salut à vous tous...   comme vous j'ai vu aussi ce film la semaine denière...rien de plus à rajouter si ce n'est la tristesse actuelle mais un espoir ténu mais qui demeure...! de voir d'ici 2009 un cartel electoral de toute la sphère réunioniste pour marquer enfin le coup...les fameux 5% détonnant...le déblocage...    le Graal mediatique ...je vous dis pas les reportages qu'il y aurait aux 20h de TF1 ou La 2...rêvons....
Thierry - le 07/04/2008 à 15h41
Hé oui ! Il nous reste à espérer que ce cartel se fasse ! Croyez bien que nous sommes quelques-uns à y travailler...
Claude Thayse
Je suis persuadé que dans les partis francophones, on se prépare discrètement  à "l'après-belgique".
Chaque parti a son "plan" à ce propos.
Mais en effet, l'idée réunioniste est beaucoup trop frileuse et ne doit pas apparaître comme telle dans ces plans.
C'est pourquoi il convient de tout faire pour qu'au prochain scrutin la solution française prenne vraiment de la valeur au niveau %.
Je rappelle que les idées environnementales ont été reprises dans tous les autres partis quand Ecolo a dépassé les 5 à 10 % de voix.
Merci Claude Thayse d'intensifier vos efforts pour que les partisans de cette idée n'apparaissent pas trop désunis en juin 2009 (ou avant, qui sait?)
Pierre - le 07/04/2008 à 19h03