« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Réflexions

En attendant le rapport du formateur sur ce qu'on appelle une fois de plus (en fait la sixième !)  « la pacification de l'Etat » (sic !) première étape de l'éventuelle formation d'un gouvernement dont on peut déjà prévoir que les conséquences de la seconde étape (socio-économique) seront dramatiques pour notre niveau de vie, je vous suggère la lecture d'un article paru dans « Le Vif » : http://www.levif.be/info/actualite/dossiers/les-entretiens-du-vif/paul-jorion-sans-revolution-ce-sera-la-chute-de-l-empire-romain/article-1195115511426.htm

 

Disciple belge de Claude Lévi-Strauss, cet anthropologue « touche à tout » a toujours été considéré comme un vilain petit canard théorique mais avait prédit, avec une précision étonnante, la crise des subprimes.

 

Pour lui, qui estime - ce que je partage - que «l’économie est une chose trop sérieuse pour être attribuée aux seuls économistes», l’économie est le trou noir de la nature humaine, celui particulièrement impensé et dans lequel mijotent avant qu’elles ne débordent, toutes les irrationalités. «L’esprit n’est pas cartésien, la raison est caparaçonnée et dirigée par l’affect», affirme-t-il.

 

Un autre regard qui nous sort de la pensée unique. Voyez ce qu’il dit du sacro-saint PIB…

« (...) mesurer la dette en fonction du PIB, soit le potentiel économique d'un pays, c'est un artefact. Historiquement, en 1944, les pays qui avaient connu une économie de guerre n'avaient plus les moyens d'évaluer leurs rentrées fiscales. Les Etats ont alors décidé de ne plus mesurer leurs dépenses par rapport à leurs rentrées, mais par rapport à leur PIB. C'était provisoire. Cela aurait dû durer cinq ans tout au plus. Mais on a maintenu le système, par habitude, sans même plus savoir aujourd'hui pourquoi on l'a imaginé. Désormais, l'Allemagne va l'inscrire - c'est la fameuse règle d'or - dans sa Constitution et obliger les autres membres de l'Eurogroupe à la suivre. C'est du délire ! On ne peut mesurer ses dépenses que par rapport à ses rentrées, comme les ménages le font »

 

Plus que du bon sens. Il n’y a pas qu’en politique institutionnelle belge que l’ignorance de l’Histoire conduit à des catastrophes…

 

Vous avez certainement – comme moi – lu dans la presse l’interview de François Perin en faveur d'une solution claire au problème belge, ainsi que les articles sur la publication de l’étude de Jules Gazon (ICI) sur les difficultés auxquelles serait confrontée une Wallonie indépendante.

 

Deux approches différentes, mais complémentaires. Elles partent toutes deux de l’opinion qu’il n’y a pas d’autre choix que la réunion de la Wallonie à la France. Vous connaissez mon opinion à ce sujet. Je voudrais simplement prendre ici un peu de recul.

 

Wallonie indépendante ou Wallonie française, seuls choix.  Mais choix par rapport à quoi ? Si une alternative correspond à une situation à laquelle il n'existe que deux solutions possibles. Ici, en l’occurrence l’indépendance wallonne ou le rattachement à la France, encore faut-il montrer en quoi la situation actuelle est problématique. D’autant plus que d’autres solutions sont prônées par d’aucuns et tiennent la corde dans les programmes des partis traditionnels.

 

Objectivement, il semble aujourd’hui très difficile d’imaginer une vision commune de la Belgique où les institutions seraient normalement là pour appuyer un projet de société, un « vivre-ensemble commun ». Pourtant, rappelant que depuis des années, les relations entre communauté et Régions se sont structurées, institutionnalisées, il ne faut pas écarter d’un revers de manche l’hypothèse d’une solution pacifique, certes difficile à concevoir ou compliquée à mettre en œuvre, mais pragmatique comme le confédéralisme.

 

L’autre hypothèse étant ce qu’il est convenu d’appeler « la Fédération Wallonie-Bruxelles »… Gommant même l’existence des Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, cette fédération porte en elle les germes de la rupture définitive du « pacte des Belges » laborieusement élaboré depuis les premières les lois linguistiques de 1873. Elle montre, en tous cas, que les partis francophones ont intégré et se préparent à la scission de l’Etat belge dont cette Fédération constituerait le résidu. A moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice de musculation destiné à apparaître en position de force dans la crise de nationalités qui s’est ouverte depuis les élections du 13 juin 2010… ou, paradoxalement, en défendant leur programme, les partis flamands qui maintiennent leurs revendications de participer à la gestion de Bruxelles contribuent à la « non-évaporation » de la Belgique.

Certes, en termes de comptabilité nationale, se basant sur les statistiques en matière de PIB, cette « Belgique continuée » aurait un PIB équivalent à celui d’une « Flandre –Etat autonome ». Il a été ainsi calculé sur base des statistiques Eurostat 2007 que si on additionne les PIB wallons et bruxellois on obtient 114,8 milliards avec 42,2 % d’habitants contre 154,4 milliard et 57,8 % d’habitants pour la Flandre. Ce qui revient – un peu vite - à dire que le PIB de la Flandre est proportionnellement inférieur à celui de Bruxelles et de la Wallonie réunies...

Ces montants ramenés au PIB par habitant montrent qu’avec 26.330 €, la Fédération Wallonie-Bruxelles ferait même mieux que la Flandre (25.724 €).

Ces extrapolations négligent des aspects importants comme la répartition régionale la dette et ses intérêts en cas de scission. Pourtant largement utilisées par les politiciens, elles ne tiennent pas non plus suffisamment compte d’une réalité qui veut que le PIB régional est rapporté à la population de la région concernée et que, à cet égard, la différence entre le lieu de résidence et le lieu de travail est significative. Le PIB mesure bien les prestations économiques réalisées dans les limites d’une région ou d’un pays, indépendamment de la question de savoir si ces prestations ont été réalisées par des salariés vivant ou non dans cette région ou ce pays. De ce fait, l’emploi de l’indicateur «PIB par habitant» ne pose vraiment aucun problème si tous les salariés qui sont associés à la production de ce PIB ont aussi dans le même temps leur domicile dans cette région.

Dans des centres économiques une forte proportion de navetteurs peut conduire à un PIB régional très élevé par habitant, tandis que celui affiché dans les régions environnantes est relativement faible, bien que le revenu des ménages y soit très élevé. Il ne faut donc pas confondre le PIB régional par habitant avec le revenu régional.

Le flux de navetteurs à Bruxelles peut tout autant être porté au compte de l'attractivité des 19 communes que de la capacité de la Flandre et de la Wallonie de fournir la main d'œuvre nécessaire à l'activité économique à Bruxelles… (2)

Si on poursuit la logique d’affrontement, la guerre civile froide, qui oppose les Communautés et Régions, il reste alors à trouver un avenir en dehors de la Belgique. La stratégie de l’autre Belgique, ou Belgique continuée, étant vouée à l’échec par la stratégie géopolitique qu’elle sous-tend. Tant sociologiquement qu’économiquement, les sensibilités, les besoins sont différents entre les deux régions et que si nous voulons créer toutes les conditions du renouveau de la Wallonie, nous devons maîtriser toutes les fonctions sociales, à commencer par l’enseignement et la culture. Ce qui est difficilement conciliable avec la logique communautaire qui n’est qu’une abstraction « qui se met à faire de la politique ». Enfin, il est prévisible que d’importantes difficultés financières ne manqueront pas de surgir par le partage de la dette belge. La solidarité dont se targuent les promoteurs de ce projet s’étant évanouie avec le départ de la Flandre, ce sont les facteurs de division, jusqu’ici laissés de côté, qui risquent de faire surface. La construction de ce néo-nationalisme francophone tout aussi artificiel est simplement destinée à épauler le nationalisme belge face à une nation flamande en devenir.  Passons…

 

Revenons au problème de départ. Et de « non-dit ». Un choix par rapport à quoi ?

 

Et si on le disait clairement ? Celui de la poursuite d’une Belgique sous une forme ou une autre.

 

Dans le débat d’opinions, il manque une objectivation des deux branches de la vraie alternative : « rester dans l’Etat belge ou ne pas y rester ». C’est que attachés à nos opinions, nos croyances, nous avons tendance à oublier celles des autres. Le débat ne se passe pas uniquement entre rattachistes et indépendantistes. Le panel est beaucoup plus large. Aussi remarquable qu'elle soit, une étude à l’appui de l’une ou l’autre thèse n'est qu'un argument complémentaire d'un camp contre l'autre.

Mais quel est son véritable impact sur la majorité des Wallons ?

Qu'un pourcentage infime (même éclairé) de la population prouve à un autre pourcentage infime de celle-ci que sa solution n'est pas la bonne ne fera jamais basculer une majorité de pensée. Il faut cesser ces combats fratricides. L’intérêt des Wallons et de la Wallonie est en jeu.

 

Je pense qu'il serait utile - mais je n'ai pas les compétences en la matière - de compléter les études par d'autres montrant le coût pour les Wallons de leur maintien dans la structure belge. Que celle-ci reste inchangée ou évolue encore un peu dans la voie du confédéralisme. C’est bien par là qu’il faut commencer.

 

C'est de cela que nous avons besoin. Sous l’influence des médias à la solde des partis traditionnels, les Wallons restent englués dans leur loyauté fédérale et on ne leur démontre pas suffisamment qu'ils se trouvent en compétition avec les autres composantes de la Belgique. S'ils en sont là, c'est probablement parce qu'il ne leur est pas encore apparu que ce sont leurs intérêts, leur survie économique qui sont en jeu. Tant que cette démonstration ne sera pas popularisée en termes simples et crédibles, rien ne changera.

Qui leur montrera le prix de leur maintien dans cette structure ? Qui leur montrera que leurs intérêts vitaux sont en jeu ? C'est ce qu'on peut attendre d'experts et d'intellectuels indépendants. mais le feront-ils ?

 

Ceci dit, j'aime beaucoup cette phrase du texte de Jules Gazon qui résume clairement la position que défends parce qu'elle présente d'avantage de satisfaire à la fois les rattachistes rationnels et les partisans de l’indépendance : « L’alternative passe par une union de la Wallonie à la France, mais pas n’importe laquelle. Pas celle d’une simple association qui postulerait que la Wallonie s’unisse à la France sous une forme confédérale, sans que les Wallons ne soient citoyens français, donc sans bénéficier du lien solidaire avec la France notamment pour le financement de la sécurité sociale. (...) Et pourquoi pas, un mélange des deux dans une perspective qui allie le meilleur de la République française et de l’autonomie wallonne, en étant citoyens français dans la France solidaire ».

 

 

(1) oubliant que comme le disait Fernand Schreurs, Secrétaire général du Congrès national wallon de 1948 que : « Les Wallons ne sont pas de simples francophones. Un francophone est un homme qui s’exprime en français, sans plus, ajoutant : « Ce que les Wallons ont en plus, c‘est l’intégrité française »    . Propos prémonitoires ?

 

(2) Comme l'explique à de nombreuses reprises l'historien Pierre Lebrun (Essai sur la révolution industrielle en Belgique, Bruxelles, 1979, pp. 589 et suivantes), lors de la scission des Pays-Bas en 1830, la Belgique s'est créée comme un pays profondément déséquilibré avec en Wallonie la seule richesse valable du pays, L'État belge investissant les fruits de l'exploitation de la classe ouvrière en Wallonie dans sa capitale et à Anvers. Il n'est pas besoin non plus de longues démonstrations pour montrer que Bruxelles, dès l'indépendance belge, a été placée au centre du pays et que tout a été fait du point de vue des communications routières et ferroviaires pour que le pays converge vers ce centre. Cet aménagement du territoire conçu en fonction de Bruxelles a eu comme résultat que Bruxelles pouvait être considérée comme «le centre de l'agglomération belge».  C’est cette centralisation excessive du pays dont l’économiste Michel Quévit considère qu'elle est la grande cause du déclin wallon.

Pour notre Wallonie, seuls comptent demain et les après demain (J.-J Merlot (1959))

 

Dans le cadre de la publication prochaine, en France, d’un livre sur l’histoire de la Wallonie, les auteurs m’ont demandé de me livrer à un petit exercice de prospective. Ce qui peut sembler paradoxal en posface d’un livre traitant du passé. Pourtant, j’imagine qu’en terminant la lecture de cet ouvrage, le lecteur aura compris que la construction de l’entité politique appelée « Wallonie » n’a pas ressemblé à un long fleuve tranquille et que son histoire est loin d’être terminée. Pays de marches appartenant naturellement au monde latin et français (1), mais écartelé par les turbulences politiques de l’Histoire, la consécration d’une identité politique, finalement assez récente à l’échelle des nations européennes, est le résultat d’une conviction forte portée par le Mouvement wallon depuis plus d’un siècle. Une des caractéristiques essentielle de cette identité qui en montre toute l’essence démocratique, c’est celle du respect de l’originalité des deux peuples et des trois régions (auxquels il faut maintenant et fort logiquement ajouter la région germanophone) qui ont composé jusqu’ici la Belgique. Un nationalisme d’exclusion n’a jamais existé en Wallonie. L’autre caractéristique, sans rien occulter, c’est la capacité de dépassement des clivages idéologiques qui a permis de forger ce projet d’entité politique originale. Finalement, l’expérience du fédéralisme, certes incomplet, inabouti et surtout hybride, aura permis de faire naître une société wallonne.

 

Certes, l’Histoire ne justifiera jamais le présent, mais permet de le comprendre. L’histoire du pays wallon ayant été occultée par le besoin de création, puis de consolidation d’un nationalisme belge, ce livre, par la démarche originale qui a guidé ses auteurs, viendra bien à point en complément de la déconstruction d’une certaine mythologie belge depuis Léopold Génicot (2) en 1973.

La pérennité de la Belgique étant, de fait, mise en question par la coexistence de plusieurs nationalités concurrentes sur un même territoire, si ce qu’écrivait Antoine Prost (3): « une société sans histoire est incapable de projet », la Wallonie a bel et bien une histoire. Il reste à définir - sans conception finaliste - un projet d’avenir comme espace politique sans sous-régionalisme et sans repli. Question difficile qui appelle une réponse plus complexe encore : « Notre combat est d’abord un combat contre nous-mêmes » écrivait François Perin en 1971 (4)…

Et, en effet, quels sont les choix d’avenir possibles pour la Wallonie et les Wallons ?

 

Constatons d’abord, que près de soixante-dix ans après le Congrès national wallon de Liège (5), le débat institutionnel est loin d’être terminé… Néanmoins, il est logique de se demander dans quelle mesure, la Wallonie sera partie prenante du « réveil des peuples européens » auquel nous assistons, de l’Ecosse à la Catalogne ou du Pays Basque à la Flandre ?

 

C’est que la Belgique, ainsi que les environnements économiques et politiques internationaux ont tellement changé depuis 1945 qu’un éventail de possibles restreint s’offre aux Wallons.

A l’extérieur, une Union Européenne économique dicte ses lois aux nations jadis souveraines. Des institutions financières dictent leurs conditions et imposent des plans d’austérité aux populations, à cause du spectre d’une faillite des banques et des pays. En interne, depuis « l’affaire royale », et alors que paradoxalement, la décentralisation est dépassée par la Loi, le régime belge s’est renforcé dans les esprits (wallons et bruxellois francophones…) grâce à la disparition de la presse d’opinion, l’omniprésence et le conformisme de la presse radiotélévisée (6) et enfin la concentration des médias à Bruxelles.

Surtout, le fédéralisme – et on peu discuter à perdre haleine de ses réussites et de ses échecs – est passé par là. Il aura été utile en termes de redressement de l’économie régionale, son bilan restera plus que mitigé en matière de « communautarisation » puisque cette politique aura abouti à polariser le débat ethnique sur base linguistique. Au point d’obérer les identités régionales dans ce qu’il est convenu d’appeler « la Fédération Wallonie-Bruxelles » oubliant que comme le disait Fernand Schreurs : « Les Wallons ne sont pas de simples francophones. Un francophone est un homme qui s’exprime en français, sans plus ». Ajoutant : « Ce que les Wallons ont en plus, c‘est l’intégrité française (7) ». Gommant même l’existence des Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat…

Cette fédération porte en elle les germes de la rupture définitive du « pacte des Belges » laborieusement élaboré depuis les premières les lois linguistiques de 1873. Elle montre, en tous cas, que les partis francophones ont intégré et se préparent à la scission de l’Etat belge dont cette Fédération constituerait le résidu. A moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice de musculation destiné à apparaître en position de force dans la crise de nationalités qui s’est ouverte depuis les élections du 13 juin 2010… ou, paradoxalement, en défendant leur programme, les partis flamands qui maintiennent leurs revendications de participer à la gestion de Bruxelles contribuent à la « non-évaporation » de la Belgique.

Alors qu’un nationalisme francophone tout aussi artificiel (8) est venu épauler le nationalisme belge face à une nation flamande en devenir, tous deux exacerbés, la Wallonie peut-elle envisager un avenir serein ?

Le fédéralisme a montré ses limites face à une Flandre qui appelle clairement à une alternative.

 

Alors ? Quel avenir et dans quel cadre ? Evaporation, métamorphose ou quoi d’autre ?

Paradoxalement, la crise politique semble replacer la Wallonie devant certains choix du Congrès national wallon de 1945. Réunion à la France, indépendance… ou confédéralisme ?

 

Le confédéralisme, dernière chance ?

Même si, en terme de prospective, il est aujourd’hui très difficile d’imaginer une vision commune de la Belgique du futur proche, où les institutions seraient normalement là pour appuyer un projet de société, un « vivre-ensemble commun. Rappelant que depuis des années, les relations entre communauté et Régions se sont structurées, institutionnalisées, il ne faut pas écarter d’un revers de manche l’hypothèse d’une solution pacifique, certes difficile à concevoir ou compliquée à mettre en œuvre, mais pragmatique comme le confédéralisme. La clé de la « paix des belges », en respectant les acquis des décennies précédentes, une réforme institutionnelle transparente, simple et cohérente aboutissant à une refondation du pays sur base de quatre Etats-Régions égaux en compétence et en droit, où chacun est partenaire de l'autre et non ennemi, permettrait de sortir des ressentiments, linguistiques ou ethniques. En objectivant des territoires politiques sur base d’espaces définis comme c’est le cas partout en Europe. Le territoire déterminant la citoyenneté, pas la langue. Evidemment, il faudra du courage pour changer de discours, mais ce serait en finir avec les combats symboliques. Qui peut croire en ce mois de juin 2011 que c’est encore vraiment possible ?

 

Si on poursuit la logique d’affrontement, la guerre civile froide, qui oppose les communautés et Régions, il reste à trouver un avenir en dehors de la Belgique. La stratégie de l’autre Belgique, ou Belgique continuée, étant vouée à l’échec par la stratégie géopolitique qu’elle sous-tend. Comment ne pas être sidéré par les propos de leaders politiques francophones annonçant que dans la « nouvelle Belgique », l’enseignement flamand à Bruxelles sera fusionné avec l’enseignement « francophone » ? Que les Flamands ne sont désormais plus des adversaires mais des ennemis politiques (9) ? Que s’ils veulent quitter la Belgique, ils devront rapatrier leurs institutions dans les trois mois… sans transformer Bruxelles et sa périphérie en un Sarajevo ?

Sans compter que, tant sociologiquement qu’économiquement, les sensibilités, les besoins sont différents entre les deux régions et que si nous voulons créer toutes les conditions du renouveau de la Wallonie, nous devons maîtriser toutes les fonctions sociales, à commencer par l’enseignement et la culture. Ce qui est difficilement conciliable avec la logique communautaire qui n’est qu’une abstraction « qui se met à faire de la politique » (10). Enfin, devant le lot de difficultés financières héritées de le partage de la dette belge, la solidarité dont se targuent les promoteurs de ce projet s’étant évanouie avec le départ de la Flandre, ce sont les facteurs de division, jusqu’ici laissés de côté, qui risquent de faire surface.

 

En dehors de la Belgique, en toute légitimité ?

L’énorme différence avec 1945, c’est que la Wallonie dispose maintenant d’un Parlement légitime, représentatif, élu séparément et directement. Jouissant ainsi de la pleine souveraineté et qui peut décider de se donner la capacité juridique de prendre les décisions institutionnelles engageant l’avenir du Peuple wallon. Cette affirmation politique ne pourrait qu’être reconnue internationalement.

 

Rationnellement, et en écartant les délires farfelus de type reconstruction des Etats bourguignons ou des anciens Pays Bas, le choix se limiterait à deux possibilités, une union (d’un type à définir) avec un pays voisin accueillant ou l’indépendance.

 

Un voisin accueillant ?

Excluons d’emblée deux hypothèses qui ont parfois été évoquées : le rattachement à la République fédérale d’Allemagne ou le rattachement au Grand Duché de Luxembourg. L’une comme l’autre ont été réfutées par les responsables politiques de ces deux pays. Tacitement pour la première, publiquement pour la seconde.

 

Historiquement, la construction de l’identité wallonne jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale a été indissociable de la relation que le Mouvement wallon a entretenue avec la France tant en matière de défense que d’économie. Depuis, certes, les choses ont évolué, mais avec curiosité, maladresse parfois, les médias français essayent d’expliquer ce que la plupart des Belges ne comprennent pas eux-mêmes. L’enjeu est de taille. Un Etat européen voisin, en partie francophone, en principe allié, réputé jusqu’ici politiquement stable si pas conservateur, économiquement évolué, risque de disparaître. Si pas complètement, en tous cas dans sa forme actuelle. Pour la France, les conséquences peuvent être aussi importantes que pour nous.

Cette hypothèse pose logiquement les questions du type de relations que nous pourrions avoir avec la France.

Quels pourraient être les statuts la Wallonie et Bruxelles dans cet Etat que l’on dit « centralisateur à un degré névrotique » ?

L’Histoire nous éclaire. En 1919, l’Alsace et la Lorraine ont réintégré la République, et gardé un certain nombre de dispositions de droit allemand qui étaient favorable et qui sont toujours d’actualité : droit sur la faillite personnelle (depuis élargi à tout le territoire), traitement des membres des clergés, dispositions particulières sur les langues locales (De vraies facilités en quelques sorte…). Pour le reste c’est le Droit français, plus favorable qui s’applique.

Depuis, la Loi de Décentralisation de 1982 a organisé un transfert de compétences de l’État à des institutions distinctes de lui : les collectivités territoriales, parmi lesquelles les régions. Celles-ci bénéficient ainsi d’un pouvoir politique, une certaine autonomie de décision et de leur propre budget (principe de libre administration). Sous la surveillance d’un représentant de l’État (l’autorité de tutelle) qui n’est pas un supérieur hiérarchique, mais vérifie simplement la légalité des actes émis par ces collectivités.

 

Toutes les régions n’ont pas le même statut. La Corse (on nous prédit souvent une vocation à devenir des « Corses du Nord »…) a acquis un statut spécial, avec une Assemblée détenant des pouvoirs plus élargis que les autres régions, dotée d’un exécutif doté aux larges responsabilités qui dirige l’action de la collectivité. Un mécanisme permet à l’Assemblée de Corse de mettre en cause la responsabilité du conseil exécutif. Le conseil économique et social s’y est vu reconnaître une vocation culturelle. Actuellement, c’est le seul en France métropolitaine. Des compétences, qui feraient même rêver… la Flandre, ont ainsi été transférées à cette collectivité territoriale, dans des domaines très variés : éducation, communication, culture et environnement, aménagement du territoire, aides au développement économique, agriculture, tourisme, industrie, logement, transports, formation professionnelle, etc… Le conseil régional est aussi l'interlocuteur et le partenaire de l'État pour les programmes importants et de longue durée.

 

Certes, contrairement à nos décrets ou ordonnances, aucune de ces entités ne possède, jusqu’à présent, de compétence législative. Seul le Parlement vote les lois de la Nation; et seul le gouvernement conduit la politique de la République. Mais ça a le mérite de la clarté et d’éviter les conflits de compétences que nous connaissons.

 

La Constitution protège les droits personnels (11). Ce découpage administratif en régions et en collectivités d’outre-mer (anciens DOM-TOM) n'a pas été réalisé de manière purement arbitraire : il respecte, tant que faire se peut, les identités culturelles, témoins du passé, de l'histoire. La Bretagne, par exemple, a une identité très forte, liée aux péripéties de l'histoire…

Les statuts des régions leur sont adaptés. Il en va ainsi, pour l’exemple, de toute la palette des collectivités d’outre-mer, avec la Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna - qui ont trois rois qui gouvernent et sont… rémunérés par l’Etat français (!) ou la Polynésie devenue complètement autonome et dont les liens avec la France se limitent pratiquement à recevoir le chèque de son budget de fonctionnement…

 

En France, ces particularismes ne posent pas, ou si peu, de problèmes ni de déséquilibres et personne n’y trouve à redire ou revendiquer.

Les Wallons auraient ainsi à leur disposition un large choix de possibilité respectant leurs sensibilités.

 

On pourrait craindre que faire entrer la Wallonie au sein de la République, c’est ouvrir la boîte de Pandore d’un fédéralisme centrifuge pour les régions des marches de France. Mais ce risque est-il vraiment si important ou ne serait-ce qu’un chiffon rouge ? Nul doute que le risque, négligeable pour qui est informé, a été évalué. Les marques d’intérêt « officieuses » affichées par les voltigeurs des médias proches du pouvoir ressemblaient plutôt à des signaux.

Les médias (et dirigeants) français sortiraient-ils du syndrome de Waterloo qui les a empêchés jusqu’ici de s’intéresser à ce qui se passe à un peu plus de 200 km de Paris ? Syndrome né de la volonté des despotes d’ancien régime de confiner le Peuple de France dans ses frontières d’avant 1789.

Concrètement, la Constitution française prévoit une procédure de referendum pour l’association de nouveaux territoires (12). Ensuite, les ressources et l'ingéniosité (la créativité) institutionnelle permettra d'accorder un statut qui satisfera les deux (ou trois, n'oublions pas Bruxelles !) partenaires. Association, absorption, association avec intégration progressive, etc... Beaucoup de choses sont possibles en conservant toute l'armature administrative et réglementaire qui conditionne notre quotidien (13).

 

Mais, la France accepterait-elle une « Wallonie sinistrée » ?

Les scénarii financiers catastrophes sur le séparatisme se basent sur une hypothèse des deux ou trois Etats distincts dans un cadre territorial d’une future ex-Belgique « isolée du reste du monde ». Cet exercice est limitant et orienté. Car enfin, soyons sérieux, la Wallonie, ce n’est quand même pas le tiers monde ! Nous avons surtout un problème de gouvernance et ne sommes « pauvres » qu’en comparaison avec la Flandre qui est-elle, relativement riche. Par rapport à un PIB européen moyen de 100, la Flandre se situe à 123 tandis que la Wallonie est à 90. La Flandre est précédée d'autres, comme le Bade-Wurtemberg, le Pays basque espagnol, la Lombardie, la Bavière, la Catalogne ou l'Irlande (14). Michel Quévit dans l’Echo du 31/08/2007 se demandait « si la stratégie actuelle de la Flandre ne consiste pas à récupérer les moyens financiers qui lui permettraient d’intégrer le peloton de tête européen » ? Ce qui expliquerait pourquoi la pression flamande porte surtout sur des compétences à incidence financière »…

Il faudrait aussi expliquer un jour, comment la Flandre en est arrivée là en détournant beaucoup de moyens à son profit depuis 1945…(15) Y compris, comme le fait encore remarquer Quévit grâce à la rigidité du principe de péréquation financière. Cette péréquation qui fait que dans d’autres pays démocratiques, les entités fédérées riches contribuent au développement des entités plus pauvres. La clé de répartition (60/40) bétonnée dans les lois de financement est anormalement rigide à la différence du modèle allemand par exemple, où les Länder contribuent au pot commun en fonction de leur croissance économique respective. Dans tout Etat, les régions riches contribuent ainsi au développement des régions moins riches au prorata de la richesse qu'elles créent. C'est le fondement même de la solidarité. Sauf en Belgique… Ce contingentement de la solidarité « à la belge » est une des causes peu citée et donc peu connue, mais essentielle du retard (qui est plutôt du «mal-développement») qu’on ne rattrape que lentement sur les autres régions européennes de vieilles industrialisations comparables.

Wallonie pauvre, vraiment ? Elio Di Rupo, alors ministre président de la Région wallonne, publiait ceci en 2006 : « A l’échelle de la France, le PIB de la Wallonie la placerait au 8ème rang des 22 régions françaises et au 3ème en matière d’exportations, juste derrière l’Ile-de-France et la région Rhône-Alpes. En termes d’emplois, les groupes français occupent la 1ère place avec 34.000 postes, soit 32 % des 100 premières entreprises industrielles en Wallonie. La France est, de très loin notre 1er client avec quasi 35 % du total des exportations wallonnes. Notre intégration est du point de vue économique est très avancée... On ne le dit pas assez »

On le voit, une telle opération présenterait des avantages aussi bien pour l’une que pour l’autre partie. L’adossement de la Wallonie à un Etat relativement puissant prémunirait évidemment la population contre la précarisation du niveau de vie consécutive à la dislocation des liens sociaux lors de la disparition de la Belgique. Mais, avec les équipements, les talents et la situation stratégique dont elle dispose, la Wallonie a tous les atouts pour être une des plus performantes régions d'Europe. L’atonie économique dont elle est en train de sortir n’est qu'un effet du contexte particratique belge dysfonctionnel.

Pour la République française, le sacrifice financier et budgétaire que l’adhésion de la Wallonie impliquerait serait compensé par le renforcement de sa position au sein de l’Union européenne et dans les enceintes internationales.

Mais cette hypothèse est - actuellement - probablement la moins réaliste politiquement pour la raison très simple que la plupart des dirigeants politiques wallons seraient très peu enclins à favoriser cette solution… qui remettrait en cause leurs pouvoirs. Sans oublier les craintes plus psychologiques ou sentimentales induites par près de deux siècle d’enseignement d’histoire de Belgique qui s’est caractérisée par un distanciement de ce qui est français.

 

Et si la Wallonie a les atouts pour être une des régions d'Europe les plus performantes, pourquoi pas l’indépendance ?

Il existe, en effet, à côté de celle de la France, une voie qui n’a pas été essayée et est rarement évoquée par les politiques or, « il n’est pas démontré qu’un peuple de nationalité française ne puisse atteindre à la plénitude de sa vie nationale sans faire partie de l’Etat français »(16) comme l’écrivait Arille Carlier en 1938.

Les arguments ci-dessus en faveur d’une intégration économique dans la République peuvent parfaitement venir en appui de cette autre voie d’avenir possible.

Une Wallonie disposant d’une situation géostratégique exceptionnelle et unique dans l’espace européen, sûre de son identité et maîtresse de ses moyens pourrait œuvrer à une coopération équilibrée avec les Régions et États voisins tout en s’intégrant aisément dans la communauté internationale.

On entend souvent dire que la Wallonie aurait des difficultés à s'en sortir seule. Les chiffres avancés pour le prouver sont pourtant contestables. Ils projettent une situation actuelle dans le futur sans jamais tenir compte, ni des variables nécessairement liées à une refonte du paysage institutionnel, ni que nous vivons dans un ensemble intégré, l’Union européenne. Il faut cesser de croire que c'est une région désastreusement incompétente. A titre de comparaison, en Allemagne, elle serait plus au moins au milieu du classement de Länder, et on a pu lire ci-dessus qu’il en irait de même en France.

Certes, si ce choix était fait, rien ne serait simple. Sans parler du modèle d'assistés dont on nous a affublés, le contexte international est dominé par les exigences des institutions financières et le poids de la dette publique belge qu’il faudrait assumer en partie pénaliserait la jeune nation. On en voit les ravages en Grèce. 

Faut-il pour autant négliger un aspect essentiel : jamais des raisons purement économique n’ont été à la base des la création ou de la disparition d’un Etat. Une volonté politique forte n'est pas tenue de respecter des analyses économiques parfois frileuses. Pourquoi les Wallons n’auraient-ils pas le droit de croire en eux ?

 

Pour la Wallonie, il n’est plus temps de craindre l’avenir, mais de le préparer. C'est-à-dire, se donner les moyens de le comprendre avant qu’il ne devienne présent pour l’affronter avec la dignité d’un peuple adulte et responsable.

 

 

(1)Félix Rousseau : « Sans aucune contrainte, de leur propre volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris, et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française ». Le problème culturel en Belgique, Rénovation, 1963

(2)Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, 1996

(3 ) Léopold Génicot, Histoire de la Wallonie, Privat, Toulouse, 1973

(4)François Perin, Forces wallonnes, 1971

(5) 20 et 21 octobre 1945

(6)Pierre Bourdieu , Sur la télévision, Paris, Liber-Raison d’agir, 1996

(7)Fernand Schreurs, Secrétaire général du quatrième Congrès wallon, 1948

(8)Au parlement de la Communauté française, on a pu entendre que ce « glissement sémantique » répondrait aux préoccupations quotidiennes des citoyens… Une enquête publiée par « La Libre » en 2010 a démontré que 70 % des Bruxellois ne sont pas du tout séduits par une union quelconque avec la Wallonie…

(9) http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_ch-picque-la-n-va-peut-devenir-un-ennemi-politique?id=4911213

(10) René Swennen, Belgique requiem, Paris, Julliard 1980. « La région elle, est une réalité. Elle vit de la vie des hommes et des femmes qui la composent. Ses limites géographiques sont connues. Elle est formée de liens précis, tissés par l’histoire, la nature, l’économie, les intérêts, les mentalités. La Région est une chose concrète, tandis que la Communauté est une abstraction intellectuelle, donc une idée, et il n’y a rien de pire que les idées qui se mettent à faire de la politique ».

(11)La collectivité de Mayotte a obtenu obtenir le statut de départements d'Outre-mer en 2011. Un statut de collectivité d'outre-mer au plan constitutionnel, avec une organisation et une dénomination spécifique de « collectivité départementale » ayant été mis en place par la loi organique du 11 juillet 2001 afin de rattraper le différentiel législatif avec la métropole.

(12) Article 53, dernier alinéa, de la Constitution, « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n'est valable sans le consentement des populations intéressées ».

(13)Voir les articles 72, 73, 74 et suivants de la Constitution française

(14)Pour des comparaisons plus fines, voir les publications « Eurostat » et plus particulièrement : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-HA-10-001-04/FR/KS-HA-10-001-04-FR.PDF

(15)Dans le Livre « Histoire de la Wallonie » (éditions PRIVAT 2008) les auteurs, KUPPER Jean-Louis et DEMOULIN Bruno, rappellent citant Michel Quévit dans son ouvrage « Les causes du déclin wallon », que le lent essoufflement de l’économie wallonne a commencé avant la seconde guerre mondiale. Masqué par les moindres destructions massives, les facteurs de déclin (démographie, obsolescence et vétusté du matériel, faiblesse des moyens de communication, désinvestissement de l’Etat belgo-flamand, absence de perspective globale, hyperspécialisation…) se sont combinés avec le désintéressement des groupes financiers « belges » qui ont préféré se lancer dans des entreprises nouvelles et une région flamande socialement plus attrayante. Cette dernière a alors bénéficié en plus d’un apport des investissements américains et du développement d’un « capitalisme intra-flamand ».

Les premières politiques européennes d’aide aux investissements n’ayant servi en Wallonie qu’à maintenir les prix belges à un niveau concurrentiel avec les pays voisins et ainsi à sauver l’emploi pendant qu’en Flandre elles ont contribué à la création de nouvelles entreprises. A titre personnel, je me souviens qu’on disait : «  le gouvernement fait des choix. Ainsi, toute la Flandre, et même les régions riches, est considérée comme en développement pour l’Europe alors que seule une faible partie de la Wallonie est dans le même cas ». Et comme c’était le gouvernement belge qui décidait de l’attribution de la manne européenne… Un exemple frappant : « la solution belge à la crise de la sidérurgie wallonne a été de construire Sidmar… à Gand en Flandre ! » De là à conclure que « Le mal wallon, c’est la Belgique »…

(16) Arille Carlier, « Qu’est-ce qu’une nation,? Qu’est ce qu’un Etat ? » La Wallonie nouvelle, 1938

Les partisans du retour à une forme d’Etat belge unitaire rêvé, uniquement francophone (et impossible) ou pire, recomposé au départ d’un amalgame composé de Flamands minoritaires localement (Bruxellois et « périphériens ») de germanophones et Wallons continuent à tenir le haut du pavé médiatique. C’est pourtant entretenir par là le foyer des discordes. Entretenir des conflits - dits communautaires - heureusement froids jusqu’ici -basés sur l’incohérence entre territoire et langues. Langues qui sont le fondement des cultures. Cultures qui, elles-mêmes, si elles sont suffisamment fortes, étant par l’homogénéisation qu’elles apportent le vrai ciment des peuples et des nations.

 

Ce n’est pas qu'un problème belge. L’Union européenne, basée sur l’idée généreuse d’un projet qui aurait éliminé toute confrontation n’aboutit-elle pas actuellement à l’inverse. Les effets de la supranationalité ayant éliminé de fait toute émulation, de l’Union européenne, gouvernée par des équipes assez soustraites au contrôle démocratique et protégées par la complexité de ses rouages, on peut se demander si  elle n’est pas en train de reproduire les erreurs du modèle soviétique. La perte de compétitivité et la désindustrialisation rapide de la plus grande partie de l’Europe, des déséquilibres qui ne cessent de s’aggraver dans les échanges intra-européens, des finances publiques dégradées et impossibles à redresser, une austérité à « l’allemande » qui, si elle est appliquée, risque de plonger l’Europe dans la récession… a déjà pour conséquence de dresser les peuples d’Europe les uns contre les autres. Pensons au succès scabreux et malsain de l’expression « PIIGS » qui désigne, on le sait, les pays les plus en difficulté de la zone euro : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne (Spain).

 

Au rebours des idées faciles selon lesquelles il suffit de mettre les gens ensemble pour qu’ils fraternisent, on peut observer que la promiscuité généralement les divise. Dans un cas comme dans l’autre, qui osera quitter le domaine de l’idéologie et dire que le roi est nu ? J’entends régulièrement regretter que l’on n’ait plus « d’hommes d’Etat », mais n’est ce pas logique quand « il n’y a plus d’Etat » ?

 

S’il n’est pas question de remettre en cause, ici, le principe européen, rien n’empêche d’en espérer une refonte radicale. L’Europe unit des Etats qui perdent leur souveraineté, non pas en fonction d’un but commun auquel ils auraient consentis, mais parce que la conjugaison de l’organisation européenne et de l’idéologie néolibérale (qui n’a rien à voir avec le libéralisme des Lumières), ne les ont fait échapper à la guerre et (partiellement) à la servitude étrangère, que pour les plonger dans la servitude à l’égard des « marchés » et dans la guerre commerciale. Dans ce contexte, le réveil de l’institution étatique redevient souhaitable. Et le retour des nationalismes, hormis certains excès, ne signifie nullement le retour aux vieux antagonismes nationaux. La dynamique du progrès sera mieux préservée si coexistent des entités nationales dont la diversité laissera libre cours à plus d’expériences. Tout en limitant chaque fois ce qu’elles auraient d’excessif, les leçons de l’Histoire ayant fortement marqué les esprits. L’émulation, la confrontation, ne se traduisant pas par guerre, étant la base de la dynamique même du progrès tant moral que matériel. (*)

 

Globalement, et tenant compte du contexte international, nous pourrions imaginer un modèle plus proche de la Renaissance que celui de Charlemagne. Libre-échange et circulation, recentrage sur les Etats cohérents, mais aussi rôle des régions ou des cités-états, ou d’ensembles moins rigides… Les identités régionales, non antagonistes des états auxquelles elles appartiennent, étant ici des vecteurs importants. Les arbres poussent haut et droit lorsqu’ils ont à se disputer l’air et la lumière. Tandis qu’un arbre isolé se rabougrit, car il n’a pas à lutter dans sa solitude. Ce qui a été le cas de la Wallonie endormie dans l’expérience belge.

 

Comme la Flandre, mais qui, elle, s’est créée sa légende de toute pièce, la Wallonie a intérêt à inscrire son avenir dans cette dynamique néo-nationale s’inspirant de ce qu’écrivait déjà Emmanuel Kant en 1795 dans « Zum ewigen Frieden » ? :

« L’idée du droit des gens suppose la séparation de beaucoup d’États voisins, indépendants les uns des autres, et bien qu’une condition de ce genre constitue déjà en soi un état de guerre (si toutefois une union confédérative ne prévient pas l’ouverture des hostilités), cette condition vaut mieux néanmoins, suivant l’idée rationnelle, que la fusion de ces États opérée par une puissance qui l’emportant sur toutes les autres, se transforme en une monarchie universelle ; les lois, en effet, à mesure que le gouvernement acquiert de l’extension, perdent toujours plus de leur force, et un despotisme sans âme, tombe après avoir extirpé les germes de bien, finalement dans l’anarchie. C’est pourtant le désir de tout État (ou de son souverain) de parvenir de cette manière à une paix durable, c’est-à-dire en gouvernant, si possible, toute la terre. La nature cependant veut qu’il en soit autrement. Elle utilise deux procédés pour empêcher la fusion des peuples et pour les séparer, à savoir, la diversité des langues et des religions. Cette diversité entraîne, il est vrai, avec elle, le penchant à des haines réciproques et des prétextes de guerre, mais conduit d’autre part, avec les progrès de la civilisation et le rapprochement graduel des hommes vers une harmonie de plus en plus grande dans les principes, et une entente dans un état de paix, qui n’est point produit et garanti comme le précédent despotisme (sur la tombe de la liberté) par l’affaiblissement de toutes les forces, mais au contraire, par leur équilibre et l’émulation la plus vive. »

 

Un texte qui reste d’une criante actualité.

 

(*) J'avais déjà répondu anticipativement à cet argument dans ce billet.

Le billet précédent consacré aux  projets d’élargissement de la Région de Bruxelles au détriment d’autres) m’incite à aller plus loin dans la réflexion. Il y en a plein d’autres idées du même type qui circulent. Dans certains cas, ce sont des propos de type « il n’y a qu’à ». C’est le cas par exemple et pour parler d’autre chose, de la circonscription fédérale unique, mais pas seulement. Les exemples abondent.

 

Au rebours de ces idées faciles selon lesquelles il suffit de mettre les gens ensemble pour qu’ils fraternisent, la promiscuité généralement les divise.

Vous êtes devenus très amis avec vos voisins ? Partez en vacances ensemble et voilà souvent le meilleur moyen de vous  fâcher pour la vie. ..

L’ECU marchait bien, on a voulu faire l’Euro pour rapprocher encore plus les peuples d’Europe : on les divise. Pensons simplement au clivage qui apparaît au sein de l’Europe et qui est profondément  malsain. Avec  pour  preuve le succès scabreux de l’expression « PIIGS » qui désigne, on le sait,  les pays les plus en difficulté de la zone euro : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne (Spain). Trois pays méditerranéens, quatre latins,  quatre pays catholiques –  et un orthodoxe, ce qui, dans l’esprit de ceux qui se complaisent dans cette expression,  ne vaut guère mieux. Les Latins  - et accessoirement les Irlandais, mais ce sont des Celtes…- sont désormais  identifiés à des cochons ! 

C’est là un exemple de l’effet  pervers de toutes les idées trop simples. Le communisme avait supprimé la propriété privée pour rendre les gens moins égoïstes, Alexandre Zinoviev nous a montré comment il les avait rendus au contraire plus égoïstes. On fait un tronc commun d’éducation pour une plus grande égalité entre les enfants, les inégalités s'aggravent ; on  impose à tous les coureurs le même développement pour grimper le col, le peloton éclate.

L’euro, c’est pareil : on a créé une monnaie unique pour  faire converger les économies et rapprocher les hommes. Les économies divergent comme jamais et les rapports entre les différents peuples s’aigrissent : le uns méprisent les autres, ils ne tarderont pas à se détester.

Inquiétant, non ?

 

Je romprai une dernière lance à propos d’une autre de ces idées. Si les Flamands ont voulu l’organisation de la Belgique en Communautés – et ils ont raison de leur point de vue, je me suis déjà expliqué là-dessus – l’idée de maintenir le même principe au lieu d’abandonner la revendication essentielle du Mouvement wallon d’aller vers plus de régionalisation  en liant de plus en plus le sort de la Région bilingue de Bruxelles à la Région wallonne est une stratégie pénalisante. Pour nous.

Un exemple récent ? On en a peu parlé, mais… Les résultats du décret « Robin des Bois »… (Merci à Yannick pour son analyse)

 

Les écoles bruxelloises représentent 20% des écoles de la Communauté Française (pour le secondaire), soit la proportion démographique normale. Mais ces mêmes écoles représentent 25% de celles qui vont bénéficier d'une aide... Ce qui veut dire que 23% seulement des écoles wallonnes recevront de l'aide, contre 57% des écoles bruxelloises ! A l'inverse, Il n’y aura que 23% des écoles bruxelloises vont participer à l'effort, contre 34% des écoles wallonnes. Or, je ne suis pas certain que l’enseignement en Wallonie soit dans une posture si favorable qu’il faille surtout favoriser Bruxelles. Je n’ai pas entendu les enseignants ou directeurs d’école wallons à ce sujet.

 

Au Rassemblement wallon où nous plaidons pour la suppression de la Communauté française (ou la fédération Wallonie-Bruxelles qui peut se révéler une idée simple encore pire dans ses conséquences) et l’autonomisation des quatre régions sur base territoriale,  si nous sommes dans ce cadre pour une solidarité négociée, il faut aussi que les comptes soient équilibrés au final.  

 

Si Magnette trouve maintenant des choses intéressantes dans le principe nationaliste après en avoir pourfendu l’idée pendant des années et que, quasi au même moment, Di Rupo « estime - maintenant - qu’en Flandre, on se sent d’abord flamand avant d’être belge et pense que « nous avons intérêt à renforcer les identités bruxelloises et wallonnes avec des projets concrets tel que le plan Marshall qui a donné des résultats percutants. Il faut plus de fierté d’être ce que nous sommes » c’est parce qu’ils sentent très bien que le vent tourne. Ils font du « développement durable », celui où on commence on commence par recycler les bonnes idées. Et voilà,  et c’est logique, qu’arrivent sur la scène politique les « politiciens durables »… La question pour nous Wallons, c’est : est-ce soutenable ? La réponse est évidemment non.

 

Si le principe de la nation a été décrié suite à quelques dérives masquées derrière ce mot, la nation est à la base de la création de l'état stable. En fait, et c'est vrai, il peut y avoir nation - c'est-à-dire existence d'une conscience morale collective au sein d'une agrégation d'individus  - sans qu'il y ait nécessairement état (Tamouls, Tchétchènes, Flandriens, Palestiniens, Basques, Écossais); mais l'inverse est très instable. Les États construits sur plusieurs nations ont tendance à se défaire (URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie et Belgique), parfois dans le sang et la fureur...

Quelques billets anciens…

http://www.claude-thayse.net/article-faut-il-avoir-peur-du-nationalisme-wallon-57413130.html

www.claude-thayse.net/article-l-identite-ou-rien-de-bon--42136374.html

www.claude-thayse.net/article-32841376.html

www.claude-thayse.net/article-un-debat-sur-l-identite-wallonne-mais-quelle- excellente-chose-45904219.html

http://www.claude-thayse.net/article-trente-ans-et-un-basculement-57216297.html

http://www.claude-thayse.net/article-flandre-et-wallonie-derriere-les-mirages--41693006.html

http://www.claude-thayse.net/article-29614505.html

 

MàJ. Dans le cadre de la réfutation des idées simples :

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2011/05/02/quand-regis-debray-rehabilite-les-frontieres.html

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/11/11/trois-raisons-pour-aimer-la-nation.html

 

Entendu ce matin à la RTB(f)… Alors que curieusement, il prend comme exemple la… fédéralisation de la gestion des aéroports sous forme régionale (et en conséquence son succès indéniable), ce qui n’est pas du tout la même chose, André Antoine annonce que la fédéralisation (en réalité, ici, scission sous forme de communautarisation) de la fédération –amateur, si j’ai bien compris- de football « qui peut-être une bonne chose ».

 

Je me trompe peut-être, mais je ne suis absolument pas certain qu’on puisse vraiment se réjouir de la « communautarisation » de quoi que ce soit. Le principe dans ce cas étant de mettre l’accent sur les droits personnalisables (donc des personnes), c’est facile en Wallonie, mais à Bruxelles ?  

Incohérences verbale ou tromperies ? ?

Pour prendre un exemple récent, ce qui ne serait pas bon pour les allocations familiales seraient bon pour la pratique d’un sport ? Le flou savamment entretenu sur les conséquences du choix de l’un ou de l’autre terme (communautarisation versus régionalisation) nous entraine vers une vision de l’avenir – écrite ou à inscrire dans les esprits - peu gratifiante pour les Wallons puisqu’ils disparaissent dans un ensemble flou. Même le vocabulaire devient schizophrénique… ou manipulatoire, ce qui est le plus probable.

Soyons clair : la communautarisation, c’est la négation de la Wallonie, la régionalisation, c’est sa valorisation.

 

Le même ministre ajoute qu’un quart ( !) des subsides (sur 146 millions) seront attribués à ce sport  (forcément…).« roi ».

 

N’étant pas du tout « football », je ne vais pas tomber dans une critique facile mais…

 

Dans « De la démocratie en Amérique », Alexis de Tocqueville décrit une nouvelle forme de domination qui s'ingérerait jusque dans la vie privée des citoyens, développant un autoritarisme « plus étendu et plus doux », qui dégraderait les hommes sans les tourmenter ». Ce nouveau pouvoir, pour lequel, dit-il, « les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent pas », transformerait les citoyens qui se sont battus pour la liberté en « une foule innombrable d'hommes semblables (…) qui tournent sans repos pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, (…) où chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée des autres ».

Isolés, tout à leur distraction, concentrés sur leurs intérêts immédiats, incapables de s'associer pour résister, ces hommes remettent alors leur destinée à « un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d'assurer leur jouissance (…) et ne cherche qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il pourvoit à leur sécurité (…) facilite leurs plaisirs (…) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (…), il éteint, il hébète. »

 

Les anciens Romain utilisaient pour ça une autre expression : « panem et circences » (1)

 

C'était alors une sorte de prophétie, mais nous y sommes aujourd'hui. C'est ce que Raffaele Simone  appelle le « monstre doux » dans le livre « L'Occident vire-t-il à droite ? » (Gallimard 2010). Il s'agit d'un régime global de gouvernement, mais aussi d'un système médiatique, télévisuel, culturel, cognitif, une forme d'ambiance infantilisante persistante qui pèse sur toute la société.

Ce régime s'appuie sur ce qu’il appelle une droite diffuse associée au grand capital national et international des milieux financiers (2) et industriels, puissante dans les médias, intéressée à l'expansion de la consommation et du divertissement qui lui semblent la véritable mission de la modernité, décidée à réduire le contrôle de l'Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle, cherchant à museler son opposition, violente à l'égard des minorités, populiste au sens où elle contourne la démocratie au nom de ce que « veut le peuple ».

 

Il va de soi qu’en Italie, l'administration Berlusconi incarne évidemment cette droite jusqu'à lacaricature. Mais, chez-nous, est-ce bien différent ?

 

Raffaele Simone traduit cette influence sur la société sous forme de « trois commandements » :

1° Le bonheur réside dans la consommation, l'argent facile. On préfère le gaspillage à l'épargne, l'achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l'environnement.

2° S'amuser. Le travail, est de plus en plus dévalorisé, devient secondaire dans l'empire de la distraction. L'important, c'est le temps libre, les week-ends, les ponts, les vacances, les sorties, les chaînes câblées, les jeux vidéo, les émissions « people ». Même les actualités les plus graves se transforment en divertissement : la guerre d'Irak, le tsunami, les catastrophes naturelles, les drames humains deviennent spectacles, jeux vidéo en temps réel ou feuilletons émotionnels.

Les débats politiques se réduisent à de petites phrases (ou simplement des gestes), parade de « people » (toujours les mêmes !), quand les élus ne sont pas d'anciens sportifs ou encore des miss quelconques… généralement élus sur leur notoriété médiatique (les Bekende Vlamingen évidemment, mais nous n’avons rien à leur envier, pensons aux speakerines ou aux footballeurs.).

Observez comme les choses sont présentées et combien elles vont vite et s’oublient facilement : la crise économique ? La spéculation financière ? Les plans de rigueur ? Les atteintes aux libertés et les collusions entre hommes politiques et milieux d'affaires ?  Ce ne sont plus que des épisodes vite oubliés d'un grand « reality show »... comme on dit de nos jours.

3° L'infantilisation des adultes. Le rajeunissement est devenu une industrie lourde. Dans tous les domaines. Y compris celui de la politique.

 

« Droite anonyme et floue » dit Simone… Chez-nous, il n’y a pas quela droite. Tout l'« l’establishment » (utilise-t-on encore ce terme ?) belge s’y est rallié ! Politiques, médias, cultureux… ont embrayé comme un seul homme dans cette logique de pensée unique et capitalisé sur ce qu’on pourrait appeler un néo-conservatisme belgicain. Néo-conservatisme bien pensant, politiquement correct, tout autant politique qu’économique ou social. Tout plutôt que de se remettre en question et aller à l’encontre d’une voie qui paraît toute tracée dans la logique « Pirenniènne » dont je parlais dans un billet précédent. Tout le monde il est beau, tout le monde, il est gentil, sauf les grands méchants, les séparatistes (baptisés séparatistes » parce que non nationalistes belges)  et ceux qui appellent à la raison (souvent les mêmes d’ailleurs).

 

La critique est facile me rétorquerez vous.

 

Certes, mais, vous connaissez mes opinions en matière d’évolution institutionnelle. Combien j’ai déjà écrit sur les ratages historiques, sur ceux qu’on aurait pu aisément prévoir.

 

Mais si vous prenez le recul pour observer notre société et les bévues qui ont été accomplies dans d’autres domaines vous verrez quelles sont les responsabilités écrasantes que portent nos élites dans les malaises actuels ?

Quelques exemples (hors « problèmes dits communautaires ») :

- Ne pas avoir  compris la montée en puissance des pays émergents, la Chine, l'Inde, le Brésil, qui s'apprêtent à dominer le monde,

- Ne pas avoir saisi grand-chose aux nouvelles cultures jeunes, hédonistes, individualistes, alternatives ni à la croissance formidable des médias de masse, , d'Internet et du numérique (sauf au pouvoir de la télévision ! La RTB a ainsi grandement contribué à toutes les occasions de chercher à tuer la conscience wallonne)

- avoir refusé de voir l'apparition d'un facteur ethnique dans la sphère politique. Jusque récemment, on a refusé de discuter de l'immigration de masse et des clandestins, laissant penser que l’attitude est laxiste sur ces questions. Ajoutons que, parallèlement, les défenseurs de la laïcité, n'ont pas été clairs dans leur critique de l'islam radical, sur les questions du port du voile et de la visibilité des signes religieux. Ils ont montré le même aveuglement face aux violences urbaines et à l'insécurité (préférant montrer du doigt la France), ne considérant que leurs causes et pas leurs effets. Favorisant ainsi une extrême droite malsaine dont les propos semblent, hélas, plus proches des intérêts immédiats des gens, plus adaptés à l'ambiance générale de l'époque, « plus naturels » en quelque sorte…

 

Je pourrais aussi parler de la relative nonchalance avec laquelle on anticipe le vieillissement de la population, de ne pas avoir anticipé la critique (dite !) écologique d’un productivisme jugé sans frein, etc… qui sont les bombes à retardement des prochaines années…Tout comme le refus de prendre en considération (en n’étant « demandeurs de rien » officiellement depuis 1999, mais en réalité depuis bien plus longtemps) les positions de la Flandre a amené au blocage politique et au « sauve-qui-peut » actuel. (3)

 

On est en train de laisser se dilapider un patrimoine unique que l’on aurait pu penser inhérent à l'identité européenne : les droits des travailleurs, la liberté d'association, les libertés publiques, les congés payés, l'assurance-maladie, les retraites, l'enseignement obligatoire, la laïcité de l’Etat, le suffrage universel, les droits des femmes, les services publics, l'égalité devant la loi, la régulation étatique des excès des puissants, etc

 

Or, il y a encore tant de choses à faire. Réduire les inégalités, qui vont s'aggravant entre les pauvres, les classes moyennes et les très riches ; réguler le capitalisme financier, mettre en place des mesures de solidarité qui aideraient véritablement les plus démunis à s'en sortir, relever le niveau moyen d'instruction et de culture, imposer vraiment l'égalité des hommes et des femmes, assurer l’attractivité des écoles publiques,  former une conscience citoyenne,  réduire l'impact de la croissance sur l'environnement, etc…

 

Facile à dire me direz-vous ?

 

Il ne faut pas rêver. Les antagonismes culturels, les différences de sensibilité entre les Peuples, flamand, bruxellois ou wallon sont beaucoup trop importante que pour arriver à ne fusse qu’un semblant de consensus dans ce non-pays qu’on appelle Belgique.

 

Ailleurs dans les autres régions de la future ancienne Belgique, je ne sais pas, mais dans une Wallonie maîtresse de son destin, il me semble que sur base des Valeurs que nous partageons, il serait plus facile d’affirmer le rôle de l'Etat dans la régulation des excès du marché et du capitalisme financier. De mettre en place des services publics forts. D’investir dans des universités et des écoles de haut niveau. De défendre radicalement la laïcité contre les intrusions religieuses. D’assurer durablement et sans laxisme la sécurité des citoyens. De soutenir puissamment la recherche. D'appuyer la création de médias et la mutation de télévisions de qualité.

On pourrait ainsi s'inspirer des expériences de la social-démocratie des pays du Nord de l'Europe qui a rompu avec le vieux paradigme de l'assistanat et de l'Etat-providence, pour promouvoir l'émancipation de chaque individu, sans en abandonner aucun, en corrigeant les inégalités sociales. Mais quel changement de paradigme !

 

 

Merci à Mike G. qui reconnaîtra l’a publication dont je me suis plus que largement inspiré !

 

 

(1) On n’a pas attendu Tocqueville pour le rappeler :

- « C'est là le fond de toute politique, panem et circenses, et l'art de gouverner les peuples se réduit en dernier lieu à l'art d'empêcher qu'ils ne s'ennuient ». (Revue de Paris)

- « J'ai lu l'abbé Galiani. On n'a jamais été si plaisant à propos de famine. Ce drôle de Napolitain connaît très-bien notre nation : il vaut encore mieux l'amuser que la nourrir. Il ne fallait aux Romains que panem et circenses, nous avons retranché panem, il nous suffit du circenses, c'est-à-dire, de l'opéra-comique ». (Voltaire, à madame Necker).

 

2 (Pensons à l’influence démesurée des obscures agences de notations et l’anonymat des « investisseurs » - terme moins connoté que celui bien plus réel de « spéculateurs » en Bourse)

 

(3) Contrairement aux résultats du «pseudo-sondage » du Soir publié hier suivant lequel, « selon une majorité d’internautes, le parti nationaliste (N-VA) est pointé sans conteste comme le grand responsable des maux du pays: 42 % pointent le parti de Bart de Wever, alors que 18 % ciblent « les partis flamands » en général. De leurs côtés, les partis francophones s’en tirent plutôt bien. »… Belle confusion entre cause et effet…

 

 

Communiqué de presse du Rassemblement Wallon - 13 décembre 2010

 

Six mois après les élections, un autre plan de sortie de crise

 

« Il y a crise lorsque le vieux ne veut pas mourir et le neuf ne peut pas naître » (Gramsci)

 

Si jusqu’ici, Johan Vande Lanotte a pu capitaliser sur la confiance dont il bénéficiait pour faire accepter sa méthode de travail et le calendrier, le RASSEMBLEMENT WALLON constate que malgré les convergences qu’il déclarait avoir trouvées, les garanties du succès de sa mission sont de plus en plus faibles. En l’état actuel, il est patent que les partis se préparent à des élections anticipées tout en sachant que ces dernières ne changeront fondamentalement pas le rapport de forces issu des dernières élections et donc ne débloqueront pas l’impasse actuelle.

A moins de vraiment faire preuve d’imagination avant de dissoudre les Chambres fédérales...

Un parti politique ne peut pas se contenter d’adresser à la Société les discours rassurants qu’elle a envie d’entendre. Son rôle est d’envisager tous les possibles. C’est une exigence démocratique. Compte tenu de l’évolution des négociations pour former un gouvernement fédéral, le RASSEMBLEMENT WALLON propose un scénario réaliste et responsable.

 

Il est, en effet, essentiel que le pays soit gouverné. Les échéances, économiques, sociales et budgétaires étant d’importance, ces urgences immédiates exigent que la Belgique dispose rapidement et pour une période claire d’un gouvernement solide et d’une majorité stable.

 

Le RASSEMBLEMENT WALLON propose aux partis politiques le canevas suivant :

 

Tenant compte du prescrit constitutionnel actuel, le RW demande à l’ensemble des formations politiques parties prenantes tant du gouvernement fédéral actuel, des gouvernements fédérés, que des négociations en vue de former un nouveau gouvernement fédéral :

 

1.        de présenter aux Chambres fédérales une déclaration gouvernementale permettant au gouvernement de présenter et de faire adopter en urgence par les Chambres les projets de révision des articles de la Constitution nécessaires à l’octroi aux Régions et Communautés :

a.    du droit de se doter individuellement (Régions) et/ou en commun (Communautés, s’il échet) de Constitutions propres ;

b.     du droit de soumettre ces Constitutions régionales (et, s’il échet, communautaires) à référendum populaire (titre III de la Constitution) ;

c.     de négocier ensuite entre elles, sur base de leurs Constitutions respectives, une nouvelle Loi fondamentale commune, ou, à l’opposé, de constater l’impossibilité de poursuivre ensemble une existence dans un État commun ;

2.    d’autoriser ce nouveau gouvernement, à déposer et à faire voter une déclaration de révision de la Constitution maximale, hormis en matières de définition des droits de l’homme et du citoyen ;

3.    de prononcer – le cas échéant par le biais d’une loi spéciale à la majorité qualifiée modifiant à titre transitoire et exceptionnel la législation sur les autonomies régionales et communautaires – la dissolution des Parlements régionaux et communautaires ;

4.        de convoquer les électrices et électeurs à l’effet d’élire :

a.    de nouvelles Assemblées fédérales ;

b.    des Parlements régionaux munis du pouvoir constituant, chacun pour ce qui le concerne ; ce pouvoir serait également et pleinement accordé au Parlement de la Communauté germanophone ; il le serait enfin – mais par seule délégation des Parlements régionaux concernés, s’ils le décident – aux Parlements des Communautés flamande et française.

 

Une fois les élections terminées :

1.    les Chambres fédérales investiront le gouvernement fédéral actuel, éventuellement élargi aux partis actuellement membres des majorités régionales et communautaires à l’effet d’une gestion technicienne avec pleine compétence à l’exception des domaines institutionnels pour un mandat limité d’un an ;

2.        les Assemblées Constituantes auront pour tâches essentielles de :

a.    rédiger et adopter, en un laps de temps de six mois et en vue d’approbation par le Peuple, une Constitution pour le Peuple qui, chacune, les a élues ;

b.     définir, dans le même laps de temps et sur base de la Constitution que chacune aura élaborée, le cadre général et particulier dans lequel le Gouvernement qu’elle aura investi pourra négocier, avec les partenaires actuels dans l’État fédéral belge, un accord global sur les formes d’une coopération soit « belge » (État fédéral ou confédéral), soit européenne (plusieurs États souverains membres de l’U.E. et également héritiers de l’État belge défunt).

 

À l’issue de ce mandat de six mois, les Assemblées Constituantes devront proposer au suffrage populaire le projet constitutionnel qu’elles auront, chacune, adopté.

 

À cet effet, les Gouvernements qu’elles auront investis disposeront ensuite de deux mois pour l’organisation et la conclusion desdites consultations populaires, ayant force souveraine. Les Peuples respectifs se prononceront tant sur le projet constitutionnel qui leur sera proposé que sur le mandat donné auxdites Assemblées constituantes et Gouvernements régionaux et communautaires de procéder ensuite aux négociations en vue de l’accord global de coopération à atteindre.

 

Les parties auront ensuite quatre mois pour parvenir à cet accord global. Celui-ci pourra éventuellement déboucher sur une déclaration commune de l’ensemble des parties constatant qu’aucun accord ne peut plus être atteint dans le cadre belge. En ce cas, la déclaration commune établira qu’à la date prévue pour la fin du mandat d’un an du gouvernement fédéral intérimaire, l’État Belgique et ses institutions seront défunts et que les États constitutifs actuels en prennent la succession, à charge pour eux de négocier en pleine souveraineté, dans le cadre de l’Union européenne, le partage des dettes et avoirs.

 

***

 

Commentaires :

 

1.   Concernant le Parlement de la Communauté germanophone, il faut savoir que le RW est partisan de lui octroyer le plein pouvoir constituant.

2.    Aux inévitables objections anti- ou in- constitutionnelles, il faut citer le précédent anticonstitutionnel de la loi de 1919 sur le suffrage universel égal et la représentation proportionnelle, qui violait la Constitution, laquelle ne sera révisée qu’ensuite, en 1921. L’urgence et surtout le consensus le justifiant.

3.     A l’objection que rien ne serait réglé si ce scénario se terminait par la fin éventuelle de la Belgique un an après les élections des assemblées constituantes, l’absence de tout règlement du partage de la dette et des avoirs, il serait impossible aux nouveaux États de fonctionner. Là auussi, il y a  précédent, celui de... la Belgique, dont le sort définitif n’est intervenu que 9 ans après sa séparation des Pays-Bas. Ce qui ne l’a nullement empêchée d’exister, de fonctionner et de s’installer dans le concert des États européens de l’époque. Il en a été de même de la plupart des États nés de la fin de l’Empire austro-hongrois en 1918.

 4.   Faute d'un accord sur les matières à réviser avant la dissolution des Chambres, toute éventuelle modification effective de la Constitution serait reportée à deux législatures au moins...

 

 

 

 

Je l’ai déjà écrit, et André Schreurs qui vient de décéder pensait la même chose, l’option communautariste sur laquelle ont été basées les différentes réformes de l’Etat mène tout droit à la catastrophe. Il s’agit là d’une forme grave de néo-colonialisme (au mieux) et de nationalisme d’exclusion (au pire). C’est une forme de racisme larvé. Comment sur un même territoire refuser le principe d’égalité des droits à tous les citoyens ? Ne nous leurons pas, c'est bien là le fond du problème. 

 

Nos prédécesseurs qui sentaient monter les totalitarismes dans les années ’30 l’avaient bien compris. Eux qui ont milité et obtenu de haute lutte le principe de régions culturellement homogènes. Néerlandaise en Flandre, française en Wallonie et bilingue par respect des droits de tous les citoyens à Bruxelles.

 

Ils avaient raison. Le principe de territorialité reste le meilleur principe pour assurer la cohésion d’un état. Tout ce qui s’est passé ces dernières années partout dans le monde l’a bien démontré. Etre reconnus citoyens d’un pays au-delà de toute référence communautaire, religieuse ou linguistique est la meilleure garantie d’intégration. Comme on l’a dit à propos de la Wallonie, est Wallon tout qui vit en Wallonie. Tout comme est français tout qui se reconnaît comme tel. Un territoire, un même peuple uni par un même choix.

 

Toute autre approche reproduirait la situation de la Yougoslavie ou de la… Belgique.

Le scénario de « Belgique francophone » est – il faut le faire remarquer -  contradiction avec ces propos, déjà anciens, de Rudy Demotte, ministre-président de la communauté française et de Wallonie  : « Un modèle à trois Régions est un modèle que j'appuie fortement parce qu'il permet la reconnaissance pleine et entière de Bruxelles » (Belga). Trois régions, dans le contexte que nous vivons, trois états.

 

Il faut rejeter la propagande comme celle que « Le Soir » publiait dans un dossier de plusieurs pages il ya quelques temps. «  Si la Belgique devait éclater, de tous les scénarios institutionnels, c’est celui de l’Etat Wallonie Bruxelles qui semble le plus probable. C’est celui que défendraient à la table tous les partis francophones ».

C’est une ineptie.

D’ailleurs, « Le Soir » relevait que : «  Tous les Wallons ne sont sans doute pas prêts à payer le prix fort pour décrocher « la lune bruxelloise »(sic !). Et, surtout, Bruxelles, s’est découvert, en trois ans, une vraie identité régionale, plurilingue, multiculturelle et se pose des questions quant à son union avec la Wallonie ».

 

Malgré ça, malgré ces évidences ; les partis traditionnels continuent à réfléchir (façon de parler évidemment) sur une base essentiellement communautariste. Quelle erreur !

 

On sait peu de chose les négociations. On sait qu’il devrait y avoir des avancées en matière institutionnelles. On pense qu’un accord serait possible sur la loi de financement. C’est ce lundi que l’on saura ce qu’en pensent les partis flamands.

 

C’est le moment que choisi l’homme qui a inventé l’expression « les francophones ne sont demandeurs de rien » pour proposer – en vue d’un échec des négociations - de revenir à la vieille doctrine belgicaine : « sacrifier l’institutionnel pour le socioéconomique ». Quel meilleur moyen de maintenir la Wallonie dans un état de colonisation.

 

C'est qu'on ne le dira jamais assez, la Wallonie est une colonie de la Belgique. Les « francophonistes » veulent maintenir cet état. Il faut les combattre.

Je suis assez d’accord avec ce billet de José Fontaine.

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Pour la réunion à la France Mon action se base sur les Valeurs républicaines,
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