« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Coup de gueule

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les propos de Jean-Claude Marcourt, pourtant mesurés ont eu le mérite de susciter le débat… Un débat qu’avec d’autres nous souhaitions depuis des années.

 

La réalité

 

Qu’a-t-il dit concrètement sinon ceci : « il faut  déconstruire  la fédération Wallonie-Bruxelles pour la reconstruire ensuite »… Rien de bien dramatique. Au contraire, un raisonnement logique pour quelqu’un qui a dans ses compétences l’enseignement supérieur du commerce extérieur, des PME et l’Economie et qui se rend bien compte des dysfonctionnements induits par cette institution qui empêche les deux Régions de mener à bien les politiques qui les concernent. Il n’a pas tort, « cette fédération ne correspond plus à rien. »

 

Marcourt a évidemment pris la mesure du Mouvement bruxellois (une réalité, même si peu osent l’appeler comme ça) puisque même le CdH bruxellois a, à l’occasion d’un déjeuner de Nouvel An (10 janvier), également insisté pour que le monde politique bruxellois se montre proactif afin de consolider l’autonomie de la Région… Le PS était intervenu récemment dans le même sens lors du budget de la « COCOF » et une députée libérale avait même estimé en même temps que la Fédération Wallonie-Bruxelles était plutôt une fédération Wallonie-Wallonie (ainsi que d’autres… Belle unanimité !). Je ne remontrerai pas à l’époque où Fadila Lanaan, fraîchement désignée Ministre en charge de la culture annonçait qu’elle allait rééquilibrer les subsides en faveur de Bruxelles qui comme chacun le sait est « une sorte de désert en matière d’institutions culturelles »....

 

Et si, simplement, Marcourt avait voulu rappeler aux Bruxellois que s’ils existent c’est parce que la Wallonie les a défendu et les défend encore face à la Flandre ? Après tout, depuis 1830, la Wallonie a transféré des moyens financiers et humains (1) considérables pour favoriser le développement de Bruxelles et de toute la Flandre (Sans compter les Fourons qui ont été sacrifiés (abandonnés) pour permettre la reconnaissance de la Région bilingue de Bruxelles-Capitale).

 

Difficile dans ces conditions - sans être de mauvaise foi -  de critiquer la solidarité des Wallons envers Bruxelles. Solidarité qui a été sans faille jusqu’ici.

 

La 6ème réforme de l’Etat oblige évidemment à réfléchir – et très vite – aux moyens à mettre en œuvre et aux outils nécessaires pour accélérer le redressement socio-économique de la Wallonie. Quoi de plus normal ? Et ce qui est valable pour la Wallonie l’est également pour Bruxelles qui –peu touchée grâce à la réforme de la loi de financement - s’en sort bien alors que la Flandre et surtout la Wallonie et y perdront suivant des économistes de la KUL (2).

 

Le Rassemblement Wallon depuis qu’il existe a toujours plaidé pour une plus grande responsabilisation des Régions et la prise en main de leur destin. Ce qui n’exclut nullement – et nous ne pouvons nous réjouir de lire qu’un des principaux ministres du gouvernement wallon nous rejoigne sur ce point - des accords de coopération équilibrés entre Régions voisines. Chacun étant maître chez soi. La seule nuance concerne le nombre. Marcourt n’en voit que trois. Faut-il lui rappeler que là aussi, c’est comme les Mousquetaires… qui étaient quatre ?

 

J’aime assez cette opinion de Michel Quévit à « La Libre » dans laquelle il montre une belle évolution et remet les pendules à l’heure : « La Wallonie est viable seule, oui. Vous savez, tout est relatif : la Flandre est la 45e région d’Europe et Bruxelles est 3e ! Tandis que la Wallonie se classe 70e en termes de PIB/habitant (3). Dans ce débat, on est dans une logique de stigmatisation. Or, la Wallonie peut s’en sortir seule : elle n’est pas la dernière région d’Europe, elle est juste en dessous de la moyenne. Mais c’est le rôle de la politique que de lui permettre de passer au-dessus de cette moyenne. Il n’y a pas de fatalité au sujet du redressement économique. Le Pays Basque était comme la Wallonie avant de revenir dans la moyenne européenne. Et ils n’ont pas besoin de la Catalogne pour s’en sortir ».

Il a raison, nous sommes bels et bien là dans une logique de stigmatisation. Tout le monde, à commencer par les Flamands a peur de la prise d’autonomie de la Wallonie.

Le bêtisier

 

Sans parler des éditorialistes des journaux de la capitale, à tout seigneur tout honneur ; à ce jour, ceux qui ont hurlé le plus fort sont Flamands (Grouwels) et Bruxellois comme Maingain ou Moureaux. (entre autres…)

 

Morceaux choisis :

Grouwels :

« Pourquoi Marcourt voit-il Bruxelles comme un frein ou un handicap plutôt que comme un atout ? Pourquoi veut-il que la Communauté française se retire de facto de Bruxelles et se replie sur la Wallonie ? Bruxelles ne s'en portera pas mieux et la Wallonie, non plus. Ce n'est pas en se désinvestissant de Bruxelles (par exemple dans le domaine de l'enseignement) que la Communauté française investira plus en Wallonie. C'est une situation lose-lose plutôt que win-win ».

Maingain :

« Jean-Claude Marcourt fait de l'isolationnisme qui va à l'encontre des intérêts des Bruxellois et des Wallons. Désormais, il apparaît que c'est également le cas coté wallon. Il y a une complicité implicite entre les régionalistes wallons et les nationalistes flamands. »

« Bruxelles et la Wallonie, pris séparément, n'ont aucun avenir économique ! Il n'y a pas un économiste sérieux (sic ! Voir ci-dessus) qui prône un repli sur soi de ces deux Régions

Moureaux :

« Il faut envisager des scénarios déchirants »

« Si la Wallonie ne veut plus de nous, nous devrons en tirer les conséquences. Les Bruxellois ne doivent pas rester au balcon ! »

 

J’aurais pu ajouter Borsus ou Miller pour le MR. Mais leur position est difficile puisqu’ils doivent donner des gages « d’unité indéfectible » suite à leur rupture avec leur aile bruxellissime. Ne tirons pas sur l’ambulance.

 

On le voit, la perspective de voir la Wallonie oser se prendre en main et veiller – enfin – elle-même à ses intérêts va à l’encontre de la pensée unique (propagande belgo-flamande) de ceux qui ont compris que l’autonomie wallonne servira d’abord l’intérêt des Wallons. On comprend dès lors la stigmatisation immédiate que fait naître toute remarque ou propos concernant une possible réflexion autonomiste ou simplement d’identité… Faut-il rappeler cette jolie définition de l’écrivain liégeois Pierre-René Mélon qui n’a pas pris une ride  : « Repli wallon » : affirmation d'identité émise à plus de 20 kilomètres de la capitale ?

 

 

(1)    Michel Quévit - Flandre - Wallonie Quelle solidarité ? (Editions Couleur-livres 2010

(2)    La nouvelle loi sur le financement ferait gagner à terme 272 euros par habitant à Bruxelles et 207 euros/habitant au Fédéral, tandis que la Wallonie en perdrait 210 et la Flandre 289. http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/article/713673/loi-de-financement-flandre-et-wallonie-et-y-perdront.html

(3)    Sachant que le PIB est le plus mauvais moyen d’estimer la richesse produite par une Région… si on compare les rentrées de l’impôt des personnes physiques (IPP) : Wallonie et Bruxelles représentent autant que la Flandre pour les rentrées fiscales. Ce qui est encore plus frappant, c’est lorsqu’on regarde les rentrées de l’Isoc (impôt des sociétés) : c’est la Wallonie qui reçoit le plus de l’impôt des sociétés… mais qui en parle ?

(4)    « Petit glossaire de la sous-France », Ed. talus d'approche

 

Nous regardons - presque tous les jours - et de plus en plus avec stupéfaction, sur les écrans de nos télévisions, les visages graves des négociateurs gouvernementaux qui, sous couvert de « prendre les mesures qui s'imposent », font en réalité assaut de stratégies partisanes. Prenons du recul...

Leur première erreur majeure est la véritable idolâtrie du PIB. Les vrais économistes, ceux qui ne sont pas payés par les gouvernements, savent que le PIB est une quantité tout à fait artificielle où se mélangent joyeusement la
carpe et le lapin. Bien mieux, elle est trafiquée au hasard des caprices des politiques, ces trafics se produisent dans tous les pays ; or l'on prétend faire les calculs de PIB à l'échelle des Régions ou de l'Europe et forcément les ajustements obligatoires sont livrés à l'arbitraire. Bien pire, certains économistes font même des calculs à l'échelle mondiale, comme si un PIB mondial satisfaisant pouvait fournir du travail aux Américains mis au chômage par Barak Obama ou à nos sidérurgistes qui le sont par Mittal...

Au demeurant, il n'y a pas de véritable indice pour mesurer la richesse des nations qui, par définition, ne peut pas être mesurée.

Une autre idole universelle est à mettre aussi en question : la « sainte croissance », qui résoudrait tous les problèmes. Le malheur est que cette sainte croissance n'obéit pas vraiment - ou alors si peu - aux ordres des gouvernements, même les plus interventionnistes.

L'idée un peu folle est que cette dernière pourrait aider à supprimer les déficits budgétaires. Nos journaux se remplissent de pourcentages qui ne veulent pas dire grand-chose. Si le PIB est faux par nature, les réflexions sur la croissance - en pourcentage du PIB - le sont aussi. D'autant que pour résoudre les problèmes grâce à la croissance, il faudrait des taux
absolument déraisonnables étant donné les chiffres tels qu'ils sont réellement (mais sont-ils vraiment réels ?) malgré les manipulations du PIB. La controverse, alimentée par les sociétés de notation, bat alors son plein entre les chiffres annoncés par les gouvernements et, par exemple, ceux que prévoit l'Europe ou d'autres : c'est un festival. Chacun s'appuie sur des
moyennes et/ou sur des comparaisons avec les années précédentes. C'est ainsi qu'à la Banque nationale de Belgique, on « balaie sous les tapis » pour voir si un 0,1 % ne se serait pas caché là !

Enfin, le dérapage se poursuit avec l'énoncé d'un seul objectif : « la diminution du déficit budgétaire ».

Un surplus public a existé, il y a fort longtemps, et il existe encore dans certains pays. Ce devrait être l'objectif essentiel d'une bonne gouvernance et ce n'est pas le cas puisqu'il n'est seulement question de diminuer le déficit dans un avenir incertain à savoir : 2012, 2013, 2015, 2050 (?) etc. Ceux qui occupent le pouvoir ont, au demeurant, tellement peur de leur propre incapacité à l'atteindre, cet objectif, qu'ils militent pour l'inscription dans la constitution d'une « règle d'or » : un « déficit
acceptable ». Pour n'importe quel observateur de l'actualité récente, ce projet ne serait évidemment qu'une barrière de papier incantatoire, inopérante et contournée à la première occasion.

En outre, l'action sur le déficit budgétaire fédéral, évidemment utile et nécessaire, est un peu l'arbre qui cache la forêt. Puisque le point essentiel est l'importance de l'endettement public global. A supposer que le déficit budgétaire soit réduit, cela n'aurait pas de conséquence si par ailleurs l'endettement global de tous les pouvoirs publics et de toutes les institutions para publiques augmentent par le transfert ou la création de nouvelles dettes.

Nous avons aussi vu récemment sur les écrans les visages graves des membres du G20 avec en figure de proue Sarkozy et Merkel engagés dans une course poursuite vers un accord qui sera forcément ruineux pour tous. Ce vrai spectacle s'accompagne d'une dramatisation : « L'avenir de la zone euro va se jouer ». Le prétexte immédiat est de « sauver » la Grèce ce qui serait nécessaire pour éviter la propagation de l'incendie ailleurs. Ce prétexte est erroné, car les actions engagées - on le voit par les réactions des Marchés financiers - diffusent les inquiétudes sur des pays bien plus importants. Pour prétendument « sauver » la Grèce, il est déversé des tonnes d'argent, or personne n'ignore que ce sera un trou sans fond avec en prime le terrible malheur de la population victime des prétendus remèdes. La valse des sommes à emprunter à cette fin va de 440 milliards d'euros à 1000 milliards d'euros. Un fonds européen ainsi que d'autres moyens seront utilisés à cet effet. La planche à billets tourne à plein régime à la grande inquiétude des Allemands. (*)

Enfin, ce qui ne serait - en temps normal qu'un bête dérapage vite maîtrisé devient un véritable toboggan lorsque l'on évoque le remède qui va être utilisé : de nouveaux impôts. Ces manipulateurs au sommet de l'Etat se rendent bien compte que leurs objectifs ne seront pas atteints sans pourtant vouloir expliciter les raisons véritables énoncées ci-dessus. C'est ainsi
que sont évoquées des mesures correctives urgentes ; elles se réduiront à des aggravations fiscales et des pertes de pouvoir d'achat. Or, nous sommes déjà noyés sous les différentes formes d'impôts. Les médias, et donc les citoyens, sont tellement imprégnés par cette pensée unique (inique ?) qu'ils n'imaginent pas qu'il puisse exister un autre chemin.

Tout impôt quel qu'il soit est destructeur de la richesse nationale et en conséquence contraire aux objectifs officiellement annoncés. Certes, parmi ces mesures, nous entendons parfois évoquer la nécessaire et massive diminution des dépenses en commençant par les plus inutiles, voire les plus stupides. Mais la culture de la dépense publique est fortement ancrée dans
la sphère des partis traditionnels... et s'adosse à la richesse personnelle qu'en tirent ces mêmes acteurs publics ! On n'évoque pas - par exemple et puisque tout le monde - dit-on - « est invité à participer... » - la réduction ou même la suppression des dotations publiques aux partis politiques...

A examiner les faux théorèmes, on comprend que personne parmi ces derniers n'ait envie de prendre courageusement le chemin de la vérité qui serait aussi rigueur pour eux.

En toile de fond de toute cette tragédie se trouve l'objectif fondamental de sauver l'euro. Or cette monnaie n'est qu'un appendice inutile de la construction européenne, l'objectif final étant en fait de sauver l'Europe. Cet objectif qui est pourtant très clair se manifeste par le projet de renforcer la gouvernance économique de l'Europe. Or, l'Europe qui est acquise à la mondialisation « par le bas » sous l'influence des marchands et des financiers incontrôlables (en fait, le néo-libéralisme) inonde le continent, sous prétexte d'uniformité destructrice d'identités, de directives superfétatoires, socialement et économiquement couteuses.


Dans ce contexte, la crise a encore de beaux jours devant elle.

 

(*) Michel Henrion signale la publication par le Standaard des inquiétudes d'un économiste allemand, Gernot Brähler, professeur à l'Université d'Ilmenau,qui affirme - sur base d'un module mathématique- que "les données belges ont fait trembler ses chercheurs."
Les chiffres belges, de 1999 à 2009, seraient d'après dans les tests seulement "légèrement mieux" que les grecs.
Il y aurait une indication que "les chiffres de ce pays avec son endettement élevé ne correspondent pas à la situation réelle". L'équipe de recherche allemanderecommande donc que l'on vérifie les chiffres belges pour complément d'enquête.
http://www.standaard.be/artike l/detail.aspx?artikelid=DMF20111025_113

«L'armée sera flamande ou elle ne sera pas.»
(Dans l'hebdomadaire catholique flamand Elckerlyc, du 22 mars 1936)

 

Ce que le Mouvement wallon dénonce depuis plus d’un siècle et demi, et a été redécouvert après les « révélations » médiatisées du Colonel Gennart, c'est-à-dire la « flamandisation » des forces armées et la possible fermeture de la base de Florennes doublée d'une concentration des principaux systèmes d'armes de l'armée belge en Flandre n’est qu’un secret de polichinelle.  Mais Gennart n’a pas tout dit…

 

On en a beaucoup parlé, un des nombreux tabous belgicain semble être tombé. Tout à coup, certains journalistes et hommes politiques « francophones » semblent vouloirs montrer qu’ils ont pris la mesure des intentions d'une Flandre qui semble faire main basse sur un corps d'Etat encore provisoirement fédéral.

 

Or, la question linguistique à l’armée est un vieux sujet de conflit larvé. Voici quelques détails assez anciens, mais significatifs d’un projet à long terme.

 

Certes, après la création de la Belgique, historiquement et humainement, il convenait de tenir compte des justes revendications flamandes en matière linguistique et de leurs incidences sur le plan militaire. Jusqu'à la première guerre mondiale, l'armée belge comprenait des unités mixtes commandées le plus souvent en français (et en plus par des Flamands francophones qui n’étaient d’ailleurs pas toujours mieux compris par les soldats wallons non plus…). Il aura fallu attendre la loi de 1913 qui a généralisé l'emploi du néerlandais.

  

Quelques arrangements mineurs dans l’immédiat après-guerre et, en 1923, un projet du ministre Devèze visant au bilinguisme des cadres ont suscité des réactions de l'Assemblée wallonne, soucieuse - à l’époque - de maintenir l'unité belge par la langue française. Il fallu pourtant attendre 1928 et la mise sur pied d'une commission mixte pour voir les mouvements wallons réagir face aux nouvelles orientations de la politique militaire. C’est à ce moment que « l'Assemblée wallonne » entame sa campagne en faveur de la défense de la Wallonie, donc à la frontière allemande, en publiant une carte montrant comment la défense de la Wallonie avait été négligée en 1914.

 

Cette même année, une commission mixte réexamine la question et propose de donner au recrutement régional sur une base linguistique réelle, ce qui se traduit par la loi du 7 novembre, laquelle consacre le principe de l'instruction dans la langue maternelle du soldat. L'Assemblée wallonne s’est élevée contre cette mesure « qui priverait les soldats bilingues du choix de la langue de l'instruction » voyant dans la nouvelle loi un danger de flamandisation de l'École militaire et de l'armée en général alors que la Ligue d'action wallonne de Liège qui se réjouit de cette mesure parce qu'elle y voit un espoir d'échapper à un bilinguisme généralisé. (*)

Mais ce recrutement régional allait avoir une autre conséquence avec la montée du Mouvement flamand: la contamination atteint bientôt les garnisons et les recrues n'y échappent pas. En raison de l'intense propagande extrémiste de certains milieux flamands, bon nombre d'unités seront touchées par le caractère nationaliste flamand, ce qui aura des répercussions sur la cohésion de l'armée, des officiers de réserve notamment et sur leur attitude lors de l'invasion allemande. (**)

 

Détail peu connu : L'année 1936 marquera un tournant dans la politique militaire belge. En février, un projet du ministre Devèze est rejeté à la Chambre; il nécessitait une augmentation des effectifs à laquelle les Flamands déclaraient ne pouvoir consentir que si l'on renonçait à l'accord militaire franco-belge de septembre 1920. Le projet est alors revu par une sous-commission de trois membres dont aucun n'était wallon et il n'est dès lors pas étonnant qu'elle ait conclu en consacrant le chantage flamand…

 

La loi du 30 juillet 1938 consacrera l'égalité complète des langues française et néerlandaise ainsi que le principe des divisions unilingues et fixe en outre le degré de connaissance linguistique des officiers mais la situation internationale éclipse les réactions des mouvements wallons, essentiellement préoccupés à ce moment-là du danger de guerre toute proche.

 

Le 20 juillet 1936, Paul-Henry Spaak annonçait une politique étrangère «exclusivement et intégralement belge» et, le 14 octobre, Léopold III expose au Conseil des ministres sa vision en matière de politique étrangère et de défense: «entretenir un appareil militaire de taille à dissuader un quelconque de nos voisins d'emprunter notre territoire pour attaquer un autre État». Alors que la Flandre se félicite ; Le journal « l'Action wallonne » considère le discours royal comme une carte dans le jeu de l'Allemagne: «c'est plus qu'une faute», lit-on dans le numéro de novembre, «c'est une trahison». On constate que la « neutralité » va nous obliger à nous garder au sud, ce qui dispersera nos efforts et compromettra le sort dela Wallonie. Eneffet, selon l'hebdomadaire de l'abbé Mahieu, la Belgique est dans l'impossibilité financière et technique d'avoir la politique militaire voulue par Bruxelles; c'est donc une situation qui risque d'attirer la guerre, dont la Wallonie fera les frais. Au début de 1938, certains Flamands réclament des mesures contrela France. Ledéputé nationaliste flamand et futur collaborateur Staf De Clercq presse le ministre de la Défense nationale à ce sujet. L'État-Major général lui donne suite en établissant une ligne de défense face à la France, ce que dénonceront des députés wallons àla Chambre. En vain; des manœuvres seront organisées contre des attaques censées venir… du sud et des troupes y seront déployées, tout cela au détriment de la défense à l'est où il était difficile de ne pas percevoir de bruits de bottes… (***)

La politique officielle de neutralité sera toutefois appliquée jusqu'au bout et le dispositif militaire restera inchangé, à tel point que le général Van den Bergen, chef de l'EMG qui, en janvier 1940, avait fait enlever des barricades à la frontière française, sera démis de ses fonctions…

 

Ce court résumé montre que les relations entre camps linguistiques n’ont jamais été un long fleuve tranquille.

 

A l’époque actuelle, comme dans d’autres secteurs demeurés fédéraux, on sait qu’au-delà des recommandations de la  charte intitulée : « Les Dix commandements du nationalisme flamand» , la politique d’occupation des plus hautes fonctions de l’Etat, la favorisation des investissements et le transfert des activités rentables en Flandre reste la règle (les transferts des unités militaires basées jusqu’ici en Wallonie comme les activités ferroviaires (Ronnet !) ou autres qui procèdent d’une même logique). Mais à de très rares exceptions, ça reste un tabou pour la presse et les parlementaires « belges francophones » pour qui la Wallonie reste un arrière pays.

 

Mais, ça ne s’arrête pas là…

 

L'armée sera flamande et catholique ou elle ne sera pas ?

 

Hérité des chocs du vote de la « Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 » en France et de la « question scolaire », un autre tabou est loin d’être mort. La Belgique n’étant pas un Etat laïque, se disant en principe neutre philosophiquement.

 

Voici ce qui est loin d’être une anecdote :

On le sait, un certain nombre d’universitaires peuvent s’ils remplissent les conditions effectuer leur formation en qualité de candidats officiers de carrière. Tous les cours étant à charge de l'Etat, le candidat signe un engagement (statut) avant de pouvoir commencer sa formation. Les cours sont gratuits. Celui qui réussit doit néanmoins servir l'armée pendant une période au moins égale à une fois et demie la durée de la formation. Les médecins, pharmaciens, dentistes ou vétérinaires en particulier choisissent de suivre leur cursus dans l’université belge de leur choix sous la responsabilité de "l'Ecole Royale du Service Médical" à Gand. Pour la plupart de ces universitaires, le choix d’une université plutôt que d’une autre est rarement séparé d’un choix philosophique, la Belgique étant ce qu’elle est…

 

Il me revient de bonne source (vérifiable) qu’un médecin diplômé récemment de l’ULB et souhaitant poursuivre sa spécialisation en chirurgie (promotion 2011-2012) dans le même réseau vient de se voir imposer par sa hiérarchie - à quelques heures du début et alors que tout était organisé - de la suivre en Néerlandais à la K.U.L...

 

S’il peut sembler pertinent d'imaginer que d’éventuelles fonctions au sein de la défense obligent à pratiquer dans les deux régimes linguistiques (encore que… On sait que le fait de ne pas être « né Flamand » est un obstacle de taille  à toute évolution de carrière, peut-on encore être vraiment naïf ?) on ne peut que s’étonner de l'imposition de l’endroit choisi par les « autorités supérieures hiérarchiques et fonctionnelles » pour la poursuite des études.

Admettons même que l’argument de l’usage potentiel du flamand soit recevable. (Qu’en est-il pour les vétérinaires ?) Pourquoi ne pas proposer comme lieu de formation une autre université, si pas adogmatique (comme la VUB), tout au moins en principe philosophiquement neutre comme l’UGent ?

 

Pour qui a observé les évolutions du nationalisme flamand ou du mouvement flamand (dont personne ne contestera l’aspect démocratique hors quelques dérapages…), celles-ci doivent toujours être décrites et comprises dans leurs relations avec les autres acteurs dans le contexte belge où le rôle de l’Eglise catholique n’est pas toujours très clair. Si l’Eglise officielle belge était - au début de l’Etat- tout naturellement francophone, cette même Eglise très influente au nord a toujours défendu le « non français », parce que le français (la langue française) véhiculerait (encore visiblement dans l’esprit de certains) des idées de révolution, de liberté, de laïcité et de franc-maçonnerie qui pourraient pervertir les âmes...

 

On aurait pu croire cette époque révolue… Et, on le sait, dans les milieux militaires, on doit se considérer comme militaire avant d’être citoyen et l’obéissance - en silence - est et reste la règle. Sous peine de sanctions.

 

Décidément, le difficile chemin du libre arbitre entre les « dragons de la science et les démons de l’Eden » semble bien être une notion volontairement ignorée dans le domaine militaire qui a choisi une autre voie qui rappelle plutôt l’époque de l’inquisition. L’armée belge a fait son choix. Et on peut légitimement se poser la question suivante :  pourquoi diable, l'ex-colonel Gennart n'a-t-il jamais évoqué cet aspect des choses qu'il ne pouvait pas ne pas connaître, lui qui n'avait plus rien à perdre  ? Parce que ça ne le concernait pas personnellement après ses études au Collège Saint Michel à Bruxelles ?

 

Qui défendra encore la laïcité des institutions et par là l'égalité des citoyens dans ce pays ?   

 

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 (*) On le voit, il y a eu au cours de l’histoire plus que des nuances. L’adjectif  « francophone » n’ayant pas encore été « adoubé » en nom propre, le terme « wallon » regroupait en plus des Wallons, tout qui s’exprimait dans une langue aux consonances françaises d’Ostende à Bruxelles.

Premier organisme wallon unifié et sorte de Parlement créé en 1912, « l’Assemblée wallonne » étudie toutes les questions touchant à la Wallonie et agit par le biais de revendications et de propositions au niveau des Chambres et du gouvernement. L’Assemblée wallonne a une grande influence jusque dans les années vingt mais perdra peu à peu sa représentativité et sa crédibilité dans les années trente par son aspect académique. Ses thèses, très modérées, n’évoluant pas : elle défendra alors toujours une union belge corrigée par une séparation administrative, et le maintien de la langue française en Flandre. Son organe de presse s’intitule La Défense wallonne. (Voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/assemblee-wallonne.htm)

Plus en phase avec la réalité, la «  Ligue d’Action wallonne » a élaboré un programme qui reste d’une criante actualité et est résolument autonomiste, une autonomie conçue dans un cadre belge. Persuadé que l’unité nationale, fondée sur la domination d’une race sur l’autre, serait impossible à conserver et à défendre, la nouvelle Ligue affirme que la Belgique ne peut poursuivre ses destinées que par l’union des deux peuples qui la composent, union basée sur une indépendance réciproque et faite d’une entente loyale et cordiale, position déjà développée par Jules Destrée dans sa Lettre au roi et que l’on retrouvait, mot pour mot, dans le programme de l’Assemblée wallonne, lors de la réunion constitutive d’octobre 1912. Le nouveau groupement s’oppose à l’obligation d’un quelconque bilinguisme pour les Wallons, réclame l’adaptation des structures de la Belgique en fonction de la frontière linguistique, et partant la rectification des divisions administratives, judiciaires et militaires de la Belgique en tenant compte de la frontière linguistique, l’élargissement considérable de la compétence des pouvoirs communaux, provinciaux et éventuellement régionaux, soit l’autonomie de la Flandre et de la Wallonie dans la Belgique. Cette autonomie, prônée dans un rapport rédigé par Auguste Buisseret, trouve à la fois son assise dans le principe wilsonien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dans une ébauche de fédéralisme régional, voire européen.

(voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/ligue-action-wallonne-liege.htm)

 

 

(**) Par une campagne de presse intense et la voix de ses parlementaires, à quelque bord qu'ils appartiennent, la Flandre s’est élevée contre cette politique de coopération franco-belge. Quelques exemples suffiront à illustrer cette attitude : Toujours en 1928, le catholique De Bruyne réclame une protection contre le Sud, le socialiste Eeckelers refuse, quant à lui, de voir dans l'Allemagne un danger (il dira plus tard: «nous irons au devant de l'Allemand avec le pain et le sel de la fraternité») tandis que le nationaliste (VNV) De Backer déclare que «la Flandre ne veut plus saigner à côté des Sénégalais», exprimant bien ainsi la politique du «los van Frankrijk» que veulent les Flamands dans leur grande majorité…

 

(***) A noter – pour la petite histoire – qu’au lendemain de la chute du mur de Berlin, l’armée belge a repris ses habitudes et organisé des manœuvres simulant une attaque venant de la botte de Givet !

« Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'opinion ». (Paul Valery)

 

Voilà des sujets dont je n’aurais pas parlé si la presse n’en avait fait écho avec enthousiasme… mais, décidément, certains ne savent plus à quel saint se vouer pour sauver ce qui ne peut plus l’être.

 

Il faut leur reconnaître de belles qualités d’imagination.

 

Revenons sur la journée d’hier, 1er septembre, jour traditionnel de rentrée dans les classes maternelles, ceci expliquant peut-être cela.

 

Le matin, tout d’abord, « Le Soir », grand quotidien de la capitale (*) titre à la une : « L'Europe veut un gouvernement belge, et vite ».  Annonçant que la Commission européenne a perdu patience et va très prochainement lancer une mise en garde officielle à la Belgique : « Cette intervention dans les affaires politiques belges trouverait sa justification dans la détérioration de la croissance économique en zone euro, et en particulier en Allemagne, qui contraindra la Belgique à décider d'importantes réformes structurelles ». Pour faire bonne mesure, ils y ajoutent les déclarations de Mark Eyskens – réputé bon Flamand pour les « francophones » (lisez les belgicains aux abois) - qui précise « qu’en cas d'échec des négociations, ce serait l'abîme. La spirale diabolique pour la Belgique ».

 

Patatras ! Quelques heures plus tard la Commission européenne a jugé « infondées » les informations diffusées le matin même par le quotidien bruxellois réfutant toute "démarche spécifique" prévue au sujet de la Belgique…

 

Qu’à cela ne tienne, ce quotidien en rajoute une couche ce matin montrant qu’on passe du stade d’une l'information orientée (compréhensible s’il s’agit alors d’un journal d’opinion ce qui est tout à fait honorable à condition qu’il se présente comme tel), à la désinformation pure et simple, organisée et sans scrupules. D’ailleurs, « l’éditorialiste en chef » ne revient-elle pas ce matin sur le sujet jugeant « ridicules » le démenti pourtant formel de la Commission européenne au nom d’un prétendu « Devoir d’assistance à pays en danger ».  Reprenant l’antienne éculée : « la Belgique, laboratoire du vivre ensemble est essentielle à la crédibilité du projet européen ». Or, quand on se penche sur les succès de ce « vivre ensemble », décidément,  l’avenir de l’Europe semble bien sombre…

 

Ensuite, lors de la rentrée judiciaire, on apprend que Jean-François Leclercq, procureur général près la Cour de cassation, sortant du principe de séparation des pouvoirs a lancé « un avertissement » au monde politique belge. A ceux qui rêvent d'un démembrement de l'Etat belge (certains – toujours dans la presse – ont imaginé qu’il visait sans doute la N-VA ?), le procureur a tenu à souligner combien les conséquences sur le plan international peuvent être imprévisibles. Si je suis d’accord sur ce mot, je pourrais lui faire remarquer que la poursuite de l’existence de l’Etat belge aura aussi des conséquences imprévisibles.

 

Là où ça devient quasi comique, c’est quand le magistrat fait notamment référence au port autonome de Liège, « actuellement le premier port intérieur belge et le troisième port intérieur d'Europe (exact !), et à ses relations avec le port d'Anvers via le canal Albert. « L'espace maritime est traditionnellement pensé en termes de liberté, rarement en termes d'appropriation, pratiquement jamais en termes d'exclusion. Les peuples libres veulent avoir accès à la mer et il ne faut pas sous-estimer l'obsession maritime d'un Etat enclavé »… a-t-il prévenu. Cherchant pour illustrer son propos des situations particulières et clairement conflictuelles. La Bolivie où, jusqu'à un accord récent entre les présidents péruviens et boliviens, l'accès à la mer a fait figure de véritable cause nationale depuis la perte par la Bolivie de sa façade sur le Pacifique  à la suite de la guerre de 1879-1883 et l’l'extrême étroitesse du littoral irakien a été une des raisons qui a poussé le régime de Saddam Hussein à annexer le Koweit en 1990 ! Bref pour lui : « Les peuples veulent avoir accès à la Mer et il ne faut pas sous-estimer l'obsession maritime d'un Etat enclavé ». Faisant fi de tous les autres nombreuses situations comme la Suisse, le Luxembourg, la Tchéquie, pour ne citer que ces pays  qui – si je ne m’abuse - n'ont pas agressé leurs voisins pour autant. Tout cela est réglé par des conventions que ce juriste devrait connaître.

 

Il faudrait peut-être informer ce monsieur qu’en cas d’indépendance de la Flandre, la liberté de circulation des hommes et des biens serait garantie par l’Union Européenne. L’enclavement de la Wallonie – et donc ses accès à la mer est donc uniquement théorique : c’est bien le cas sur une carte, mais il n’y a en réalité aucune entrave à la liberté de mouvement.  S'il est possible que l'intégration de la Flandre dans l’UE ne suive pas immédiatement l’indépendance durant cette période transitoire, le nouvel Etat n’aurait - théoriquement - pas à respecter ces libertés de circulation. Mais l’objectif prioritaire de la Flandre étant d’intégrer l’Union, de ce point de vue, couper ou simplement restreindre de quelque manière que ce soit l’accès à la mer serait une erreur tellement grossière que l’on peut douter qu’elle soit jamais commise. Bien au contraire puisqu’aujourd’hui comme hier,  la Flandre met en priorité l’accent sur la réalisation de ses infrastructures et de ses équipements ferroviaires avec l’arrière pensée de contourner et de vassaliser la Wallonie (« Diabolo », « axe Cobra Anvers-Ruhr »...).

 

C’est ce jeu stratégique qui trame au niveau des voies navigables avec le raccordement à Anvers par Gand du canal Seine Rotterdam Nord-Europe mis à grand gabarit. Avec pour objectif de contourner la Wallonie. C’est qu’Anvers doit rester pour la Flandre le débouché « naturel » des produits finis wallons. Or, avec ses limitations (tirant d’eau insuffisant), ce ne sera bientôt plus possible.

 

Pour des raisons économiques, les bateaux doivent être de plus en plus gros, donc de plus en plus profonds. Seuls les ports français peuvent et pourront toujours le faire. Et les Flamands le savent.

La France termine sa liaison Seine-Nord. Liège et la dorsale par voie d'eau wallonne sont donc un enjeu de transport durable évident. Cette dorsale passant par Liège, Charleroi et Lille pour aboutir à Dunkerque viendra compléter celle venant de Barcelone et de Marseille. La connexion entre les deux flux se réalisant  le long d'une ligne Charleroi Valenciennes rejoindra celui venant de Rotterdam. Les néerlandais ont compris qu'ils auront du mal à recevoir les immenses porte-conteneurs de l'avenir. Le port de Rotterdam, comme celui d'Anvers n'offre qu'un tirant d'eau de 13/14 m, alors que celui de Dunkerque offre 25m. Anvers, en plus est soumis à ensablement et manquent d'espace. Liège et Charleroi-Valenciennes deviennent donc 2 nœuds de convergence et d'éclatement des trafics. Une situation géostratégique formidable. Ce projet exige, pour sa finalisation, que la Wallonie et l’espace bruxellois fonctionnent de manière intégrée avec le Nord Pas de Calais.

 

Les intérêts sont convergents entre la France, la Wallonie, Bruxelles, et les Pays bas. Il ne faut pas oublier que la Manche est la première route maritime mondiale en termes de trafic de marchandise : c'est là qu'est le gisement de croissance et d'emplois. C'est par rapport à ce flux que doivent être imaginées les politiques économiques de relance dont la Wallonie a besoin.

 

La France développe actuellement le port de Dunkerque, idéalement situé en eaux profondes, relié à l'est par l'autoroute de Wallonie (qu'on met à trois bandes de bout en bout). Et de tout le continent, la France est le seul Etat qui a accès à la mer libre, avec la pointe de Bretagne et le golfe de Gascogne.

 

Les Français qui ont une vision géostratégique construisent actuellement le canal de liaison entre Paris et l'Escaut, seule raison de l'existence de Strépy-Thieu.

 

Dans une Europe où les flux économiques et humains se sont réorientés d’Ouest en Est (et vice-versa) depuis la chute du Mur, l'importance stratégique du carrefour wallon est indéniable… Il est donc de l’intérêt de l’axe Bruxelles-Anvers de garder la haute main sur les exportations et importations wallonnes.

 

Ceci dit, et fort heureusement, depuis des décennies, la Wallonie investit pour garder des accès à la mer quelles que soient les avatars institutionnels.

Trois voies sont privilégiées: Rotterdam par la Meuse, Anvers par le canal Albert, et Dunkerke par le canal du Centre. Le quatrième pôle, je le cite plus haut c’est la connexion du canal du Centre au Canal Seine - Escaut, qui donne un accès navigable de la Wallonie en général, et du Hainaut en particulier, à Paris, et permet de reprendre le traditionnel dialogue industriel entre le Hainaut et Paris dans des conditions intéressantes.

 

Bref, beaucoup de bruit pour rien.

 

Ces apprentis sorciers militants d’une cause perdue n’ont pas encore compris que le débat démocratique se nourrit de vérité et non de propagande. Et que cette dernière ne fait pas illusion très longtemps. Même Goebels a du s’en rendre compte. 

 

 

(*)-« premier site d'informations en Belgique francophone » d’après la pub de la même gazette…

J’ai été stupéfait d’entendre ce matin à la radio que le MR aurait - une fois de plus - pris position pour la recréation d’une province du Brabant unitaire.  Quel mépris pour les Wallons et la Wallonie !

 

Certes, il y a évidemment derrière cette annonce de très claires arrière-pensées purement électorales. Ce parti est actuellement assez bien positionné à Bruxelles et en Brabant wallon et il ne perd pas de vue que la scission de BHV acquise, il aura besoins des voix de la forte immigration bruxelloise en Brabant wallon à récupérer. Par ailleurs, le Brabant wallon est la seule province wallonne où ce parti fait des résultats. Nous sommes donc clairement dans des jeux de pouvoir. Plutôt être le premier chez soi que le dernier en Wallonie.

 

J’ai déjà eu l’occasion de dire tout le mal de cette très fausse bonne idée.

 

Brièvement : pour des raisons historique le Brabant wallon fait partie de l’aire linguistique latine depuis toujours. Recréer une province brabançonne unitaire reviendrait à imposer le néerlandais dans les services publics, puisque cette nouvelle entité ne pourrait être que bilingue. Par ailleurs, ceux qui ont connu la position de sujétion et d’abandon que l’arrondissement minoritaire de Nivelles a vécu jusqu’à la scission en 1995 ne peuvent que craindre un retour aux pratiques favorisant le développement des arrondissements du Nord, majoritaire, Bruxelles-Halle-Vilvoorde (*) et Louvain. Toutes choses que les partisans (essentiellement le MR et Ecolo) de ce machin semblent avoir joyeusement oubliées.

 

Les arguments classiquement utilisés mettent en avant des aspects économiques. Or, il est notoire et évident que les aspects économiques se jouent des frontières. Il n’y a plus de péages sur les routes… Combien d’entreprises fonctionnent sans problème avec des sièges situés dans plusieurs régions ou pays ?  Non, il n’y a là derrière que des calculs bassement électoraux. Ils jouent sur les émotions, surtout la peur de l’avenir. La presse à leur dévotion leur apporte son soutien en dramatisant à outrance le pseudo-manque de gouvernement depuis un an. Alors qu’au contraire, ce qui s’est passé a tendance à montrer qu’il serait plus que temps d’envisager de supprimer ce « niveau fédéral » en transférant les compétences résiduelles vers les Régions.

 

Certes, on va faire durer encore un peu. Une présidente de parti parlait (avec culot) du coup d’état permanent (elle a des lettres ou des bons conseillers) de la N-VA. Et c’est drôle dans la bouche d’une des personnes qui avec ses collègues présidents de parti a confisqué le pouvoir depuis très longtemps…

Ces présidents de parti continuent à jouer leurs jeux politiques, mais surtout  le jeu politique belge. Et dégagés de fait de toutes responsabilités sur l’ensemble du territoire encore « dit belge », puisque implantés dans une seule «communauté », ils en tirent les ficelles, sans jamais s’exposer, pour le plus grand mal de la démocratie. Leurs parlementaires ne sont plus que des voltigeurs dont les interventions ne consistent qu’à distraire de temps en temps le bon peuple en apportant à chacune des tendances les arguments prémâchés (*) que celle-ci, conditionnée par la pensée unique des médias ou des chapelles extrémistes attendent. Sans risque. La stabilité du corps électoral est (hélas!) à ce prix. En tous cas, en Wallonie et aussi à Bruxelles.

 

Ce n’est pas pour autant que le problème belge est simplement linguistique.

Le blocage actuel était quasiment inévitable même s’il n’est pas encore vraiment insurmontable. L’un des grands changements à observer, c’est le fait que le parti flamand (la NVA) a la majorité relative en Flandre depuis juin 2010, et ne l’y a pas de manière accidentelle. La NVA représente tant la Flandre rurale, se confiant jadis aux catholiques, que la Flandre moderne. La NVA joue maintenant, pour les Flamands, le rôle autrefois joué par les catholiques ou aujourd’hui les démocrates-chrétiens, mais ces derniers jouant à la fois la carte belge (du fait de la majorité flamande) et la carte flamande (en raison de la population auquel ce parti s’adresse). Ce n’est plus le cas.  Il semblerait donc bien que les « compromis à la belge » connus depuis près d’un siècle soient devenus impossibles. Et ça ne tient pas à je ne sais quelle incapacité des politiciens belges à s’arranger comme on l’entend généralement.

Cela tient au fait que le jeu a profondément changé, ce qui redonne du poids et de la force, côté wallon, à la défense de la Wallonie et de ses intérêts régionaux, chose qui  - et ça, c’est nouveau - s’allie à un sentiment identique dans la région de Bruxelles.

 

C’est pourquoi, vouloir recréer une Belgique miniature sous la forme d’une fédération Wallonie-Bruxelles (encore que là, j’attends de voir ce que ça va devenir puisqu’on semble vouloir individualiser les deux régions) ou cette chimère de « province du Brabant » sont des choses complètement dépassées.

 

Dans un cas comme dans l’autre, les Wallons et particulièrement les Brabançons wallons seraient perdants.

Je m’explique :

Je vous ai recommandé la lecture du livre de Michel Quévit qui a enquêté sur les transferts financiers nord-sud si souvent dénoncés par les partis flamands et leurs alliés belgo-bruxellois. Et si, en effet, depuis 1965, la région wallonne contribue moins aux recettes de l'Etat belge qu'elle ne reçoit. Cette situation résulte du déclin industriel de la sidérurgie et du charbon. Ces transferts existent aussi dans d'autres pays touchés par le même problème : Madrid et la Catalogne vers l'Estrémadure et la Galice (Espagne) ; l'Ile de France vers le Nord-Pas de Calais et le Limousin (France)…

On oublie volontairement que pendant plus d'un siècle, la sidérurgie wallonne a été un atout pour tout le pays, car jusqu'à la mise en exploitation des charbonnages de Campine en 1926, la Wallonie était la seule à disposer de charbon en Belgique. Pour exporter ce charbon, elle aurait pu tirer profit de sa proximité avec des ports étrangers (Dunkerque pour le Hainaut et Rotterdam pour Liège) mais elle est restée solidaire des projets portuaires de l'Etat belge : Anvers et Zeebrugge.

On oublie que plus de 2.000 km de voies navigables (canal Albert, canal de Willebroeck, canal de la Campine, p.ex.) ont été créés à partir d'Anvers vers la Wallonie, la France et l'Allemagne. Dans son étude sur l'histoire économique de la Belgique de 1957 à 1968, le professeur Baudhuin faisait remarquer que  les 10 milliards de dépenses du secteur public (Etat et ville d'Anvers) en faveur de l'infrastructure portuaire d'Anvers ont eu un effet multiplicateur de cinq, générant près de 50 milliards d'investissements privés ». C'est de là que vient le début de l'essor économique de la région anversoise et de la Campine dans l'acier et la sidérurgie, mais aussi dans la pétrochimie, le raffinage et le secteur automobile. De 1959 à 1973, la province d'Anvers comptabilise le plus d'investissements aidés (21%) par rapport à toutes les autres provinces belges. Au cours de la même période, elle reçoit 30% des investissements étrangers effectués en Belgique.

 

Si l'Etat belge est intervenu pour (faire semblant de) tenter de sauver la sidérurgie wallonne, il n'a cependant pas négligé le nord du pays. En 1934(déjà !), le Boerenbond, une caisse rurale de crédit active principalement en Flandre, est en faillite suite à des activités financières risquées, mais il est sauvé par l'Etat belge (un milliard 295 millions). L'électrification du réseau ferroviaire belge a débuté en 1935 par la ligne Bruxelles-Malines-Anvers, tandis que les autres lignes ferroviaires seront électrifiées de 1949 à 1956. La première autoroute créée par l'Etat belge sera l'E40 Bruxelles-Ostende en 1956 afin de développer le tourisme à la côte et faciliter l'accès à la mer pour le transport des marchandises. En 1970, le gouvernement donne 115 milliards de FB pour créer le port de Zeebrugge accessible à des navires de 250.000 tonnes, avec un hinterland industriel axé sur les technologies du futur. Pour mémoire, le gouvernement belge avait décidé à la fin des années 70, de donner un milliard d’investissement à la Wallonie pour un milliard dépensé pour Zeebruges, à condition que cette dernière n’en reçût pas plus que seize. 115 milliards de francs belges ont à l’époque été consacrés aux travaux de Zeebruges, en échange de quoi la Wallonie ne reçut que 16 milliards, ce qui a été, chacun en conviendra un sacré marché de dupes.

 

Mieux encore, alors que peu de temps auparavant, les Flamands avaient fait passer une loi de régionalisation des secteurs nationaux, dont la sidérurgie et les charbonnages, afin d’éviter que de l’argent flamand (traduisez belge) ne vienne renflouer les charbonnages wallon, sous l'impulsion du ministre limbourgeois Willy Claes, un plan de 210 milliards de FB est lancé de 1982 à 1991 pour améliorer la compétitivité des charbonnages de Campine qui ont cependant ensuite fermé leurs portes. On le voit, les « canards boiteux » chers aux politiciens et aux journaleux de la capitale ne sont pas tous wallons…

 

On oublie aussi, fort opportunément dans ce pays, que le traité de Rome (1957) impose une solidarité financière entre les régions afin de maintenir l’unité de l’État. Chacun des États membres de l’union est invité à appliquer ces principes de solidarité sur son propre territoire, et c’est ce qui se passe partout dans l’union européenne, sauf en Belgique. La Bavière, la région de Londres, celle de Madrid font partie des régions dites contributrices alors que le pays de Galles ou la Galice font partie des régions débitrices.

 

Michel Quévit  a pointé la responsabilité des groupes financiers (belges et flamands) dans les disparités économiques en Belgique. Si ces groupes financiers ont d'abord investi en Wallonie, c'est en raison de la richesse minière et houillère du territoire wallon. S'ils se sont ensuite délocalisés vers la Flandre (notamment lors de la création du complexe sidérurgique de Sidmar), c'est en raison des opportunités nouvelles qu'offraient les infrastructures maritimes et portuaires créées par l'Etat belge.

 

Et maintenant?

Bien que la faiblesse des séries statistiques comme les difficultés de comparaisons stables sur la longue durée - autre que la Belgique, et donc autre que la Flandre et Bruxelles- les discours positifs des gouvernants ou le catastrophisme des oppositions masquent une vision claire et saine de la réalité,

L'image « bipolaire » des disparités régionales peut être nuancée par une analyse de la Commission Européenne sur la croissance du PIB par province de 1995 à 2004 : Bruxelles, le Brabant flamand et le Brabant wallon atteignent un taux de 3% ; les provinces d'Anvers, Flandre orientale, Flandre occidentale, Limbourg, Namur et Luxembourg ont une croissance qui varie de 2 à 2,7% ; les provinces de Liège et du Hainaut stagnent entre 1 et 2%.

D'après les statistiques européennes qui se sont améliorées depuis, l'écart du PIB/hab restait significatif en 2005 entre le nord et le sud du pays : 87,5 pour la Wallonie et 120,1 pour la Flandre (moyenne au sein de l'UE : 100). La Flandre n'est cependant pas reprise dans la liste des 15 régions les plus prospères de l'UE et la Wallonie parmi les 15 régions les plus pauvres de l'UE (qui appartiennent à l'ancienne Europe de l'Est). On remarque aussi que le PIB/hab de la Wallonie est semblable à d'autres régions industrielles comme les Asturies (90,2) ou le Nord-Pas de Calais (88,6).

Je trouve que l'attitude qui consiste à se replier (tiens, un "repli bruxellois", on n'en parle jamais) en réclamant les territopires les plus développés des autres ressemble fort aux "replis égoïstes" tels ceux de la "Ligue de Nord" en Italie ou encore d'autres. Je vous invite à lire cet avis du Professeur Quévit : http://www.lalibre.be/actu /elections-2010/article/64 4259/quevit-une-region-brabant-ne-serait-pas-une-bonne-idee.html.

 

 

Les révisions successives de la Constitution ont eu pour effet de commencer à faire sortir  la Wallonie de la Belgique. Maintenant, qu’attendons-nous pour sortir la Belgique de la Wallonie ? Et refuser de continuer à vivre dans le mensonge des dirigeants des partis politiques traditionnels et de leurs affidés. Après tout, leur position favorite reste la... position démissionnaire. Il semblent bien incapable d'en imaginer d'autres !

 

 

(*) Je sais que d’aucuns vont encore réagir de manière épidermique à mes propos. Mais l’Histoire des 180 dernières années a bien montré que Bruxelles n’est pas du tout la mégalopole fécondante que certains se plaisent à décrire ou à imaginer. Il est évidemment difficile en quelques lignes de dépasser bien des antagonismes en les traitant avec nuance, en montrant qu'ils sont par bien des aspects quelque part obsolètes (largement les antagonismes entre Wallons et Flamands, mais aussi - surtout - entre Wallons et Bruxellois francophones, mais certainement pas dans le sens d'un unitarisme belge, ni dans le sens d'une réunification de la Belgique francophone).

 

(**) Un bel exemple, Francis Delperée  (hé oui…) déclarait  à un colloque du mouvement wallon le 26 février 1976 à Charleroi que la Wallonie est autre chose qu'une population, « une collectivité d'hommes, c'est-à-dire qu'elle regroupe un peuple qui peut se réclamer de traditions particulières et qui est à même de poursuivre des objectifs qui lui sont spécifiques »…

 

 

 

 

Il y a un grand absent dans les débats institutionnels depuis un an. Le Parlement wallon...

 

On peut légitimement se demander ce qu'il fait. La Libre publie aujourd'hui un billet assez intéressant. "Le parlement wallon ne semble pas prêt de suivre l'exemple de son alter ego flamand sur le plan institutionnel".

 

Certes, le <parlement a remis à l'honneur il y a quelques mois les débats d'actualité sur des thèmes précis (emploi, inondations ou éoliennes) mais le dossier communautaire n'a jamais été abordé à ce jour. Le changement de dénomination de la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles annoncé le 4 avril a même suscité l'indifférence des parlementaires puisque deux jours plus tard, aucun d'entre eux n'a posé de question sur le sujet en séance plénière du parlement wallon, au contraire de la Chambre. "Le parlement wallon ne sort pas grandi de cette affaire. On avance toujours sans débat parlementaire. C'est au sommet que tout se décide et dès lors, le parlement ne pense même plus qu'il a un rôle à jouer."

Tout est dit. Pour les quatre (cinq ou six si on y ajoute l'extrême droite et la droite extrême) partis traditionnels, les Wallons n'existent tout simplement pas. Le Parlement wallon  n'est qu'un moyen de remercier les "méritants" un peu comme les députations permanentes des provinces...

Une voie de garage.

 

Il est clair que ces "députés" sont muselés.

 

Certains le regrettent, mais ne peuvent pas intervenir. C'est ainsi que l'ancien ministre-président Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS) ,  "figure de proue du régionalisme wallon" comme n'hésite pas à écrire sans rire la Libre : "C'est dans ces moments-là, on ne devrait pas être aux abonnés absents". Les regrets sont identiques chez un autre tenant du régionalisme et ex-président de l'assemblée, José Happart (PS). "Les Wallons en général, et le parlement wallon en particulier, commettent une faute de laxisme. En ne voulant pas faire le débat sur ce que la Wallonie veut faire de son avenir, ils laissent d'autres décider à leur place. C'est un drame pour moi en tant que militant wallon de constater que le parlement wallon ne peut pas se saisir d'un débat d'actualité", a-t-il souligné.

En coulisses, tant dans la majorité que dans l'opposition, certains députés évoquent un diktat du gouvernement sur ce point. "C'était déjà le cas sous la législature précédente: il y a un diktat officieux qui veut que dans la situation actuelle, il est hors de question de débattre d'un avenir dont on ne connaît pas les tenants et aboutissants", a glissé l'un d'entre eux.

 

Inutile de dire que tous ces gens sont obligés de se taire. Se plaindre dans les journaux n'apporte rien. Les décisons viennent "d'en haut". Les partis traditionnels se servent de leuirs régionalistes, rattachistes ou autres nationalistes pour se dédouaner, berner les Wallons. Qui pourra encore les croire ?

 

Il est temps qu'un parti vraiment wallon se lève ! Il est temps que le parlement joue son rôle. L'avenir est là, il est Wallon !

Voici le texte d’un courrier que j’ai envoyé au « Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville de Nivelles » constatant que le drapeau wallon n’est plus arboré sur l’Hôtel de Ville.

 

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M.à.J. :  Voici la réponse du bourgmestre de Nivelles reçue ce 29 mars au matin...

 

 

 

Pierre HUART

Bourgmestre

Président du Conseil provincial

 

Je le remercie et le félicite pour son sens civique.

 

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Monsieur le Bourgmestre,

Mesdames et Messieurs les Echevins,

 

Si les travaux d’aménagement de la Grand’Place vont contribuer d’une manière importante à mettre en valeur notre ville, et je ne peux que m’en réjouir, j’ai été choqué en ma qualité de citoyen de l’absence (depuis le 23 mars 2011) du drapeau officiel de la Wallonie aux côté de ceux d’autres entités politiques sur les mâts récemment installés sur le parking de l’Hôtel de Ville.

D’autant plus que la Constitution belge consacre en son Titre 1, Article 1er le fait que la Belgique est un Etat fédéral qui se compose des communautés et des régions, que l’article 3 précise que la Belgique comprend trois régions : la Région wallonne, la Région flamande et la Région bruxelloise. Et qu’enfin, l’article 5 ajoute que la Région wallonne comprend le Brabant wallon dont Nivelles est le Chef-lieu.

 

En dehors de tout contexte identitaire, mais dans le contexte de réforme institutionnelle actuelle (et future !), Nivelles doit-elle négliger d’afficher son appartenance à un des plus importants niveaux de l’Etat ?

 

Il m’est revenu que d’aucuns parmi-vous estiment (sans jugement de valeur de ma part sur d’éventuelles raisons politiques de cette attitude) qu’il n’y aurait pas obligation en la matière.

 

Voici ci-dessous le décret du Parlement wallon, sanctionné par le Gouvernement wallon, qui règle le pavoisement du drapeau régional wallon sur les bâtiments publics aux mêmes conditions que le drapeau national.

 

 

23 juillet 1998. –

Décret déterminant le jour de fête et les emblèmes propres à la Région wallonne

(M.B. du 08/08/1998, p. 25551)

Session 1997-1998.
Documents du Conseil 384 (1997-1998). - N° 1.
Compte rendu intégral. - Séance publique du 15 juillet 1998.
Discussion. - Vote.

Le Conseil régional wallon a adopté et Nous, Gouvernement, sanctionnons ce qui suit:

 Article 1er

La fête de la Région wallonne est célébrée chaque année le troisième dimanche du mois de septembre.

 Art. 2. 

Les armoiries de la Région wallonne sont d’or au coq hardi de gueules; elles sont représentées conformément au modèle figurant en annexe 1 du présent décret. Le coq hardi de ces armoiries peut être utilisé isolément comme symbole de la Région.

 Art. 3. 

Le sceau de la Région wallonne porte le coq hardi de ses armoiries avec la légende « Région wallonne ».

Cette légende est inscrite entre deux filets conformément au modèle figurant en annexe 2 du présent décret.

 Art. 4. 

Le drapeau de la Région wallonne est jaune au coq hardi rouge.

Conformément au modèle figurant en annexe 3 du présent décret, ce drapeau a les proportions deux: trois; le coq hardi est inscrit dans un cercle non apparent dont le centre coïncide avec celui du tablier, dont le diamètre est égal au guindant et dont la circonférence passe par les extrémités des pennes supérieures et inférieures de la queue et par l’extrémité de la patte levée.

L’horizontalité du coq est déterminée par une droite non apparente joignant le sommet de sa crête à l’extrémité de la penne supérieure de la queue.

Le drapeau de la Région est arboré le troisième dimanche de septembre aux édifices publics situés sur le territoire de la Région wallonne.

Dans la même Région, il est également arboré sur les bâtiments officiels dans les mêmes conditions et aux mêmes dates que le drapeau national.

Le Gouvernement wallon peut ordonner le pavoisement, à d’autres dates, des édifices visés aux alinéas précédents.

 Art. 5. 

Les hautes autorités et les représentants officiels de la Région wallonne peuvent faire usage, dans l’exercice de leurs fonctions, d’une marque honorifique distinctive. Cette marque, conforme au modèle figurant en annexe 4 du présent décret, consiste en un fanion aux proportions vingt-six: trente, construit comme le drapeau décrit à l’article 4 et garni d’une frange jaune et rouge.

Promulguons le présent décret, ordonnons qu’il soit publié au Moniteur belge.

Namur, le 23 juillet 1998.

Le Ministre-Président du Gouvernement wallon, chargé de l’Economie,
du Commerce extérieur, des P.M.E, du Tourisme et du Patrimoine,

R. COLLIGNON

Le Ministre de l’Aménagement du Territoire, de l’Equipement et des Transports,

M. LEBRUN

Le Ministre des Affaires intérieures et de la Fonction publique,

B. ANSELME

Le Ministre du Budget et des Finances, de l’Emploi et de la Formation,

J.-Cl. VAN CAUWENBERGHE

Le Ministre de l’Environnement, des Ressources naturelles et de l’Agriculture,

G. LUTGEN

Le Ministre de l’Action sociale, du Logement et de la Santé,

W. TAMINIAUX

Le Ministre de la Recherche, du Développement technologique,
du Sport et des Relations internationales,

W. ANCION

 

Pour mémoire, dans l’Arrêté royal du 5 juillet 1974 - antérieur au décret wallon - et concernant le pavoisement des édifices publics (modifié par arrêté royal du 02 avril 1998 concernant le drapeau européen), le drapeau belge (appelé ci-dessus dans le décret du GW : « drapeau national ») doit être arboré aux édifices publics aux dates officielles, et peut l'être lors d'importantes cérémonies, lorsque les usages locaux le demandent, ou encore lors de la visite officielle d'un chef d'Etat étranger. Les Régions et les Communautés, en plus du drapeau tricolore, hissent leur propre drapeau le jour de leur fête. (Dans le contexte de l’époque)

Dates officielles (Arrêté royal du 5 juillet 1974 concernant le pavoisement des édifices publics) :

  • 17 février : Commémoration de tous les membres défunts de la famille royale
  • 7 avril : Hommage aux militaires belges décédés lors de missions de paix
  • 1er mai : Fête du Travail
  • 5 mai : Journée du Conseil de l'Europe (crée en 1949)
  • 8 mai : Victoire des Alliés en 1945 et fin du génocide
  • 9 mai : Journée de l'Europe (anniversaire du discours fondateur de l'Union européenne, prononcé par Robert Schuman en 1950)
  • 6 juin : Anniversaire du Roi Albert II (né en 1934)
  • 11 juin : Anniversaire de la Reine Fabiola (née en 1928)
  • 2 juillet : Anniversaire de mariage du Roi Albert II et de la Reine Paola (en 1959)
  • 21, 22 et 23 juillet : Fête nationale (prestation de serment du Roi Léopold Ier, le 21 juillet 1831)
  • 11 septembre : Anniversaire de la Reine Paola (née en 1937)
  • 24 octobre : Journée des Nations Unies (créées en 1945)
  • 11 novembre : Armistice de 1918
  • 15 novembre : Fête du Roi
  • Date mobile : Election du Parlement européen (élu au suffrage universel depuis 1979)

Même si le Droit est malheureusement par essence une matière à interprétations, en conclusions, je lis bien : « aux dates officielles, et lorsque les usages locaux le demandent », ce qui sugnifie qu’à partir du moment où on arbore le drapeau belge, le drapeau wallon doit être arboré aux mêmes conditions. Même en dehors de fêtes officielles. On peut effectivement estimer qu’il y a concrétisation, en usage local, du pavoisement du drapeau tricolore belge puisque ce dernier se trouvait jusqu’ici régulièrement arboré – au côté du drapeau wallon - au balcon de l’hôtel de Ville… à moins de considérer que, depuis le 23 mars 2011, l’hôtel de ville n’est pas (ou n’est plus) un édifice public…

 

Puis-je espérer que la Ville de Nivelles réagira rapidement pour reconnaître – l’importance d’une Institution - la Région wallonne - dont elle dépend, mais surtout son appartenance à une entité politique reconnue par la Constitution : la Wallonie ? Appartenance dont nous pouvons être fiers et pour la reconnaissance de laquelle de nombreuse génération de citoyens se sont engagés en politique.
Nous avons même eu l’honneur de connaître comme « Nivellois d'adoption » un militant wallon (parmi tant d’autres), hélas bien oublié aujourd’hui, le Comte Albert du Bois d'Enghien, qualifié sur une stèle du parc de la Dodaine de « précurseur du mouvement wallon ».

 

Un geste fort en ce sens par la Ville de Nivelles, Chef-lieu d’arrondissement, ma paraît d’autant plus important que dans le cadre des tractations et marchandages en cours depuis les dernières élections fédérales, il est plus que patent que certains n’hésitent pas, et n’hésiteront pas, à remettre en question l’existence même de la province du Brabant wallon et surtout son ancrage et caractère wallon. Oublieux de l’appellation  « wallon païs » ou « roman païs de Brabant », termes qualifiant, de langue française et de dialectes wallons depuis le VIIème siècle, le territoire roman qui est devenu « Province du Brabant wallon » début 1995.

 

 

Bonjour,

 

Le drapeau wallon flotte sur la Grand-place 

 

Bonne journée,

Dans certains milieux né-unitaristes (ou néo-rattachistes, ce qui revient curieusement parfois au même), mes écrits sur ce blog sentent le souffre. Le fait que je me positionne en Wallon – ce qui est quand même mon droit – et me refuse de prendre position sur la stratégie que devrait développer l’une ou l’autre région ou pays en matière de « gouvernance interne » ou de choix institutionnel m’est régulièrement reproché.

 

Et, c’’est vrai, je n’ai pas et n’aurai pas l’impudeur de dire – et de quel droit ? – aux Bruxellois ou aux Flamands ce qu’ils doivent décider eux-mêmes et surtout pour eux-mêmes.  J’insiste sur ce « pour eux-mêmes ». J’aimerais beaucoup qu’il en soit de même de leur part en ce qui concerne la Wallonie et les Wallons.

 

La Constitution a consacré le principe de trois régions, tout en gardant le principe contestable de communautés linguistiques basé à l’origine sur des arrière-pensées flamandes, mais récupérées stratégiquement par d’autres pour en revenir à un semblant de Belgique avec comme dernière évolution un dernier avatar : la « Fédération Wallonie-bruxelles ». Changement d’emballage, mais même produit.

Amusant de constater qu’en agissant de la sorte, il y a une négation de l’existence d’une population flamande à Bruxelles et d’une population de langue allemande en Wallonie dont les spécificités culturelles (personnalisables en jargon belge) sont pourtant reconnues et protégées dans la Constitution.

 

Pour ne tenir compte que du contexte récent, l’origine des trois régions linguistiques remonte à très loin  et a été concrétisée au cours des temps (1878-1921-1932-1954) et surtout par le « compromis des belges » coulé dans les lois de 1962-63 (dites de pacification !) fixant la frontière linguistique entre les régions de langue française, néerlandaise et bilingue.

Certes, on peut regretter a posteriori que le législateur de l’époque ait agi sans véritable fil conducteur, avec une certaine méconnaissance des situations locales, tant présentes (à l’époque, je parle de 63) qu’historique (surtout dans les Fourons), mais c’est une réalité. Réalité qui a été confirmée (et somme toute peu remise en question) par la suite (1977-1988).

 

Il est intéressant de constater que depuis à l’appui, par exemple, de la revendication de l’extension de la Région de Bruxelles, il ne s’agit que très peu, ou en tout cas très récemment, de remettre en cause le principe de territorialité, mais bien de contester la façon dont certains territoires ont été fixés. Même dans la formation politique bruxelloise la plus radicale, je n’ai lu, jusqu’il y a peu, aucune revendication d’extension des droits des francophones au delà des zones litigieuses, dans les communes de la périphérie bruxelloise où une certaine francisation s’est produite après 63. Il y aurait donc les bons francophones pour qui ça vaudrait la peine de se battre et… les autres ?

Je constate que dans un cadre où les régions linguistiques (à l’exception de la région de langue allemande) avec les Régions au sens d’entités fédérées, aucune force politique francophone ne réclame de modification des frontières régionales. Il en va de même dans « l’autre camp » où aucune force politique flamande représentative (donc, hors associations romantiques ou encore en voie d’évaporation telles que Voorpost, TAK ou encore Vlaams Belang - et merci pour ça à Marie-Rose Morel (*) quand même !).

 

Le retour à un principe évolutif des frontières régionales me paraît difficilement envisageable tant cette question est devenue émotionnelle à un point tel qu’il est quasiment impossible d’en débattre sereinement. Non pas en principe de « conquête de territoires » ou de « privilèges linguistiques » à moins d’un compromis qui ne  pourrait être passé qu’entre trois forces politiques dominantes (majoritaires) dans chaque région qui pourrait corriger les régimes linguistiques et l’appartenance régionale des communes (ou parties de communes) litigieuses qui ont contesté le traitement qui leur a été réservé en (depuis ?) 1963. Renforçant ainsi le principe de territorialité, ce qui impliquerait forcément la fin définitive (ou à la rigueur extinctive) des facilités, la scission de l’arrondissement de BHV et le renforcement du principe de territorialité dans l’enseignement, la culture et les « matières personnalisable », autant dire une négociation de séparation entre Etats.  On peut toujours rêver. Si du côté flamand, l’idée progresse, ailleurs…

 

J’en reviens aux reproches « d’anti-bruxellois » qui me sont faits. Evidemment, chacun lit mes propos avec les filtres qui lui sont propres. Chacun est libre d’interpréter les choses à sa manière en fonction de son histoire personnelle, de son éducation, de sa culture pour rester dans le concret, ou de ses croyances acquises avec - forcément - la part d’irrationalité que ça comporte. Ce qui explique que si je m’inquiète évidemment des droits des habitants francophones de la périphérie bruxelloise (on ne me reproche jamais de m’inquiéter de ceux des Fourons) au même titre de ceux d’autres habitants d’autres régions – proches ou non - du monde, je réagis et je continuerai à exprimer ma plus vive méfiance à l'égard de tout projet qui impliquerait selon certains, comme Pierre-Yves Monette récemment, un élargissement de Bruxelles parfois considérable au Brabant wallon ainsi que dans d'autres communes de Wallonie. J’estime avoir le droit légitime de défendre ce territoire wallon qui fait partie de l’aire latine et française (où je suis né et où je vis) tel qu'il est fixé depuis presque un siècle.

 

Pour le reste, je soutiens les Bruxellois, comme les Flamands, dans leur droit de décider pour eux-mêmes et s’ils le souhaitent vraiment, j’aspire à ce qu'ils s'émancipent. Mais leur avenir ne regarde qu’eux-mêmes. Tout comme celui des Wallons.

 

 

(*) Lire à ce propos l’excellente analyse de Michel Henrion qui remet bien les choses en perspective : http://blogs.rtlinfo.be/sanslanguedebois/?p=877&preview=true

 

--------------

 

Des chiffres peu connus et encore plus rarement diffusés…

 

 

 

Recensement linguistique en pourcentage

1846

1954

 

Néerlandais

Français

 

 

Anderlecht

90

10

 

 

O(a)uderghem (Watermael à l’époque)

98

2

 

 

Bruxelles-Brussel

60

39

 

 

Haren

100

0

 

 

La(a)eken

79

21

 

 

Neder-Over-Hembeek

99

1

 

 

Etterbeek

97

3

 

 

Forest-Vorst

93

7

 

 

Ixelles-Elsene

54

46

 

 

Jette

87

13

 

 

Koekelberg

98

2

 

 

Molenbeek

85

15

 

 

Schaerbeek

72

28

 

 

Saint-Gilles-Sint-Gillis

83

17

 

 

Saint-Josse-Ten-Node - Sint-Josse-ten-Noode

49

51

 

 

Uccle-Ukkel

95

5

 

 

Watermael

98

2

 

 

Woluwe-Saint-Lambert-Sint-Lambrecht-W.

100

0

 

 

Woluwe--Saint-Pierre-Sint-Pieter-W.

99

1

 

 

 

Néerlandais

Français

Néerlandais

Français

Berchem-Sainte Agathe

 

 

100

0

Evere

 

 

100

0

Ganshoren

 

 

100

0

 

Néerlandais

Français

 

 

Krainem

100

0

 

 

Drogenbos

89

11

 

 

Linkebeek

100

0

 

 

Rhode-Sainte-Genèse- Sint-Genesius- R.

94

6

 

 

Wemmel

99

1

 

 

Wezembeek-Oppem

99

1

 

 

 

Mise à jour d'après : http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=DMF20110217_088

 

Johan Vande Lanotte – qui en principe sait de quoi - il parle a donné, ce matin devant un collège d'invités de l'Université de Gent, sa vision de ce que le futur local pourrait être :

« Les négociations peuvent progresser si un point final stable en ressort. »

Il imagine une « Union Belge » qui existe par 4 états fédérés: Flandre, Wallonie, Bruxelles et la communauté germanophone. Cette union respecterait aussi bien la territorialité au niveau des états fédérés que la solidarité au niveau confédéral.

Dans une telle Union, il y aurait une répartition claire des tâches aux différents niveaux, des responsabilités financières particulières et des règles claires sur la teneur des rapports entre l'Union et les états confédérés.

Les compétences régaliennes de l'Union Belge resteraient donc entre autres la défense, les affaires étrangères, la coopération au développement, l'immigration, l'asile et le financement de la sécurité sociale.

Ce qui implique un transfert et une réorganisation des compétences actuelles à rendre homogènes comme l'enseignement, le bien-être, l'environnement et la culture. Ensuite s'y ajoutent de nouvelles compétences comme la politique de l'économie et de l'emploi, la justice et les dépenses de la sécurité sociale.

 

Un beau progrès en attendant mieux, non ?

 

 

Réunioniste

Pour la réunion à la France Mon action se base sur les Valeurs républicaines,
les déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen
1789 & 1793

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