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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 10:23

Vous avez certainement – comme moi – lu dans la presse l’interview de François Perin en faveur d'une solution claire au problème belge, ainsi que les articles sur la publication de l’étude de Jules Gazon (ICI) sur les difficultés auxquelles serait confrontée une Wallonie indépendante.

 

Deux approches différentes, mais complémentaires. Elles partent toutes deux de l’opinion qu’il n’y a pas d’autre choix que la réunion de la Wallonie à la France. Vous connaissez mon opinion à ce sujet. Je voudrais simplement prendre ici un peu de recul.

 

Wallonie indépendante ou Wallonie française, seuls choix.  Mais choix par rapport à quoi ? Si une alternative correspond à une situation à laquelle il n'existe que deux solutions possibles. Ici, en l’occurrence l’indépendance wallonne ou le rattachement à la France, encore faut-il montrer en quoi la situation actuelle est problématique. D’autant plus que d’autres solutions sont prônées par d’aucuns et tiennent la corde dans les programmes des partis traditionnels.

 

Objectivement, il semble aujourd’hui très difficile d’imaginer une vision commune de la Belgique où les institutions seraient normalement là pour appuyer un projet de société, un « vivre-ensemble commun ». Pourtant, rappelant que depuis des années, les relations entre communauté et Régions se sont structurées, institutionnalisées, il ne faut pas écarter d’un revers de manche l’hypothèse d’une solution pacifique, certes difficile à concevoir ou compliquée à mettre en œuvre, mais pragmatique comme le confédéralisme.

 

L’autre hypothèse étant ce qu’il est convenu d’appeler « la Fédération Wallonie-Bruxelles »… Gommant même l’existence des Flamands de Bruxelles, complètement mis hors jeu dans ce débat, cette fédération porte en elle les germes de la rupture définitive du « pacte des Belges » laborieusement élaboré depuis les premières les lois linguistiques de 1873. Elle montre, en tous cas, que les partis francophones ont intégré et se préparent à la scission de l’Etat belge dont cette Fédération constituerait le résidu. A moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice de musculation destiné à apparaître en position de force dans la crise de nationalités qui s’est ouverte depuis les élections du 13 juin 2010… ou, paradoxalement, en défendant leur programme, les partis flamands qui maintiennent leurs revendications de participer à la gestion de Bruxelles contribuent à la « non-évaporation » de la Belgique.

Certes, en termes de comptabilité nationale, se basant sur les statistiques en matière de PIB, cette « Belgique continuée » aurait un PIB équivalent à celui d’une « Flandre –Etat autonome ». Il a été ainsi calculé sur base des statistiques Eurostat 2007 que si on additionne les PIB wallons et bruxellois on obtient 114,8 milliards avec 42,2 % d’habitants contre 154,4 milliard et 57,8 % d’habitants pour la Flandre. Ce qui revient – un peu vite - à dire que le PIB de la Flandre est proportionnellement inférieur à celui de Bruxelles et de la Wallonie réunies...

Ces montants ramenés au PIB par habitant montrent qu’avec 26.330 €, la Fédération Wallonie-Bruxelles ferait même mieux que la Flandre (25.724 €).

Ces extrapolations négligent des aspects importants comme la répartition régionale la dette et ses intérêts en cas de scission. Pourtant largement utilisées par les politiciens, elles ne tiennent pas non plus suffisamment compte d’une réalité qui veut que le PIB régional est rapporté à la population de la région concernée et que, à cet égard, la différence entre le lieu de résidence et le lieu de travail est significative. Le PIB mesure bien les prestations économiques réalisées dans les limites d’une région ou d’un pays, indépendamment de la question de savoir si ces prestations ont été réalisées par des salariés vivant ou non dans cette région ou ce pays. De ce fait, l’emploi de l’indicateur «PIB par habitant» ne pose vraiment aucun problème si tous les salariés qui sont associés à la production de ce PIB ont aussi dans le même temps leur domicile dans cette région.

Dans des centres économiques une forte proportion de navetteurs peut conduire à un PIB régional très élevé par habitant, tandis que celui affiché dans les régions environnantes est relativement faible, bien que le revenu des ménages y soit très élevé. Il ne faut donc pas confondre le PIB régional par habitant avec le revenu régional.

Le flux de navetteurs à Bruxelles peut tout autant être porté au compte de l'attractivité des 19 communes que de la capacité de la Flandre et de la Wallonie de fournir la main d'œuvre nécessaire à l'activité économique à Bruxelles… (2)

Si on poursuit la logique d’affrontement, la guerre civile froide, qui oppose les Communautés et Régions, il reste alors à trouver un avenir en dehors de la Belgique. La stratégie de l’autre Belgique, ou Belgique continuée, étant vouée à l’échec par la stratégie géopolitique qu’elle sous-tend. Tant sociologiquement qu’économiquement, les sensibilités, les besoins sont différents entre les deux régions et que si nous voulons créer toutes les conditions du renouveau de la Wallonie, nous devons maîtriser toutes les fonctions sociales, à commencer par l’enseignement et la culture. Ce qui est difficilement conciliable avec la logique communautaire qui n’est qu’une abstraction « qui se met à faire de la politique ». Enfin, il est prévisible que d’importantes difficultés financières ne manqueront pas de surgir par le partage de la dette belge. La solidarité dont se targuent les promoteurs de ce projet s’étant évanouie avec le départ de la Flandre, ce sont les facteurs de division, jusqu’ici laissés de côté, qui risquent de faire surface. La construction de ce néo-nationalisme francophone tout aussi artificiel est simplement destinée à épauler le nationalisme belge face à une nation flamande en devenir.  Passons…

 

Revenons au problème de départ. Et de « non-dit ». Un choix par rapport à quoi ?

 

Et si on le disait clairement ? Celui de la poursuite d’une Belgique sous une forme ou une autre.

 

Dans le débat d’opinions, il manque une objectivation des deux branches de la vraie alternative : « rester dans l’Etat belge ou ne pas y rester ». C’est que attachés à nos opinions, nos croyances, nous avons tendance à oublier celles des autres. Le débat ne se passe pas uniquement entre rattachistes et indépendantistes. Le panel est beaucoup plus large. Aussi remarquable qu'elle soit, une étude à l’appui de l’une ou l’autre thèse n'est qu'un argument complémentaire d'un camp contre l'autre.

Mais quel est son véritable impact sur la majorité des Wallons ?

Qu'un pourcentage infime (même éclairé) de la population prouve à un autre pourcentage infime de celle-ci que sa solution n'est pas la bonne ne fera jamais basculer une majorité de pensée. Il faut cesser ces combats fratricides. L’intérêt des Wallons et de la Wallonie est en jeu.

 

Je pense qu'il serait utile - mais je n'ai pas les compétences en la matière - de compléter les études par d'autres montrant le coût pour les Wallons de leur maintien dans la structure belge. Que celle-ci reste inchangée ou évolue encore un peu dans la voie du confédéralisme. C’est bien par là qu’il faut commencer.

 

C'est de cela que nous avons besoin. Sous l’influence des médias à la solde des partis traditionnels, les Wallons restent englués dans leur loyauté fédérale et on ne leur démontre pas suffisamment qu'ils se trouvent en compétition avec les autres composantes de la Belgique. S'ils en sont là, c'est probablement parce qu'il ne leur est pas encore apparu que ce sont leurs intérêts, leur survie économique qui sont en jeu. Tant que cette démonstration ne sera pas popularisée en termes simples et crédibles, rien ne changera.

Qui leur montrera le prix de leur maintien dans cette structure ? Qui leur montrera que leurs intérêts vitaux sont en jeu ? C'est ce qu'on peut attendre d'experts et d'intellectuels indépendants. mais le feront-ils ?

 

Ceci dit, j'aime beaucoup cette phrase du texte de Jules Gazon qui résume clairement la position que défends parce qu'elle présente d'avantage de satisfaire à la fois les rattachistes rationnels et les partisans de l’indépendance : « L’alternative passe par une union de la Wallonie à la France, mais pas n’importe laquelle. Pas celle d’une simple association qui postulerait que la Wallonie s’unisse à la France sous une forme confédérale, sans que les Wallons ne soient citoyens français, donc sans bénéficier du lien solidaire avec la France notamment pour le financement de la sécurité sociale. (...) Et pourquoi pas, un mélange des deux dans une perspective qui allie le meilleur de la République française et de l’autonomie wallonne, en étant citoyens français dans la France solidaire ».

 

 

(1) oubliant que comme le disait Fernand Schreurs, Secrétaire général du Congrès national wallon de 1948 que : « Les Wallons ne sont pas de simples francophones. Un francophone est un homme qui s’exprime en français, sans plus, ajoutant : « Ce que les Wallons ont en plus, c‘est l’intégrité française »    . Propos prémonitoires ?

 

(2) Comme l'explique à de nombreuses reprises l'historien Pierre Lebrun (Essai sur la révolution industrielle en Belgique, Bruxelles, 1979, pp. 589 et suivantes), lors de la scission des Pays-Bas en 1830, la Belgique s'est créée comme un pays profondément déséquilibré avec en Wallonie la seule richesse valable du pays, L'État belge investissant les fruits de l'exploitation de la classe ouvrière en Wallonie dans sa capitale et à Anvers. Il n'est pas besoin non plus de longues démonstrations pour montrer que Bruxelles, dès l'indépendance belge, a été placée au centre du pays et que tout a été fait du point de vue des communications routières et ferroviaires pour que le pays converge vers ce centre. Cet aménagement du territoire conçu en fonction de Bruxelles a eu comme résultat que Bruxelles pouvait être considérée comme «le centre de l'agglomération belge».  C’est cette centralisation excessive du pays dont l’économiste Michel Quévit considère qu'elle est la grande cause du déclin wallon.

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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Guido Naets 26/08/2011 14:34



"Intégrité française". Voilà ce qui me fait sourire.


DSK par exemple?



Claude Thayse 26/08/2011 15:01



Et oui, cher Monsieur, mais la langue française est délicate à maîtriser…


L’intégrité peut avoir trois acceptions :


1. l’état de quelque chose qui a toute ses parties, qui n’a subi aucune diminution, aucun retranchement : l’intégrité d’un territoire (ça
doit vous dire quelque chose…) d’une œuvre, etc..


2. l’état de quelque chose qui a conservé sans altération ses qualités, son état originel : c’est cette définition que j’utilise dans ce
billet.


3. la qualité de quelqu’un, de son comportement qui est honnête, intègre.


 


L’ »intégrité française » se rapporte à la deuxième définition, celle d’un homme à la troisième.


Mais je comprends votre confusion. J’avoue qu’en néerlandais, je pourrais faire le même type de bévues.  


Ainsi, mais je ne le ferai pas, peut-on encore parler - sans rigoler - d'intégrité flamande des communes de la périphérie bruxelloise, par
exemple ?  


Il y a du boulot pour se comprendre… Il vaut mieux se séparer...



« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
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*

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