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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 12:00

Le sujet a, à juste titre, suscité la polémique, le landerneau politique a été secoué ces dernier jours par la querelle de chiffres concernant la « rente nucléaire ». Ou plutôt par les choix idéologiques (en espérant que ce ne soit pas autre chose) cachés derrière ces chiffres.

Vous avez pu vous faire une opinion au travers des débats répercutés par la presse avant l’occultation de ceux-ci par un événement « people » britannique, reliquat d’un autre temps…

Fin de partie provisoire ?

 

Je pense qu’en créant la CREG (Commission pour Régulation de l'Électricité et du Gaz), les pouvoirs publics ont clairement manifesté leur volonté de disposer d’un outil de régulation pour le marché de l’énergie.  C’était une très bonne chose. D’ailleurs, au fil du temps, la CREG s’est affirmée et à même obtenu - il faut le signaler - des moyens supplémentaires pour mieux jouer son rôle. Avec la publication de son estimation de la rente nucléaire, elle a prouvé son indépendance face au secteur en soulignant que le caractère dangereux et pervers du quasi-monopole d’Electrabel pour les consommateurs que nous sommes. Il est donc juste et équitable d’imposer un prélèvement complémentaire sur la rente nucléaire, au-delà des 250 millions de taxes.

 

On parle de « bonne gouvernance »… Encore faut-il faire plus qu’en parler. Il y a ainsi des anomalies qu’on hésite à traiter. Je ne parlerai pas des dotations aux différents membres de la famille royale (près de 30 millions d’euros par an d’après les calculs les plus récents... Plus que le fonds mazout qui profite à 100.000 ménages), je voudrais insister sur quelque chose de moins connu.

 

Pour mémoire, c'est en 1815 que le roi Guillaume des Pays-Bas  a accordé à Arthur, duc de Wellington, le titre de prince de Waterloo, ainsi qu'une dotation de vingt mille florins-or garantie par 1.083 hectares de bois situés en Brabant wallon et en Hainaut, d'anciens domaines de l'abbaye de Nivelles «laïcisés» lors de la réunion de nos régions à la France. A une dizaine de kilomètres du champ de bataille proprement dit, ce dernier étant morcelé en propriétés privées. La dotation prend la forme juridique d'un majorat – dit curieusement... « Napoléonien » - qui s'apparente à un usufruit : l'Etat étant le « nu-propriétaire », mais le prince percevant le « fruit » du terrain.

En 1817, le duc obtient l'autorisation de faire défricher ces bois pour les transformer en terres agricoles. Les Pays-Bas s'engagent à verser une rente en échange du produit de la vente des bois. Placée, cette somme rapporte 80.106 FB d'intérêt au duc, puis 81.128 FB suite à cinq petites expropriations. La Belgique ayant repris les engagements des Pays-Bas, et la rente n'ayant jamais été indexée, cette somme a été inscrite annuellement au budget de l'État jusqu'en 1987…

Arthur Valerian Wellesley, duc de Wellington et descendant indirect du vainqueur de la bataille de Waterloo, a renoncé, par un acte intervenu en 1989, à la rente annuelle de 81.128 FB que lui versait l'État belge. En contrepartie, l’Etat belge lui cédait pour sa part vingt-cinq hectares de terres agricoles, quelque part entre Houtain-le-Mont et le parc industriel de Nivelles. Ces vingt-cinq hectares, l'État les a choisis parmi le millier d'hectares affectés à la «dotation Wellington».

 

Si le duc a certes renoncé à sa rente, il conserve donc son majorat. Les fermages lui rapportant près de 125.000 € par an…

Somme dérisoire me direz-vous ?  Voire ! Moyennant une proposition décrétale protégeant les droits des locataires, la Division du Patrimoine de la Région wallonne - par exemple - en aurait certainement l’usage.  

Le problème se situe à un autre niveau.

L'Allemagne a fini de payer les conséquences financières du traité de Versailles suite à sa défaite durant la guerre 1914-1918 le 3 octobre 2010 (*). Si on peut comprendre que la Belgique naissante, création anglaise, se soit sentie obligée de reprendre à son compte (ou plutôt à celui de ses contribuables) les engagements du roi des Hollandais, devons-nous continuer à entretenir le descendant - indirect – du vainqueur d’une bataille qui n’a été que « la date stupéfaite de la Liberté » comme l’écrivit Victor Hugo  dans « Les misérables » (**) ?

 

Qu’attendent nos dirigeants pour dénoncer cette anomalie qui dure depuis près de 200 ans ?

 

 

(*) C’est à vérifier, mais je pense qu’il n’y a pas de dette liée à la guerre de 1939-1945, tout simplement parce qu’il n’y a pas eu de traité de paix en 1945, mais seulement un armistice (qui n’est qu’un arrêt des combats, pas un arrêt de l’état de guerre…). Il y a eu des dédommagements…

 

(**) « (…) Pour nous, Waterloo n'est que la date stupéfaite de la liberté. Qu'un tel aigle sorte d'un tel œuf, c'est à coup sûr l'inattendu.

Waterloo, si l'on se place au point de vue culminant de la question, est intentionnellement une victoire contre-révolutionnaire. C'est l'Europe contre la France, c'est Pétersbourg, Berlin et Vienne contre Paris, c'est le statu quo contre l'initiative, c'est le 14 juillet 1789 attaqué a travers le 20 mars 1815, c'est le branle-bas des monarchies contre l'indomptable émeute française. Eteindre enfin ce vaste peuple en éruption depuis vingt-six ans, tel était le rêve. Solidarité des Brunswick, des Nassau, des Romanoff, des Hohenzollern, des Habsbourg, avec les Bourbons. Waterloo porte en croupe le droit divin. Il est vrai que, l'empire ayant été despotique, la royauté, par la réaction naturelle des choses, devait forcément être libérale, et qu'un ordre constitutionnel à contrecœur est sorti de Waterloo, au grand regret des vainqueurs.

 

C'est que la révolution ne peut être vraiment vaincue, et qu'étant providentielle et absolument fatale, elle reparaît toujours, avant Waterloo, dans Bonaparte jetant bas les vieux trônes, après Waterloo, dans Louis XVIII octroyant et subissant la charte. Bonaparte met un postillon sur le trône de Naples et un sergent sur le trône de Suède, employant l'inégalité à démontrer l'égalité; Louis XVIII à Saint-Ouen contresigne la déclaration des droits de l'homme. Voulez-vous vous rendre compte de ce que c'est que la révolution, appelez-la Progrès; et voulez-vous vous rendre compte de ce que c'est que le progrès, appelez-le Demain. Demain fait irrésistiblement son œuvre, et il l’a fait dès aujourd'hui. Il arrive toujours à son but, étrangement. Il emploie Wellington à faire de Foy, qui n'était qu'un soldat, un orateur. Foy tombe à Hougoumont et se relève à la tribune. Ainsi procède le progrès. Pas de mauvais outil pour cet ouvrier-là. Il ajuste à son travail divin, sans se déconcerter, l'homme qui a enjambé les Alpes, et le bon vieux malade chancelant du père Elysée. Il se sert du podagre comme du conquérant; du conquérant au dehors, du podagre au dedans. Waterloo, en coupant court à, la démolition des trônes européens par l'épée, n'a eu d'autre effet que de faire continuer le travail révolutionnaire d'un autre côté. Les sabreurs ont fini, c'est le tour des penseurs. Le siècle que Waterloo voulait arrêter a marché dessus et a poursuivi sa route. Cette victoire sinistre a été vaincue par la liberté. (...) »

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Published by Claude Thayse - dans Pour la petite histoire...
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commentaires

Herman Arthur 29/12/2014 12:02

Bien sûr, grâce à l'informatique tout se remet en route vers le progrès social; Bientôt, le RBI, le Revenu de Base Inconditionnel du parti européen, le parti VIVANT .
HARRY

Yves Pierlot 29/04/2011 12:41



Je suis juriste et reconnais que le Code Napoléon est encore la base de nos juridictions tant françaises que belges. Il est vrai que l'Empereur voyait l'unification de l'Europe mais aussi Hitler.
Faudrait-il choisir entre Charybde et Sylla? De toutes façons, rien de vaut la République. Les monarchies quelles qu'elles soient étant hériditaires, comme nos hommes plolitiques d'ailleurs,
présentent un sérieux danger. Ne fussent que Louis XVII ou l'Aiglon. Personne n'en sait rien!



« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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