Comme tout le monde, j’écoute les informations sur la « crise belge ». Pas pour
m’en réjouir parce que ce qui arrive était écrit, prévisible et, hélas pour ceux qui vont en être les victimes, souvent douloureux.
Indépendamment des conséquences (*), particulièrement
sociales, qui mériteraient plus qu’un billet rapide, je suis toujours effaré de la méconnaissance (volontaire ?) de l’Histoire affichée (je le répète :
« volontairement » ?) par les politiques et des journalistes. Ils nous persuadent que le communautaire est dérisoire. Ils se sont mis (ils nous ont mis) dans une situation telle qu'ils sont
maintenant obligés de subir ce que la Flandre décidera.
Passe encore que les médias (en langue française) diffusent
des radiotrottoirs montrant le désarroi et l’incompréhension des enjeux par la population fréquentant... le quartier de la place Sainte Catherine à Bruxelles, ils sont dans leur rôle habituel de
soumission à la police de la pensée dominante, donc d'autocensure, de conformisme appauvrisan, quand ce n'est pas de puérilité
Maurice Bologne disait que la plupart des gens qui avaient
affaire à l'histoire étaient conscients que la question communautaire était centrale dans notre histoire. A contrario, malheureusement - et il serait
intéressant d’en comprendre les ressorts psychologiques - beaucoup de ceux-là qui en sont conscients cherchent à mettre en avant, tout ce qui peut le démentir.
Heureusement, et c’est une preuve de maturité, l’opinion
wallonne (ce qui n’est pas le cas d’un parti bruxellois) n’est pas réceptive à un discours antiflamand, étant convaincue à juste titre que cela ne mène à rien et que ce n'est guère constructif.
Mais, revenons au sujet.
Tout le monde présente le vote en commission de la Chambre sur
la proposition Herman Van Rompuy de scission de BHV le 7/11/2007 comme « sans précédent » dans la mesure où une majorité flamande s'y serait imposée « "pour la première fois »
à l'encontre du pacte qui serait implicite des Belges (ne pas imposer les vues d'une majorité ethnique à une minorité « francophone »)
C’est faire peu
de cas de l’Histoire. Certes, on peut considérer que les différentes révisions de la Constitution ont changé les choses en bétonnant à plusieurs reprises des « accommodements
raisonnables », appelés facilités. On sait ce qu’il en est devenu.
En réalité, je peux rechercher les dates précises, mais ça
s’est déjà produit au Parlement à plusieurs reprises :
- déjà avant la Première Guerre mondiale lors du vote
de certaines lois linguistiques
- lors de divers incidents parlementaires en 1921
(lois linguistiques)
- en 1938, loi sur la séparation des régiments wallons et flamands à l'armée
- entre 1947 et 1950, lors du rejet de la
proposition de révision de la Constitution dans le sens fédéraliste
- en 1962, lors du vote de la frontière
linguistique (**)
Je suis certain qu’en cherchant un peu, on pourrait en trouver
d’autres…
Gandhi a dit un jour : «L'erreur ne devient pas vérité
parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit », ça reste à méditer.
(http://www.claude-thayse.net/article-19145509.html)
Je voudrais soumettre à votre réflexion
un texte écrit en mars 2010 à l’initiative des
professeurs d’Histoire de l’UCL, mais membres éminents de la Fondation Wallonne PM et JF Humblet de Louvain La Neuve : Jean Pirotte et Luc
Courtois.
Ce texte donne le
« Point de vue régionaliste wallon », une
esquisse institutionnelle sur la base de l’option régionale wallonne dans l’hypothèse du maintien de la Belgique fédérale. Certes, l’évolution rapide des événements pourrait, à première vue le
considéré comme déjà dépassé par les faits, puisqu’ils écrivent en conclusion que si « l’après-Belgique n’a pas encore commencé », il
semble bien que nous en soyons proches.
Clair, didactique, il devrait, pour sa partie historique, mais
également son analyse du présent, faire l’objet de publication par les organes de presse qui devaient faire œuvre de pédagogie au lieu de surfer sur la vague de dramatisation et d’opinion
majoritaire construite par le régime.
C’est dont je suis certain que sans une « révolution mnésique », rien ne sera possible. Il sera toujours impossible à beaucoup de reconnaître les victoires du passé et celles qui ont lieu tous les
jours. Comprendre que le fédéralisme (même si on y est entré à rebours) nous a protégé et permis d’évoluer. Que sans cet acquis, je ne sais pas quel serait l’état de la Wallonie. Et que c’est
tout sauf un échec. Je pense plutôt que c’est une étape.
La mobilisation des Wallons peut donner des résultats. C'est
bien ce que l'histoire prouve de manière éclatante, même si l'on pourrait faire beaucoup mieux.
Comme l’écrivent les professeurs Pirotte et Courtois, « un retour pur et simple à la case départ, le « paradis perdu » de la Belgique unitaire,
est irréaliste. Cette solution n’est d’ailleurs plus envisagée que par un petit nombre de nostalgiques peu au courant des évolutions réelles »
Il importe en effet de clarifier les institutions belges et de
leur donner davantage de cohérence et de clarté. « Aujourd’hui, dans cette situation instable, la seule chose certaine c’est que les Wallons (et les Bruxellois pour leur
« Région-capitale ») doivent s’organiser pour réinventer leur région, la rendre opérationnelle et cohérente, lui profiler une image dynamique et ouverte sur le
monde. »
(*) J’avoue, à ce propos, peu apprécier les propos alarmistes
et le retour du côté « donneurs de leçons » des milieux financiers et économiques, premiers coupables, par leur légèreté et leur irresponsabilité - quand ce n’est pas leur cupidité - de
la tourmente banco-économico-financière dans laquelle le monde est plongé. Déplorer aujourd’hui l’attitude des politiques qui leur ont permis de survivre (et plutôt bien !) avec l’argent de
citoyens ne me paraît pas être une attitude civique. Leurs propos alimentant le risque de désordre qui profitera à certains d’entre eux….
(**) Quelqu’un disait à la radio que lors du vote de la frontière linguistique, les populations n’ont pas été consultées. C’est vrai, surtout pour la province du Brabant
unitaire de l’époque à majorité bruxello-flamande, mais la province de Liège a bel et bien organisé un referendum dans les Fourons où la population s’est exprimée à 92 % - si mes souvenirs sont
bons – en faveur du retour à Liège. Inutile de dire que la majorité de l’époque s’st assise sur ces résultats. Là le combat n’est pas fini !
Là non lus, les « accommodements raisonnables » à la belge ont montré toutes leurs limites.
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