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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 12:00

Comme tout le monde, j’écoute les informations sur la « crise belge ». Pas pour m’en réjouir  parce que ce qui arrive était écrit, prévisible et, hélas pour ceux qui vont en être les victimes, souvent douloureux.

 

Indépendamment des conséquences (*), particulièrement sociales, qui mériteraient plus qu’un billet rapide, je suis toujours effaré de la méconnaissance (volontaire ?) de l’Histoire affichée (je le répète : « volontairement » ?) par les politiques et des journalistes. Ils nous persuadent que le communautaire est dérisoire. Ils se sont mis (ils nous ont mis) dans une situation telle qu'ils sont maintenant obligés de subir ce que la Flandre décidera. 

  

Passe encore que les médias (en langue française) diffusent des radiotrottoirs montrant le désarroi et l’incompréhension des enjeux par la population fréquentant... le quartier de la place Sainte Catherine à Bruxelles, ils sont dans leur rôle habituel de soumission à la police de la pensée dominante, donc d'autocensure, de conformisme appauvrisan, quand ce n'est pas de puérilité 

 

Maurice Bologne disait que la plupart des gens qui avaient affaire à l'histoire étaient conscients que la question communautaire était centrale dans notre histoire.  A contrario, malheureusement - et il serait intéressant d’en comprendre les ressorts psychologiques - beaucoup de ceux-là qui en sont conscients cherchent à mettre en avant, tout ce qui peut le démentir.

Heureusement, et c’est une preuve de maturité, l’opinion wallonne (ce qui n’est pas le cas d’un parti bruxellois) n’est pas réceptive à un discours antiflamand, étant convaincue à juste titre que cela ne mène à rien et que ce n'est guère constructif. Mais, revenons au sujet.

 

Tout le monde présente le vote en commission de la Chambre sur la proposition Herman Van Rompuy de scission de BHV le 7/11/2007 comme « sans précédent » dans la mesure où une majorité flamande s'y serait imposée « "pour la première fois » à l'encontre du pacte qui serait implicite des Belges (ne pas imposer les vues d'une majorité ethnique à une minorité « francophone »)

 

 C’est faire peu de cas de l’Histoire. Certes, on peut considérer que les différentes révisions de la Constitution ont changé les choses en bétonnant à plusieurs reprises des « accommodements raisonnables », appelés facilités. On sait ce qu’il en est devenu.

 

En réalité, je peux rechercher les dates précises, mais ça s’est déjà produit au Parlement à plusieurs reprises :

- déjà avant la Première Guerre mondiale lors du vote de certaines lois linguistiques

- lors de divers incidents parlementaires en 1921 (lois linguistiques)

- en 1938, loi sur  la séparation des régiments wallons et flamands à l'armée

entre 1947 et 1950, lors du rejet de la proposition de révision de la Constitution dans le sens fédéraliste

en 1962, lors du vote de la frontière linguistique (**)

Je suis certain qu’en cherchant un peu, on pourrait en trouver d’autres… 

  

Gandhi a dit un jour : «L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit », ça reste à méditer. (http://www.claude-thayse.net/article-19145509.html)

 

Je voudrais soumettre à votre réflexion un texte écrit en mars 2010 à l’initiative des professeurs d’Histoire de l’UCL, mais membres éminents de la Fondation Wallonne PM et JF Humblet  de Louvain La Neuve : Jean Pirotte et Luc Courtois.

Ce texte donne le « Point de vue régionaliste wallon », une esquisse institutionnelle sur la base de l’option régionale wallonne dans l’hypothèse du maintien de la Belgique fédérale. Certes, l’évolution rapide des événements pourrait, à première vue le considéré comme déjà dépassé par les faits, puisqu’ils écrivent en conclusion que si  « l’après-Belgique  n’a pas encore commencé », il semble bien que nous en soyons proches.

Clair, didactique, il devrait, pour sa partie historique, mais également son analyse du présent, faire l’objet de publication par les organes de presse qui devaient faire œuvre de pédagogie au lieu de surfer sur la vague de dramatisation et d’opinion majoritaire construite par le régime.

 

C’est dont je suis certain que sans une  « révolution mnésique », rien ne sera possible. Il sera toujours impossible à beaucoup de reconnaître les victoires du passé et celles qui ont lieu tous les jours. Comprendre que le fédéralisme (même si on y est entré à rebours) nous a protégé et permis d’évoluer. Que sans cet acquis, je ne sais pas quel serait l’état de la Wallonie. Et que c’est tout sauf un échec. Je pense plutôt que c’est une étape.

La mobilisation des Wallons peut donner des résultats. C'est bien ce que l'histoire prouve de manière éclatante, même si l'on pourrait faire beaucoup mieux.

Comme l’écrivent les professeurs Pirotte et  Courtois,  « un retour pur et simple à la case départ, le « paradis perdu » de la Belgique unitaire, est irréaliste. Cette solution n’est d’ailleurs plus envisagée que par un petit nombre de nostalgiques peu au courant des évolutions réelles »

 

Il importe en effet de clarifier les institutions belges et de leur donner davantage de cohérence et de clarté. « Aujourd’hui, dans cette situation instable, la seule chose certaine c’est que les Wallons (et les Bruxellois pour leur « Région-capitale ») doivent s’organiser pour réinventer leur région, la rendre opérationnelle et cohérente, lui profiler une image dynamique et ouverte sur le monde. »

 

 

(*) J’avoue, à ce propos, peu apprécier les propos alarmistes et le retour du côté « donneurs de leçons » des milieux financiers et économiques, premiers coupables, par leur légèreté et leur irresponsabilité - quand ce n’est pas leur cupidité - de la tourmente banco-économico-financière dans laquelle le monde est plongé. Déplorer aujourd’hui l’attitude des politiques qui leur ont permis de survivre (et plutôt bien !) avec l’argent de citoyens ne me paraît pas être une attitude civique. Leurs propos alimentant le risque de désordre qui profitera à certains d’entre eux….

 

(**) Quelqu’un disait à la radio que lors du vote de la frontière linguistique, les populations n’ont pas été consultées. C’est vrai, surtout pour la province du Brabant unitaire de l’époque à majorité bruxello-flamande, mais la province de Liège a bel et bien organisé un referendum dans les Fourons où la population s’est exprimée à 92 % - si mes souvenirs sont bons – en faveur du retour à Liège. Inutile de dire que la majorité de l’époque s’st assise sur ces résultats. Là le combat n’est pas fini !

Là non lus, les «  accommodements raisonnables » à la belge ont montré toutes leurs limites.

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Published by Claude Thayse - dans Actualité
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commentaires

francolatre 27/04/2010 17:08



Il m'est venu une petite réflexion après avoir entendu voici quelques jours la proposition géniale et novatrice du prof. Vercauteren (avec des spécialistes clairvoyants comme lui, on comprend
mieux où nous en sommes) qui conseillait aux Wallons d'apprendre le néerlandais. Dans mon entourage, les plus critiques à l'égard de la Flandre sont précisément des parfaits bilingues,
étant parfois nés en Flandre, y ayant habité ou ayant travaillé pour des sociétés flamandes. Ils gardent en général un très mauvais souvenir de la défransquillonisation qui a duré
jusque dans les années 60 à Gand, Anvers, mais aussi Malines, Courtrai ou Ostende. Un peu à l'image des habitants de la périphérie dont beaucoup, à commencer par les trois bourgmestres, sont
parfaits bilingues. Mais voilà, ils ne sont pas Flamands!



denis dinsart 27/04/2010 12:49



Avez-vous regardé le jt de la RTBF hier soir? Les quatre présidents des partis francophones étaient présent en même temps. Je ne peux m'empêcher de penser que la colère d'Elio et de Joëlle était
feinte. Dénoncer la stratégie électoraliste du VLD alors que tout est stratégique en politique belge et particulièrement en ce moment. Il doit y avoir une grande différence entre les propos tenus
en public et ceux tenus en privés. Il était garanti d'avance qu'aucun accord sur BHV n'émergerait suite à une négociation politique classique. Et cette obstination à nous faire croire qu'il y a
encore des flamands modérés en matière communautaire...



Claude Thayse 27/04/2010 13:28



J'ai zappé devant tant de mauvaise foi et de désinformation. Des journalistes béats , des "responsables" politiques qui racontent n'importe quoi. Il sont en campagne et on sait que les propos de
campagne, tout comme les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient.



French 27/04/2010 12:08



Bonjour à vous monsieur Thayse, je souhaiterais vous posez une petite question qui me vient à l'esprit quand je vois l'inévitable fin de la Belgique ! Quelle conséquence selon vous pourrait être
pour les pensionnés, les retraités etc ? La France accepterait elle selon vous de prendre celà en charge ? Ou serait ce plutot à la Wallonie nouveau département français de prendre celà en charge
?


Mais aussi face à certaines entreprises quelle conséquence? Voyez vous je suis français résident en Belgique travaillant pour une entreprise française. Dont le siege belge est en Flandre et
l'entrepôt situer en Wallonie dans le Hainaut.



Claude Thayse 27/04/2010 12:34



Cher Monsieur,


Tout ça dépendra évidemment de l'évolution que choisiront les (états) successeurs de l'Etat belge. Dans le cas d'une Wallonie (ou une Flandre) indépendante, le Droit international semble indiquer
que les traités antérieurs deviennent caducs. Mais, ça se discute... Et dans ce cas, chaque nopuvelle entité devrait renégocier ses relations avec le rerste du monde. (ONU, Europe, OTAN etc...)
Il va de soi que chacun devrait alors s'organiser à l'intérieur de ses nouvelles frontières.
Mais je le répète, il n'y a pas consensus en la matière. On l'a vu avec les scissions de la Tchécoslovaqueie, la réunification allemande ou encore les événements de Yougoslavie.

Toute autre serait la suite de décision de négiociation équilibrées entre la Wallonie et la France (idem pour la Flandre et la Hollande...°) où tout serait envisageable. La problématique des
pensions et des autres couvertures sociales serait évidemment au centre des discussions. Tout dépendra des modalités du "vivre ensemble" qui seront retenues par les deux populations puisque
la Constitution prévoit un double referendum sur toute modification (entrée et sortie) du territoire de la république.


Du point de vue des entreprises, pour autant que l'Etat (ou les Etats dans votre cas) ne sorte pas du jeu international et particulièrement de l'Europe qui a consacré la libre circulation des
mrchandises et des personnes, rien ne devrait changer en matière de fonctionnement des marchés. Du point de vue administratif et fiscal, ça pourrait amener des ajustements... Mais n'est ce déjà
pas le cas. L'ingéniérie de nos gouvernants étant sans limite malgré les quelques règles internationales en la matière.
Mais bien malin sera celui qui pourra vous dire comment tout cela se passera dans la réalité, en politique, tout est et reste possible.



« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

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