Ce n’est pas sans un serrement de cœur que j’invoque aujourd’hui la mémoire de
ceux dont l’histoire parle à peine.
Avant d’être contraint de s’engager dans la funeste campagne de Russie, Napoléon
avait, par un décret du 14 mars 1812, constitué des régiments d’infanterie de ligne avec des Gardes nationaux du « 1er ban », c'est-à-dire des hommes de 20 à 25 ans. Destinés
en principe, à la sécurité des départements et à la défense immédiate des frontières, le désastre russe avait amené ces régiments en renfort de ce qui restait de la Grande Armée reconstituée en
Saxe au printemps 1813. De nos jours, on pourrait dire qu’ils sont passés des forces de défense de l’intérieur aux forces d’intervention.
Parmi eux, les 147ème et
148ème de ligne firent partie du Vème corps d’armée du Général Lauriston.
Ils ne tardèrent pas à être engagés et participèrent aux opérations autour de
Breslau et aux victoires de Bautzen et de Lutzen en mai 1813. L’armistice qui suivit leur donna quelques repos. Mais le 16 août les deux régiments furent mêlés aux sanglantes affaires de
Goldberg, le 23 août de la Katzbach et du Bober les 16 et 29 août pour se retrouver à la grande bataille de Leipzig.
Assaillis par des forces très supérieures, par un temps épouvantable, aves deux
rivières à dos grossies par des pluies torrentielles qui emportaient les ponts et rendaient les cartouches inutilisables, le 147ème fut presque complètement anéanti.
« L’Historique des Corps des Troupes de l’Armée Française » nous
dit : « Acculé aux inondations du Boher, le 147ème, qui refuse de se rendre, est presque entièrement détruit ».
Régiment, pour deux (*), tiers composé de Wallons issus des départements, de
l’Ourthe (540 liégeois), de Sambre-et-Meuse (348 namurois), des Forêts (420 Ardennais), de la Dyle (ancien Brabant unitaire) (924 hommes) soit 2280
sur un effectif de 3200.
Dans notre histoire, qui rappelle le 147ème de la Grand Armée dont on
aurait pu dire de lui comme de la Vieille Garde : « le 147éme est mort mais ne s’est pas rendu » ?
ILs sont morts pour la défense des Droits de l'Homme face aux anciens régimes, pour leur Empereure et surtout pour la
France.
(*) Le complément avait été levé dans les départements hollandais et
allemands.
A noter que si grandes que furent leurs
épreuves, les armées de Napoléon étaient des armées de célibataires. Elles ne traîneront pas avec elles cette lourde angoisse qui pèsera sur les régiments de pères de familles qui composeront par
la suite les armées démocratiques.
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