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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 12:00

Ne sombrons pas dans l’émotionnel. Seul l’avenir nous dira si cette désignation sera une bonne ou une mauvaise chose pour la Wallonie. Constatons simplement qu’à l’heure actuelle, si les Wallons n’existent pas aux yeux des belges, englués que nous sommes dans cette confusion qu’est la Communauté française si mal nommée, nous n’existeront encore moins aux yeux du monde puisque tous les postes de quelque visibilité ou importance sont occupé par des Flamands, Charles Michel en charge de l’aide au développement n’ayant jamais montré le moindre tropisme pour un vague sentiment d’appartenance à la Wallonie.

 

« Qui va se reconnaître en M. Van Rompuy? »

 

On le lit dans la presse internationale, les dirigeants européens avec le froid réalisme qui les caractérise ont évidemment choisi le plus petit commun dénominateur. En contraste, refrain entonné en cœur depuis hier soir par toute la classe politique locale et le chauvinisme surréaliste qui la caractérise, « c’est – comme l’écrit l’inénarrable Béatrice Delvaux –  un grand honneur et une grande fierté ». Il faut aller chercher ailleurs le bon sens d’un Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), pour se demander qui, « en France et en Europe », allait « se reconnaître » en Herman Van Rompuy, « connu seulement en Belgique comme pourfendeur acharné des facilités linguistiques accordées aux francophones dans les communes de la banlieue bruxelloise? » Ou encore la lucidité d’un observateur de notre vie politique comme Jean Quatremer, qui défend pourtant une opinion pro-européenne tout à fait différente de ce dernier sur le Traité de Lisbonne pour écrire : « Le pire: les francophones belges se réjouissent qu'un homme qui appartient à un parti qui les humilie quotidiennement soit président du Conseil européen. A pleurer. »…

 

S’il n’y a qu’une chose à retenir, c’est bien ça.

 

Regardons froidement la situation. Si, grâce aux décisions prises par Leterme qu’il a lui-même contribué à faire partir, Van Rompuy a pu calmer un jeu qui, par ailleurs, se calmait de lui-même depuis un an, il n'a rien fait non plus pour régler le dossier le plus explosif : celui de la scission de l’arrondissement bilingue de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Son parti et lui-même en réclament ouvertement la scission. Les dirigeants européens ne sont pas des naïfs. Même l’ancienne présidente lettonne, candidate malheureuse à la fonction savait que ce choix mènera à l’absorption par la Flandre des quelques milliers d’habitants francophones des communes de la grande périphérie de la Région bilingue de Bruxelles.

 

Certes, maintenant, ce sera maintenant à un autre qu'il reviendra de trancher le dilemme.

 

La désignation de Van Rompuy ne devrait rien changer à l’agenda. Qu’il soit premier ministre ou que ce soit quelqu’un d’autre, B.H.V. reviendra sur la table et sera scindé !

 

Par les voix de Marcourt et de Moureau, le PS a clairement indiqué sa volonté d’avancer dans ce dossier. Comme le dit le communiqué du PS qui fait connaître sa volonté de travailler « avec ses partenaires de la majorité de manière constructive pour qu'une décision puisse être prise rapidement », « Nous ne pouvons aujourd'hui ajouter une crise politique à la crise économique, il y va de la stabilité du pays, et de la sérénité des citoyens ».

 

Certes, je ne suis pas dans le secret évidemment, mais il semble bien qu’on nous joue là une réédition de ce qui s’est passé avec les Fourons lors de la fixation de la frontière linguistique.

 

Souvenons-nous. La fixation de cette frontière a été votée par 130 voix contre 56 et 12 abstentions. Une majorité claire. Quand on l’analyse un peu plus loin, que voyons-nous ?

 

Les partisans se sont répartis ainsi : 91 flamands, 20 wallons et 19 bruxellois. Premier enseignement, ce vote a été acquis grâce à une majorité de Flamands et… de bruxellois puisque la majorité simple était de 99(94 si on retranche les abstentions).

 

Si on pousse plus loin, certes, tous les libéraux ont voté contre, qui n’est pas surprenant, ils étaient à l’époque dans l’opposition. Et la logique de discipline partisane lobotomisante bien connue dans notre régime particratique a fonctionné. Ils n’auraient de toute façon pas pu changer grand-chose. Plus intéressant est la répartition des voix wallonnes positives dans les deux partis « francophones » : 12 socialistes sur 35 ; 8 PSC sur 19. On a dit à l’époque que le vote positif des socialistes avait un double aspect. Une raison morale de solidarité avec la volonté d’autonomie culturelle des Flamands et un souci purement électoral d’éliminer de l’espace wallon des communes – les Fourons, par exemple – à majorité stable sociale-chrétienne. A un autre niveau que la décision qui vient d’être prise par les 27, c’est ça aussi qui se cache derrière le « réalisme politique ». Mais on ne le saura jamais… C’était en tous cas la position clairement déclarée d’Ernest Glinne, décédé il y quelque semaines.

 

 

 

Il ne m’étonnerait pas que demain, de mêmes argument soient repris pour justifier (ou stigmatiser suivant le camp) la position des socialistes qui « voudraient abandonner les bourgeois francophones de la périphérie qui votent majoritairement à droite (FDF-MR-MCC-Etc...) ». Je suis d’ailleurs persuadé que certains y pensent déjà…

 

La continuité territoriale.

 

J’imagine que d’autres, et là je pense aux partis qui ont pour vocation l’occupation du pouvoir à tous prix - oui, comme le CDH- suivront sans trop d’état d’âme. D’autres encore dont c’est la raison d’être (le FDF), se focaliseront sur des symboles comme l’exigence d’une continuité territoriale entre Bruxelles et la Wallonie, quitte à lâcher quelques communes où ils ne sont pas au pouvoir. Après tout, Bruxelles n’est pas Berlin-Ouest, isolé en territoire hostile, en pleine guerre froide. A l’issue de la discussion reviendra donc sur la table ce qui sera considéré comme une grande victoire « morale » pour les tenants de cette théorie, assez futile finalement à l’époque de la libre circulation des personnes et des marchandises, le « principe du pédoncule ». On se souvient que dans le passé – parce que ça revient régulièrement – on a envisagé de neutraliser ou d’attribuer au territoire de la Région de Bruxelles la Chaussée de Waterloo… Tant qu’à faire, je proposerais d’ajouter dans le paquet les espaces verts inhabités (ce qui devrait satisfaire Ecolo) que sont les bermes centrales des autoroutes E19 et E411...

A moins que les derniers lobbys de la Belgique unitaire ne parviennent à arracher le principe de la « circonscription électorale nationale », outil destiné clairement à nier l’existence de la Wallonie au même titre que le maintien de la Communauté française… Ce qui serait une catastrophe et une grande victoire pour la Flandre qui récupérerait ainsi une partie de l’influence néfaste que la régionalisation économique lui a fait perdre.

 

A un moment où à lieu, en France, une introspection nécessaire sur la question de l’identité nationale (et je ne suis pas certain qu’il soit bien posé et non pas instrumentalisé au service de gouvernants qui la déconstruisent pierre après pierre, mais nous verrons), il est utile de rappeler que l’identité se réalise, se concrétise au travers d’institutions (une démocratie souveraine) et de politiques (économiques, sociales, diplomatiques, linguistiques,…) qu’il faut vivifier, sur lesquelles il faut s’appuyer, au lieu de les laisser dépérir par et au nom d’un rêve de pérennité de la Belgique ou d’une européanisation, quand ce n’est pas d’une mondialisation souvent synonymes de remise en cause du principe même des Etats et donc de l’identité commune.

 

N’oublions pas que dans les années 1920, le principe de l’intégrité linguistique territoriale a été défendu par des grands Wallons comme Destrée et Bovesse contre les partisans du bilinguisme généralisé qui nous aurait fait perdre notre qualité de Français (comme on disir alors !). Ce qui a abouti à une première fixation de la frontière linguistique, même si cette dernière pouvait, à l’époque, être revue en fonction des mouvements de population. On sait ce qu’il en est devenu.

 

Si les politiques wallons se réveillent, le départ de Van Rompuy, qui est un des pires faucons flamands sous des dehors cauteleux, peut être une chance pour la Wallonie en définissant des frontières définitives entre ce qui pourrait devenir (dans un premier temps) des Etats confédérés.  C’est que comme je l’avais déjà écrit dans ce billet en janvier 2005, et confirmé plus tard par des experts comme Christian Behrendt et de Vincent de Coorebyter : « loin d’être symbolique comme on l’a prétendu, la scission de BHV entre bel et bien dans la logique d’indépendance. Celle-ci suppose la fixation de frontières d'Etat : telle est en est le sens. La dissolution de la Yougoslavie a en effet consacré en Europe le principe selon lequel les limites administratives internes acquièrent, en cas de sécession, le caractère de frontières d'Etat protégées par le droit international. Les éventuels Etats européens sont liés par ce principe qui maintiendrait les communes à facilité dans la Flandre indépendante. Les effets d'une scission seraient irréversibles. Encore faudrait-il que ces limites administratives soient établies de manière univoque et définitive. Or, tant que la scission de BHV n'est pas consommée, ce n'est pas le cas. Ses limites chevauchent et contredisent celles des régions linguistiques et des Etats fédérés de Flandre et de Bruxelles ».

 

Maintenant comme je l’ai indiqué dans un billet précédent sous forme de politique fiction, tout reste possible en cas de rupture de l'Etat belge. Tout belge de langue et de culture française a vocation à devenir Français s'il le désire, quelque soit sa localisation territoriale, son appartenance de classe, ses sentiments pour ou contre la France. L'appartenance nationale, dépasse les clivages politiques, économiques, sociaux, sentimentaux et autres. La France tiendrait évidemment compte de deux choses, le degré d'adhésion de chaque communauté, et, pour Bruxelles, des rapports de force. Verra-t-on se rallier les Bruxellois et autres francophones de la périphérie à une « protection française » sous la menace d’un encerclement territorial flamand ?

 

Il semble bien être très tard, malheureusement pour ceux qui ont fait le choix de s’y établir depuis 1963 en refusant de voir la réalité (ou plutôt en préférant croire les chimères de quelques politiciens opportunistes), la politique nécessite parfois de faire preuve de cynisme, synonyme alors de réalisme.

 

L’exemple vient de nous en être montré au plus haut niveau de l’Union européenne.

 

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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francolatre 20/11/2009 15:10


Il est exact que le PS - et on peut ajouter Ecolo - n'a rien à gagner à se battre pour les électeurs très droitiers de la périphérie. En revanche, ils pourront arracher aux Flamands des concessions
pour refinancer Bruxelles qui en a bien besoin et cela, Moureaux le sait mieux que personne.
Au fait, si on veut à tout prix un accord, pourquoi ne pas aller repêcher celui que Verhofstadt avait mitonné voilà cinq ans et qui n'a été torpillé que par le Spirit de Geert Lambert, retourné
depuis lors dans les limbes de la politique?


Claude Thayse 20/11/2009 15:30


Si mes souvenirs sont bons, les autres partis flamands trouvaient également l'accord imbuvabe. Sans compter la presse.   Spirit n'a fait que prendre l'initiative de la rupture.
J'avais participé à une émission sur RTL le dimanche midi et les autres Flamands se montraient assez soulagés... Depuis, les choses ont changé, ce sera plus difficile...


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