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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 12:15

Dans certains milieux né-unitaristes (ou néo-rattachistes, ce qui revient curieusement parfois au même), mes écrits sur ce blog sentent le souffre. Le fait que je me positionne en Wallon – ce qui est quand même mon droit – et me refuse de prendre position sur la stratégie que devrait développer l’une ou l’autre région ou pays en matière de « gouvernance interne » ou de choix institutionnel m’est régulièrement reproché.

 

Et, c’’est vrai, je n’ai pas et n’aurai pas l’impudeur de dire – et de quel droit ? – aux Bruxellois ou aux Flamands ce qu’ils doivent décider eux-mêmes et surtout pour eux-mêmes.  J’insiste sur ce « pour eux-mêmes ». J’aimerais beaucoup qu’il en soit de même de leur part en ce qui concerne la Wallonie et les Wallons.

 

La Constitution a consacré le principe de trois régions, tout en gardant le principe contestable de communautés linguistiques basé à l’origine sur des arrière-pensées flamandes, mais récupérées stratégiquement par d’autres pour en revenir à un semblant de Belgique avec comme dernière évolution un dernier avatar : la « Fédération Wallonie-bruxelles ». Changement d’emballage, mais même produit.

Amusant de constater qu’en agissant de la sorte, il y a une négation de l’existence d’une population flamande à Bruxelles et d’une population de langue allemande en Wallonie dont les spécificités culturelles (personnalisables en jargon belge) sont pourtant reconnues et protégées dans la Constitution.

 

Pour ne tenir compte que du contexte récent, l’origine des trois régions linguistiques remonte à très loin  et a été concrétisée au cours des temps (1878-1921-1932-1954) et surtout par le « compromis des belges » coulé dans les lois de 1962-63 (dites de pacification !) fixant la frontière linguistique entre les régions de langue française, néerlandaise et bilingue.

Certes, on peut regretter a posteriori que le législateur de l’époque ait agi sans véritable fil conducteur, avec une certaine méconnaissance des situations locales, tant présentes (à l’époque, je parle de 63) qu’historique (surtout dans les Fourons), mais c’est une réalité. Réalité qui a été confirmée (et somme toute peu remise en question) par la suite (1977-1988).

 

Il est intéressant de constater que depuis à l’appui, par exemple, de la revendication de l’extension de la Région de Bruxelles, il ne s’agit que très peu, ou en tout cas très récemment, de remettre en cause le principe de territorialité, mais bien de contester la façon dont certains territoires ont été fixés. Même dans la formation politique bruxelloise la plus radicale, je n’ai lu, jusqu’il y a peu, aucune revendication d’extension des droits des francophones au delà des zones litigieuses, dans les communes de la périphérie bruxelloise où une certaine francisation s’est produite après 63. Il y aurait donc les bons francophones pour qui ça vaudrait la peine de se battre et… les autres ?

Je constate que dans un cadre où les régions linguistiques (à l’exception de la région de langue allemande) avec les Régions au sens d’entités fédérées, aucune force politique francophone ne réclame de modification des frontières régionales. Il en va de même dans « l’autre camp » où aucune force politique flamande représentative (donc, hors associations romantiques ou encore en voie d’évaporation telles que Voorpost, TAK ou encore Vlaams Belang - et merci pour ça à Marie-Rose Morel (*) quand même !).

 

Le retour à un principe évolutif des frontières régionales me paraît difficilement envisageable tant cette question est devenue émotionnelle à un point tel qu’il est quasiment impossible d’en débattre sereinement. Non pas en principe de « conquête de territoires » ou de « privilèges linguistiques » à moins d’un compromis qui ne  pourrait être passé qu’entre trois forces politiques dominantes (majoritaires) dans chaque région qui pourrait corriger les régimes linguistiques et l’appartenance régionale des communes (ou parties de communes) litigieuses qui ont contesté le traitement qui leur a été réservé en (depuis ?) 1963. Renforçant ainsi le principe de territorialité, ce qui impliquerait forcément la fin définitive (ou à la rigueur extinctive) des facilités, la scission de l’arrondissement de BHV et le renforcement du principe de territorialité dans l’enseignement, la culture et les « matières personnalisable », autant dire une négociation de séparation entre Etats.  On peut toujours rêver. Si du côté flamand, l’idée progresse, ailleurs…

 

J’en reviens aux reproches « d’anti-bruxellois » qui me sont faits. Evidemment, chacun lit mes propos avec les filtres qui lui sont propres. Chacun est libre d’interpréter les choses à sa manière en fonction de son histoire personnelle, de son éducation, de sa culture pour rester dans le concret, ou de ses croyances acquises avec - forcément - la part d’irrationalité que ça comporte. Ce qui explique que si je m’inquiète évidemment des droits des habitants francophones de la périphérie bruxelloise (on ne me reproche jamais de m’inquiéter de ceux des Fourons) au même titre de ceux d’autres habitants d’autres régions – proches ou non - du monde, je réagis et je continuerai à exprimer ma plus vive méfiance à l'égard de tout projet qui impliquerait selon certains, comme Pierre-Yves Monette récemment, un élargissement de Bruxelles parfois considérable au Brabant wallon ainsi que dans d'autres communes de Wallonie. J’estime avoir le droit légitime de défendre ce territoire wallon qui fait partie de l’aire latine et française (où je suis né et où je vis) tel qu'il est fixé depuis presque un siècle.

 

Pour le reste, je soutiens les Bruxellois, comme les Flamands, dans leur droit de décider pour eux-mêmes et s’ils le souhaitent vraiment, j’aspire à ce qu'ils s'émancipent. Mais leur avenir ne regarde qu’eux-mêmes. Tout comme celui des Wallons.

 

 

(*) Lire à ce propos l’excellente analyse de Michel Henrion qui remet bien les choses en perspective : http://blogs.rtlinfo.be/sanslanguedebois/?p=877&preview=true

 

--------------

 

Des chiffres peu connus et encore plus rarement diffusés…

 

 

 

Recensement linguistique en pourcentage

1846

1954

 

Néerlandais

Français

 

 

Anderlecht

90

10

 

 

O(a)uderghem (Watermael à l’époque)

98

2

 

 

Bruxelles-Brussel

60

39

 

 

Haren

100

0

 

 

La(a)eken

79

21

 

 

Neder-Over-Hembeek

99

1

 

 

Etterbeek

97

3

 

 

Forest-Vorst

93

7

 

 

Ixelles-Elsene

54

46

 

 

Jette

87

13

 

 

Koekelberg

98

2

 

 

Molenbeek

85

15

 

 

Schaerbeek

72

28

 

 

Saint-Gilles-Sint-Gillis

83

17

 

 

Saint-Josse-Ten-Node - Sint-Josse-ten-Noode

49

51

 

 

Uccle-Ukkel

95

5

 

 

Watermael

98

2

 

 

Woluwe-Saint-Lambert-Sint-Lambrecht-W.

100

0

 

 

Woluwe--Saint-Pierre-Sint-Pieter-W.

99

1

 

 

 

Néerlandais

Français

Néerlandais

Français

Berchem-Sainte Agathe

 

 

100

0

Evere

 

 

100

0

Ganshoren

 

 

100

0

 

Néerlandais

Français

 

 

Krainem

100

0

 

 

Drogenbos

89

11

 

 

Linkebeek

100

0

 

 

Rhode-Sainte-Genèse- Sint-Genesius- R.

94

6

 

 

Wemmel

99

1

 

 

Wezembeek-Oppem

99

1

 

 

 

Mise à jour d'après : http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=DMF20110217_088

 

Johan Vande Lanotte – qui en principe sait de quoi - il parle a donné, ce matin devant un collège d'invités de l'Université de Gent, sa vision de ce que le futur local pourrait être :

« Les négociations peuvent progresser si un point final stable en ressort. »

Il imagine une « Union Belge » qui existe par 4 états fédérés: Flandre, Wallonie, Bruxelles et la communauté germanophone. Cette union respecterait aussi bien la territorialité au niveau des états fédérés que la solidarité au niveau confédéral.

Dans une telle Union, il y aurait une répartition claire des tâches aux différents niveaux, des responsabilités financières particulières et des règles claires sur la teneur des rapports entre l'Union et les états confédérés.

Les compétences régaliennes de l'Union Belge resteraient donc entre autres la défense, les affaires étrangères, la coopération au développement, l'immigration, l'asile et le financement de la sécurité sociale.

Ce qui implique un transfert et une réorganisation des compétences actuelles à rendre homogènes comme l'enseignement, le bien-être, l'environnement et la culture. Ensuite s'y ajoutent de nouvelles compétences comme la politique de l'économie et de l'emploi, la justice et les dépenses de la sécurité sociale.

 

Un beau progrès en attendant mieux, non ?

 

 

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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commentaires

pmf 17/02/2011 22:53



Il est dommage que le tableau inséré ne soit que peu lisible. On a quasi tous les chiffres de 1846  même un peu décalé (au niveau présentation) mais rien au niveau de 1954


Sans avoir toutefois les chiffres, il me semble que la majorité linguistique a beaucoup changé entre les deux dates.


Je pense que c'est assez normal. A l'époque du premier tableau et même jusqu'à la seconde date, les francophones même si minoritaires dans le pays étaient économiquement plus fort, d'où la
fameuse "tâche d'huile" tant décriée du côté flamand.


C'est en cela que je pense que la flandre se trompe de combat.


Actuellement, ni la flandre ni la francophonie ne sont les acteurs majeurs de l'économie. Il y en a même pour se plaindre que l'anglais prend le dessus et qui craignent qu'à terme, ce soit le
chinois qui deviennent le plus important.


En Belgique, il est un fait que les étrangers qui s'y établissent tendent à parler plus vite le français que le néerlandais, et non pas pour eux parce le néerlandais est difficile (il est plus
facile à apprendre que le français) mais par opportunisme.


Je suis désolée mais il faut étendre la région de Bruxelles qui va finir par être étouffée dans ses frontières. Mais c'est à elle de le demander.


Quant à la proposition sortie ce jour par Van Delanotte, elle aurait eu toutes ses chances si nous étions en période de vaches grasses mais pas actuellement en période de crise. Cela nous ferait
4 ministères de l'agriculture, 4 ministères des finances, 4 ministères de la justice etc.......... je ne suis pas certaine que même en supprimant communautés et provinces, on en arrive à un cout
moindre, je suis même certaine du contraire.


Ensuite on réginalisera l'emploi, la politique du chômage. A coup sûr, en flandre, on va limiter le chômage dans le temps, supprimer l'indexation des salaires etc......... et on verra un afflux
de flamands défavorisé accourir en région wallone ou bruxelloise.


Je pense que Van Delanotte le sait. Ce serait faire un affront à son intelligence que ne pas penser qu'il s'agit d'un coup stratégique. Car en lisant sur le site du soir les points qu'ils a
mentionné, il y manque une certaine logique et tout est assez flou. On ne donne pas un cours magistral à l'université comme ça. Enfin de ce que je me souviens.


Je pense donc qu'il s'agit d'un coup stratégique pour appuyer une forme de régionalisation, d'oublier les communautés (ce qui est le discours des socialistes des 3 communautés) et ainsi d'obliger
la NVA et son alter Ego, le CD&V d'oublier certaines revendications qui veulent faire des sous nationalités à Bruxelles.


Il n'est d'ailleurs pas le premier prof d'unif à utiliser un auditoire pour faire passer son message. En plus il se garde bien de dire les accords de coopérations que cela impliquerait : justice,
impôts, etc..........


Comme l'a dit un intervenant sur un forum (j'ai oublié lequel), la Belgique deviendrait une Europe miniature


Désolée mais si on explique cela aux belges (tant du nord, que du sud, que du centre que de l'est) je doute qu'ils aient envie de faire de leur vie, celle de rats de laboratoire afin que l'Europe
puisse se construire sur nos erreurs et nos réussites.


Si rat, je dois devenir, je quitte le navire et m'en irait vers des cieux plus accueillant. Je roulerai mon matelas et je m'en irai rejoindre les nombreux belges francophones parfaitement
intégrés dans plusieurs régions françaises.



Claude Thayse 19/02/2011 16:26



J'ai mis ce que j'avais comme chiffres. Et certes, il y a eu des modifications de répartition linguistique de la population de ces communes.


Vous aurez compris que je ne suis pas un "fanatique linguistique" mais qu'au contraire, ne me contentant pas des affirmations habitulles, je cherche à comprendre. Y compris les Flamands à qui,
comme chez nous ou à Bruxelles, on a créé des légendes. Né et habitant le Brabant wallon, j'ai vu  évoluer cet arrondisement au cours du dernier demi siècle. Dois-je vous dire que je
comprends - si je ne partage pas  toutes les outrances - le point de vue des Flamands des communes qui ont vu disparaître progressivement leur cadre de vie et leur culture ? 


Oui, j'ai déjà écrit ici que les Flamands se trompaient d'adversaires en désigant les Wallons.


Je pense également que tout ne doit pas se décider au travers de filtres de type économique, la politique, c'est autre chose. C'est de la sociologie, de la géostratégie, et des rapports de force.


C'est aussi chercher à faire passer des idées qui peuvent aider les citoyens à mieux vivre. On constate  que la structure Belgique ne marche pas très bien. C'est peu dire. Plutôt que de
recréer la même chose en plus petit, pourquoi ne pas faire preuve de bon sens. Et de repartir des entités qui existent et fonctionnent.


Nous avons déjà fait fonction de rats de laboratoire avec cet Etat belge. Apprenons et tirons-en les conséquences.


Enfin, je ne pense pas (et je n'ai jamais lu) que les socialistes soient partisans de la suppression des Communautés. A part peut-être Collignon... ert Vande Lanotte aujourdhui.



didier 17/02/2011 21:12



intéressants ces chiffres, mais... 1846?? Pourquoi faire référence à des chiffres aussi anciens, ils n'ont plus aucune pertinence. Si on va par là on devrait rattacher la Rhénanie à Rome...



Claude Thayse 19/02/2011 16:28



Simplement parce qu'il est parfois bon de replacer les choses dans leur contexte historique pour comprendre les gens de l'autre camp....



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« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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