Je l'ai déjà dit, je supporte très mal tous les intégrismes. Qu'ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ce
qui me vaut d'ailleurs la haine profonde de ceux qui sont certains de détenir "La Vérité" dans leur domaine. Je suis un sceptique, adepte du doute raisonné.
Je suis frappé par la volonté de simplification qui guide tellement de "raisonnements" (le mot ne convient pas vrament
!) ou plutôt de jugements définitifs sur la situation politique actuelle. Je constate souvent que cette simplification est gouvernée par une très grande méconnaissance dee
l'Histoire.
Pour l'instant, l'homme à abattre, c'est Bart De Wever (N-VA). On oublie que les francophones - tout en étant
demandurs de rien - ont défendu des positions qui étaient et sont encore inacceptables aux yeux des Flamands. Leur exigence d'élargir Bruxelles et de revoir le tracé de la frontière linguistique
remet en cause tout ce qui a été négocié depuis 1889, c'est-à-dire depuis le moment où on a commencéà territorialiser la réforme de l'Etat.
En 1889, la loi sur l'utilisation du flamand en matière répressive prévoit que, dans certaines communes, les Flamands
pourront utiliser leur langue en justice. A partir de cette date-là, on va dire : à Gand, à Termonde, à Courtrai, on parle le flamand. Pour la première fois, on trace la frontière linguistique.
Depuis 1889, on peut donc dire "Je vis en Flandre " ou "Je vis en Wallonie ".
La deuxième étape importante, c'est le "compromis des Belges", en 1929. Il est clair : désormais, il est
arrêté qu' on parle le néerlandais sur le territoire flamand ;on parle le français sur le territoire wallon et à Bruxelles, on est dans une logique bilingue. Formulé autrement, on arrête de
franciser la Flandre et de flamandiser la Wallonie.
Ensuite, en 1962 et 1963 on a fixé la frontière linguistique. A part des points litigieux, comme les Fourons, le
tracé de cette frontière relevait d'un accord entre Flamands et Wallons. En le remettant en cause, les partis francophones ont fait le jeu de la N-VA. Le couloir de
Rhode-Saint-Genèse avait déjàété proposé dans les années 1970 par André Lagasse, l'un des fondateurs du FDF décédé récemment (**). Défendue au départ par une fraction du FD, elle a été, jusqu'aux
denières élections, brandie par les quatre partis francophones e"ssentiellement pour des raisons électorales. Il est évident, quand on prend un peu de recul que cette
proposition sape les fondements selon lesquels les quatre régions linguistiques - Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone - doivent se respecter et ne pas chercher à déplacer
les frontières à leur avantage. C'est une remise en cause de l'acquis fédéraliste, construit patiemment et difficilement depuis la fin de xixe siècle. (***)
Soyons réalistes. En agissant ainsi, les francophones envoient en réalité le message qu' il faut unir la
Wallonie et Bruxelles, comme ça, on sera deux contre un, et la Flandre sera perdante. Comment s'étonner ensuite des exigences flamandes ?
Elle est bien loin l'époque où le nationalisme flamand était incarné par la Volksunie et où certains partis
wallons (le Rassemblement wallon en particulier) discutaient avec ses représentants, ce qui a permis aux esprits d'évoluer et de préparer les réformes qui ont suivi. Cette tradition du dialogue
s'est perdue. Les Wallons ont perdu leur originalité dans l'amalgame francophone. Di Rupo ne connaissait pas De Wever.
C'est un constat.
J'y pensais en écoutant ce matin Hendrik Vuye, constitutionnaliste, professeur aux FUNDP (Namur), mais
aussi l'expert consulté par la N-VA pour les matières institutionnelles. Relisez-l'interview
ici
(*)A l'époque, il existait cette crainte que les ouvriers flamands, de plus en plus nombreux en Wallonie, finissent par
y imposer leur langue. Les nouveaux arrivés hissaient des drapeaux flamands dans des communes sidérurgiques ou minières. Ils venaient avec leur curé, organisaient des messes en flamand. De
plus, la loi sur l'enseignement autorisait l'ouverture d'une école en néerlandais partout où un certain nombre de pères de famille le demandaient. Vous pouviez avoir des écoles flamandes à La
Louvière ou à Seraing... Les lois linguistiques des années 1930 vont y mettre fin, et consacrer le principe de territorialité linguistique. Mais c'est bien oublié aujourd'hui.
(**) On se souviendra que François Perin (constitutionnaliste) s'en était gaussé en parlant de " pédoncule
."
(***) Mais peut-être est-ce voulu... J'avoue avoir peine à croire à un tel machiavélisme...
euh ... sauf que la loi de 1929 prévoyait un recensement tous les dix ans, des facilités pour toute minorité de 30% ou plus, et mentionnait explicitement la possibilité pour une commune de "changer de camp" si la majorité de la population changeait de côté...
Ce n'est qu'en 1963 (après un boycott flamand illégal du recensement... depuis 1947) qu'on a cliché "définitivement" la frontière linguistique. Et encore, on l'a assortie d'exceptions: les communes à facilité, désormais dénombrées et limitées. Rappelons aussi qu'une majorité de députés "wallons" de l'époque ont voté contre cette loi.
On peut donc dire que ces communes, en tout cas si on remet en cause leur régime de facilités (comme c'est le cas...), sont des communes "disputées" et que leur appartenance régionale doit encore être tranchée...
Ce ne sont pas les francophones qui "provoquent la Flandre" en remettant en cause la frontière lingustique, mais bien les Flamands qui vident l'accord de 1963 de sa substance en limitant l'usage des facilités sur leur territoire.
Or, si on remet en cause une seule pièce du puzzle (ex. les facilités), cela revient à faire s'effondrer le château de cartes tout entier... (donc la frontière linguistique elle-même). Vu ainsi la demande d'élargir Bruxelles est totalement justifiée et justifiable.
PS: pour répondre à Perin que l'on a connu moins arrogant ... le pédoncule c'est bel et bien une connerie...par contre permettre à des communes dont la population le demande de changer d'appartenance régionale... ça c'est intelligent (même si difficillement négociable, c'est évident)
Bonjour,
Vous parlez de Fourons comme point de désaccord, comme si les 10aines de milliers de francophones de la périphérie, placés du jour au lendemain dans ce que vous appelez le territoire de langue flamande, n'étaient rien.
La démocratie et le droit des minorités, la politique coloniale de la Flandre à Bruxelles (il n'y a pas d'autre mots: privilèges pour les citoyens flamands: 1voix fl.=4 voix fr, 30-50% des emplois dans l'administration, ingérence directe sur le territoire Bruxellois via la "communauté" fusionnée avec la région, installation de colons: de dansaert-vlaming, etc), le droit d'un million d'individus à ne pas devoir choisir leur sous-nationalité dans le régime d'appartheid qui se met en place (il existe déjà partiellement), tout cela vous n'en avez cure.Au lieu de soutenir les régionaliste bruxellois, vous les abandonnez!
Pour vous, clairement, la demande des citoyens des communes autour de Bruxelles de corriger une erreur historique est moins légitime que les prétentions d'une région d'annexer l'autre contre l"avis de ses habitants (tant qu'il n'y a pas de remise en cause formelle des frontières tout va bien).
Pour vous remettre en cause, à la demande des habitants, une frontière administrative (tracée dans l'opacité des négociations entre quelques hommes politiques et, progressivement, sans jamais dire son nom, transformée en frontiière d'Etat) est équivalent à une basse manoeuvre électorale.
Pour vous, il est anormal de considérer que le compromis belge est la frontière linguistique (et ses lois imposant à 85% des bruxellois une langue qui n'est pas la leur) ET BHV ET l'Etat Fédéral, que si ont veut vider l'Etat fédéral de sa substance, alors, il y a aussi moins de raisons de maintenir les privilèges flamands à Bruxelles et autour de celle-ci sous prétexte que cette dernière est la capitale du pays (que l'ont veut démanteler d'autre part).
Selon vous, la Flandre peut décider de ce qui fait partie du compromis ou pas, à son seul avantage, pratiquant toujours 2 poids 2 mesures: droit du sol en Flandre, "droit" des gens (appartheid plutôt) à Bruxelles; homogénéité (discriminations) en Flandre, multiculturalisme (qui permet de nier sa réalité francophone) à Bruxelles, frontière linguistique intangible, mais annexion (fût-ce en cogestion 60/40) d'une autre région, etc,
Vous avez tout à fait raison: la Flandre n'est pas la seule responsable de la marginalisation de la Wallonie et de la paupérisation des Bruxellois! Les régionaliste wallons l'ont toujours soutenue,
Mes salutations ecoeurées.
Un de ces bruxellois qui paie tous les jours les avancées de l'autonomie wallonne
Cher « Guy de Bruxelles »,
Si vous me lisez bien, vous verrez que j’appelle de tous mes vœux les régionalistes de Bruxelles à se manifester et à s’unir pour défendre leur Région, leur réalité.
Je plaide par ailleurs (si vous m’avez lu) pour que Bruxelles soit une Région (avec une majuscule comme dans Etat) à part entière, libre et égale en droits aux autres. Cette Région a ses spécificités, sa richesse, sa structure démographie et, comme démocrate, j’estime qu’il fut respecter tous les habitants au même titre que tous ses citoyens. Il faut tenir compte de la spécificité de la population.
Ce n’est pas parce que – en Wallon – je ne mets pas l’accent sur Bruxelles dans un billet que je lui dénierait le droit d’exister. En toute autonomie évidemment par rapport aux autres.
Mais j’estime que c’est d’abord aux Bruxellois à sortir de leur confort de victimes pour se prendre en main.
Toute approche de règlement de situations politique par le biais du communautarisme (ici linguistique, mais il y en a d’autre) a échoué. Il en va maintenant de la Belgique comme il en irait demain d’une hypothétique « Wallonie-Bruxelles » ou encore comme il en a été de l’Autriche-Hongrie.
Sortez de vos émotions. Et considérez l’Histoire, mais pas seulement la nôtre.
Sans période de violence (guerre, révolution, etc..) on ne revient que très rarement sur des traités ou des accords. Même s’ils paraissaient injustes et obtenus de manière peu démocratique avec le recul et le regard actuel.
Enfin, la recherche de l’autonomie wallonne a toujours été une démarche défensive. Relisez Quévit ! Lisez les écrits de Maurice Bologne, de François Bovesse ou de François Perin.
Et ne me faite pas dire ce que vous souhaitez entendre… ou non !
Bonjour,
Merci pour ces précisions.
Je suis heureux de lire que vous soutenez les régionalistes bruxellois. Vous avez tout à fait raison en pointant que nous ne pouvons éternellement nous poser en victimes. C'est le cas pour les francophones en général (demandeurs de rien), mais encore plus de bruxellois dont le silence est assourdissant. L'apparition de partis comme Pro-Bruxsel est sans-doute un pas dans la bonne direction, même si je ne me reconnais pas dans leur approche chèvre-choux renvoyant dos-à-dos la Wallonie qui nous respecte en tant que région et la Flandre qui nous nie et y mêne une politique "coloniale".
Concernant le cas de la périphérie bruxelloise, mon indignation venait de ce que, d'un côté vous citiez les Fourons comme point de conflit (j'ai interprété cela comme, au moins, une non-condamnation des revendications de retour à Liège), mais de l'autre reprochiez aux partis francophones d'avoir mis sur la table la question des communes à facilité autour de bruxelles.
J'avoue ne toujours pas vous suivre dans la distinction que vous faites entre la périphérie bruxelloise et les autres revendications. La Flandre peut remettre en cause ce que le francophones ont obtenu au cours de l'histoire (y compris l'existence d'autres régions - qu'elle "annexerait", en plus, contre la volonté des populations-, y compris les droits fondamentaux de la minorité francophone en Flandre à l'heure ou vous parlez de démocratie moderne). Mais, les bruxellois et les wallons, eux, ne doivent pas remettre en cause la frontière obtenue par la Flandre en 1963 (de façon clairement très avantageuse, la toute grande majorité des "victimes" est bruxelloise et wallone).
Contrairement à vous, je ne considère pas qu'il y a continuité entre les années 30 et 60. Il y a, au contraire, inversion: les flamands, avec le soutient sans-doute de certains régionalistes wallons, ont obtenu de passer d'un régime ou les populations choisissaient leur langue (fût-ce par commune - donc "territoire"- et à l'exception de Bruxelles d'office bilingue) à un régime ou le territoire contraint la langue. Ce qu'il me semble indispensable de garder en mémoire, c'est justement l'histoire de ce basculement et les limites qui y ont été associées (BHV, facilités, etc).
La position, me semble-t-il tout à fait justifiée, des partis francophones est de considérer que la remise en question des limités imposées au principe d'homogénéité linguistique remet en cause la frontière linguistique elle-même.
Nous verrons ce que feront les négociateurs qui représentent (si on compte les élus) les deux tiers des "francophones". La politique impose de faire przeuve de réalisme et parfois même de cruauté. Hélas.
Nous ne sommes pas seuls. Il faut tenir compte des rpports de force et adapter les revendications, quite à revenir plus tard quand les rapports auront chngé... Mais l'Histoire a sa logique. Ne soyons pas trop émotifs. J'ai d'excellents amis qui habitent dans les communes incriminées. Et je ne connais que trop leurs angoisses.