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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:13

La guerre froide de tranchée que se livrent la Wallonie et la Flandre depuis les années ’30 est évidemment loin d’être terminée. Le « gaz de combat » ou plutôt « l’agent biologique » le plus toxique s’appelle – j’en ai souvent parlé ici même « Communautés ». Tout serait effectivement plus simple si on parlait en termes de territoires.

Dans le texte fondateur de Jules Destrée : «la célèbre « Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre » sur laquelle j’aurai bientôt l’occasion de revenir, s’il se revendique internationaliste, en tant que socialiste (ce qui est bien dans l’esprit de l’époque), il considère que s’il y a internationalisme, cela suppose l’existence de nations, Destrée conclut ainsi : « Une Belgique faite de l’union de deux peuples indépendants et libres, accordés précisément à cause de cette indépendance réciproque, ne serait-elle pas un Etat infiniment plus robuste qu’une Belgique dont une moitié se croirait opprimée par l’autre moitié? » J’aime bien qu’il précise comme s’il avait eu une vision prémonitoire des cent ans qui viennent de s’écouler n’avoir: « pour la solution de cet inquiétant problème, qu’un espoir limité dans notre monde politique »…

 

Quoiqu’il en soit, si la situation économique a changé, le contexte politique, lui a évolué très (trop !) lentement. Mais les choses bougent et je ne me range pas dans le camp des pessimistes qui augurent d’un avenir sombre pour la Wallonie. Celle-ci se débarrasse progressivement des virus de pensée qui ont été implantés au cours des 60 dernières années par des médias qui ont repris sans vérification des propos alarmistes et défaitistes quand ils n’étaient pas inventés de toute pièce pour servir la propagande flamande ou belgiciste. Leur objectif ? : « Tout faire pour nier l’existence de la Wallonie, ce vague « sud du pays »…

 

J’ai parlé précédemment de la fable qui veut que les Wallons auraient refusé le bilinguisme dans les années ’30… Il y en a un autre encore plus grand. Celui, fondateur du nationalisme flamand : « les Wallons ont dominé la Belgique depuis sa création et opprimé les Flamands »…

Or c’est évidemment absolument faux. Voici, depuis la montée en force du Mouvement flamand, la répartition de l’origine (« pré »- régionales) des ministres jusqu’au moment de la publication de la « Lettre au roi » /

Ministères et périodes

Flamands

Bruxellois

Wallons

A. Beernaert : 26 octobre 1884/ 17 mars 1894

60%

14 %

26 %

J.de Burlet  : 26 mars/1894/25 juin 1896

75 %

9 %

16 %

P.de Smet de Naeye : 26 juin 1896/ 23 janvier 1899

87 %

-

13 %

J.Vanden Peereboom : 24 janvier 1899/ 31 juillet 1899

84%

-

16 %

P. de Smet de Naeyer : 5 août 1899/ 12 avril 1907

76 %

-

24 %

J. de Trooz : 1er mai 1907/ 31 décembre 1907

67 %

11 %

22 %

F.Schollaert : 9 janvier 1908/ 8 juin 1911

57%

22 %

21 %

Ch. de Broqueville : 18 juin 1911/ 4 août 1914

42%

22 %

36 %

Les Wallons y ont toujours été minoritaires. Il est difficile de préciser les préférences des ministres bruxellois, mais on peut supposer que, même si le système électoral n’était pas universel, ils devaient privilégier les intérêts de leur communauté (pour utiliser un terme moderne) or, celle –ci était majoritairement flamande comme le montre les résultats du recensement de 1848 :

Bruxelles et sa périphérie (ancien B-HV avec facilités)

Nl – Fr.

Anderlecht

90% - 10%

Auderghem (Ouderghem)

Wat.-Boitsf.

Bruxelles (Brussel)

60% - 39%

Haren

100% - 0%

Laeken (Laken)

79% - 21%

Neder-over-Heembeek

99% - 1%

Etterbeek

97% - 3%

Forest (Vorst)

93% - 7%

Ixelles (Elsene)

54% - 46%

Jette

87% - 13%

Koekelberg

98% - 2%

Molenbeek-Saint-Jean (Sint-Jans-Molenbeek)

85% - 15%

Schaerbeek

72% - 28%

Saint-Gilles (Sint-Gillis)

83% - 17%

Saint-Josse-ten-Noode (Sint-Joost-ten-Noode)

49% - 51%

Uccle (Ukkel)

95% - 5%

Watermael-Boitsfort (Watermaal-Bosvoorde)

98% - 2%

Woluwe-Saint-Lambert (Sint-Lambrechts-Woluwe)

100% - 0%

Woluwe-Saint-Pierre (Sint-Pieters-Woluwe)

99% - 1%

Berchem-Sainte-Agathe (Sint-Agatha-Berchem)

100% - 0%

Evere

100% - 0%

Ganshoren

100% - 0%

Woluwe-Saint-Étienne (Sint-Stevens Woluwe)

99% - 1%

Kraainem

100% - 0%

Drogenbos

89% - 11%

Linkebeek

100% - 0%

Rhode-Saint-Genèse (Sint-Genesius-Rode)

94% - 6%

Wemmel

99% - 1%

Wezembeek-Oppem

99% - 1%

 

Difficile de croire que les ministres bruxellois aient été tellement altruistes qu’ils en auraient oublié leurs intérêts…  Citons Destrée à ce propos, il les a bien connus : « « Une seconde espèce de Belges s’est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante. Elle semble avoir additionné les défauts des deux races (terme utilisé à l’époque pour « communautés » et n’ayant pas le côté péjoratif actuel), en perdant leurs qualités. Elle a pour moyen d’expression, un jargon innommable dont les familles Beulemans et Kakebroek ont popularisé la drôlerie imprévue. Elle est ignorante et sceptique. Elle a pour idéal un confortable médiocre. Elle ne croit à rien, est incapable de générosité ou d’enthousiasme, soupçonne toujours chez autrui le mobile bas et intéressé, abaisse par la « zwanze » toute idée qui la dépasse. Certains laudateurs de cette platitude en ont voulu faire une vertu: le « middelmatisme », mot aussi laid que l’état d’esprit signifié. Le patriotisme de ces middelmates est nul, ils accepteraient bénévolement toute domination qui ne dérangeait point leurs aises coutumières. Cette population de la capitale, dont quelques échantillons épars existent en province, n’est point un peuple: c’est un agglomérat de métis ». Hélas, depuis, depuis leur position centrale ils ont pris  le contrôle des puissants moyens de propagande que sont la radio et la télévision d’abord, de la presse écrite ensuite, le «middelmatisme », s’est largement répandu chez nous également et n’est plus seulement circonscrit à Bruxelles…

 

Michel Quévit a donc raison de faire remonter les causes du déclin wallon aux premières années de l’existence de la Belgique.  Mais je vous ai déjà entretenu de tout ça !

La raison de ce billet tient à la publication, fin juin, dans « Le Vif » d’une interview de Bart De Wever qui fait une comparaison entre l’Allemagne et la Flandre à propos de la dette grecque…

Il y dit, en substance : « Les pays en difficulté et du sud ont besoin d’une transfusion », pour lui, en échange de cette « transfusion », ces pays et régions doivent faire des efforts, « ils doivent accepter des réformes et continuer leurs mesures d’économies » Pour le leader flamand, il existe ainsi, en Europe, une ligne qui sépare le sud du nord. « Et malheureusement, cette ligne passe par la Belgique »”. Surtout, il ajoute que pour lui, l’Allemagne, comme la Flandre « doit payer et n’a pas voix au chapitre ». « "L'idée que l'Europe devient un peu un modèle belge en plus grand prend de l'ampleur. Personne ne peut reprocher aux Allemands de ne pas avoir envie de devenir les Flamands de l'Europe ».

Je trouve la comparaison assez malheureuse, mais significative d’un certain esprit… dont De Wever ne se fait que le porte parole.

Commençons par l’Allemagne…

Nous sommes en 1941. Le 6 avril, la Wehrmacht envahit la Grèce. Elle y restera jusqu'en 1944. Dans son ouvrage « Dans la Grèce d'Hitler », l'historien Mark Mazower estime que la Grèce est le pays qui a le plus souffert du joug nazi – derrière la Russie et la Pologne – et qu'elle a subi un « pillage systématique de ses ressource ». En 1941, les nazis imposeront en outre à la Banque centrale grecque, comme ils l'ont fait dans d'autres pays, un prêt de 476 millions de reichsmarks au titre des contributions à l'effort de guerre.

 

Cet « emprunt » ne sera évidemment jamais remboursé, pour la simple raison qu'il ne figure pas dans l'accord de Londres de 1953 qui fixe le montant des dettes extérieures contractées par l'Allemagne entre 1919 et 1945. Afin de ne pas répéter les erreurs du traité de Versailles et de ménager ce nouvel allié de l'Ouest face à la menace communiste, les Etats-Unis consentent à réduire la dette de l'Allemagne de moitié. Les victimes de l'Occupation sont priées d'oublier leurs demandes de réparation. L'objectif stratégique des alliés est d'édifier une Allemagne forte et sereine, plutôt que ruinée par les dettes et humiliée.

 

Washington obtient surtout des pays bénéficiaires du plan Marshall qu'ils renoncent à exiger immédiatement leur dû, repoussant d'éventuelles réparations à une réunification de l'Allemagne dans le cadre d'un « traité de paix ». « A partir de là, l'Allemagne s'est portée comme un charme pendant que le reste de l'Europe se saignait aux quatre veines pour panser les plaies laissées par la guerre et l'occupation allemande », a résumé l'historien de l'économie allemand Albrecht Ritschl, professeur à la London School of Economics, dans un entretien à Der Spiegel (vous trouverez une version française dans le Courrier international).

 

Ce sursis permettra à la RFA de connaître un véritable « miracle économique », le fameux Wirtschaftswunder pendant quatre décennies. Et au moment de passer à la caisse, Bonn s'arrangera pour ne pas honorer ses engagements. Le chancelier Helmut Kohl obtient en effet que le traité de Moscou de 1990 entérinant la réunification ne porte pas la mention « traité de paix », une des conditions figurant dans l'accord de 1953 pour d'éventuels remboursements. « C'était un moyen de continuer à fuir les réparations », souligne le Süddeutsche Zeitung (article traduit en français). En approuvant ce traité, la Grèce a perdu, aux yeux de Berlin, toute légitimité à réclamer des réparations. « Dans la pratique, l'accord de Londres de 1953 libéra les Allemands de leur obligation de rembourser leurs dettes de guerre ».

 

Si on suit bien, l'actuel champion économique de la zone euro a fait trois fois défaut au cours du XXe siècle : dans les années 1930, en 1953 et en 1990, L'Allemagne n'a pas réglé ses réparations après 1990 - à l'exception des indemnités versées aux travailleurs forcé (et encore, ils ont pourtant essayé récemment encore…). Les crédits prélevés de force dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre mondiale et les frais liés à l'Occupation n'ont pas non plus été remboursés. A la Grèce non plus. Or personne en Grèce n'a oublié que la République fédérale devait sa bonne forme économique aux faveurs consenties par d'autres nations.

Le parallèle est facile à faire avec la Wallonie. Quévit avait parlé de « pillage économique de type colonial », pour parler des transferts économiques de Wallonie vers la Flandre et Bruxelles. Sans parler du détournement des milliards fonds européens usurpés, les Wallons, comme les Flamands ne devraient pas oublier que la bonne forme économique de la Flandre vient du transfert (de la captation ne pourrait-on pas parler d’occupation par la Belgique) sous couvert de « solidarité nationale » de notre richesse et du fruit de leur labeur.

 

De Wever a raison, la Flandre et l’Allemagne partagent évidemment la même mauvaise foi quand il s’agit de rembourser ses dettes.

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Published by Claude Thayse - dans Actualité
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