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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 12:45

L’éditorial d’Olivier Mouton dans « Le Soir » de ce mercredi : « Freud, au secours, la belgique n'existe plus... » (Notez l’amusante absence (voulue?) de majuscule à « belgique», ou alors... l’inconscient ?) se termine sur une conclusion intéressante mais incomplète venant après les habituelles récriminations sur les « mauvais Flamands qui « communautarisent » tout et sont évidemment les seuls coupables d’arrières pensées.

« …la Belgique n'existe déjà plus dans l'esprit de certains » écrit-il en effet, après avoir tempéré sa réflexion que si  « ... la séparation du pays n'est plus un tabou. C'est même devenu pour certains une forme de souhait non formulé », heureusement (ouf !)  « cela reste une aventure que la majorité de la population rejette ».

 

Que dire de plus ? Si Mouton parle d’un mystérieux « peuple belge », la suite de son article tend à démontrer qu’il n’en existe pas. Pas plus que de  belge nation, mot devenu sulfureux dans le monde du politiquement correct d’ailleurs.

 

C’est qu’une nation n’existe que dans la mesure où les personnes qui la composent se reconnaissent une identité nationale commune. On en est loin ici.

Historiquement, la volonté des personnes de vivre ensemble n’a jamais guère existé, mais à longueur de temps, l’habitude de vivre ensemble sous une même autorité finit par engendrer un tel sentiment collectif. L’identité nationale (Ciel ! Qu’est-ce que j’écris là, moi ?) dans l’esprit de chacun n’est pas contestée.  Ensuite, la loi d’inertie est la plus forte ; l’acceptation du fait accompli de génération en génération se confond avec une volonté collective qui entérine plus qu’elle ne crée. On pourrait dire que l'Etat  crée la nation plus que la nation ne crée l'Etat...

Depuis l’usage du suffrage universel, l’Etat par son administration, les détenteurs du pouvoir politique (leurs attitudes et discours) sous-tendent l’existence d’une nation comme une évidence. Les médias et l’appareil scolaire, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, tous deux dans la (discrète ou claire) dépendance directe de l’Etat sont les instruments contemporains les plus puissants pour assurer la pérennité du sentiment national. L’enseignement est là pour fortifier le sentiment de fidélité des citoyens à l’Etat, en modelant leur esprit à un âge où il est relativement aisé d’imprimer un moule dans les jeunes mémoires. Les médias apportant les nombreuses piqures de rappel nécessaires au mainien des certitudes acquises. Détourner les faits du passé pour imposer ses convictions sous couvert d'une autorité scientifique, c'est du détournement moral. C'est inoculer un « psychovirus ».  

 

Et patatras ! Le problème, c’est que les médias et l’enseignement ont évolué différemment en Flandre et dans la structure floue ce qu’il est convenu d’appeler la « Communauté française de Belgique » complétée (pour accentuer le flou) par l’expression « Wallonie-Bruxelles ».

Pour les Flamands, leurs médias et leur enseignement, la nation, ou ce qui en tient lieu provisoirement s’arrête à la frontière linguistique. La carte de la « Flanders house » en fait foi. Involontairement ou non, peu importe. La notion ancienne qui faisait la « nation belge » y a progressivement disparu.

Pour nous, Wallons (mais surtout pour les Bruxellois usagers de la langue française), par l’existence de cette reconstruction siamoise (deux têtes et deux corps accolés) la construction mentale qui sert de nation est restée figée à « l’ancienne Belgique », cette fiction, ce mirage disait François Perin, inventée par Godefroid Kurth et Henry Pirenne. Fiction qui reste, malgré les tentatives de réformes, la base de tout l’enseignement de l’Histoire dans les écoles de la dite « Communauté française ». C'en est à un point tel que certains considèrent encore le Congo comme une colonie...

 

L’histoire passée n’est pas innocente pour comprendre le présent, même lorsque les peuples l’ont oubliée ou n’y prêtent pas attention. L’attitude des Flamands est inintelligible si on ne relit pas le passé. Il en va de même pour ce que d’aucuns appellent l’inertie et la passivité wallonne qui n’est que le résultat d’un conditionnement ou encore, plus subtilement d’une forme auto manipulation collective dirigée…

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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commentaires

Alex Remacle 30/12/2009 14:54



A lire sur le même sujet :

http://www.larevuetoudi.org/fr/story/critique-un-autre-pays-i-marnix-beyen-philippe-destatte



Claude Thayse 31/12/2009 08:04


Oui bien sûr, comme d'habitude, intéressant.


francolatre 26/12/2009 16:09


Le mirage de l'homme provindentiel est hélas un travers partagé par bien des Français, depuis de Gaulle jusqu'à Sarkozy, vestige probablement d'un long passé de monarchie absolue ou l'on attendait
du père de la Nation qu'il pourvoye au bien-être de ses sujets. Dans les pays germaniques, en revanche, marqués par le protestantisme, le pouvoir émane du peuple et s'incarne à travers un
chef pour le meilleur et pour le pire.


francolatre 23/12/2009 19:05


Je regardais hier Leterme, invité d'Al Dente, l'émission de Be-TV. Lui aussi semble piqué par le virus de la réfédéralisation qui séduisait Verhofstadt. Son idée est à présent de
rebelgiciser le commerce extérieur.
Pour le reste, il est frappant de voir comme cet homme demeure populaire en Flandre malgré le portrait peu flatteur qu'en dresse la presse francophone depuis deux ans où il est traité à peine
mieux qu'un Bush ou un Berlusconi!
Symbole du fossé entre les deux communautés, la Flandre aime ces bonshommes un peu ternes et sans manières mais proches du peuple, style Dehaene, Martens ou Leterme alors que la Wallonie semble
préférer la finesse ou l'intelligence (supposées!) d'un Spitaels ou d'un Di Rupo.
Cela ne facilite déjà pas le dialogue au départ.


Claude Thayse 24/12/2009 07:57


Deux mondes décidément très différents.
Ce qui m'inquiète, c'est cette espérance de l'arrivée d'un homme providentiel en Wallonie...


« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

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