L’éditorial d’Olivier Mouton dans « Le Soir » de ce mercredi :
« Freud, au secours, la belgique n'existe plus... » (Notez l’amusante absence (voulue?) de majuscule à « belgique», ou alors... l’inconscient ?) se termine sur une conclusion intéressante mais
incomplète venant après les habituelles récriminations sur les « mauvais Flamands qui « communautarisent » tout et sont évidemment les seuls coupables d’arrières
pensées.
« …la Belgique
n'existe déjà plus dans l'esprit de certains » écrit-il en effet, après avoir tempéré sa réflexion que si « ... la séparation du pays n'est plus un tabou. C'est même devenu pour
certains une forme de souhait non formulé », heureusement (ouf !) « cela reste une aventure que la majorité de la population rejette ».
Que dire de
plus ? Si Mouton parle d’un mystérieux « peuple belge », la suite de son article tend à démontrer qu’il n’en existe pas. Pas plus que de belge nation, mot devenu sulfureux
dans le monde du politiquement correct d’ailleurs.
C’est qu’une nation
n’existe que dans la mesure où les personnes qui la composent se reconnaissent une identité nationale commune. On en est loin ici.
Historiquement, la
volonté des personnes de vivre ensemble n’a jamais guère existé, mais à longueur de temps, l’habitude de vivre ensemble sous une même autorité finit par engendrer un tel sentiment collectif.
L’identité nationale (Ciel ! Qu’est-ce que j’écris là, moi ?) dans l’esprit de chacun n’est pas contestée. Ensuite, la loi d’inertie est la plus forte ;
l’acceptation du fait accompli de génération en génération se confond avec une volonté collective qui entérine plus qu’elle ne crée. On pourrait dire que l'Etat crée la nation plus que la nation ne crée
l'Etat...
Depuis l’usage du
suffrage universel, l’Etat par son administration, les détenteurs du pouvoir politique (leurs attitudes et discours) sous-tendent l’existence d’une nation comme une évidence. Les médias et
l’appareil scolaire, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, tous deux dans la (discrète ou claire) dépendance directe de l’Etat sont les instruments contemporains les plus puissants pour assurer
la pérennité du sentiment national. L’enseignement est là pour fortifier le sentiment de fidélité des citoyens à l’Etat, en modelant leur esprit à un âge où il est relativement aisé d’imprimer un
moule dans les jeunes mémoires. Les médias apportant les nombreuses piqures de rappel nécessaires au mainien des certitudes acquises. Détourner les faits du passé pour imposer ses convictions
sous couvert d'une autorité scientifique, c'est du détournement moral. C'est inoculer un « psychovirus ».
Et patatras !
Le problème, c’est que les médias et l’enseignement ont évolué différemment en Flandre et dans la structure floue ce qu’il est convenu d’appeler la « Communauté française de
Belgique » complétée (pour accentuer le flou) par l’expression « Wallonie-Bruxelles ».
Pour les Flamands,
leurs médias et leur enseignement, la nation, ou ce qui en tient lieu provisoirement s’arrête à la frontière linguistique. La carte de la « Flanders house » en fait foi.
Involontairement ou non, peu importe. La notion ancienne qui faisait la « nation belge » y a progressivement disparu.
Pour nous, Wallons
(mais surtout pour les Bruxellois usagers de la langue française), par l’existence de cette reconstruction siamoise (deux têtes et deux corps accolés) la construction mentale qui sert de
nation est restée figée à « l’ancienne Belgique », cette fiction, ce mirage disait François Perin, inventée par Godefroid Kurth et Henry Pirenne. Fiction qui reste, malgré les
tentatives de réformes, la base de tout l’enseignement de l’Histoire dans les écoles de la dite « Communauté française ». C'en est à un point tel que certains considèrent encore le Congo comme une
colonie...
L’histoire passée
n’est pas innocente pour comprendre le présent, même lorsque les peuples l’ont oubliée ou n’y prêtent pas attention. L’attitude des Flamands est inintelligible si on ne relit pas le passé. Il en
va de même pour ce que d’aucuns appellent l’inertie et la passivité wallonne qui n’est que le résultat d’un conditionnement ou encore, plus subtilement d’une forme auto manipulation collective
dirigée…
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