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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 18:56

«L'armée sera flamande ou elle ne sera pas.»
(Dans l'hebdomadaire catholique flamand Elckerlyc, du 22 mars 1936)

 

Ce que le Mouvement wallon dénonce depuis plus d’un siècle et demi, et a été redécouvert après les « révélations » médiatisées du Colonel Gennart, c'est-à-dire la « flamandisation » des forces armées et la possible fermeture de la base de Florennes doublée d'une concentration des principaux systèmes d'armes de l'armée belge en Flandre n’est qu’un secret de polichinelle.  Mais Gennart n’a pas tout dit…

 

On en a beaucoup parlé, un des nombreux tabous belgicain semble être tombé. Tout à coup, certains journalistes et hommes politiques « francophones » semblent vouloirs montrer qu’ils ont pris la mesure des intentions d'une Flandre qui semble faire main basse sur un corps d'Etat encore provisoirement fédéral.

 

Or, la question linguistique à l’armée est un vieux sujet de conflit larvé. Voici quelques détails assez anciens, mais significatifs d’un projet à long terme.

 

Certes, après la création de la Belgique, historiquement et humainement, il convenait de tenir compte des justes revendications flamandes en matière linguistique et de leurs incidences sur le plan militaire. Jusqu'à la première guerre mondiale, l'armée belge comprenait des unités mixtes commandées le plus souvent en français (et en plus par des Flamands francophones qui n’étaient d’ailleurs pas toujours mieux compris par les soldats wallons non plus…). Il aura fallu attendre la loi de 1913 qui a généralisé l'emploi du néerlandais.

  

Quelques arrangements mineurs dans l’immédiat après-guerre et, en 1923, un projet du ministre Devèze visant au bilinguisme des cadres ont suscité des réactions de l'Assemblée wallonne, soucieuse - à l’époque - de maintenir l'unité belge par la langue française. Il fallu pourtant attendre 1928 et la mise sur pied d'une commission mixte pour voir les mouvements wallons réagir face aux nouvelles orientations de la politique militaire. C’est à ce moment que « l'Assemblée wallonne » entame sa campagne en faveur de la défense de la Wallonie, donc à la frontière allemande, en publiant une carte montrant comment la défense de la Wallonie avait été négligée en 1914.

 

Cette même année, une commission mixte réexamine la question et propose de donner au recrutement régional sur une base linguistique réelle, ce qui se traduit par la loi du 7 novembre, laquelle consacre le principe de l'instruction dans la langue maternelle du soldat. L'Assemblée wallonne s’est élevée contre cette mesure « qui priverait les soldats bilingues du choix de la langue de l'instruction » voyant dans la nouvelle loi un danger de flamandisation de l'École militaire et de l'armée en général alors que la Ligue d'action wallonne de Liège qui se réjouit de cette mesure parce qu'elle y voit un espoir d'échapper à un bilinguisme généralisé. (*)

Mais ce recrutement régional allait avoir une autre conséquence avec la montée du Mouvement flamand: la contamination atteint bientôt les garnisons et les recrues n'y échappent pas. En raison de l'intense propagande extrémiste de certains milieux flamands, bon nombre d'unités seront touchées par le caractère nationaliste flamand, ce qui aura des répercussions sur la cohésion de l'armée, des officiers de réserve notamment et sur leur attitude lors de l'invasion allemande. (**)

 

Détail peu connu : L'année 1936 marquera un tournant dans la politique militaire belge. En février, un projet du ministre Devèze est rejeté à la Chambre; il nécessitait une augmentation des effectifs à laquelle les Flamands déclaraient ne pouvoir consentir que si l'on renonçait à l'accord militaire franco-belge de septembre 1920. Le projet est alors revu par une sous-commission de trois membres dont aucun n'était wallon et il n'est dès lors pas étonnant qu'elle ait conclu en consacrant le chantage flamand…

 

La loi du 30 juillet 1938 consacrera l'égalité complète des langues française et néerlandaise ainsi que le principe des divisions unilingues et fixe en outre le degré de connaissance linguistique des officiers mais la situation internationale éclipse les réactions des mouvements wallons, essentiellement préoccupés à ce moment-là du danger de guerre toute proche.

 

Le 20 juillet 1936, Paul-Henry Spaak annonçait une politique étrangère «exclusivement et intégralement belge» et, le 14 octobre, Léopold III expose au Conseil des ministres sa vision en matière de politique étrangère et de défense: «entretenir un appareil militaire de taille à dissuader un quelconque de nos voisins d'emprunter notre territoire pour attaquer un autre État». Alors que la Flandre se félicite ; Le journal « l'Action wallonne » considère le discours royal comme une carte dans le jeu de l'Allemagne: «c'est plus qu'une faute», lit-on dans le numéro de novembre, «c'est une trahison». On constate que la « neutralité » va nous obliger à nous garder au sud, ce qui dispersera nos efforts et compromettra le sort dela Wallonie. Eneffet, selon l'hebdomadaire de l'abbé Mahieu, la Belgique est dans l'impossibilité financière et technique d'avoir la politique militaire voulue par Bruxelles; c'est donc une situation qui risque d'attirer la guerre, dont la Wallonie fera les frais. Au début de 1938, certains Flamands réclament des mesures contrela France. Ledéputé nationaliste flamand et futur collaborateur Staf De Clercq presse le ministre de la Défense nationale à ce sujet. L'État-Major général lui donne suite en établissant une ligne de défense face à la France, ce que dénonceront des députés wallons àla Chambre. En vain; des manœuvres seront organisées contre des attaques censées venir… du sud et des troupes y seront déployées, tout cela au détriment de la défense à l'est où il était difficile de ne pas percevoir de bruits de bottes… (***)

La politique officielle de neutralité sera toutefois appliquée jusqu'au bout et le dispositif militaire restera inchangé, à tel point que le général Van den Bergen, chef de l'EMG qui, en janvier 1940, avait fait enlever des barricades à la frontière française, sera démis de ses fonctions…

 

Ce court résumé montre que les relations entre camps linguistiques n’ont jamais été un long fleuve tranquille.

 

A l’époque actuelle, comme dans d’autres secteurs demeurés fédéraux, on sait qu’au-delà des recommandations de la  charte intitulée : « Les Dix commandements du nationalisme flamand» , la politique d’occupation des plus hautes fonctions de l’Etat, la favorisation des investissements et le transfert des activités rentables en Flandre reste la règle (les transferts des unités militaires basées jusqu’ici en Wallonie comme les activités ferroviaires (Ronnet !) ou autres qui procèdent d’une même logique). Mais à de très rares exceptions, ça reste un tabou pour la presse et les parlementaires « belges francophones » pour qui la Wallonie reste un arrière pays.

 

Mais, ça ne s’arrête pas là…

 

L'armée sera flamande et catholique ou elle ne sera pas ?

 

Hérité des chocs du vote de la « Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 » en France et de la « question scolaire », un autre tabou est loin d’être mort. La Belgique n’étant pas un Etat laïque, se disant en principe neutre philosophiquement.

 

Voici ce qui est loin d’être une anecdote :

On le sait, un certain nombre d’universitaires peuvent s’ils remplissent les conditions effectuer leur formation en qualité de candidats officiers de carrière. Tous les cours étant à charge de l'Etat, le candidat signe un engagement (statut) avant de pouvoir commencer sa formation. Les cours sont gratuits. Celui qui réussit doit néanmoins servir l'armée pendant une période au moins égale à une fois et demie la durée de la formation. Les médecins, pharmaciens, dentistes ou vétérinaires en particulier choisissent de suivre leur cursus dans l’université belge de leur choix sous la responsabilité de "l'Ecole Royale du Service Médical" à Gand. Pour la plupart de ces universitaires, le choix d’une université plutôt que d’une autre est rarement séparé d’un choix philosophique, la Belgique étant ce qu’elle est…

 

Il me revient de bonne source (vérifiable) qu’un médecin diplômé récemment de l’ULB et souhaitant poursuivre sa spécialisation en chirurgie (promotion 2011-2012) dans le même réseau vient de se voir imposer par sa hiérarchie - à quelques heures du début et alors que tout était organisé - de la suivre en Néerlandais à la K.U.L...

 

S’il peut sembler pertinent d'imaginer que d’éventuelles fonctions au sein de la défense obligent à pratiquer dans les deux régimes linguistiques (encore que… On sait que le fait de ne pas être « né Flamand » est un obstacle de taille  à toute évolution de carrière, peut-on encore être vraiment naïf ?) on ne peut que s’étonner de l'imposition de l’endroit choisi par les « autorités supérieures hiérarchiques et fonctionnelles » pour la poursuite des études.

Admettons même que l’argument de l’usage potentiel du flamand soit recevable. (Qu’en est-il pour les vétérinaires ?) Pourquoi ne pas proposer comme lieu de formation une autre université, si pas adogmatique (comme la VUB), tout au moins en principe philosophiquement neutre comme l’UGent ?

 

Pour qui a observé les évolutions du nationalisme flamand ou du mouvement flamand (dont personne ne contestera l’aspect démocratique hors quelques dérapages…), celles-ci doivent toujours être décrites et comprises dans leurs relations avec les autres acteurs dans le contexte belge où le rôle de l’Eglise catholique n’est pas toujours très clair. Si l’Eglise officielle belge était - au début de l’Etat- tout naturellement francophone, cette même Eglise très influente au nord a toujours défendu le « non français », parce que le français (la langue française) véhiculerait (encore visiblement dans l’esprit de certains) des idées de révolution, de liberté, de laïcité et de franc-maçonnerie qui pourraient pervertir les âmes...

 

On aurait pu croire cette époque révolue… Et, on le sait, dans les milieux militaires, on doit se considérer comme militaire avant d’être citoyen et l’obéissance - en silence - est et reste la règle. Sous peine de sanctions.

 

Décidément, le difficile chemin du libre arbitre entre les « dragons de la science et les démons de l’Eden » semble bien être une notion volontairement ignorée dans le domaine militaire qui a choisi une autre voie qui rappelle plutôt l’époque de l’inquisition. L’armée belge a fait son choix. Et on peut légitimement se poser la question suivante :  pourquoi diable, l'ex-colonel Gennart n'a-t-il jamais évoqué cet aspect des choses qu'il ne pouvait pas ne pas connaître, lui qui n'avait plus rien à perdre  ? Parce que ça ne le concernait pas personnellement après ses études au Collège Saint Michel à Bruxelles ?

 

Qui défendra encore la laïcité des institutions et par là l'égalité des citoyens dans ce pays ?   

 

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 (*) On le voit, il y a eu au cours de l’histoire plus que des nuances. L’adjectif  « francophone » n’ayant pas encore été « adoubé » en nom propre, le terme « wallon » regroupait en plus des Wallons, tout qui s’exprimait dans une langue aux consonances françaises d’Ostende à Bruxelles.

Premier organisme wallon unifié et sorte de Parlement créé en 1912, « l’Assemblée wallonne » étudie toutes les questions touchant à la Wallonie et agit par le biais de revendications et de propositions au niveau des Chambres et du gouvernement. L’Assemblée wallonne a une grande influence jusque dans les années vingt mais perdra peu à peu sa représentativité et sa crédibilité dans les années trente par son aspect académique. Ses thèses, très modérées, n’évoluant pas : elle défendra alors toujours une union belge corrigée par une séparation administrative, et le maintien de la langue française en Flandre. Son organe de presse s’intitule La Défense wallonne. (Voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/assemblee-wallonne.htm)

Plus en phase avec la réalité, la «  Ligue d’Action wallonne » a élaboré un programme qui reste d’une criante actualité et est résolument autonomiste, une autonomie conçue dans un cadre belge. Persuadé que l’unité nationale, fondée sur la domination d’une race sur l’autre, serait impossible à conserver et à défendre, la nouvelle Ligue affirme que la Belgique ne peut poursuivre ses destinées que par l’union des deux peuples qui la composent, union basée sur une indépendance réciproque et faite d’une entente loyale et cordiale, position déjà développée par Jules Destrée dans sa Lettre au roi et que l’on retrouvait, mot pour mot, dans le programme de l’Assemblée wallonne, lors de la réunion constitutive d’octobre 1912. Le nouveau groupement s’oppose à l’obligation d’un quelconque bilinguisme pour les Wallons, réclame l’adaptation des structures de la Belgique en fonction de la frontière linguistique, et partant la rectification des divisions administratives, judiciaires et militaires de la Belgique en tenant compte de la frontière linguistique, l’élargissement considérable de la compétence des pouvoirs communaux, provinciaux et éventuellement régionaux, soit l’autonomie de la Flandre et de la Wallonie dans la Belgique. Cette autonomie, prônée dans un rapport rédigé par Auguste Buisseret, trouve à la fois son assise dans le principe wilsonien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dans une ébauche de fédéralisme régional, voire européen.

(voir : http://www.wallonie-en-ligne.net/encyclopedie/congres/notices/ligue-action-wallonne-liege.htm)

 

 

(**) Par une campagne de presse intense et la voix de ses parlementaires, à quelque bord qu'ils appartiennent, la Flandre s’est élevée contre cette politique de coopération franco-belge. Quelques exemples suffiront à illustrer cette attitude : Toujours en 1928, le catholique De Bruyne réclame une protection contre le Sud, le socialiste Eeckelers refuse, quant à lui, de voir dans l'Allemagne un danger (il dira plus tard: «nous irons au devant de l'Allemand avec le pain et le sel de la fraternité») tandis que le nationaliste (VNV) De Backer déclare que «la Flandre ne veut plus saigner à côté des Sénégalais», exprimant bien ainsi la politique du «los van Frankrijk» que veulent les Flamands dans leur grande majorité…

 

(***) A noter – pour la petite histoire – qu’au lendemain de la chute du mur de Berlin, l’armée belge a repris ses habitudes et organisé des manœuvres simulant une attaque venant de la botte de Givet !

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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commentaires

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La confusion des temps modernes dans la langue anglaise ce qui concerne le mot biscuit aux États-Unis a été causée par Noah Webster et son point de vue personnel sur l'étymologie du mot.

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Premières États-nations ne disposaient pas des fonds nécessaires pour maintenir des forces permanentes, de sorte qu'ils ont tendance à recruter des mercenaires pour servir dans leurs armées en temps de guerre. Ces mercenaires typiquement formés à la fin des périodes de conflit, quand les hommes d'armes ne sont plus nécessaires par leurs gouvernements respectifs.

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