« C'était impossible et ils l'ont fait » (Winston Churchill)
Les conservateurs du régime belge n’ont plus beaucoup
d’illusions. N’empêche, ils sont encore très actifs (énergie du désespoir ?). On lit ainsi de plus en plus que la scission de la Belgique en trois (plus rarement quatre !) entités
mettrait la Wallonie en situation particulièrement difficile. (Et pourquoi uniquement la Wallonie ?)
J’avoue rester assez sceptique. Tout d’abord, nous ne sommes pas isolés
sur une planète lointaine. Il y a une vie en dehors de la Belgique (Le billet précédent (ainsi que celui consacré à l’interview de Chevènement) montre bien que d’autres sont là et pensent à
nous).
Par ailleurs, la situation économique de la Wallonie s’améliore. Selon le Financial Times, la Wallonie fait partie du "Top 5" des régions les plus
attirantes d’Europe pour les investisseurs, derrière l’Ecosse, la Flandre, l’Irlande du Nord et le Kent. La Wallonie, c’est aussi trois centrales nucléaires, le réseau routier le plus dense
d’Europe, des canaux, un véritable nœud de communication au cœur même de l’Europe. On sait que si
la balance commerciale de la Belgique est en boni, c’est grâce aux exportations wallonnes. Et en matière de transferts, nous sommes les premiers partenaires commerciaux (entendez : surtout
clients…) de la Flandre. Donc, leurs principaux contributeurs… Imaginons que demain, nous achetions ailleurs, tout en leur faisant payer notre eau à son juste prix, par exemple…
Aujourd’hui, le baromètre économique de la société Ernst & Young (*) vient de démontrer qu’en matière
d’investissements les choses se confirment dans le bon sens en faveur de la Wallonie. Je ne résiste pas à vous donner un extrait :
« Le nombre d’IED annoncés en Belgique a augmenté par rapport à l’année
dernière : de 142 à 146. Une ventilation entre les différentes régions donne les proportions suivantes : la Flandre enregistre 64 investissements sur 146 (43,9 %), la Wallonie en compte 57 (39 %)
et Bruxelles, 25 (17,1 %). Si nous examinons ces chiffres sur une période de cinq ans, nous constatons que la part de la Flandre dans les investissements étrangers ne cesse de reculer. En résumé,
nous pouvons dire que la Flandre et Bruxelles enregistrent leurs plus mauvais scores, tandis que la Wallonie atteint un niveau record.
Si nous examinons la dimension provinciale, nous constatons qu’en Flandre,
c’est toujours Anvers qui engrange le plus de projets mais pour combien de temps encore ? Alors qu’il y a 3 ans d’ici, la province d’Anvers rassemblait à elle seule 50 projets, ce nombre est
passé à 26 en 2008 et stagne à 27 en 2009, parmi lesquels 19 nouveaux projets, ce qui est toutefois très honorable.
Un deuxième constat frappant concerne la Flandre occidentale. Cette province ne
joue manifestement plus aucun rôle sur la scène des investissements. Seuls deux projets ont vu le jour en 2009, dont aucun nouveau projet.
La Flandre orientale comme le Limbourg sont en nette perte de vitesse. En 2006,
la Flandre orientale pouvait encore se targuer de 20 projets d’investissements étrangers. Aujourd’hui, ce nombre a quasi diminué de moitié.
La proportion entre nouveaux projets et projets d’expansion n’offre pas non plus beaucoup.
Nous observons une nette diminution de l’attractivité bruxelloise sur une
période de cinq ans, au bénéfice du Brabant wallon et plus particulièrement des alentours de Nivelles. Le Brabant wallon affiche plus du doublement de son score par rapport à l’année dernière,
passant de 5 à 12 nouveaux projets d’investissements dont neuf dans la région de Nivelles. Nous constatons en outre que la majorité de ces projets correspondent à de nouveaux
investissements.
La Province du Brabant flamand obtient aussi un résultat honorable avec 14
nouveaux projets. À l’exception d’un seul, tous ces projets sont des nouveaux projets. Le principal secteur concerné par ces nouveaux projets, dans le Brabant flamand comme dans le Brabant
wallon, est celui des ventes et du marketing. Cela démontre sans doute que les entreprises n’envisagent plus Bruxelles comme seul emplacement potentiel pour de telles activités.
Au niveau de la Wallonie, l’activité a été particulièrement intense en 2009
avec un succès particulièrement remarquable pour la province de Liège. Celle-ci a maintenu sa stabilité au fil des dernières années, avec 12 à 14 nouveaux projets par an. Cette année, elle grimpe
à 21, dont deux tiers concernant de nouveaux investissements. Les principaux secteurs concernés sont l’industrie et la logistique.
De son côté, le Hainaut se caractérise par sa stabilité avec 17 investissements
(dont 9 nouveaux) en 2008 et 2009. A l’exception de Bruxelles et d’Anvers, les provinces de Liège et du Hainaut sont en 2009 et de loin, les provinces les plus attractives de
Belgique ».
Et enfin, la menace de régionaliser la perception de l’impôt des personnes physique sur le lieu de travail ne devrait
pas changer grand chose et les effets seraient marginaux sur la Wallonie. Jugez-en :
Selon Eurostat (2006) le salaire brut moyen « belge » d’un employé dans le secteur de l’industrie et des
services était de 37 674 s. Il faut ajouter à ce salaire 11 501 € que l’employeur doit payer en charges @sociales obligatoires, ce qui fait grimper le coût total du travail à 49 175 euros. La
paie nette de l’employé n’est que de 21 903 € soit 44,54% du coût total de main-d’œuvre ; les prélèvements obligatoires, i.e. les impôts et les
cotisations de sécurité sociale, s’élèvent ainsi à 55,46% de son revenu brut « réel ».
Le taux marginal maximal pèse bel et bien sur notre travailleur moyen ; pour 2010, le taux de 50% s’applique à
chaque euro gagné au-delà d’un salaire brut de 34 300 euros.
Ce qui est certes, loin d’être négligeable à titre individuel. Mais, si on se base sur cette moyenne – même, si comme
toutes les moyennes, elle est sujette à caution, ne tenant pas compte des spécificités professionnelles – nous pouvons constater que le manque à gagner pour la Wallonie d’un IPP versé sur le lieu
de travail, c'est-à-dire à Bruxelles, serait d’environ (49175( brut+part patronale)-21903 (salaire net annuel moyen) X 100.000 travailleurs) = 2.717.200.000 euros… ce qui correspond, à la
grosse louche (pour utiliser un terme technique, précis d’économiste..) à 2.5 milliards si on soustrait les 250.000.000 euros payés chaque année – par la Wallonie - à Bruxelles pour financer
la survie des écoles francophones de cette Région.
Autant se préparer, d'ailleurs les sondages récents vont dans ce
sens...
(*) Source: Ernst &
Young European investment monitor 2010
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