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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 20:10

Billet repris dans "La Libre Belgique" du 26/10/2010
Mis à jour le 17/11/2010

 

A lire les réactions épidermiques dans la presse de la capitale (Le Soir, La Libre, etc…) les sorties – à l’occasion des fêtes de Wallonie – de Viseur et d’Etienne montrent que beaucoup n’ont retenu du nationalisme que son versant germanique. On a ainsi vu refleurir à tort et à travers les phrases toutes faites  du style : « le nationalisme, c’est la haine des autres », etc…

 

Dans les heures et les jours qui viennent, nous allons sans nul doute connaître une dramatisation plus forte encore de la situation politique. Drame étant à prendre ici dans son sens théâtral…. Le débat est loin d'être clos et est au contraire essentiel. 

 

A quoi, pourrait bien ressembler un « nationalisme wallon » ?

 

Je n’aborderai pas le thème de la nation comme concept juridique né à la Révolution française. (*)

 

La nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète, ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Ce qui (m’a, comme à d’autres…) fait dire qu’il n’y a pas de nation wallonne par comparaison à la très forte identité flamande ou même bruxelloise.

Depuis Renan, pour les tenants d’un humanisme français (**), la conception moderne de la nation dépasse largement le cadre ethnique ou tribal. Elle trouve plutôt sa source dans un ensemble complexe de liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune. Elle est ainsi à la fois extérieure aux individus, en même temps qu’elle est intériorisée (et transmise d’une génération à l’autre). Pour s’imposer, elle suppose également l’existence d’une volonté durable de vivre au sein d’un même ensemble. C‘est une construction politique, dont la fonction est de garantir la cohésion sociale et de faire respecter l’autorité de l’État. Pour ces raisons, l’idée de nation est elle-même liée à l’histoire de chaque pays. Là est la grande erreur des contempteurs de toute identité ou nationalisme wallon. Leurs références sont germaniques ou liées aux dérives historiques des XIXème et XXème siècles.

 

Si, en France, c’est l’action centralisatrice et unificatrice du pouvoir royal qui a contribué de manière décisive à l’émergence de la nation. Le sentiment national, bien que présent chez une élite restreinte, s’est diffusé assez lentement et une forme « d’identité nationale » l’a précédé.

A contrario, en Allemagne, l’idée de nation s’est développée en l’absence d’un cadre étatique unitaire. L’existence d’une langue et d’une culture communes a permis de concevoir la nation allemande en l’absence de toute unité politique avant 1871. La Flandre a suivi le même processus… Il est piquant de constater aujourd’hui que c’est le même type d’idéologie qui est sous-tendue par le projet (plan B ?) d’état putatif Bruxelles-Wallonie basé sur la langue française cette fois. Or, Comme l’écrivait Renan, « il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue : c'est la volonté ».

Il est logique que les attaques les plus virulentes contre le principe « d’identité wallonne », le fait de nommer la Wallonie autrement que « Région wallonne » ou encore contre les dernières sorties parlant de « nationalisme wallon » soient venues de ceux qui nient l’existence de la Wallonie et veulent la noyer dans un nouvel ensemble indifférencié « francophone » après avoir voulu la fondre dans une improbable « nation belge » construite en dépit du bon sens.

 

 Il y a donc bien coexistence (et parfois interpénétration) dans la notion de « nation » de deux concepts distincts. Une « conception française » (Renan, Fustel de Coulanges) et une « conception allemande » (Herder, Fichte).

 

Herder propose une définition de la Nation fondée sur le sol et une langue commune, et Fichte, dans ses Discours à la nation allemande (1807-1808)  insistait sur l’idée de peuple et l’importance de la langue.

A contrario, Ernest Renan, dans sa célèbre conférence de 1882 intitulée « Qu’est-ce qu’une Nation ? », a posé, quant à lui comme critères de l’appartenance nationale, « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ». Sa belle expression est souvent reprise : « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. »

 

 Méfions-nous donc des raccourcis rapides et des arrière-pensées. Le nationalisme wallon est déjà bien en germe. Ce n’est pas un hasard si une fine mouche politique (et il faut avoir beaucoup d’habileté pour survivre au sein d’un parti comme le CdH sans perdre ses repères)  ose aujourd’hui utiliser cette expression. Les partis politiques traditionnels sont très à l’écoute de la population. Les réticences de Madame Milquet ne sont que de pure forme et destinées à .noyer le poisson. .

Les caractéristiques que Viseur donne de ce nationalisme wallon, sont celles traditionnelles du mouvement wallon : « une forte cohésion sociale autour d’un modèle de développement solidaire. Le passé récent illustre bien cette logique, cette force tranquille d’une nation wallonne. » Tout le contraire du nationalisme flamand ou belge basé sur la prétendue supériorité d’un groupe social sur les autres.

 

Être partisan d’un nationalisme wallon, est-ce considérer que la Wallonie doit entrer – comme le laissent entendre certains, entrer à reculons dans une nouvelle organisation ? Là aussi, épousons les conclusions de Renan : « (…) laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. ».

 

« Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. » N’est-ce pas l’image des Wallons et de la Wallonie ?

 

 

(*) L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose que « le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » En application de ce principe, la Nation est devenue la source des différents pouvoirs, se substituant au droit divin qui légitimait le pouvoir monarchique.

La Nation, détentrice de la Souveraineté, c’est le peuple constitué en corps politique, dont la volonté est mise en œuvre par des représentants élus, sans qu’aucun corps intermédiaire ne puisse y faire obstacle. La nation modifie par ailleurs la conception de l’État en le soumettant au principe démocratique.

 

(**) J’aime à rappeler cette phrase d’une très grande lucidité de François Perin qui  s’est un jour exprimé en disant que « les Wallons ont acquis la philosophie des Droits de l’Homme à la Révolution française et que c’est irréversible ».

 

A lire, en complément : **** Les nations, salut de l'humanité ? **** de Laurent Pinsolle

 

 

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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commentaires

denis dinsart 23/09/2010 16:05



L'Europe vient d'accorder 250 millions d'€ à la Wallanie pour la réfections des routes de Wallonie qui en ont bien besoin.


C'est à peu de chose près, la somme que la Wallonie à mis dans la bourse de la communauté française pour équilibrer son budget. Et pendant ce temps Milquet ferraille pour sauver la communauté
française.


Denis DINSART



francolatre 22/09/2010 16:02



L'absence de nationalisme wallon, en tout cas "au sens germanique du terme" explique probablement que la Wallonie reste l'une des (de plus en plus)  rares régions d'Europe où l'extrême
droite ne parvient pas à se structurer ni à s'enraciner.



Claude Thayse 22/09/2010 18:22


Heureusement !


Didier Kuckaertz 21/09/2010 18:10



Désolé de faire dans le débat sémantique, mais je trouve pour ma part maladroite cette intervention de Viseur sur le "nationalisme wallon". D'abord, le terme nationalisme n'a pas la cote en
France non plus. Cela prouve dès lors que la majorité des Wallons cherchent à se déterminer par rapport aux Flamands par autre chose que l'obsession identitaire. Que l'on fasse référence à Renan
ou au nationisme évoqué par Emmanuel Todd (pour se distinguer du nationalisme), et quand bien même ce nationalisme francophile ou wallon est sans rapport aucun avec le nationalisme völkisch des
peuples germaniques, le nationalisme est identifié à l'époque du boulangisme, de Barrès et de l'affaire Dreyfus... En clair, au climat de paranoïa et de revanchardise (partiellement
légitime) qui prévalait dans les deux décennies qui ont suivi la défaite de 1870. C'est hélas après répression de la Commune, que la gauche a abondonné progressivement la référence à la patrie, à
la nation et au drapeau tricolore, hormis les radicaux de gauche... (A noter que la gauche américaine fait exactement le contraire de la gauche française, et c'est nos frères américains hériters
des pères fondateurs des USA qui ont raison)  Il faut nous distancer de cette expression maladroite "nationalisme wallon", non par honte, mais pour éviter de tendre une perche à nos
adversaires... qui n'attendent qu'un mot sur lequel ils peuvent projeter leur propre mépris pour nous décrédibiliser... Bart de Wever a un jour dit ceci : "La politique déteste les nuances, la
science s'en nourrit."... Pour une fois, on est d'accord !



Claude Thayse 29/09/2010 11:23



Le mot nation n'est pas un gros mot, même s'il a permis à une certaine époque de couvrir des comportements collectifs meurtriers. La nation - ou si ce mot vous choque, préférez conscience morale
collective - est la seule garantie de survie et de fonctionnement d'un état.


la conscience morale collective est précisément ce qui fonde la nation. Sans nation, pas de droit des gens conforme aux valeurs morales. C'est la nation qui protège et c'est l'absence de
nation qui opprime ou pour le moins qui ouvre la porte au mépris des autres.


Nous, Wallons, en faisons l'expérience depuis trop longtemps !



Alex Remacle 21/09/2010 15:23



>


Pourquoi? Pouvez-vous le démontrer?


La Wallonie est elle même une Nation, car comme pour la NVA :

denis dinsart 21/09/2010 14:23



"Pas seulement selon Viseur"


Ne vous méprenez pas Monsieur Thayse, je n'ai jamais sous entendu que ce point de vue n'était pas partagé par de nombreux Wallons, dont vous faites partie.


Denis Dinsart



Claude Thayse 21/09/2010 14:39



Je ne parlais pas pour moi !



« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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