Tout bien réfléchi, et sans négliger les difficultés
économiques que vit actuellement la Wallonie, si tout n’est pas à jeter, en particulier la réflexion sur l’enseignement, mais qu’il faudrait pousser plus loin, le contenu de cette interview est
un peu… léger ! Ou alors, l’analyse du Prof. Thisse est trop rapide. Trop superficielle, trop orientée idéologiquement. Sans perspective historique. Sa critique de la seule politique PS, ce
sont des lieux communs. Et je ne suis très à l’aise pour le dire, n’étant pas membre de ce parti.
Il oublie que si on a maintenu les mines ouvertes et la
sidérurgie (alors déjà obsolète) en retardant leur reconversion, c’était pour permettre à la Belgique de redémarrer et de tenir son rang en Europe après la guerre. D’intégrer la Communauté
européenne du charbon et de l'acier (CECA) avant de faire la reconversion au profit de la Flandre.
Quand il dit : « il faut arrêter de financer des
projets pharaoniques comme la gare Calatrava à Liège alors que les trains n'arrivent pas à l'heure », il faudrait peut-être rappeler le ferroviaire, et donc la gare de Liège, c’est
encore une compétence fédérale. On construit une gare équivalente (en attendant d’en connaître le coût réel…) à Anvers où... les ateliers SNCB de Stockem (Arlon) sont d’ailleurs en
partance.
Tiens, Vandenbrande avait pourtant souhaité la
régionalisation de la SNCB pour 2007… Il y aurait donc encore des choses à prendre en les faisant financer par tout le monde, y compris les Wallons ?
Sans compter que des projets comme la « gare
Calatrava » inscrivent une région dans l'avenir par l’image de dynamisme et de modernité qu’elle donne à l’extérieur. Il est d’ailleurs étonnant – quand on y pense – que cette gare se
soit construite sous le régime belge… quand on pense au mal que les politiques wallons se sont donnés pour avoir des dessertes TGV vers Liège (combien de temps a-il-fallu pour faire sauter
le bouchon de Louvain ?) ou même des passages par la dorsale wallonne dont Namur qui est la capitale régionale (imaginerait-on en France qu’une capitale régionale soit mal desservie ?).
Quant aux liaisons « d’intérêt local » comme l’axe Vers Dinant- Givet et Reims ou « à grande vitesse » vers Luxembourg et ensuite, Strasbourg, n’en rêvons même pas… Pendant ce
temps on construit le « diabolo » favorisant les liaisons vers Zaventem et... (tiens !) Anvers. C’est ça la solidarité fédérale.
Sans parler de la Flandre, la politique menée en Belgique,
terriblement centralisatrice (ultra-jacobine) a toujours plutôt favorisé Bruxelles comme centre politique et économique, nœud de toutes les communications (il suffit de regarder une carte des
axes routiers, ferroviaire, fluviaux…), centre de toutes les administrations y compris une bonne part de la Région wallonne, la RTBF, l'administration de la Communauté française, les deux plus
grandes universités, les hautes écoles, les musées, les grands centres culturels, etc.. On rappelle pourtant aux infos
depuis hier que même Harmel, qualifié (un peu vite) de « dernier des belges » avait pourtant constaté que tous les Etats voisins étaient entrés dans une logique de décentralisation
depuis le fin de la dernière guerre.
Aurait-il fallu que l'on transporte ce qu’il nous reste de
sidérurgie à Bruxelles pour être « dans son axe si générateur de richesses » et ainsi enrichir… Liège? Et l'aéroport de Charleroi, comme celui de Liège devraient-ils être supprimés au
profit de Zaventem erronément appelé « Bruxelles-National » ?
L'autoroute de Wallonie fait-elle partie des
« erreurs » commises par les politiques wallons. (Quand on sait combien Duvieusart (le père) s’est battu pour obtenir cette autoroute – une des plus fréquentées d’Europe – et
combien, ses successeurs ont du plaider pour lui faire reconnaître autre chose qu’un vague statut d’autoroute d’intérêt régional… et donc construite à au moindre coût avec tous les problèmes
d’entretien que ça généré. Il en a été de même pour l’autoroute des Ardennes…)
En plus quand on entend (de plus en plus) qu'il faudrait
prélever les impôts au lieu de travail… que vont devenir ces régions très peuplées désertées puisqu’on n’envisagerait de ne plus y installer les entreprises qui pourraient être rentable ? A
moins de favoriser (d’obliger à) des migrations internes massives ? Demain, Liège et Charleroi devenue des villes fantôme et à contrario une hyper urbanisation-industrialisation de
l’axe Bruxelles-Luxembourg, sachant que le Brabant wallon et Namur deviennent déjà hors prix pour nos jeunes ménages ? Voilà qui plairait certainement à Monsieur Maingain à qui la même édition du
Vif permettait d’étaler ses contradictions en propos (tout et son contraire) particulièrement démagogiques.
Certains universitaires devraient parfois sortir de leur tour
d’ivoire. La politique est l’art du possible. Il ne faut pas seulement voir les intérêts économiques immédiats, mais aussi humains, même à court terme. Dans un Etat normal, il faut pouvoir se
projeter, investir, même à perte, pour assurer à tous quel que soit l’endroit où il vit les mêmes chances. C’est ça la « solidarité nationale ». Si on suivait les réflexions de Thisse,
on renforcerait encore une tendance (à la pensée unique) déjà très lourde chez les décideurs wallons, et il est vrai qu’ainsi, à terme, la Wallonie ayant disparu, il n'y aurait effectivement plus
de « ‘problème wallon ». Qu’aurait encore la France à gagner à un rattachement ? Une région au développement à deux vitesses, de plus complètement dépendante de l’extérieur pour ce
qui est « rentable » ? Ce que les Flamands n’ont pas (encore..) obtenu, les belges qui s’y emploient depuis longtemps et plus sournoisement vont-ils y finalement y
arriver ?
Une interview est toujours orientée par le journaliste et les
connaissances du professeur Thisse sont certes indéniables, mais quand même… Il est rare de lire des articles sur l’économie wallonne, autant être prudent et mesuré dans ses
propos.
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