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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 19:10

Marcel Cheron était l’invité de Bertrand Henne ce matin sur la RTB(f). Traité de « monsieur questions institutionnelles », il annonce tout de go « qu’à son corps défendant, il est obligé, de parler d’institutionnel, alors qu’il aimerait faire autre chose pour « nos » citoyens.  Propos qui rappellent étrangement ceux que tenaient - en d’autres temps – ceux qui ont raté toutes les occasions, comme le rappelait encore hier Jules Gheude dans une carte blanche, citant comme à l’accoutumée François Perin qui, fustigeant (en 1966 !) ceux qui, sous prétexte de vouloir « sauver la patrie », s’accrochaient au statu quo : « Ils attirent ainsi comme des paratonnerres, les catastrophes qu’ils redoutent ». Ils n’avaient pas compris que le fédéralisme était – à l’époque – le meilleur rempart contre le séparatisme.

 

Contrairement à mon ami, je ne pense pas que les 37 % des voix qui se sont portées sur les partis flamands les plus en pointe en matière d’autonomie seront déterminantes pour provoquer la séparation. J’ai développé mon point de vue dans un billet précédent.

 

Cheron fait la même erreur – mais est-ce une erreur ? Je le crois trop rusé pour ça… - que ses prédécesseurs. Contrairement à ses propos, son objectif n’est pas aussi noble que celui qu’il affiche : « on se préoccupe de ce qui préoccupe les gens, à savoir : la crise économique, la crise financière et la crise climatique ».Derrière ce retour du vieux discours « des vrais problèmes dont on doit s’occuper  et de la quête de cette capacité de faire en sorte de vivre ensemble, avec des cultures différentes, dans une Europe qui est celle de plus en plus de l’ouverture de la multi culturalité. » se cache surtout une mise en scène des qualités supposées de son parti.

Il faut, en effet, écouter attentivement ce qu’il dit. Par exemple, à propos de la dernière décision du Parlement flamand concernant les écoles de l’enseignement fondamental en français des communes de la périphérie de Bruxelles ne dit-il pas : « les enseignants s’inquiètent, je comprends qu’ils s’inquiètent. Et c’est pourquoi les politiques sont obligés de s’inquiéter avec eux ». Ajoutant : « Nous sommes prêts à travailler, ce n’est pas notre intérêt. Ce n’est pas notre intérêt en premier, qui doit compter. Ce qui compte c’est… pour la Belgique, pour les Francophones en Belgique ». N’est-ce pas un peu démagogique ? Peut-on dire autre chose ?

J’aime la clarté de l’expression : « les politiques sont obligés… ». Les pauvres !

 

Je constate que par ailleurs, là où ils partagent le pouvoir, rien de bien neuf. Certains se focalisent sur la nomination de Didier Donfut à la présidence de l’Intercommunale IGH, mais passent à côté de problèmes de gouvernance plus sérieux.

A commencer par l’assainissement des budgets, quelque soit le niveau de pouvoir, avec ou sans participation d’écolo, à coup de mesures générales ou d’impôts ou taxes déguisés. Sans oublier les réductions des acquis sociaux et des investissements… par exemple, on ne parle plus de la remise en cause des voitures de société, qui privent l’Etat de moyens importants tout en créant des injustices entre ceux qui en bénéficient et ceux qui n’ont que leur salaire… et qui constituent un véritable problème pour l’environnement !

J’ai déjà parlé précédemment de la poste et de la libéralisation sauvage soi-disant imposée par la Commission de Bruxelles, pénalisant non seulement les agents, mais surtout les usagers.

 

Voilà des thèmes qui touchent « les vraies gens » Et où nous n’avons pas beaucoup entendu les amis de « monsieur questions institutionnelles ».

 

Du côté de la Région wallonne, on n’a rien entendu sur la réduction effective et significative des cabinets ministériels dont l’effectif se monte pour certains ministres à 100 personnes ; de même on n’a rien entendu sur la suppression des 140 voitures dites « de fonction »; de même qu’on n’a encore rien entendu sur l’explosion des effectifs des agents contractuels dans certains Organismes d’intérêt public régionaux.

 

Moins bénin – si j’ose dire - si certains, dans le confort de l’opposition, ont fermement condamné le port du voile à l’école et dans les services publics et si le RAPPEL (Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat laïque) l’a également condamné, les autres partis restent particulièrement frileux : le PS est plus que divisé, Ecolo a une position volontairement floue et le C.D.H., redevenant clérical pour l’occasion (en réalité pour chasser le vote communautaire) maniant la langue de bois en sous-entendant que les raisons de porter le voile sont multiples… La situation est donc bloquée non seulement dans les services publics mais aussi à l’école, à un moment où les Flamands ont eux pris une position cohérente interdisant le port des signes religieux dans l’école publique.

Au fédéral, rappelons qu’une circulaire de 2007 du ministre DUPONT et imposant la stricte neutralité n’est volontairement pas appliquées. (INAMI, S.P.F Sécurité sociale et Personnel et Organisation ).

 

L’abdication des responsables politiques est bien présente. Quels que soient les sujets : Budgets, gestion des services publics, défense des valeurs des valeurs, etc…

 

Pour en revenir au sujet de l’enseignement qui était le thème sous-tendant l’interview de ce matin, Cheron propose « de profiter de la crise pour faire un enseignement, par exemple là-bas, plus ouvert aux langues, plus ouvert à des transferts d’enseignants venant de Flandre et donc faire l’inverse de ce qui est voulu là, c’est-à-dire ouvrir et faire du continuum pédagogique utile. J’aurais tendance à prendre la balle au bond et à l’approuver, sauf pour la provenance des enseignants bien sûr… J’ai une autre préférence et voici deux positions flamandes intéressantes… quoiqu’un peu contradictoires qui peuvent alimenter la réflexion...

 

La première ne concerne pas l’enseignement, mais l’énergie. Dans son édito du « De Standaard » de samedi 24 octobre 2009, Bart Sturtewagen écrivait : « (...) Les rapports de force entre Paris et Bruxelles sont tels qu’on ne peut même plus envisager une stratégie pour sortir quelque peu de cette étreinte et (, mon Dieu !) garder l’illusion d’une marché libre de l’énergie. Depuis la crise financière, nous sommes devenus encore plus qu’avant un Etat vassal de la France. Il vaut mieux nous y habituer, car les choses ne changeront plus. »

La seconde est plus en rapport avec le sujet.  Hier, Le député Luc Van Biesen (Open Vld), chef de groupe à Crainhem a proposé que la Flandre conclue un accord avec… la France pour l'organisation de l'enseignement francophone dans les communes à facilités !

« Nous assistons à un recul de l'enseignement fondamental en néerlandais dans des communes à facilités comme Crainhem et Wezembeek-Oppem. C'est incontestablement lié au fait qu'il s'agit d'écoles communales et que la majorité dans ces communes est francophone. Nous plaidons pour un transfert de cet enseignement vers un autre réseau pour mettre fin à cette implication communale et faire en sorte que la Communauté flamande devienne pleinement compétente », a-t-il expliqué. « L'organisation de l'enseignement francophone serait dès lors réglée de la même manière que l'enseignement donné en anglais ou en allemand. Pourquoi ne pas élaborer un règlement analogue à celui qui existe pour les écoles allemandes, britanniques ou américaines pour lesquelles un protocole est conclu avec un autre pays. Cela n'a plus de sens que la Flandre paie chaque année 220 millions d'euros pour l'enseignement francophone ». Il a ajouté que « cet argent pourrait être investi plus intelligemment dans des initiatives qui renforcent le caractère flamand de la périphérie »… Ce qui ne va pas faire plaisir à tout le monde, évidemment.

 

La loi de financement, qui organise tout l’enseignement par les Communautés prévoit une clef de partage, entre les élèves dits « francophones » et les élèves flamands. Les élèves des écoles ou l’enseignement est dispensé en français de la périphérie bruxelloise sont répertoriés dans la quote-part flamande qui subsidie ces enseignements au départ de la dotation de l’Etat fédéral.

(Oui, je sais, la Belgique est un peu… complexe…)

 

La proposition Van Biesen va dans le sens d’un certain nationalisme impliquant le fait de la reconnaissance du statut de non-flamand (et donc d'étranger !) pour les élèves éduqués en français. Il serait amusant (et vexant pour nous !) que ces enfants soient finalement assimilés à des Français… et par là ouverts à un continuum pédagogique utile !

Globalement, les comparaisons internationales montrent que la qualité de l’enseignement est supérieure en France. La qualité des enseignants n’étant pas mise en doute, de nombreuses raisons viennent en appui à cet état de fait, à commencer par cette ineptie qu’est la multiplication de réseaux concurrents sans l’être vraiment. Système aberrant qui a peut-être été justifié il y a 60 ans, mais qui n’a plus vraiment de raison d’être.

 

Et si la Région wallonne s’inspirait de la proposition Van Biesen ? Ça permettrait déjà de faire l’économie de la grande partie d’une institution encombrante, la Communauté (de moins en moins) française (et de plus en plus) Bruxelles-Wallonie. Voilà qui rejoindrait les vœux affichés de monsieur Cheron de simplification dans l’intérêt des citoyens.

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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commentaires

francolatre 30/10/2009 17:46


Et pendant que l'on ne touche pas aux voitures de société, le Tec augmente son titre de transport dans des proprotions record randis qu'à Bruxelles, la Stib gèle ou postopose des travaux, envisage
de réduire des fréquences et de supprimer les bus de nuit. C'est ça le développement durable cher à Ecolo? Les municipalités françaises, de droite comme de gauche, sont nettement mieux loties en
termes de transport public, tant pour la qualité du service que des véhicules.


Claude Thayse 30/10/2009 23:00


Hé oui...


denis Dinsart 30/10/2009 10:47


Pour Monsieur Cheron "panique au village", un film imaginé, réalisé, ....par des liégeois et diffusé en France, est un bel exemple de réussite FRANCOPHONE. Entre 7h45 et 8h00 je ne l'ai pas entendu
une seule fois prononcer le mot Wallon ou Wallonie.


Claude Thayse 30/10/2009 10:56


Nous n'avons effectivement pas les mêmes valeurs.
C'est également lui qui a dit un jour (je devrais retrouver ça...)  : "je n'aime pas les Wallons, mais je travaille pour eux"...


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