Si Luc Van Der Kelen (qui « se sent toujours belge, et pas flamand en premier
lieu »…), dans « Le Soir » se montre modéré dans ses propos, il est néanmoins très clair. L’élargissement de Bruxelles ? : « C’est la seule chose qui n’est pas négociable »
Et pour cause !
Je reste confondu devant la mauvaise fois des partis
traditionnels (ou plus récemment par les calculs électoraux de partis francophones sociologiquement bien implantés en périphérie bruxelloise comme le MR et le CdH) et des organes de presse
francophones qui taisent aux citoyens la réalité politique et institutionnelle qui s’est imposée le 31 octobre 1962 lors du « clichage » de la frontière linguistique par 130 députés
(dont 93 élus dans les arrondissement flamands) contre 56 autres (dont 45 élus d’arrondissements wallons). « Clichage » qui a été complété par l’adoption de la loi sur l’emploi des
langues et la reconnaissance des quatre régions linguistiques le 2 août 1963 ainsi que par l’inscription dans la Constitution des Régions linguistiques le 24 décembre 1970. Constatons donc que
depuis 1963, et à plusieurs reprises, ce choix politique de la frontière linguistique a plutôt été confirmé que remis en question malgré un échafaudage de délicats
compromis.
La Constitution (et personne ne remet ça en cause) précise que
les limites des Régions ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi adoptée à la majorité des suffrages dans chaque groupe linguistique de chacune des
Chambres…
Quand Mme Milquet – dont le parti a voté touts les réformes -
ou Monsieur Maigain proposent de rendre la province de Brabant flamand bilingue ou d’agrandir Bruxelles au Brabant wallon, c’est de la démagogie.
Cette revendication d’élargissement de Bruxelles est purement
tactique. Qui y croit vraiment, en réalité ?
Dans la dernière parution de la « Revue nouvelle » Pascal Fenaux analyse avec pertinence et documentation les mensonges et
errements des partis traditionnels qui ont gaspillé depuis plus de quarante ans une énergie démesurée pour ce qu’ils persistent à appeler curieusement un faux problème. Curieusement baptisé
« faux » alors qu’en même temps, ils annoncent des scénarios de jour en jour plus catastrophiques(en quoi et pour qui ?) comme la scission de la Belgique, l’indépendance flamande
(et alors ?), l’étranglement financier de Bruxelles et l’effondrement de la Wallonie…
BHV n’est pas un faux problème, c’est une illusion politique
et tactiquement entretenue et contrairement à ce que dit le « Sénateur- j’étais professeur de Droit constitutionnel » « Désespérée », un vrai problème. Sinon, comment
expliquer que ces trois lettres ont fait tomber quatre gouvernements en trois ans ?
C’est un réel problème en ce
fait :
- que on maintien l’opinion publique dans un sentiment
d’insécurité,
- qu’on condamne les enjeux économiques et sociaux au second
rang des préoccupations politiques,
- qu’on a contribué à cabrer l’opinion publique et, en
conséquence les partis flamands, qui confondent allègrement « francophones impérialistes » et Wallons,
- qu’on a laissé, quand ce n’est pas incité, des Bruxellois
francophones et étrangers à s’installer en périphérie de Bruxelles dans un territoire qu’ils sont sensés savoir constitutionnellement et définitivement administré en néerlandais depuis 1963, BHV
est scindé depuis 47 ans !
- qu’il y a un déficit démocratique dans les cantons de
Halle-Vilvoorde, puisque les partis cités plus haut puisent allègrement dans un vivier de plus de 75000 électeurs francophones auxquels ils n’ont pas (ou peu) de comptes à rendre mais sont d’une
importance énorme en matière de constitution des majorités dans le collège électoral français et donc sur la manière dont la Wallonie y est prise en compte. (*)
- que les partis des deux camps se sont radicalisé en
« néo-belgicains agressif » d’un côté et objectivement flamands de l’autre avec les dérives exclusives et discriminatives que sont l’interprétation sous forme de circulaires (Peeters,
Keulen, etc) des décrets par tous les partis. Dois-je citer celles en matière de logements publics et aussi privés ?
Il y a d’autres conséquences, particulièrement en matière
sociale en Région de Bruxelles même, mais je vous invite à lire l’article de Pascal Fenaux.
Même si la loi de 1963 n’est pas allée au bout de sa logique
et si, à cause de ceux qui ont refusé d’intégrer (et ont même ou même nié) le caractère territorial et linguistique des « compromis des belges », le « jusqu’auboutisme belge »
aura couté très cher - non seulement à la Wallonie, je l’ai écrit souvent ici – mais aussi, à titre individuel à ces gens qui, s’installant en toute
confiance dans la périphérie bruxelloise, ont été trompés par leurs représentants politiques. Eux, ils savaient !
Il y a quelques années, on pouvait encore, dans l’intérêt de ces francophones égarés, espérer sauver quelque chose. Il reste maintenant, en
fonction du résultat des élections à négocier au mieux le divorce puisqu’il sera difficile de former une majorité fédérale sans les partis dits nationalistes flamands, l’entêtement francophone
sur la scission de BHV aura, pour les tenants de l’aveuglement néo-belgicain, comme conséquence que ce seront ces partis les moins intéressés à la poursuite de la Belgique qui sortiront renforcés
du scrutin. Mais, en face qu’aurons-nous ?
Le fait aussi que Van Der Kelen décerne à Di Rupo un titre
« d’homme d’Etat » n’incite guère à l’optimisme.
Au mieux, nous retournerons aux urnes dans
l’année.
(*) A ceux qui estiment que la reconnaissance du caractère
flamand serait une tragédie pour les francophones égarés (comme l‘écrivait déjà Jules Destrée en 1929 !) on peut rétorquer que la scission de l’Université de Louvain a apaisé les esprits
dans la ville universitaire, que les francophones seront toujours libre d’être candidats et de voter pour des listes francophones. Encore que, pour les élections régionales de 2009, 58% des
électeurs francophones ont apporté leurs suffrages à une liste francophone (UF) alors que 42 % des électeurs (toujours francophones) ont voté pour une liste flamande
classique.
Commentaires