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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 12:05

« Amnésie et prurit volontaires»… autant dire une forme d’hystérie. Cette névrose se caractérisant par des troubles du comportement dont le malade est conscient, mais qu'il ne peut dominer. Le psychiatre Charcot disait que c’était une maladie de l'imagination. Pour le sujet hystérique cette affection lui permettrait de retirer un certain bénéfice direct et frauduleux.

 

La presse et le monde politique « francophones » unanimes déclarent que le refus de nomination des candidats bourgmestres périphériques par le gouvernement flamand est une première dans l’histoire de ce pays… Appelant en même temps au calme et à la modération puisque Jean-Luc Dehaene devrait sortir prochainement des propositions concernant - mais pas seulement - l’avenir des communes flamandes à facilités de la périphérie flamande de la région bilingue de Bruxelles.   

 

Alors que la décision a été prise par un gouvernement dont on sait que l’unanimité est la règle de fonctionnement, on glose beaucoup sur le dérapage verbal d’Olivier Maingain qui qualifie les pratiques de la seule N-VA de « dignes de l'Occupation allemande (…) où l'on désignait les bourgmestres parce qu'ils étaient les alliés de l'occupant »… Le même ajoutant : « La N-VA tombe ainsi le masque et démontre qu'elle n'est pas un parti démocratique, qu'elle est incapable de respecter la démocratie locale. »…

 

C’est un peu court (que je sache, il y a unanimité du côté flamand sur la décision endossée par Monsieur Bourgeois) et surtout faire peu de cas de l’Histoire récente… Faut-il rappeler que le 30 septembre 1986, la nomination de José Happart comme bourgmestre a été annulée par la quatrième Chambre unilingue flamande du Conseil d'Etat en vertu de la loi sur l'emploi des langues dans l'administration. Dois-je ajouter : au grand soulagement du gouvernement de l’époque. Même si le contexte a changé, il y a une forme de jurisprudence administrative en la matière puisque c’est pour des raisons identiques que les ministres de l’intérieur successifs des deux derniers gouvernements flamands ont pris la même décision.

 

Petit rappel du contexte de l’époque :

Suite aux nombreuses « promenades » et aux méfaits perpétrés par les membres du TAK et du VMO de 1978 à 1982, José Happart se présente aux élections communales du 10 octobre 1982 sur l’unique liste wallonne, « Retour à Liège ». Ayant reçu le plus grand nombre de voix de préférence, il est proposé comme bourgmestre. La nomination de José Happart comme bourgmestre par le Roi (en réalité le gouvernement belge et plus particulièrement son ministre de l’intérieur)  le 4 février 1983, mais ne prévoit son entrée en fonction le… 31 décembre 1983. Le temps nécessaire pour que la Chambre flamande du Conseil d’Etat destitue José Happart de son mandat, estimant sa connaissance du néerlandais insuffisante. Arguant du fait que la loi communale n’impose aucune connaissance linguistique particulière, José Happart rejette toute forme d’examen linguistique. C’est ainsi qu’entre le 13 octobre 1986 et le 15 octobre 1987, on assistera à 9 tours de ce qu’on a appelé le « Carrousel fouronnais ».

Grâce à la résistance des courageux habitants des Fourons, il y aura un accord sur l’application de l’article « 107 quater » de la constitution permettant à la Région bilingue de Bruxelles capitale d’exister. L’accord de gouvernement enfin conclu, autour d'un nouveau programme de réforme de l'Etat qui associe le CVP, le PS, le SP, le PSC et VU, les partis francophones qui obtiennent un large accroissement des compétences des régions et des communautés sont toutefois obligés de sacrifier leur base wallonne la plus radicale. José Happart ne sera jamais bourgmestre et les Fourons abandonnés à leur sort. Dans ce délicat dossier fouronnais - symbolique pour les Flamands autant que pour les Wallons, mais pas moins pour eux - pour peu de satisfaction obtenue quant au droit des personnes, les partis « francophones » ont largement capitulé quant au principe fondamental de l'appartenance wallonne et du droit des élus. Malgré ça, c'est avec une confortable majorité que les Socialistes décident d'approuver l'accord de participation. Avec le vote le vote du 107 quater, et même si la région de Bruxelles- Capitale est plus que jamais strictement limitée aux dix-neuf communes, les Wallons en paient encore le prix fort en terme de renoncement (*) !

Certes, aujourd’hui, ils sont moins confrontés à la brutalité physique de l’époque (**), mais bien depuis lors, plutôt à une violence politico-administrative impitoyable, d’autant plus depuis le changement de majorité « ethnique »  obtenue grâce à la favorisation d’une forte immigration hollandaise. Permettant d’assister là à un phénomène d’épuration ethnique douce qui ne fait pas la une des journaux de la capitale…

La situation des Fourons est différente de celles des communes à facilités de la périphérie de Bruxelles, faut-il rappeler que les premières étaient situées en province de Liège avant 1963 et que c’est grâce à (ou plutôt à cause de…)  la conjonction d’un vote d’une majorité d’élus flamands et bruxellois contre une minorité wallonne et d’arrière pensées électorales du parti socialiste de l’époque qu’elles ont été transférées (annexées serait plus juste) au Limbourg. Quoi qu’on pense du sort et du choix qu’ont fait ceux qui ont décidé d’y résider depuis 1963, date di clichage de la frontière linguistique, les communes de la périphérie, elles, n’ont jamais fait partie de ce qui deviendra la Région de Bruxelles. Ces propos n'impliquent aucune rupture de la solidarité que nous, Wallons, manifestons avec les habitants de ces communes comme c'est d'ailleurs le cas pour les autres peuples d'expression française dans le monde. J'aimerais personnellement que cette solidarité ne soit pas à sens unique, mais ça, c'est une autre histoire.

(Pour eux que ça intéresse, vous trouverez un petit résumé plus détaillé en réponse à un commentaire de ce billet (http://www.claude-thayse.net/article-10851206-6.html) ).

 

On sait peu de choses de ce que seront les propositions Dehaene. Sauf qu’il consulte, en toute discrétion, les responsables des différents partis représentés au Parlement fédéral. La récente sortie de Maingain dont je ne doute pas qu’il soit très bien informé en sa qualité de vice-président du MR -  et on sait qu’il ne veut pas d’une scission de BHV qui lui ferait perdre une majorité de ses électeurs - montre que cette scission est bel et bien prévue dans le cadre de la solution négociée qui devrait être proposée.

Malgré les rodomontades de certains, le sauvetage provisoire de la Belgique semble bien être à ce prix… sans doute !

 

Le climat politique va se réchauffer. Voilà qui va peut-être ouvrir les yeux de ceux qu’ont assoupis les discours lénifiants de la belgitude...

Ce sera aussi peut-être le moment de rappeler ce que disait en 1986 le sénateur carolorégien André Baudson « si les Wallons ne peuvent changer l'Etat, ils devront changer d'Etat »…

 

 

(*) Il faut reconnaître que par ailleurs, l’accord de gouvernement accouche de transferts impressionnants de compétences et de moyens financiers réalisés dans le cadre de la nouvelle révision de la constitution. La Wallonie, dont le budget fait un bond de 34 à 87 milliards, dispose dorénavant de la maîtrise de ses travaux publics, de ses communications (excepté la Sabena et la SNCB) et assume la tutelle sur ses communes. Le Fonds des Communes et le Fonds des Provinces sont transférés aux régions, ainsi que les programmes de résorption du chômage et les cinq secteurs économiques restés nationaux. Des accroissements de compétences sont prévus en matières agricole, énergétique ainsi que de relations et commerce extérieurs. L'accord gouvernemental prévoit aussi que, dans une phase ultérieure, les compétences résiduaires devront être accordées aux régions et communautés tandis que les conseils régionaux devront être élus directement et séparément… En effet, le rapport entre les ressources propres de la Région wallonne et les transferts par dotation venant de l'Etat central s'est inversé catégoriquement à l'occasion de la mise en oeuvre de la Loi spéciale du 16 janvier 1989 organisant le nouveau régime de financement des dépenses régionales. Dès lors, au moment où sa dotation passait de 25 à moins de 19 milliards de francs, la Région multipliait ses ressources propres par dix en les accroissant de 5 à 66 milliards. Cette situation est la conséquence de l'application du principe de responsabilité financière qui se traduit par le recours aux ressources propres localisables de la Région (accès à l'impôt des personnes physiques et droit de lever des impôts régionaux). Ainsi, la Wallonie dispose, avec ses transferts de compétences, d'une virtualité d'action plus grande.

Mais le combat est loin d’être terminé. Si la concrétisation de l'article 107quater permet la création de la Région bruxelloise (et on ne rappellera jamais assez que ce combat politique largement mené par les Wallons), il provoque un changement profond de l'équilibre de la Communauté française de Belgique mise en place par la Loi du 15 juillet 1971 qui ignorait et ignore encore la Wallonie ( A l'époque, la revendication wallonne d'existence officielle des régions n’ayant pas encore été rencontrée). Je voudrais terminer cette note en citant le Professeur Quévit qui en 1982, dans son livre « La Wallonie : l'indispensable autonomie », considérait que « le vote de l'autonomie culturelle, loin de contribuer à l'expression d'une culture wallonne propre », l'avait, « au contraire un peu plus étouffée encore ».

Cette institution est devenue inutile depuis le 9 janvier 1989, c'est-à-dire depuis que Bruxelles dispose de son autonomie régionale.  Il serait bon de le rappeler aujourd’hui qu’un débat est lancé sur l’identité wallonne.  

 

(**)Souvenons-nous des hordes flamandes « protégées » par les gendarmes qui n’hésitaient pas à gazer les habitants qui ne faisaient que défendre leurs droits et leurs biens. Cette attitude officielle, cautionnée par les autorités belges s’apparentait bel et bien à une occupation par une armée étrangère.

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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Philippe Lange 01/04/2010 22:36



Je suis de grand-père fouronnais, ayant vécu son enfance à Fourons, et j'ai du mal à imaginer que ce petit village de Fouron-Saint-Pierre, à deux pas d'Aubel, est désormais "flamandisé" sous le
nom de Sint-Pieters-Voeren.


C'est pour cela que l'acharnement de la Flandre dans son épuration ethnique contre les Bruxellois habitant dans les six communes à facilités me fait froid dans le dos.


Loin de moi de contester que ces communes ont été flamandes, et qu'elles sont maintenant rattachées à la Flandre, encore faudrait-il que l'on considère deux choses :


a) que le vote unilatéral flamand-bruxellois de la frontière linguistique en 1963 ait une valeur juridique pour nous, Wallons, qui n'avons jamais voté pareille chose puisque la majorité wallonne
a voté contre ! En tout cas pour le cas des Fourons nous ne nous sentons pas liés par ce vote, il s'agit d'une occupation pure et simple comme y a fait allusion Olivier Maingain au sujet de
l'Allemagne


b) si la Flandre prétend avoir possession de ce territoire périphérique à Bruxelles, elle doit au moins y garantir les droits de l'homme ce qui n'est pas du tout le cas : or on sait pour l'avoir
vu au Kosovo au détriment de la Serbie que le fait de procéder à des épurations ethniques ou linguistiques conduit à la perte d'un territoire : il suffirait en fait que les Flamands garantissent
aux Bruxellois de la périphérie un statut particulier un peu comme les Germanophones en Wallonie.


La Wallonie a toujours été très respectueuse de ses minorités, que ce soit les Germanophones qui ont un large statut d'autonomie (communauté, capitale Eupen), ou les Flamands qui bénéficient de
facilités bien respectées dans 4 communes wallonnes : Mouscron, Comines, Flobecq et Enghien !


La Flandre ne se comporte pas à Fourons et dans la périphérie bruxelloise comme une nation du XXIème siècle mais bien comme une nation intransigeante du XIXème siècle !



Claude Thayse 01/04/2010 22:59



Evidemment, c'est du bon sens. En tous cas, c'est dans la logique démocratique et républicaine.Mais n'oublions pas que les Flamands ont hérité  de la logique belge en la matière... Et a
contrario, comme l'a dit François Perin en novembre 1987, "Nous avons, en Wallonie, depuis la Révolution française, et c'est incurable, la philosophie des Droits de l'Homme". Tout est dit.


Il n'est évidemment pas question de renoncer à la solidarité avec n'importe quel peuple de langue française où que ce soit dans le monde. Je pense avoir rappelé dans ce billet que la solidarité
des Wallons avec les Bruxellois a été très loin et n'est évidemment pas remise en question.


Il n'est par ailleurs pas question d'abandonner les Fourons. Ils doivent faire partie de la négociation institutionnelle. Nous devrons le rappeler aux négociateurs Wallons et francophones !



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*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

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