Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:28
Un ami m’a envoyé une partie d’une interview de Christian Combaz (*), auteur de « La France mérite mieux que ça » publié début 2005 si mes souvenirs sont bons.
Ce « dérangeur chronique » comme l’avait appelé un critique de « L’Huma » il y a quelques années, y tendait un miroir implacable à la société française. Ce n’est pas neuf, chacun de ses livres se présente ainsi : inconfortable et détonant, refusant la soumission. Une conception radicale et exigeante. Qui ne lui fait pas que des amis.
 
Dans cette interview (je n’ai malheureusement pas la source, mais je la mettrai en ligne dès que possible) Combaz commence fort par s'insurger contre « ce sentiment de semi-nationalité, de sourde frustration est partagé par nombre de ceux qui, nés, élevés Français se sentent expropriés, chassés de leur maison commune, de leur passé, de leur bercail par l'évolution de leur pays vers le statut de vague zone géographique peuplée de communauté américanophiles où les individus deviennent interchangeables et les cultures locales tolérables à condition de se faire oublier ».
 
Il dénonce le massacre de la langue française, orchestré par des « élites »incultes – « les fourriers du crétinisme culturo-administratif », l'abandon de l'Etat-nation au nom d'un libéralisme au service de la consommation… Bref de cette certaine France – que l’on ne reconnaît pas – qui a honte d'être elle-même, rejette son passé et ses racines. L'idée dominante étant «qu'on se guérit de ses origines par le métissage et la planétarisation ». Un (im)pertinent tour d'horizon des maux.
 
A une époque où la question de « l’identité » pose question, on comprend que pour lui, cette question de l’identité est centrale. Se définissant comme « né en Algérie, de mère corse et de père savoyard », c’est un peu pour lui la définition même de la France, celle d’un pays qui s’est construit sur la réalité de ses identités régionales, sur ses terroirs, et non pas sur l’abstraction d’une idée, et même d’une idéologie, celle de l’égalité niveleuse et uniformisante. Celle-ci étant, en effet, arrivée bien après cette extraordinaire volonté de vivre ensemble des Français.
 
Pour Christian Combaz, à bien des égards l’équilibre d’un individu ou d’un groupe dépend étroitement de la perception de ses origines, ou à défaut de ses références parce qu’elle permet de tracer un portrait de soi-même dans la durée et dans le sens. L’histoire n’est rien d’autre que cela. On n’est nullement obligé de rejoindre le magma humain, malléable à merci. « La civilisation est faite de citadelles qui résistent. La barbarie est du côté des hordes qui déferlent ».
Il récuse la philosophie marxiste et la mystique internationaliste qui essaient depuis un siècle et demi d’avoir raison du passé, et de l’individu, en faisant croire que l’identité des peuples dégénère, obligatoirement, en nationalisme combattant. (**)
Il affirme, à propos de la France, que l’identité d’un pays quand elle ménagée par ses voisins et les superstructures continentales n’a pas besoin de hausser le ton. Elle ne donne pas dans le nationalisme parce qu’elle est reconnue.
Nous en savons quelque chose… Tout le combat identitaire flamand est ainsi expliqué en quelques mots.
 
Or, il observe que l’humanité idéale qu’on essaie de nous infliger, c’est le contraire : les différences sont amoindries, par conséquence, elles deviennent suspectes, les rôles sont interchangeables. Du coup, on cherche à gagner la préférence du groupe, en se conformant à une image moyenne, citoyenne du bon élément. Cette attitude permanente fait, de chacun, le rival de chacun. Et de surcroît dans la médiocrité. Les immigrants se communautarisent. C’est la différence d’effet entre l’identité pleinement vécue, forte (fière !), tolérante, ouverte et une certaine « identité nationale », prémices du nationalisme identitaire.
 
Ceci dit, je ne le rejoins pas sur tous ses propos, je le trouve exagérément pessimiste quand aux velléités de séparation de la Corse, de la Bretagne ou de la Savoie ; de guerre civile dans les anciennes colonies ou encore du reniement par les élites les élites du passé chrétien de la France pour ne pas déplaire à la Turquie annoncés dans l’essai cité plus haut.
 
Heureusement, dans l’interview, Combaz ne se cantonne pas à un registre négatif et garde la foi en la vocation de la France : « opposer l'universalisme français à l'internationale, voilà notre créneau » !
 
Il fallait du courage pour oser énoncer avec un tel aplomb ce que beaucoup pensent. 
Ceci dit, il faut savoir de quoi on parle, on ne le répétera jamais assez. L'historien Ernest Renan avait défini la nation comme "une âme" constituée de deux éléments : l'un, qui trouve son ancrage dans le passé, est "la possession d'un riche legs de souvenirs", l'autre, qui se vit au présent et s'ouvre vers l'avenir, est la volonté des citoyens de construire ensemble leur vie en commun. En privilégiant ce "vouloir vivre" choisi par rapport à toute tentation ethnique, Renan opposait la vision française de la nation à la conception quasi-raciale du peuple (Volk) dans la tradition allemande.
L'identité nationale, "principe spirituel", est ainsi fondée sur une histoire commune et sur un ensemble de valeurs venant, les unes d'un christianisme sécularisé, les autres de l'ère des Lumières et de la pensée révolutionnaire relative aux droits de l'homme, au principe d'égalité, à la langue française, à l'école laïque et à l'idée que l'Etat est responsable de l'intérêt général et assure la mise en oeuvre des principes républicains.
Cette vision française de l'identité nationale, qui transcende les considérations de race, de couleur, d'origine ou de religion, se trouve aujourd'hui remise en cause. La crise d'identité que traverse la France se nourrit de la conjonction de plusieurs phénomènes : la mondialisation génératrice d'incertitudes, l'Union européenne qui limite les marges de manoeuvre des décideurs nationaux, la réduction incontestable de l'influence de la France dans le monde, face au rôle dominant des Etats-Unis et à la montée des puissantes émergentes d'Asie. A un point tel que l'idée même de nation est parfois tournée en dérision par des intellectuels qui estiment que le monde est entré dans l'ère "post-nationale". Pour certains, l'identité nationale doit être supplantée par une identité européenne, encore que le sentiment d'appartenance à l'Europe soit faiblement ressenti parmi les populations européennes. A l'image et avec l'appuis sans réserve des politiciens belges qui sont tous partisans du "tout à l'Europe" parce qu'il n'y a jamais eu ici d'identité nationale. Et pour cause !
 
 
(*) Elevé au collège de François Mauriac à Bordeaux, chez les Jésuites de Paris, puis au collège Sainte Croix de Neuilly, qui fut celui de Montherlant. A dix-sept ans, entre en Sorbonne et en Hypohkâgne au lycée Henri IV à Paris. Premiers essais littéraires. Sa famille l'ayant conjuré de reprendre des études il s'inscrit à Sciences-Po où il devient l'élève de Raymond Barre et de Laurent Fabius.
 
(**) A propos de « nationalisme militant », le journal « Metro » de ce 5 avril nous informe que le patronat flamand préférerait De Winter (Vlaams Belang) à Di Rupo comme 1er ministre. Le journal se réfère à une enquête conjointe menée par « De Standaart » et « Trends »…
Sale coup pour ceux qui ont cru en la réalité de l’opération publicitaire conjointe « De Soir  &  Le Standaart » ventant (vendant ?) un retour (lequel ?) à un sentiment national unitaire !
Mon billet : « 
Les "vrais Flamands" sont plus que jamais derrière le Vlaams Belang ! » est plus que jamais d’actualité.

Partager cet article

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Réflexions
commenter cet article

commentaires

« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Recherche

Réunioniste

Pour la réunion à la France Mon action se base sur les Valeurs républicaines,
les déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen
1789 & 1793

La République indivisible, laïque, démocratique et sociale

Dans Le Rétro...

Pour y réfléchir

Vidéos

- Participation à Controverses (RTL) sur BHV…
- Message improvisé pour les législatives de 2007
- Interview sur TV-Com
- Chirac, une certaine idée de la France
- Mes pubs préférées sur le rugby
- Gendebien, un avis...
- L'identité wallonne est-elle incompatible avec l'identité française ?
- Religions, Neutralité ou laïcité de l'Etat
- "Bye bye Belgium"
- "Enregistrement, Evaluation et Autorisation des substances CHimiques" : Qu'en penser ?
- Attention à la publicité !
- Le Club du Net : Karl Zero et Dupont-Aignan
- Magnifique leçon de civisme d'Elisabeth Badinter.
- François Mitterrand

Textes

- Le vrai visage des Français
- Bicentenaire de la réunion de Mulhouse à la République
- La loi d'unanimité et de contagion
- L'heure décisive approche pour les Bruxellois
- Appel à la France, à tous les francophones :  pour une action mondiale pour le français et la Francophonie
- Les réformes des régimes de retraites - Comparons la Belgique et la France
- Un peu de tout... mais des infos utiles
- Du 24/10/62 au 24/10/63, pour comprendre les dessous d'une évolution institutionnelle (CRISP)
- Une histoire de la Wallonie (Institut Jules Destrée)
- Les pouvoirs en Wallonie et environs, mode d'emploi (Crisp)
- Wallons et Bruxellois francophones, pour en finir avec le syndrome de Stockholm !
- ISF - Impôt de solidarité sur la fortune, de quoi s’agit-il ?
 
- Aux origines de la frontière linguistique 
-
La Wallonie sauvera-t-elle l'Europe ? 

Autres sujets ?


Merci à
FreeFind !

Sur Le Feu...