Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2006 1 04 /09 /septembre /2006 10:30
De nombreuses rues de France portent le nom du «Quatre Septembre». Quel touriste en connaît le sens ? Un peu d'Histoire...
Tout le monde connaît de nom la IIIème république française, souvent considérée comme modèle repoussoir d’instabilité politique et gouvernementale. Et pourtant que de choses ont été réalisées pendant cette période. De l’enseignement laïque et obligatoire aux congés payés pour n’en citer que deux.
Elle a commencé et fini pendant une période particulièrement troublée de l’Histoire.
 
Après avoir appris la capture de l'empereur Napoléon III par les Prussiens à Sedan les républicains de la capitale ont pris le pouvoir. Ils ont été devancés de quelques heures par leurs homologues de Lyon et Marseille. C’était le 4 septembre 1870. Et c'est donc en souvenir de ce jour, de nombreuses rues de France portent le nom du «Quatre Septembre».
 
Comment en est-on arrivés là ?
Quelques mois plus tôt, le 8 mai, Napoléon III est sorti renforcé d'un plébiscite qui lui avait donné 7.336.000 oui contre 1.560.000 non en confirmant l'orientation libérale de l'empire. A Paris, toutefois, à la différence du reste du pays, une majorité républicaine s'était prononcée contre le régime.
 
Lors de la déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, certains républicains n'hésitent pas à souhaiter qu'une prompte défaite. Pour eux, celle-ci consacrera la ruine du régime et hâtera l'avènement de la République. C'est ainsi que Le Rappel (Ce journal appartient aux fils de Victor Hugo - lequel est en exil à Jersey ) écrit: «Le danger le plus sérieux, c'est celui de la victoire. L'Empire fait le mort. Les Prussiens battus, il ressuscitera».  La défaite de Sedan comble au-delà de toute espérance les vœux de ces curieux patriotes !
 
Dès l'annonce de la défaite, les députés se réunissent au Palais-Bourbon dans la nuit du 3 au 4 septembre. Ils refusent de confier la régence à l'impératrice Eugénie, et s'interrogent sur la conduite à suivre. Dans le petit groupe républicain, plusieurs députés se préparent : Jules Favre, Jules Grévy, Jules Simon et Jules Ferry, qui fonderont la «République des Jules». Il y a aussi Adolphe Crémieux et surtout Léon Gambetta.
 
Les Parisiens envahissent le Palais-Bourbon et exigent l'instauration de la République. Jules Favre suggère aux députés craignant d'être débordés par l'insurrection de proclamer eux-mêmes la République à l'Hôtel de ville de Paris, comme aux plus beaux jours de la Révolution de 1789 ou de celle de 1848. Ils se rendent à l'Hôtel de ville devancés par un groupe d'agitateurs révolutionnaires, jacobins ou socialistes (Delescluze, Blanqui, Flourens,...).
 
Pour séduire et rassurer la foule, Jules Ferry a l'idée de constituer un gouvernement composé de députés républicains de Paris. C'est ainsi que Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République au milieu d'une liesse générale (un peu surréaliste quand même vu la situation militaire du pays !).
 
Beaucoup de Parisiens croient naïvement que la déchéance de l'empereur et l'avènement de «Marianne» rendront les Prussiens plus accommodants. Certains imaginent au pire un sursaut général comme aux temps héroïques de Valmy. La résistance de l'armée de Bazaine à Metz leur donne quelques motifs d'espérer. Un «gouvernement de la Défense nationale» est placé sous la présidence du gouverneur militaire de la place. Mais la situation s'aggrave le 19 septembre avec l'encerclement de Paris par les troupes ennemies.
Le 7 octobre, le fougueux Gambetta (32 ans), ministre de l'Intérieur, s'enfuit de Paris (à bord d'un ballon). Il organise ensuite depuis Tours une armée en vue de secourir la capitale et de mener une «guerre à outrance».Malgré l'inquiétude des populations rurales qui rêvent surtout du retour à la paix
 
Les troupes inexpérimentées et hâtivement rassemblées par Gambetta sont sans difficulté battues par les Prussiens après la reddition honteuse de l'armée de Bazaine, à Metz. Pendant qu'affamés par un siège impitoyable, les Parisiens tentent mais en vain et dans un effort désespéré une «sortie torrentielle» à Buzenval, le 20 janvier 1871.
 
Dans un ultime effort, Adolphe Thiers (73 ans), vieux député conservateur doté d'un très grand prestige en Europe, entreprend une tournée des capitales européennes en vue d'obtenir une intervention militaire en faveur de la France. Il se heurte partout à un refus poli... au grand soulagement du chancelier Bismarck. A Saint-Pétersbourg, le tsar Alexandre II accueille même avec une secrète jubilation les nouvelles de France. Il y voit la vengeance de son humiliation dans la guerre de Crimée et le soutien des Français à la Pologne.
 
L'armistice est finalement signé par Jules Favre le 28 janvier 1871 pour une durée de quatre semaines. Bismarck veut ainsi donner le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Il a besoin en effet que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être plus tard contesté. Dix jours plus tôt, le 18 janvier, les envahisseurs ont proclamé triomphalement l'Empire d'Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles…
 
Le 8 février, les élections générales amènent à la nouvelle Assemblée nationale une majorité favorable à la paix.
Les ruraux des provinces, peu au fait du siège de Paris et des événements militaires, ont manifesté massivement leur volonté d'en finir au plus vite avec la guerre en reportant leurs suffrages sur les notables. Elisant à l'Assemblée une majorité écrasante de monarchistes (un député sur trois est noble!). Mais ces députés sont divisés entre partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe 1er, du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, et de Napoléon III.
 
Paris étant entourée de troupes allemandes et la population trop agitée au goût de l'Assemblée nationale, celle-ci se réunit au Grand Théâtre de Bordeaux avant de se transférer à Versailles. Le « gouvernement de la Défense nationale » lui remet sa démission. le 17 février, l'Assemblée désigne Adolphe Thiers comme «chef du gouvernement exécutif de la République française» en attendant de statuer sur la nature du régime futur : monarchie ou république.
 
Ainsi naquit la IIIème République, dans la détresse et la confusion... Elle mourra de même 70 ans plus tard, en 1940…

Partager cet article

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Documents
commenter cet article

commentaires

thimele 20/09/2006 15:40

En effet peu de monde sait ce que signifie cette date, même en France. On célèbre davantage la victoire des républicains aux élections de février et mars 1876, qui rendit véritablement la République républicaine. Mais le 4 septembre 1870 est tout autant important. Il n'y aurai pas eu de France républicaine sans l'audace des républicains lors de cette journée.Amitiés républicaines.(Un "français" qui soutient votre cause)

« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Recherche

Réunioniste

Pour la réunion à la France Mon action se base sur les Valeurs républicaines,
les déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen
1789 & 1793

La République indivisible, laïque, démocratique et sociale

Dans Le Rétro...

Pour y réfléchir

Vidéos

- Participation à Controverses (RTL) sur BHV…
- Message improvisé pour les législatives de 2007
- Interview sur TV-Com
- Chirac, une certaine idée de la France
- Mes pubs préférées sur le rugby
- Gendebien, un avis...
- L'identité wallonne est-elle incompatible avec l'identité française ?
- Religions, Neutralité ou laïcité de l'Etat
- "Bye bye Belgium"
- "Enregistrement, Evaluation et Autorisation des substances CHimiques" : Qu'en penser ?
- Attention à la publicité !
- Le Club du Net : Karl Zero et Dupont-Aignan
- Magnifique leçon de civisme d'Elisabeth Badinter.
- François Mitterrand

Textes

- Le vrai visage des Français
- Bicentenaire de la réunion de Mulhouse à la République
- La loi d'unanimité et de contagion
- L'heure décisive approche pour les Bruxellois
- Appel à la France, à tous les francophones :  pour une action mondiale pour le français et la Francophonie
- Les réformes des régimes de retraites - Comparons la Belgique et la France
- Un peu de tout... mais des infos utiles
- Du 24/10/62 au 24/10/63, pour comprendre les dessous d'une évolution institutionnelle (CRISP)
- Une histoire de la Wallonie (Institut Jules Destrée)
- Les pouvoirs en Wallonie et environs, mode d'emploi (Crisp)
- Wallons et Bruxellois francophones, pour en finir avec le syndrome de Stockholm !
- ISF - Impôt de solidarité sur la fortune, de quoi s’agit-il ?
 
- Aux origines de la frontière linguistique 
-
La Wallonie sauvera-t-elle l'Europe ? 

Autres sujets ?


Merci à
FreeFind !

Sur Le Feu...