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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 20:00

Logique ? J’ajouterais : en attendant mieux (ou pire !)

Soyons clairs, les injustices dont sont victimes les éleveurs, producteurs de lait, risquent bien de trouver, rapidement, un pendant chez les cultivateurs confrontés à une baisse brutale du prix des céréales, celle attendue du prix des pommes de terre et les restrictions à la production de betteraves sucrières. Là aussi, des conflits importants se profilent à l’horizon. C’est tout « le système » de politique ultra libérale de politique agricole qui est mis en accusation. Et ce sont les organisations agricoles qui le disent, aujourd’hui. Après bien d’autres dans d’autres secteurs.
 
Comment en est-on arrivés là ? 
 

Rappelons-nous les lointains débuts de la C.E.C.A. et du « Marché commun »… Pour De Gaulle, le traité de Rome ne devait être qu’un instrument de libre-échange mis au service de la modernisation, dans le cadre d’un espace protégé par un tarif extérieur commun, censé domestiquer les effets de la mondialisation. Pour d’autres (Spaak, De Gasperi, Adenauer, etc.), sous prétexte annihiler les risques de guerre, l’objectif premier était de favoriser l’intégration des économies nationales et en obtenant des Etats qu’ils transfèrent leur souveraineté à des organismes exécutifs supranationaux. Ainsi, pour Monnet, la construction d’une Europe supranationale ne figurait qu’une étape vers le « gouvernement mondial » qu’il appelait de ses vœux au nom d’une « rationalité » économique. Au président Roosevelt, Monnet (Membre européen du CFR (Council of Foreign Relations) depuis 1920(*)) écrira dès le 5 août 1944 : « Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur la base de souverainetés nationales. Ils devront former une fédération qui en fasse une unité économique commune ».
 

Le « génie » de Monnet est d’avoir habilement  recyclé la théorie communiste des infrastructures économiques censées commander aux superstructures politiques. Le néo-libéralisme n’est rien d’autre. Preuve récente, l’hebdomadaire anglais « The Economist » du 12 septembre – oubliant qu’il était le premier à demander de « sauver le système » l’automne dernier à coup d’argent public – estime maintenant que les banques ne sauraient être bien gérées par des hommes politiques, soutient l’indépendance des banques centrales. Il veut limiter le plus possible toute socialisation, même partielle et temporaire du crédit. Il demande également un encadrement plus strict du processus budgétaire pour limiter les futurs déficits et réduire les dettes publiques. Or, c’est bien sous le mandat des hommes politiques que l’inflation a été vaincue au début des années 80. En outre, les banques centrales indépendantes ont été incapables de contenir une inflation des actifs qui était beaucoup plus faible du temps du contrôle politique...

En résumé, il ne faut surtout pas confier aux hommes politiques la politique monétaire. Il faut encadrer strictement le budget pour les empêcher de trop dépenser. Et enfin, pour les décisions difficiles, il vaut mieux les confier à des technocrates indépendants plutôt qu’à des politiques qui écoutent le peuple…

 

Ça ne vous rappelle rien ?
 
C’est bien dansla logique de l’Acte unique européen signé à Luxembourg en février 1986 et entré en vigueur le 1 juillet 1987, par lequel le rôle des Parlements nationaux se résume à transposer en droit interne quelque 300 directives décidées à Bruxelles sans le moindre contrôle ; telle est également celle de Maastricht qui transfère la souveraineté monétaire, donc budgétaire, donc sociale des Etats, vers une structure technique indépendante du pouvoir politique et de son substrat démocratique essentiel : les communautés nationales, les électeurs ou mieux, les citoyens.
 
A la lecture du traité de Maastricht avez-vous remarqué l’insistance sur la notion d’irréversibilité (passage « irréversible’ à la monnaie unique ; fixation « irréversible » des parités, etc.) ?
 
Contre de Gaulle, qui ne concevait l’économie que comme une discipline ancillaire du politique, Monnet a bel et bien imposé l’ordre inverse : la soumission de la politique - qui implique le choix, donc la contingence - à la technique économique, laquelle ne souffre aucune alternative, puisqu’elle se conçoit elle-même comme détentrice d’une rationalité suprême 

Cette croyance théologique dans les vertus du marché et cette priorité absolue donnée à la liberté - sous contrôle technocratique – est en train de déraper en une forme d’extrémisme qui peut pousser à mettre en place des mécanismes qui restreignent fondamentalement la capacité de réaction démocratique des peuples C’est ce que vivent dans leur chair aujourd’hui les producteurs de lait. Et que vivront d’autres catégories sociales demain. Que finira-t-il par rester aux hommes politiques, outils de l’expression démocratique des peuples ? Peu de chose, ils le reconnaissent eux-mêmes. Le « tout à l’Europe » les a dépossédé de leur pouvoir d’action. C’est l’extinction de l’Etat ; le mondialisme, phase suprême du fédéralisme européen, c’est l’extinction des nations, fondement de la légitimité des Etats…
 
Au lieu d’une Europe européenne, riche de riche de la diversité de ses nations déléguant provisoirement leurs compétences dans la perspective de leur bien commun, nous sommes maintenant coincés dans un « Euroland » (de plus en plus anglo-saxon en plus !), une instance technique se nourrissant du transfert définitif et irréversible des souverainetés déconnectée de toute volonté démocratique.
 
Preuve supplémentaire, si les états ne suivent pas la règle, comme vous le savez, ils sont mis à l’amende par la grâce du « pacte de stabilité » ratifié, en décembre 1996, sans le moindre débat, sans la moindre consultation nationale, - sous forme de pénalités versées au budget de l’Europe - pour peu que la politique économique sorte des critères de convergence imposés par Maastricht afin de garantir la valeur de l’euro. Pénalités, mises à l’amende ... Et pourquoi pas demain la prison ? Avec le traité d’Amsterdam, qualifié d’ « ajustement technique », nous y serons. Ne prévoit-il pas en vertu de son article 7 que les Etats qui contreviendraient à leurs obligations pourraient être temporairement privés de leur droit de vote au sein des instances dirigeantes de l’Union, et ce, évidemment, sans que leurs devoirs soient suspendus ? Il n’est pas vraiment exagéré de dire qu’en dehors d’une défaite et l’occupation par un pays étranger, jamais les nations européennes ne s’étaient vues imposer autant de contraintes réduisant à néant l’exercice de la démocratie…
 
Les technocrates, successeurs (disciples) de Monnet (le grand européen !) montrent ainsi une tendance à verrouiller les politiques publiques dans le sens de leurs idées, au mépris de la capacité à obtenir une véritable alternance démocratique qui les remettrait en cause. Pire, ils arrivent à obtenir des redditions des politiques.
 
Inquiétant, non ? Sommes-nous entrés dans l’ère d’une dictature de velours et de démission du politique ?

 

 

(*) Le CFR (Council on Foreign Relations) a inspiré au président Roosevelt un projet de création d’Etat de type bourguignon (à la Degrelle) (« The President mentioned a German study made in 1940 proposing a federal union of Alsace, Lorraine, Luxemburg, and the two parts of Belgium. ») qui témoigne d’une connaissance très approximative des réalités européennes de la part des autorités supérieures américaines.

 

En mars 1943 et Anthony Eden, secrétaire aux Affaires étrangères de Churchill, est convoqué à Washington par le secrétaire d’État Cordell Hull, il livre en page 268 ce témoignage : « Après mon entretien avec Hull, j’ai dîné en tête à tête avec le président et Harry Hopkins. M. Roosevelt m’a exposé avec allégresse ses vues sur les problèmes européens. D’après lui, la Grande Bretagne, les États-Unis et la Russie devraient détenir l’ensemble de l’armement en Europe après la guerre. Les petites puissances n’auraient rien de plus dangereux que des fusils. (…) Ce qui est plus surprenant, c’est qu’il envisageait aussi une prise en main de l’ensemble de l’Europe par les trois puissances. (…) Roosevelt s’est ensuite inquiété de l’avenir de la Belgique, et il a fait état du projet qu’il avait exposé à M. Lyttelton quelques mois auparavant. Il s’agissait de la création d’un État appelé la « Wallonie», qui comprendrait la partie wallonne de la Belgique, ainsi que le Luxembourg, l’Alsace-Lorraine, et une partie du nord de la France ». (A. Eden, The Eden Memoirs. The Reckoning, Londres, 1965)

 

Par ailleurs dans l'ouvrage de Sir Llewellyn Woodward, « British Foreign Policy in the Second World War », Londres, Her Majesty's Stationery Office, 1962, l'auteur évoque un mémorandum américain (automne 42) dans lequel, écrit-il, « The Americans also seemed to have in mind the absorption of « Walloon » Belgium by France, and the creation of a new national unit out of Flanders (this term was not more closely defined), Luxembourg, Alsace-Lorraine, the Eiffel and Palatinate areas, and possibly the Ruhr » (p.434)…

 

Enfin, pour un peu plus complet, mentionnons aussi dans les « Churchill War Papers » (vol. III, p.1055), l’évocation d’un télégramme de Roosevelt à Churchill du 15 juillet 1941, à l'origine de la Charte de l'Atlantique, dans lequel le Président américain évoque les dissensions à craindre si, comme elle l'annonce d'emblée, la Grande-Bretagne entend rétablir nécessairement les frontières d'avant-guerre. Il évoque bien sûr la Yougoslavie mais cite ensuite les répercussions de tels projets sur les Tchèques et les Slovaques, les Flamands et les Wallons… « (…) the Walloons and Flemings traditionally at odds with each other »  !

 

Et tant qu'on y est, !


Continuons a
vec Robert Schuman, ce « Père de l'Europe », célébré partout, en voie de béatification. Lorrain allemand, né en 1886, respectueux de l'ordre prussien jusqu'en 1918 (28 ans en 1914, il ne fera pas la guerre), puis faisant le choix de devenir français, et aussitôt député, sans interruption, soutien des accords de Munich de 1938, puis Ministre de Pétain en juin 1940 (il a alors 56 ans) après lui avoir voté (comme tant d'autres, il faut le reconnaître) les pleins pouvoirs. Ensuite mis en résidence surveillé en Allemagne, de 1940 à 1941, « évadé », mais cet épisode est curieusement non documenté, puis caché dans des  «maisons catholiques » (comme d’autres, franchement collabos ensuite), sorti de sa cachette en 1944 à la libération, quand il n'y avait plus aucun risque, sans avoir joué le moindre rôle dans la résistance, menacé un temps par l'épuration comme « vichyste », défendu par l'Eglise et épargné par De Gaulle, reprenant le cours de sa vie politique, au plus haut niveau, pour se mette au service du nouvel ordre américain, et enfin, rendu célèbre pour l'éternité par la « lecture », comme ministre des affaires étrangères de la France, en mai 1950, du discours rédigé par Monnet et validé par l'ambassade américaine...Et qui, finalement terrassé par le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958, meurt en 1963.

 

Et je ne reviendrai pas – je l’ai déjà fait - sur cet autre « père de l'Europe », Paul-Henry Spaak, une des têtes politiques de la Belgique, avant comme après la guerre, celui qui, jusqu'à l'invasion par l'armée allemande imposait la « neutralité », comme politique étrangère du Royaume, imposait l'équidistance absolue entre la République française et l'Etat hitlérien,. Ce qui explique en grande partie le désastre de mai 1940. Lui aussi, très atlantiste après la guerre, aisément remis en selle parce que rallié sans réserve à Washington.

Comment s’étonner que cette Europe reste mentalement vassale des anglo-saxons, particulièrement des financiers ?

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Published by Claude Thayse - dans Pour la petite histoire...
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commentaires

Renal 12/10/2009 10:27


Ce n'est pas en rapport avec votre billet mais je pense que ça pourrait vous intéresser: http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2009-10-12/fdf-pourrait-s-implanter-wallonie-732001.shtml

Bien à vous.


Claude Thayse 12/10/2009 11:10


Ce n'est pas nouveau. C'est d'ailleurs une des causes de la rupture avec le Rassemblement wallon entre 1976 et 1981...
J'ai déjà eu l'occasion de dénoncer cette approche ici même à plusieurs reprises.
Il faut un parti essentiellement wallon à la Wallonie. 


miniplein 30/09/2009 02:43


Comme toujours les édéologues ne s'intéressent pas à la réalité matérielle . Les idéologues ne s'intéressent qu'à leurs théories soit disant géniale et révolutionaires.
Ce qui ont fait  mai 68 etaient tous des idéologues, et maintenant qu'ils ont le pouvoir ils continuent d'être de pures idéologues . Les soixantes huitares sont juste passé de l'idéologie
communiste à l'idéologie ultralibérale .


Claude Thayse 30/09/2009 10:34


Monnet n'a jamais été un révolutionaire, vous vous égarez là... Cher anonyme.
Son projet de supranationalité européenne soutenu par les chefs de la démocratie chrétienne occidentale : Schumann, l’allemand Konrad Adenauer et l’italien Alcide de Gasperi et des Brandt,
Kiesinger, Barzel, Schmidt, Wehrner, Schelle pour l’Allemagne ; Pflimlin, Lecourt, Pleven, Giscard d’Estaing (sous la présidence que qui tout s'est vraiment débloqué...), Pinay, Defferre,
Maurice Faure, Raymond Barre, Jacques Delors, Jean Lecanuet et Alain Poher pour la France ; Fanfani, Moro, Forlani, Piccolo, Rumor, Malgoni, Nenni, Saragat et la Maffia pour
l’Italie ; Douglas-Home, Heath, Jenkins pour la Grande-Bretagne ; Tindemans, Leburton, Spaak, Werner pour le Benelux ... et le Vatican ne peut pas être qualifié de
"soixante-huitard"...
Sous couvert du beau projet d'éviter les guerres en Europe, les effets secondaires néfastes de son projet de main-mise sans contrôle de l'économie sur la politique commencent seulement à
apparaître. Et il est à craindre que ce ne soit irréversible.


« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
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« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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