On en a beaucoup parlé, la « doctrine Maddens », du nom de cet universitaire
louvaniste, consiste pour les Flamands à « pousser les francophones à être demandeurs de réformes institutionnelles en grippant les structures de l’Etat fédéral désargenté et impuissant, le
détournant en leur faveur (ce n’est pas nouveau, c’est comme ça 180 ans) tout en respectant les règles constitutionnelles ».
La crise du lait que vivent les producteurs wallons en est un des exemples. On le sait, pour
des raisons de stratégie économique et financière qui lui sont propres et sur lesquelles je ne reviendrai pas ici, la Commission européenne de Bruxelles, chantre de la mondialisation et de la
libéralisation, impose a ses pays membres de respecter des quotas de production (et pas seulement de lait, c’est également le cas dans beaucoup d’autres domaines). Cette Commission ne reconnaît
comme interlocuteurs que les Etats. Ces Etats répartissent les quotas sur chaque producteur. Jusque là, il y a - disons… - une certaine logique égalitaire. Des pénalités sont prévues pour les
Etats qui ne respecteraient pas leurs quotas, à charge évidemment pour eux de les faire respecter en interne.
Par rapport aux pays voisins, ce qui complique le problème en Belgie-que, c’est qu’il est de
notoriété publique que de nombreux producteurs flamands dépassent leurs quotas… et que comme presque tout le système de traitement et de conditionnement du lait est contrôlé par la Flandre…
Pensons à l'influence et au contrôle exercé par le tout puissant « Boerenbond », bras armé du lobby agro-alimentaire flamand.
La Belgie-que ferme les yeux sur ces pratiques. Paradoxalement - mais que faire
d’autre ? - la grève du lait que mènent – avec désespoir – nos producteurs wallons arrange donc bien la Flandre ! La preuve, aucun producteur flamand ne la suit ni ne la suivra. Les
« arguments moraux » du style « Nous, on ne gaspille pas la nourriture » ne sont là que pour masquer des enjeux économiques bien réels. On ne gaspille pas, non. Mais on
pille…
Les agriculteurs wallons ne sont pas défendus ni protégés par l’Etat
belge.
Il n’y a pas que dans l’industrie qu’existe un protectionnisme économique qui ne veut pas
dire son nom. La Flandre est un Etat dans l’Etat. Pourquoi se gênerait-elle ?
Que pouvons-nous faire comme citoyens engagés ou simplement
conscients ?
Sans appeler ou recourir à un boycott (*) difficile à faire respecter et donc assez
illusoire, ceux qui traitent le lait sont également ceux qui négocient avec les distributeurs… Il faut commencer à favoriser une forme de commerce équitable, respectueuse du producteur et surtout
fonctionnant en circuit très court.
La première solution qui vient à l’esprit est d’aller directement acheter le lait à la
ferme.
Mais il y a aussi une autre piste. Peu d’entre-nous savent qu’il existe depuis peu un
nouveau label (**) wallon pour le lait : le lait certifié « Ardenne ». Ce produit est suivi à la trace. De la ferme jusqu’à la caisse du supermarché (mais pas n’importe
lequel !). Il est soumis à une chaîne ininterrompue de contrôles, les installations de traite et la qualité du lait cru sont contrôlées par
l'Afsca, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. Un lait garanti 100 % wallon commercialisé depuis début juin, sous un nom générique en forme de calembour : « La Bande
des Fé Lait ». Réalisé actuellement à base de lait récolté auprès de plus de 900 producteurs ardennais, il est produit, récolté, emballé par des coopératives wallonnes et distribué dans les
règles du cahier des charges « Qualité Filière lait » (QFL) qui garantit au consommateur un produit de qualité, dans le respect de l'environnement, des bonnes pratiques d'élevage et du
bien-être animal. Ce lait n’est actuellement disponible que dans des magasins de la chaine « Intermarché » au prix de 75 centimes le litre. Exigez-le.
En plus d’acheter des denrées de qualité produites près de chez-nous, associer les
producteurs à une centrale de vente via un circuit court, voilà sans aucun doute une piste à encourager. Une démarche citoyenne trop rare pour ne pas mériter un peu de
publicité.
(*) Pour la petite histoire, jeudi, ce sera l’anniversaire du début du premier boycott.
Le17 septembre 1879, Charles Parnell, président de la Ligue agraire d’Irlande, inaugure la mise en quarantaine. Une tactique nouvelle pour faire
plier les propriétaires et les régisseurs qui maltraitent ou dépouillent leurs tenanciers.
La victime qui donnera - bien malgré elle - son nom à cette tactique est le capitaine
Charles Boycott, régisseur d'un grand propriétaire. Soudain, il ne trouve plus aucun employé ni commerçant qui accepte de traiter avec lui ou même de lui adresser la parole. Pour éviter que ses
récoltes ne pourrissent sur pied, il fait venir des paysans protestants de l'Ulster sous la protection de l'armée. Finalement, la mise en quarantaine portera ses fruits, les objectifs de la ligue
agraire seront rencontrés… Quant à Boycott, il quittera finalement l'Irlande, mais laissera son nom au vocabulaire des luttes.
(*) Voir l’APAQ-W (Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de
qualité)
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