« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. Â» (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Le dernier envoi de Jacques Lenain, ce fonctionnaire français qui avait fait forte impression lors de la réunion dite « des Etats généraux de la Wallonie Â» à Liège en mai dernier où il avait présenté son analyse des hypothèses possibles de réunion de la Wallonie à la France suscite bien des remous dans ce qu’il faut bien appeler le microcosme des néo-réunionistes (lire les billets et les commentaires ICI et ICI). Adressé sous forme de lettre ouverte au président du RWF et le refus de prise en considération par ce dernier (ou plus précisément les prétextes qui sont donnés…qui, dois-je vous dire ne m’étonnent guère, connaissant ses méthodes… de communication et de gestion des hommes qui n’ont pas varié depuis son Å“uvre de destruction du Rassemblement Wallon) déstabilisent jusqu’aux ultras les plus pointus dont je viens de découvrir le forum de discussion.

 

Certains en viennent même maintenant tout à coup à trouver des vertus à une approche moins radicale de celle qui est défendue par leur gourou. C’est toujours une bonne chose que de sortir d’une logique où on s’interdit de penser par soi-même... A noter cependant que le résultat risque bien d’être une atomisation encore plus importante du mouvement de libération (osons les mots !) des « Peuples de Wallonie Â» (comme l’aurait écrit Michelet). Mais je ne veux pas préjuger de l’avenir à court terme.

 

Cette analyse – en tous cas les extraits que j’en ai lu – si elle est rationnelle ne me paraît pas suffisante pour entraîner une large adhésion, hors les déjà convaincus de la solution française.

C’est qu’il faut davantage prendre en compte des aspects plus psychologique et donc moins rationnels. Ceux-ci sont liés au vécu personnel et à l’histoire des engagements des individus quand ce n’est pas le résultat de 178 ans de propagande anti-française essayant de prouver que la Belgique avait préexisté de tous temps... pour devenir le « rempart de l’Europe contre la France Â».
 

Comme l’écrivait Fustel de Coulange (Revue des deux mondes, 27 octobre 1870) : « Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cÅ“ur qu’ils sont un même peuple quand ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs, d’espérances Â».

 
Il me semble qu’avant d’envisager ensembles un choix d’avenir, nous, les Wallons, devons changer au préalable le regard porter sur notre Histoire. Histoire davantage subie que choisie. Se réapproprier son passé, la chose est psychologiquement difficile, mais indispensable.

« Se rendre compte de la nocivité du cadre belge » et « se rendre compte que les Wallons ne sont pas responsables de la situation dans laquelle ils sont ».

Advenue cette prise de conscience, donc la bataille des idées gagnée pour l'essentiel, une volonté commune devrait pouvoir se dégager, et, comme on dit, « là où il y a une volonté, il y a un chemin ».

Pour beaucoup, la disparition de la Belgique est (et sera) considérée comme un échec. Psychologiquement, ils ne sont pas capables d’entendre toutes les excellentes raisons pour lesquelles ce pays ne marche pas et qu’il faut s’en choisir un autre dans l’impossibilité de réformer celui-ci. Dans ce cadre, les arguments les mieux étayés ne serviront qu’à convaincre davantage ceux qui le sont déjà.

Il faut plutôt accompagner les opposants, les rassurer, les faire évoluer. Les engagements politiques s’apparentent souvent à des croyances (oui, quasi religieuses !), et on sait que ces dernières sont difficiles à déstabiliser. Quels arguments Lenain oppose-t-il aux tenants de l’indépendance par exemple ? En dehors d’affirmations « qu’on peut démontrer, de manière argumentée, l’inanité de ces projets indépendantistes », mais qui ne tiennent pas compte des sensibilités de ces mêmes indépendantistes quand par ailleurs ces arguments ne sont pas énoncés ? Or, pour en côtoyer, en dehors de quelques très rares « intégristes radicaux », la majorité de ceux-ci se compose de gens sincères et ouverts à la discussion. Mais évidement les propos provocants ne peuvent que bloquer tout débat. Une caractéristique commune aux (vrais) rattachistes et aux (vrais) indépendantistes (parmi lesquels je classerais les régionalistes qui choisiront l’une ou l’autre option et sont en position d’attente), c’est leur extrême émotivité et la puissance des filtres liés à leurs croyances. Ceux-ci sont à la hauteur de leur engagement. Un mot, une phrase interprété ou interprétable et c’est une cause de désaccord.  Pensons-y !

 

Le refus des indépendantistes de participer et d’apporter leurs arguments dans le recueil d’informations à charge et à décharge sur les différentes possibilités d’avenir qui était une des ambitions de la démarche qui était destinée à alimenter la réflexion et que nous destinions à ceux qui réuniraient vraiment les Etats généraux de la Wallonie tient de cette logique de méfiance. Ils ne sont pas seuls responsables de ce que je considère comme une erreur, nous en portons tous la faute.

On ne s’écoute plus assez dans le Mouvement wallon. Les rejets se font davantage sur les personnalités (les personnes !) que sur les idées. C’est fort regrettable et particulièrement inefficace. Pourtant, on ne pourra pas faire un jour prochain l’impasse de débats argumentés sur les choix d’avenir.

 

Tout en respectant ceux qui pensent différemment – on me l’a suffisamment reproché ! -  je suis évidemment rattachiste et ce depuis bien avant la création du RWF. Je n’ai donc eu aucun problème dans le passé à utiliser des « propos définitifs » tant qu’il s’agissait de maintenir en vie une option jugée lointaine si pas utopique. Mais je considère maintenant que le temps de la rupture semble plus proche (*) et que l’idée de la réunion n’est plus considérée comme irréaliste, qu’il faut sortir des propos simplistes ou catégoriques. A côté des « propositions Lenain Â» parfaitement estimables et très bien documentées, il faut ajouter une autre solution qui serait plus souhaitable (dans le sens plus simple à faire accepter) dans un premier temps. Vous qui me lisez, vous savez que je plaide pour une confédération France-Wallonie ? Constitutionnellement, elle est tout aussi réalisable et respecterait les différentes tendances qui déchirent actuellement le mouvement wallon. (Enfin, je pense surtout aux Wallons, indépendantistes, régionalistes et rattachistes sincères (ceux qui ne souhaitent pas simplement "devenir français par haine de leur peuple et de leur condition de Wallons"...). Cette approche Respecterait les sensibilités et évolutions récentes des deux parties. Et pourrait même séduire les futurs nostalgiques de la Belgique.

 

En conséquence, je rejoins complètement Lenain quand il termine son plaidoyer par : « La France ne pourrait être satisfaite de devoir intégrer un jour de nouveaux français, Wallons et Bruxellois, dont la majorité le serait devenue à regret, parce que rendue malheureuse par l’imposition d’un statut négateur de leur passé et de leur identité ». Je ne dis rien d’autre depuis un bon moment déjà sur ce blog.

 

Enfin, je ne pense pas que la direction actuelle du RWF soit sincèrement ouverte à la possibilité de l’éventualité d’envisager (et je pèse mes mots) un débat interne (**), ni surtout à une mise en question de ce qui est plus un dogme qu’une doctrine, et certainement ni un projet, ni un programme, ni encore une stratégie. Leur message est plus axé contre l’existence de l’ancien Etat Belgique dans lequel ils intègrent la Région wallonne - sans autre forme de procès -  pour ses défauts et les prises de position de la Flandre qu’en faveur de la France et des conditions favorisant la réunion. Cette dernière y est même idéalisée jusqu’à la caricature. Comment y croire ? Comment mes compatriotes wallons qui - grâce aux médias - y suivent toutes les aspects de la vie quotidienne pourraient-il se retrouver dans cette vision de la France qu’ils savent arrangée et donc largement fausse ? Quant à ce « devoir de rassemblement Â» que se serait donné comme « tâche statutaire Â» le RWF tel que l’écrit l’auteur de la lettre. je reste rêveur...

 

Mais nous verrons bien. Quel que soit l’objectif, ce courrier a eu le mérite de susciter une amorce de débat en dehors des cercles d’initiés. Que ce ne soit qu’en dehors des instances officielles du RWF n’est pas une mauvaise chose. Le débat sur le rattachisme ne doit pas être la chasse gardée d'un groupe fermé.

  

Je serais curieux de lire les passages de son analyse consacrés à « l’inanité des projets indépendantistes Â». Je suis certain que j’y retrouverai probablement des arguments que je partage et que même les indépendantistes utilisent, mais ce point de vue, cet éclairage différent d’un « Français de l’intérieur » m’intéresse.
Parce que restons réalistes à défaut d’être rêveurs. Il est ridicule de dire comme certains d'un Etat quel qu’il soit, qu'il n’est pas viable. Prenez n’importe quel morceau de la surface de la planète, entourez le de frontières, baptisez le « Nation ou encore « Etat Â» et il existera si ses habitants le veulent vraiment. Les exemples sont multiples. Maintenant, évidemment, les conditions de vie, les conditions économiques seront peut-être changées. Mais ça, c’est un autre aspect qui n’a rien à voir avec la viabilité, notion finalement assez relative quand on compare les PIB des différents états du monde. Il faut savoir ce que l’on veut.


(*) La déroute des finances publiques fédérales devrait être un nouveau puissant facteur d’évolution…
 
(**) Il est piquant de lire dans son ouvrage « Splendeur de la Liberté », Paul-Henry Gendebien écrire : « La démocratie, quant à elle, accepte le droit à la différence, elle reconnaît et même encourage le divers et le multiple (...) Mais sans différences, l'échange n'a plus lieu. S'il n'y a plus rien à échanger, donc à comparer et à recomposer, alors la civilisation végétera et régressera. 
»

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