« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

La chute des feuilles en automne (apoptosis en grec) a donné son nom à un terme scientifique en médecine, l’apoptose qui correspond aux phénomènes qui conduisent normalement à la mort « en douceur » ... une autodestruction cellulaire (on parle également de mort cellulaire programmée) en réponse à un signal (interne ou externe).

Ce mécanisme permet à l'organisme de se débarrasser des cellules qui ne lui sont plus nécessaires.

 

On le sait, la division du pays en communautés flamande et française est l’aboutissement logique du long combat d’émancipation culturelle (combat justifié) du peuple flamand contre sa bourgeoisie francophone, alliée de la bourgeoisie capitaliste (au double sens de capital financier et de capitale politique) belge qui avait préalablement centralisé entre ses mains les richesses de la Wallonie en utilisant au mieux de ses intérêts l’institution Belgique.

 

Très rapidement, la communauté française a vu son qualificatif et sa référence « français » muer dans les discours en « francophone » avec comme dernier avatar non dénué d'arrière-pensée, « Wallonie-Bruxelles ».

 

L’usage de ces termes n’est pas innocent. Comme le disait déjà Maurice Dehouse, alors président de l’exécutif wallon (on ne parlait pas de gouvernement au début des années ’80) : «  La poussée vers la régionalisation à deux ne met pas en cause Bruxelles. Ce qui est plus important, et ce qui est nouveau ; c’est qu’elle met en cause la Wallonie. Car le système « simplifié » dont on vante les mérites, en fait soustrait la réalité wallonne. Il s’agit d’une mise en cause de la Wallonie. Si crise il y a, elle portera bien plus là dessus que sur le statut de Bruxelles ».

 

Curieusement, à l’époque, un des promoteurs de cet amalgame francophone incorporant les Wallons et Bruxelles était un… Wallon, François Martou, qui voulait ainsi marquer l’évolution de Bruxelles de ville historiquement flamande (*) à une cité « où l’on parle désormais le français dans la reconnaissance de la mosaïque des peuples et des cultures qui s’y déploient », voulant par là « organiser cette reconnaissance plus facilement au sein d’une région Wallonie-Bruxelles que dans un territoire soumis à l’influence flamande ».  Il faut reconnaître à sa décharge Qu’à l’époque, il était peu certain que la Flandre accepte la forme de régionalisation prévue sous forme de trois régions par la réforme de la Constitution de 1970. On sait ce qu’il en est devenu. Si la région de Bruxelles existe, elle reste aussi la capitale de la communauté flamande… et celle des « francophones ».

 

Martou reconnaissait d’ailleurs faire le jeu de la Flandre en préparant l’adoption de la volonté de fédéralisme à deux de cette dernière : « Si la communauté flamande veut imposer un fédéralisme à deux, autant qu’il soit efficace et démocratique et prenne pour base les deux régions ; Flandre et Wallonie-Bruxelles ».

 

André Patris avait réagi avec virulence à cette proposition d’amalgame. Non à cause d’une quelconque hostilité des Wallons à l’égard des Bruxellois, que du contraire, mais d’un sentiment de différenciation : « Coller aux Wallons l’étiquette de francophones en les assimilant ainsi abusivement aux Bruxellois, les frustrer d’un passé annexé par les laudateurs de l’unitarisme, et par là même consolider la barrière qui sépare le Wallonie de la France, n’est-ce pas le destin permanent des petits hommes qui nous gouvernent ».

 

A l’époque déjà, ce manque d’assentiment se justifiait en plus par des raisons financières. La clé de dotation pour les régions donnait 8,5 % des budgets à Bruxelles tandis qu’en matière communautaire, les Bruxellois bénéficiaient de 11,5 %. Ce n’est évidemment pas la Flandre qui aurait payé la différence…  Evidemment, ce débat fait maintenant presque partie de l’Histoire.

 

J’écris bien « presque » parce que, si la création des régions économiques a permis la mise en œuvre de politique adaptées en matière d’aménagement du territoire, de développement industriel, d’infrastructures, d’action démographiques (et encore, pas tout à fait), etc.. La persistance de l’institution « Communauté française » avec le contrôle des compétences culturelles (dont les medias de communication et l’éducation) a fini par imposer l’usage du terme générique francophone justifiant par là les pires craintes d’André Patris. L’amalgame dénoncé au début des années ’80 n’a pas fini de causer des dégâts.

 

Les différences culturelles font en effet partie du patrimoine immatériel de l’humanité. . Les spécificités culturelles, de quelque part du monde qu’elles viennent, méritent d’être conservées. Et cela vaut tant pour le, pour le joual de Montréal ou pour le ch’ti que pour sicilien des polars de Camilleri que pour le yiddish par exemple. Sans pour cela prôner un retour des langues endogènes ou dites naturelles sur le devant de la scène, à l’instar de ce que nos voisins grand-ducaux ont obtenu pour le luxembourgeois, devenu en 1984 « langue nationale » par une « loi » rédigée en français ( !). Ils avaient évidemment des raisons politiques locales que je ne jugerai pas. Il y a bien aussi un projet de créer un wallon passe-partout pour l’ensemble de la région… les Wallons sont de culture française et cela leur suffit.. Pour moi, mon langage vernaculaire maternel c’est le wallon de mon village – que je parle encore presque couramment – qui joue ce rôle. Quand je rentre dans la famille, je reçois l’accent comme on reçoit des odeurs d’herbes sur un marché provençal. C’est l’accent de ma mère, celui de chez moi qui malheureusement n’accompagne plus guère des discours en wallon. Les jeunes du cru ne connaissent que quelques insultes bien senties. Regrettable, mais c’est ainsi, avec l’acquisition du français, il y a déjà quelques siècles, nous avons fait un grand pas en avant vers l’universel.

 

La langue endogène, « le dialecte», rattache à un coin de terre  (allons, osons le mot ! Une petite patrie!). Sans rapport avec le nationalisme. C’est un rattachement est avant tout d’ordre sentimental, et n’implique aucun débordement politique. C’est prendre plaisir, pour moi, à savourer la « dorée au stoffé » de mon enfance ou une « târte al’djote » de ma commune d’adoption tout en appréciant, en goûtant par ailleurs et en même temps les différents d’accents français du reste de la Wallonie ou de France. Parce qu’on est toujours de quelque part, et si le monde d’aujourd’hui nous rend presque tous de plus en plus cosmopolites, il n’est pas mauvais de pouvoir disposer d’un point d’ancrage Ce point d’ancrage, c’est notre langue française. Sans quoi, nous risquons tous de n’avoir plus à notre disposition que cet anglo-américain de second rang qui s’insinue avec une force croissante dans les pratiques de communication.

 

On ne dira jamais assez l’effet pernicieux de l’existence de cette « communauté française Wallonie-Bruxelles  de Belgique » qui nie les différences sociologiques et linguistiques entre les deux régions. D’autant plus que l’essentiel des instances dirigeantes et donc le contrôle sur les medias officiels se trouve exclusivement dans une des deux régions économiques. Cette dernière peut donc imposer ses références culturelles à l’autre. (Pensons à l’usage « naturel et sans questionnement » lors des émissions de la télévision officielle de mots aussi abscons que « brol » ou Stoemp » par exemple). Et parmi ces références, influence flamande (besoin de vendre à cette communauté, quand ce n’est simplement pas de plaire), intégration européenne et multiculturalisme (en réalité multi communautarisme) obligent, la recherche d’un idiome « neutre » (quand ce n’est pas l’invention d’une déformation malheureuse comme « BOZAR » pour qualifier le Palais des Beaux-Arts)… Que font les ministres qui ont en charge la culture ?

 

Longtemps après les regrettés Joseph Boly et Joseph Hanse, défenseurs acharnés de la langue française contre ce qu’on appelait déjà l’invasion des anglicismes, il faut bien constater que la vogue de l’anglais ne cesse de dénaturer la communication et nos références. Une langue n’est pas seulement un moyen de communication, c’est aussi et surtout un système de construction de la pensée. Le français est tout aussi capable que toute autre langue de produire des idées profondes et rigoureusement élaborées. Pourquoi le négliger ?

Je ne m’élève pas ici contre l’usage de la langue anglaise. Je dis que cet usage ne procède pas d’une prétendue supériorité linguistique. D’ailleurs, quand on se retrouve dans un contexte anglophone : le français, certes, n’est guère prisé des unilingues anglo-saxons, qui ignorent même qu’il puisse exister d’autres langues que la leur. C’est cette ignorance qui explique également (pour faire simple) leur influence surdimensionnée aux plus hauts niveaux de décision de l’Union européenne. Ils sont en effet, les seuls à se comprendre et à imposer leurs points de vue puisqu’il y a finalement autant de façon de parler l’anglais qu’il y a de locuteurs.

Mais quand on s’exprime dans un milieu essentiellement de langue française, est-il légitime de l’imposer à ses auditeurs ? Peut-on penser qu’il ne s’agisse tout bêtement que d’être dans le vent, de « s’accorder au sens de l’histoire » et de la mondialisation (les derniers événements financier montrent bien toutes les limite de celle-ci…) ou d’une prétendue supériorité linguistique ? Ou est-ce simplement un effet induit d’une volonté d’acculturation liée à l’existence (et à la survie) de l’institution « communautaire » puisque celle-ci est composée de deux communautés au moins.  Georges Désir qui fut un député-bourgmestre de Bruxelles (ou plutôt de Woluwe quelque chose) faisait remarquer que « les Bruxellois ne sont plus ni Wallons, ni Flamands, même si lors de leur installation dans l ’agglomération, leur famille provenait de l’une ou l’autre province du Sud ou du Nord ». Le slogan de son parti dans les années 70-80 n'était-il pas « Bruxellois, maître chez toi » ?

 

Francophone dans ce pays, c’est être ni Wallon, ni Français ce n’est même plus s’exprimer en français. C’est reproduire un des aspects les plus sournois de la propagande centralisatrice et différenciatrice (vis-à-vis de l’étranger et particulièrement de la France) belge. Un nationalisme larvé qui n’ose pas dire son nom. Une machine à laver les cerveaux. Préparer cette monstruosité que serait l’Etat Belgique continué avec des citoyens culturellement indifférenciés. Pour ne pas dire acculturés.

 

André Paris l’avait bien dit, rappelons le : « … consolider la barrière qui sépare le Wallonie de la France, n’est-ce pas le destin permanent des petits hommes qui nous gouvernent ».

 

(*) Un des plus fervents défenseurs du « belgicanisme continué » comme José-Alain Fralon a écrit dans « Le roman de Bruxelles » que celle-ci est une ville flamande parlant français… Même s’il a nuancé son propos par la suite en précisant que « s’il faut tenir compte du caractère flamand de la ville, je pense que le jour où la Flandre sera indépendante, les Flamands n’auront aucun droit à revendiquer un quelconque pouvoir à Bruxelles ».

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