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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 22:08

Comme chaque année, le pèlerinage de l'Yser (Ijzerbedevaart), rassemblement annuel du mouvement flamand modéré, s’est tenu ce dimanche.

La presse francophone fait mine de s’inquiéter des propos qui ne sont parfois que de bon sens comme la suppression des élections fédérales, mais surtout de la présence de politiciens flamands importants lors de cette manifestation.

 

Dame, c’est que l’évolution péjorative de la Belgique a de quoi alimenter les pires fantasmes. Pas de quoi rassurer ceux qui veulent « laver plus belge » comme les instances dirigeantes de la RTB(f) qui ont annoncé au cours d’une grande fête que « leurs programme seraient encore plus belge » désormais. Diable, ça promet…

 

L’inquiétude est d’autant plus grande que les partis radicaux, ouvertement indépendantistes (ou, en tous cas, ceux présentés comme tels), attirent plus de 30 % des électeurs flamands. Et que l’un d’entre eux participe au gouvernement de la Flandre.

 

Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?  Comme souvent, l’Histoire nous éclaire.

 

Si depuis 1830, un mouvement d’émancipation contre la bourgeoisie francophone se développait en Flandre, ce n’est qu’à partir de 1880 que le mouvement flamand prend son essor. D’orientation essentiellement culturelle et linguistique, il n’accordait que peu d’intérêt aux questions économiques. Ce qui n’a pas duré, la bourgeoisie flamande ayant très rapidement compris l’intérêt de lier revendication culturelle et indépendance économique pour s’émanciper de la bourgeoisie francophone (et donc aussi flamande, mais s’exprimant en français) centralisatrice et concentratrice. Permettant ainsi un rapport spécifique entre les forces sociales fort différent de ce qui s’était passé en Wallonie depuis le XIXème siècle.

En Flandre dès l’origine du processus d’industrialisation l’économique est directement lié à la revendication culturelle, permettant le développement d’un sentiment d’appartenance au peuple flamand. C’est fort différent de la Wallonie où conséquence de l’antériorité et des luttes, l’appartenance s’exprime par rapport aux classes sociales. (*)

 

Les histoires des régions sont différentes, l’adversaire du peuple flamand n’est pas sa bourgeoisie, mais la bourgeoisie francophone et tous ceux qui en parlent la langue. En conséquence, il n’y aura que peu d’affrontement entre classes sociales à l’intérieur de la communauté flamande. Le conflit social fondamental, originel, est un conflit de communauté à communauté. L’adversaire est extérieur. (1)

 

Pour légitimer cette stratégie, la bourgeoisie flamande regroupée au sein du V.E.V. va favoriser l’adhésion des forces sociales à cet enjeu politique. (2) Les intellectuels flamands et le bas-clergé s’en sont fait les relais favorisant un antisocialisme par l’émergence d’une démocratie chrétienne plus propice à défendre des objectifs combinant à la fois une politique sociale modérée basée sur le respect de chaque classe sociale et surtout la défense culturelle du peuple flamand et donc, le contrôle de l’économie en faveur de celui-ci.  Une politique quelque peu populiste en quelque sorte. Stratégie qui va être développée et mise en application avec succès puisque poursuivie depuis sans discontinuer. Les récentes déclarations de Chris Peeters en faveur de plus d’autonomie économique et institutionnelle vont dans ce sens.

 

On comprend mieux pourquoi on voit cohabiter au sein des partis flamands et particulièrement le plus puissant d’entre eux, le parti catholique (devenu depuis CVP et ensuite CD&V) des tendances que tout aurait du opposer mais pour lesquelles la revendication culturelle (communautaire) est un puissant ferment d’unité au-delà des divisions sociales. D’ailleurs, lors de l’introduction du suffrage universel (et depuis !), rares ont été les politiciens flamands qui se seraient déclarés « anti-flamands ». Là où de nombreux politiciens wallons (les bruxellois, c’est normal…) se sont plus volontiers déclarés et ont agi en « belges » (au sens « internationaliste » qu’on peut maintenant donner à ce terme, favorisant les visées du mouvement flamand)…

 

A côté de ces partis traditionnels, largement acquis au programme du mouvement flamand, s’opposent des partis clairement nationalistes. C’est le début de la division entre minimalistes (ou modérés) et maximalistes (ou radicaux).

D’ailleurs, dans un souci d’unité de la lutte d’émancipation, un programme minimum a été élaboré en 1918 et proposé aux partis traditionnels avec l’assurance d’un soutien électoral :

- Flamandisation de l’Enseignement, de la Justice et des administrations publiques sur le territoire flamand ;

- division de l’armée en unités wallonne et flamandes ;

- réorganisation linguistique de l’administration centrale selon l’équilibre linguistique des régions.

Face à cette tendance majoritaire, diverses formations revendiquent des réformes institutionnelles plus radicales. Mais, même minoritaires, elles ont toujours eu une influence évidente sur l’électorat.

 

Les minimalistes majoritaires préférant une conquête progressive du pouvoir (3) au sein des structures existantes pour contrôler la décision politique et l’infléchir progressivement et durablement en faveur de la Flandre. (4)

 

On le voit, cette opposition entre minimalistes et maximalistes n’a jamais porté sur le processus d’autonomisation ou de prise de contrôle par la Flandre des leviers du pouvoir en Belgique à son profit mais sur la stratégie à suivre pour réaliser cette autonomie. La Flandre pourrait d’ailleurs se satisfaire de cette autonomie de gestion de l’ensemble belge par elle seule. Plus besoin alors de la revendication d’indépendance qui serait toujours le fait de partis minoritaires comme ça a été le cas depuis 1860… Heureusement le fédéralisme - revendication wallonne - nous en protège un peu tant qu’on ne cherchera pas un retour en arrière.

 

Ce billet n’est évidemment qu’un résumé de quelques faits historique et est forcément incomplet.
Notons simplement que la persistance de la revendication culturelle au sein des partis de la tendance minimaliste a eu pour effet de contenir la poussée nationaliste tout en consolidant (exacerber) l’identification flamande autour de l’opposition entre les communautés.  
Il est intéressant aussi de constater que les Flamands que l’on présente comme « sage et responsables » aujourd’hui (Martens, Dehaene, Eyskens, Van Rompuy...) ont tous été maximalistes dans leur jeunesse et dans la première moitié de leur vie politique (5) et malgré leur engagement dans des partis minimalistes ont bien pris leur part dans la conquête flamande. Béatrice Delvaux (dans son édito au journal « Le Soir » de ce lundi 31 août) que la présence d'Herman Van Rompuy au fédéral rassure… devrait le... méditer (?) Ils ont passé le relai à d’autres qui continuent le même combat et le pousseront plus loin.

 

Ecoutons donc bien attentivement  tout ce qui se dit dans la plaine de l’Yser. Les maximalistes de la cause flamande d’aujourd’hui sont les minimalistes de demain et les sages d’après demain. Le renouvellement est assuré. Il n’y a pas d’illusion à se faire. 

Je suis prêt à parier que dans quelques année, Bart De Wever qui est voué aux gémonies par les belgicains d' aujourd'hui sera considéré comme un sage, un homme d'Etat capable de sauver la Belgique. En atendant, il aura fait progresser la cause flamande et aura pu passer la main.
 

La seule façon de nous en sortir, c’est l’autonomisation de la Wallonie par rapport à la Belgique. En sortir. Et vite !


M. à J. : Un excellent billet sur le blog "Liège-France" du 1er septembre. 

 

(*) Il faudra bien en finir un jour avec ceux qui propagent et entretiennent à l’envi le « culpabilisme historique des Wallons » qui n’ont jamais dominé la Flandre mais ont été les premiers à souffrir d’un capitalisme industriel débridé à l’époque où la Flandre était encore essentiellement rurale.

 

(1) « Nous devons avoir conscience que notre organisme doit aider effectivement à l’émancipation morale et matérielle de notre peuple… Nous désirons (…) que la puissance économique qui jusqu’ici se trouve encore en grande partie entre les mains de nos adversaires, passe lentement mais sûrement entre les mains de Flamands convaincus et conscients, qui l’emploieront à revigorer et fortifier la communauté flamande ». (Lieven GEVAERT, discours inaugural du V.E.V.)

 

(2) Et peu importe finalement que derrière cette façade se dissimule une concurrence entre deux fractions de la bourgeoisie industrielle de l’époque (capitaliste francophone, belge centralisatrice, et industrielle flamande, la seconde ne souhaitant pas être absorbée par la première comme ce fut le cas de la bourgeoisie industrielle en Wallonie, perdant ainsi toute possibilité de réaction face aux nouveaux enjeux. Une des causes premières et lointaine de ce que Michel Quévit a décrite dans son livre : « les causes du  déclin wallon ». Dans la première partie, si je ne m’abuse).

Cette référence populiste a favorisé la cohésion sociale et a donc a donc permis le développement de relations sociales non-conflictuelles (ou, en tous cas rares) à l’intérieur du territoire flamand. Tout en donnant une légitimation sociale à la lutte contre la bourgeoisie francophone dans un premier temps contre tout ce qui parle français par la suite. C’est l’origine du « conflit communautaire »… Qui viendra encore dire, face à ces conséquences économique que « le communautaire, c’est un faux problème » et « qu’il faut s’occuper des vrais problèmes » ?

 

(3)Avec leurs alliés francophones, ces minimalistes vont ainsi consolider la logique de la centralisation institutionnelle.

 

(4) Mais on sait que ça s’est fait rapidement - et brutalement, j’y reviendrai un jour - induisant en retour une réaction d’auto-défense du mouvement wallon qui aboutira péniblement à la régionalisation.

 

(5) Van Rompuy en 1979… :

- « La survie de la Belgique a pour nous moins de valeur que le sort de centaines de milliers de Flamands qui devront construire demain leur avenir… » On dirait du Leterme, quasiment mot à mot.

- « Ce n’est un secret pour personne que les groupes de travail du CVP (sur la réforme de l’Etat) sont arrivés à la conclusion que seule une autonomie politique et économique très poussée permettra à la Flandre d’assurer sa prospérité à venir ». (Bart de Wever est un modéré à côté)

- A propos de Bruxelles pour ceux qui s'y font encore des illusions : « avant toute négociation, la Flandre exige la limitation de Bruxelles aux dix-neuf communes, la fusion de toutes les communes bruxelloises et une gestion paritaire… avec un statut spécial » et « La périphérie, ce n’est plus à discuter ; une des causes majeure de l’échec du pacte d’Egmont était le droit d’inscription ; aujourd’hui, on n’en parle plus ; les francophones ont compris… » Là aussi, l’histoire se répète… Avec une constance remarquable.

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Published by Claude Thayse - dans Actualité
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francolatre 02/09/2009 19:53

Dans une de ses fables (il en a écrit beaucoup, je sais), La Fontaine évoque ces dindons perchés sur une branche pour fuir un prédateur. A la longue, ils s'endorment et tombent de l'arbre dans la gueule de leur ennemi. La danger arrive rarement comme on l'imagine. Les francophones se flattent de n'avoir rien lâché en 2007 sur la réforme de l'Etat. Erreur, en contrepartie, ils ont cédé sur les compétences fédérales. Jamais ils n'auront été aussi peu représentés dans les départements régaliens. A la Flandre, la Justice, l'Intérieur, les Affaires étrangères, les Entreprises publiques. A nous les Finances, la coopération au développement et quelques brols qu'il a fallu dénicher en catastrophe pour quelques retardataires (Clerfayt, etc.) Pourquoi la Flandre réclamerait-elle une indépendance alors qu'elle n'a pas encore vidé la coquille belge de sa substance?   

francolatre 01/09/2009 16:07

J'ai vu les images du pélerinage à la VRT. Le commentateur reconnaissait lui-même que l'assistance était plus que clairsemée. Outre Kris Peeters, il y avait l'inévitable Bert Anciaux et Patrick Vankrunkelsven. C'est à peu près tout pour les personnalités de premier plan. On est bien loin des meetings enfiévrés des années 60 et 70. A l'heure où la Flandre bat un record de faillites, l'élan nationaliste va sans doute être mis en veilleuse.

Claude Thayse 01/09/2009 17:43


C'est donc le moment de prendre la relève !
;-)

Plus sérieusement, ne minimisons rien. Avez-vous lu ceci : http://www.lesoir.be/forum/a_bout_portant/article_725433.shtml ?
Belle évolution.


« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
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