C’est sous ce titre que l’ASBL « Vivre en Wallonie »
publie ses réflexions sur la crise que traverse le monde agricole. Traverse en permanence, la colère des producteurs de lait n’en est qu’un des aspects.
Ce que j’ai appelé dans un billet précédent le capitalisme financier international
(celui qui a remplacé le capitalisme industriel, par définition plus localisable et qui avait fini par s’humaniser) est le premier responsable de la crise. Le second étant la politique
agricole européenne qui en cherchant à globaliser l’agriculture applique les volontés de ces financiers internationaux. Oui, ceux là dont même le président des Etats Unis d’Amérique lui-même
dénonce le cynisme.
Devant le peu de réactions du monde politique et l’apathie dont nos sociétés font
preuve, j’aurais voulu écrire un billet sur ce sujet, mais ce texte publié entre-temps cite certains arguments que j’aurais volontiers développés. Je le livre donc à vos réflexions
:
« Il est bien vrai que la politique agricole européenne paraît bien orientée vers la
disparition de l’agriculture familiale au profit de sociétés industrielles pouvant évoluer vers la domination de multinationales complètement indifférentes au sort des exploitants agricoles qui,
aujourd’hui, contre vents et marées, bataillent chaque jour pour une production abondante et de qualité.
Les statistiques annuelles sont édifiantes à ce sujet. Elles indiquent une diminution
constante des exploitations, alors que la superficie cultivée (agriculture et élevage) reste globalement stable.
Il est tout aussi exact que ce sont uniquement les producteurs (cultivateurs et éleveurs)
qui sont frappés par la cascade des mesures européennes restrictives.
En fait, ils ont perdu toute possibilité d’intervention sur l’exercice de leur
profession.
Le producteur agricole, depuis des siècles, voire des millénaires, devait apprivoiser la
nature pour en tirer les moyens de subsistance de l’Humanité. Il devait fertiliser la terre, s’accommoder des caprices météorologiques, combattre les prédateurs animaux et les destructeurs
naturels (insectes, champignons, plantes envahissantes….)
Ces fonctions, il les a exercées avec un savoir-faire, une ténacité et une efficacité qui
ont permis d’assurer l’alimentation de milliards d’individus.
Mais il était le maître de ses choix de production, en liaison avec les besoins et la
demande. Et il en fixait les prix, afin de se garantir un revenu correct.
Aujourd’hui, l’agriculteur n’a plus aucune maîtrise de ce genre. C’est l’Europe qui
détermine des quotas de production ou les supprime à son gré suivant des critères supranationaux dont les justifications sont totalement opaques pour les producteurs. C’est elle aussi qui agit
sur les prix destinés à payer la rétribution du travail fourni. Toujours à la baisse, bien entendu.
D’année en année, l’agriculteur est ballotté d’une exigence de production à une autre, est
pénalisé en cas de « trop bonne » ( !) récolte, doit se soumettre à des prix établis de façon à avantager, notamment, le secteur de la grande distribution et les divers
intermédiaires qui prélèvent un juteux pourcentage depuis la culture et l’élevage jusqu’à la vente au détail. Et l’on ne peut même pas arguer du fait que c’est le consommateur qui y
gagne.(*)
Citons un exemple. Face à la chute brutale des prix des céréales, à la réduction autoritaire
des surfaces de betteraves sucrières, les cultivateurs ont accru le nombre d’hectares consacrés à la pomme de terre. Et voilà que s’annonce une récolte exceptionnelle. D’office, la prévision
officielle tombe : le cultivateur devra réduire le prix de vente de la tonne de patates.
Cette réduction aura-t-elle un effet bénéfique sur le prix des produits offerts à la
consommation ? Nous parions un magnum de champagne contre un verre d’eau du robinet que le sachet de frites ne diminuera pas d’un centime. Où va donc se retrouver la différence de prix
à la production ?
Il n’est plus question que de « transparence », de « visibilité » dans
le langage économique autant que politique. Eh bien, chiche !
Que, d’une part, que des chiffres précis soient fournis aux citoyennes et citoyens sur la
dégringolade des prix payés aux agriculteurs pour les céréales, les betteraves, la viande, le lait, et d’autre part, sur la hausse des prix des semences, engrais, produits phytosanitaires, sur
les exigences en matière d’investissement afin de répondre aux obligations européennes ainsi qu’aux dimensions des exploitations, et que l’opinion publique puisse se faire une idée des efforts
imposés au monde agricole.
Pour compléter le tableau, que soit mise en regard l’évolution des prix des marchandises
correspondantes dans le commerce de détail.
Et que l’on fournisse une justification à l’écart grandissant entre la source et
l’aboutissement.
Pour calmer quelque peu le jeu, des « aides » sont consenties – sans commune
mesure avec les pertes de revenus, d’ailleurs. Cela part peut-être d’une bonne intention mais les agriculteurs les perçoivent comme une forme de mépris, comme une humiliation. Ils ne mendient pas
la charité publique. Ils revendiquent un juste salaire pour le fruit de leur labeur. Comme n’importe quel travailleur. »
(*) Il suffit de voir comment et avec quelle célérité la grande distribution a immédiatement
répercuté l’aumône faite récemment aux producteurs de lait dans ses prix.
La globalisation a également un effet pervers, celui de faire disparaître la diversité
quand ce n’est pas la qualité. Le critère essentiel de décision des « acheteurs » étant le prix le plus bas, on finira par la grâce de la concentration par ne plus trouver que les mêmes
produits dans tous les supermarchés du monde… Triste monde où l’uniformité du goût devient la règle !
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