« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
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« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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Je vous invite à lire un livre dérangeant dans son message par rapport à l’Histoire telle qu’on nous l’a racontée, mais essentiel sur le fond par rapport à nos réflexions pour comprendre - par ricochet - l’échec de la Belgique. Ce livre : « Comment le peuple juif fut inventé » de l’historien israélien Shlomo Sand (*) analyse et documente avec talent l’invention du peuple juif par les doctrinaires du sionisme.  Impressionnante démonstration de l’exigence de vérité qu’un historien peut avoir vis à vis de lui-même et de son peuple. Et au-delà, une question d’actualité pour l’avenir des relations entre Israël et la Palestine.

 

Certes, partout, dans l’invention de cette communauté qu’est le peuple, les enseignants, les historiens, les folkloristes, les romanciers, ont toujours joué un rôle essentiel pour délimiter cette entité d’une identité qui la délimite dans le temps et l’espace, notamment dans ce qu’on a appelé « le printemps des peuples » au XIXème siècle, celui de l’émergence des nationalismes. Il aura fallu attendre le XXème siècle pour voir parfois apparaître une réflexion plus distanciée par rapport  à ces mythes historiques, parfois créés de toute pièce et utiles aux régimes en leur qualité d’histoire simplifiée, vulgarisée, et souvent utilisée comme démonstration du pouvoir politique.

 

C’est ce qui a été fait avec opiniâtreté par le Mouvement wallon qui a remis en cause l’historiographie officielle de Pirenne et de ses successeurs, avec talent également dans la première édition de « l’Histoire de la Wallonie » de Léopold Génicot ou dans un but… heu… différent, plus polémiste comme dans « Les grands mythes de l'histoire de Belgique » qui pêchent par une certaine subjectivité politique évidemment difficile à éviter dans ce type de travail de déstructuration. (**)  A. Morelli l’avoue de fait en précisant « qu’on n'aurait d'ailleurs pas fait le livre sans la deuxième partie, qui s'attaque aux mythes wallons, flamands, et même bruxellois »… Ce qui a fait beaucoup pour que les médias belges d’expression française assurent le succès du livre.

 

Malgré le travail remarquable de critique historique des historiens scientifiques, on peut constater que cette histoire simplifiée a de beaux jours devant elle, particulièrement en Wallonie et à Bruxelles. Nous pouvons le constater tous les jours. Comme l’écrivait Jean Paul Marthoz dans une remarquable chronique dans le journal « Le Soir du  24 mars : « Le refus de savoir semble pourtant l’emporter très souvent sur la quête de la vérité, comme si l’ignorance était plus convaincante et l’illusion plus confortable. Il y a des « vérités qui dérangent » et beaucoup préfèrent fermer les yeux plutôt que d’être éblouis par la réalité ».    L’amorphisme politique tient à ça également et pas uniquement au système des piliers qui contrôlent la société en empêchant tout changement. Hélas !

 

Mais revenons au sujet.

Les mythes identitaires politiques (**) se construisent le plus souvent contre quelque chose, ce sont des mythes différenciateurs. Ils gomment les tensions internes au groupe et le définisse par exclusion par rapport aux autres groupes. C’est ce qui fait toute la différence entre le nationalisme flamand et l’identité wallonne qui est multiple et non réductrice à un point même qu’elle est volontiers niée par certains qui prétendent pourtant « parler au nom du peuple ».

 

Si le nationalisme flamand à vocation de reconnaissance linguistique a finalement abouti à populariser l’objectif logique d’indépendance de la Flandre, je ne suis pas certain que celle-ci soit aussi rapidement à l’ordre du jour que ce que certains espèrent. D’une part, la crise (la dérive ?)  financière mondiale et ses répercussions économiques récentes fait réfléchir les dirigeants des partis traditionnels qui savent ce que la Flandre gagne à contrôler les leviers essentiels de la Belgique. Et surtout, d’autre part, l’impossibilité d’arriver à une alliance cohérente et forte entre les différentes formations politiques autonomistes au sein de la droite ultra-majoritaire due plus à des incompatibilités individuelles qu’à des différences essentielles de choix de société provoque un éparpillement des voix qui rendent vains tous les calculs basés sur l’addition de pourcentages de voix qui permettraient à la Flandre de déclarer son indépendance, malgré la popularité de ce projet dans le population. Tant qu’il n’y aura pas de volonté « d’union sacrée » des nationalistes flamands, la Belgique continuera sur sa lancée… D’escarmouches en escarmouche la crise institutionnelle continuera à s’enkyster au détriment de la Wallonie. Il ne faut pas compter sur nos partis (notre parti plutôt, tant les différences sont impalpables) traditionnels en panne d’idées neuves pour qui l’occupation du pouvoir sans interruptions et la gestion au quotidien absorbent toutes les énergies. Et le système électoral proportionnel avec sa franchise a-démocratique de 5 % des voix en deçà de laquelle les voix obtenues ne comptent tout simplement pas, empêchant, sauf accident, toute irruption sur la scène politique d’un parti neuf n’arrangera pas les choses, à moins d’une lame de fond émotionnelle... Le système étant ainsi parfaitement cadenassé, on a créé des familles politiques de droit divin, des reconductions de mandats quasi automatiques, des vassaux dépendants des roitelets qui sont eux-mêmes dépendants de leurs appareils de parti. Le monde politique belge a inversé les polarités de la démocratie représentative, c’est la base qui doit avoir des porte-parole et non l’inverse. Même si les transferts de voix sont réduits, ils indiquent une forte exigence de changement chez l’électeur. Le système proportionnel et les arrangements qui l’accompagnent inévitablement n’en tiennent pas compte. On est loin du vote majoritaire où un mandataire met longtemps pour obtenir la confiance parce qu’il doit faire ses preuves. Et où une seule voix peut faire basculer une majorité et engendrer le changement qui va avec, les hommes, le programme et l’esprit de gouverner.

 

Si un autre nationalisme, le nationalisme bruxellois, est en train de naître, basé sur un mythe différenciateur visible sur les fora des grands journaux (les Flamands son hégémoniques et les Wallons des fainéants et socialistes… air connu !), il existe un autre nationalisme en construction, plus pernicieux, j’en ai déjà parlé, c’est celui de la « nation francophone » que d’aucun appelleraient même « Belgique française » et qui a pour objectif de nier complètement l’identité wallonne dans un ensemble sensé poursuivre l’existence d’une « Belgique entre-nous »…

 

Concept dangereux, issus de celui de la Communauté française « Wallonie-Bruxelles », institution inutile et basée uniquement sur une langue commune. Née du principe sur le principe de communauté culturelle, revendication essentiellement flamande pour protéger les Flamands de Bruxelles, Il a bien fallu en passer par là pour obtenir la régionalisation économique, demande essentiellement wallonne. Et si, curieusement, malgré les tares de cette institution, son coût et son inefficacité, elle subsiste, c’est  qu’elle a déjà pris la place de la Belgique unitaire dans l’esprit des partisans de celle-ci qui ont fini par y trouver de nombreux avantages. Convaincus qu’ils sont maintenant qu’il n’y aura pas de retour en arrière et que le nationalisme flamand est un fait incontournable. On cherche donc à re-créer une Belgique « à l’ancienne » mode avec une capitale et une province, gommant les acquis des régionalisations successives. La main mise du FDF sur le MR ne vise à rien d’autre et il en va de même dans les autres partis, même parmi ceux apparemment peu suspects de visées institutionnelles comme le CDH ou Ecolo. Une des têtes pensantes de ce dernier parti, Marie Nagy, n’a-t-elle pas dit un jour (dans « Le Soir » du 4 septembre 1997) que « la Belgique sera bruxelloise ou ne sera pas » ?

 

Ce mythe de la Belgique continuée, cette dérive identitaire qu’on essaye (à peine) insidieusement de nous imposer est extrêmement dangereuse et néfaste. C’est une politique annexionniste et une stratégie d’acculturation. A nous de réagir et de rappeler que notre rôle, c’est aussi de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas nécessairement entendre.

 

L’échec de la création pérenne d’une « nation belge » s’explique par le fait que le nationalisme n’est pas du à l’existence des nations, mais la Flandre l’a montré récemment, que ce sont bien les nations qui sont le produit du nationalisme comme Benedict Anderson et Ernest Gellner l’on théorisé.  Méfions nous de cette pseudo « nation francophone » qu’on veut nous imposer.  Il y a là un danger pour notre identité wallonne, romane, française. Si tout le monde a besoin d'une identité, de s'inscrire dans un groupe, cette identité peut être multiple, et non pas réductrice, mais elle doit être.

Il est important de le rappeler et de ne pas se laisser imposer des choix. Si je n’ai pas souvent partagé les choix politiques de Jean-Maurice Dehousse, je ne peux qu’être d’accord avec l’intervention ci-dessous :
 



(**) Fayard 2008
(**) Il y en a d’autres, religieux par exemple.  Il suffit de penser à la forte augmentation des femmes voilées dans les lieux publics à Bruxelles et à la problématique du port du voile. Phénomène identitaire indiscutable, témoin d’une intégration insuffisante dans une société – finalement assez schizogène – qui se défini de manière assez peu compatible et peu claire comme à la fois judéo-chrétienne et laïque…

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