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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 15:00

Je vous invite à lire un livre dérangeant dans son message par rapport à l’Histoire telle qu’on nous l’a racontée, mais essentiel sur le fond par rapport à nos réflexions pour comprendre - par ricochet - l’échec de la Belgique. Ce livre : « Comment le peuple juif fut inventé » de l’historien israélien Shlomo Sand (*) analyse et documente avec talent l’invention du peuple juif par les doctrinaires du sionisme.  Impressionnante démonstration de l’exigence de vérité qu’un historien peut avoir vis à vis de lui-même et de son peuple. Et au-delà, une question d’actualité pour l’avenir des relations entre Israël et la Palestine.

 

Certes, partout, dans l’invention de cette communauté qu’est le peuple, les enseignants, les historiens, les folkloristes, les romanciers, ont toujours joué un rôle essentiel pour délimiter cette entité d’une identité qui la délimite dans le temps et l’espace, notamment dans ce qu’on a appelé « le printemps des peuples » au XIXème siècle, celui de l’émergence des nationalismes. Il aura fallu attendre le XXème siècle pour voir parfois apparaître une réflexion plus distanciée par rapport  à ces mythes historiques, parfois créés de toute pièce et utiles aux régimes en leur qualité d’histoire simplifiée, vulgarisée, et souvent utilisée comme démonstration du pouvoir politique.

 

C’est ce qui a été fait avec opiniâtreté par le Mouvement wallon qui a remis en cause l’historiographie officielle de Pirenne et de ses successeurs, avec talent également dans la première édition de « l’Histoire de la Wallonie » de Léopold Génicot ou dans un but… heu… différent, plus polémiste comme dans « Les grands mythes de l'histoire de Belgique » qui pêchent par une certaine subjectivité politique évidemment difficile à éviter dans ce type de travail de déstructuration. (**)  A. Morelli l’avoue de fait en précisant « qu’on n'aurait d'ailleurs pas fait le livre sans la deuxième partie, qui s'attaque aux mythes wallons, flamands, et même bruxellois »… Ce qui a fait beaucoup pour que les médias belges d’expression française assurent le succès du livre.

 

Malgré le travail remarquable de critique historique des historiens scientifiques, on peut constater que cette histoire simplifiée a de beaux jours devant elle, particulièrement en Wallonie et à Bruxelles. Nous pouvons le constater tous les jours. Comme l’écrivait Jean Paul Marthoz dans une remarquable chronique dans le journal « Le Soir du  24 mars : « Le refus de savoir semble pourtant l’emporter très souvent sur la quête de la vérité, comme si l’ignorance était plus convaincante et l’illusion plus confortable. Il y a des « vérités qui dérangent » et beaucoup préfèrent fermer les yeux plutôt que d’être éblouis par la réalité ».    L’amorphisme politique tient à ça également et pas uniquement au système des piliers qui contrôlent la société en empêchant tout changement. Hélas !

 

Mais revenons au sujet.

Les mythes identitaires politiques (**) se construisent le plus souvent contre quelque chose, ce sont des mythes différenciateurs. Ils gomment les tensions internes au groupe et le définisse par exclusion par rapport aux autres groupes. C’est ce qui fait toute la différence entre le nationalisme flamand et l’identité wallonne qui est multiple et non réductrice à un point même qu’elle est volontiers niée par certains qui prétendent pourtant « parler au nom du peuple ».

 

Si le nationalisme flamand à vocation de reconnaissance linguistique a finalement abouti à populariser l’objectif logique d’indépendance de la Flandre, je ne suis pas certain que celle-ci soit aussi rapidement à l’ordre du jour que ce que certains espèrent. D’une part, la crise (la dérive ?)  financière mondiale et ses répercussions économiques récentes fait réfléchir les dirigeants des partis traditionnels qui savent ce que la Flandre gagne à contrôler les leviers essentiels de la Belgique. Et surtout, d’autre part, l’impossibilité d’arriver à une alliance cohérente et forte entre les différentes formations politiques autonomistes au sein de la droite ultra-majoritaire due plus à des incompatibilités individuelles qu’à des différences essentielles de choix de société provoque un éparpillement des voix qui rendent vains tous les calculs basés sur l’addition de pourcentages de voix qui permettraient à la Flandre de déclarer son indépendance, malgré la popularité de ce projet dans le population. Tant qu’il n’y aura pas de volonté « d’union sacrée » des nationalistes flamands, la Belgique continuera sur sa lancée… D’escarmouches en escarmouche la crise institutionnelle continuera à s’enkyster au détriment de la Wallonie. Il ne faut pas compter sur nos partis (notre parti plutôt, tant les différences sont impalpables) traditionnels en panne d’idées neuves pour qui l’occupation du pouvoir sans interruptions et la gestion au quotidien absorbent toutes les énergies. Et le système électoral proportionnel avec sa franchise a-démocratique de 5 % des voix en deçà de laquelle les voix obtenues ne comptent tout simplement pas, empêchant, sauf accident, toute irruption sur la scène politique d’un parti neuf n’arrangera pas les choses, à moins d’une lame de fond émotionnelle... Le système étant ainsi parfaitement cadenassé, on a créé des familles politiques de droit divin, des reconductions de mandats quasi automatiques, des vassaux dépendants des roitelets qui sont eux-mêmes dépendants de leurs appareils de parti. Le monde politique belge a inversé les polarités de la démocratie représentative, c’est la base qui doit avoir des porte-parole et non l’inverse. Même si les transferts de voix sont réduits, ils indiquent une forte exigence de changement chez l’électeur. Le système proportionnel et les arrangements qui l’accompagnent inévitablement n’en tiennent pas compte. On est loin du vote majoritaire où un mandataire met longtemps pour obtenir la confiance parce qu’il doit faire ses preuves. Et où une seule voix peut faire basculer une majorité et engendrer le changement qui va avec, les hommes, le programme et l’esprit de gouverner.

 

Si un autre nationalisme, le nationalisme bruxellois, est en train de naître, basé sur un mythe différenciateur visible sur les fora des grands journaux (les Flamands son hégémoniques et les Wallons des fainéants et socialistes… air connu !), il existe un autre nationalisme en construction, plus pernicieux, j’en ai déjà parlé, c’est celui de la « nation francophone » que d’aucun appelleraient même « Belgique française » et qui a pour objectif de nier complètement l’identité wallonne dans un ensemble sensé poursuivre l’existence d’une « Belgique entre-nous »…

 

Concept dangereux, issus de celui de la Communauté française « Wallonie-Bruxelles », institution inutile et basée uniquement sur une langue commune. Née du principe sur le principe de communauté culturelle, revendication essentiellement flamande pour protéger les Flamands de Bruxelles, Il a bien fallu en passer par là pour obtenir la régionalisation économique, demande essentiellement wallonne. Et si, curieusement, malgré les tares de cette institution, son coût et son inefficacité, elle subsiste, c’est  qu’elle a déjà pris la place de la Belgique unitaire dans l’esprit des partisans de celle-ci qui ont fini par y trouver de nombreux avantages. Convaincus qu’ils sont maintenant qu’il n’y aura pas de retour en arrière et que le nationalisme flamand est un fait incontournable. On cherche donc à re-créer une Belgique « à l’ancienne » mode avec une capitale et une province, gommant les acquis des régionalisations successives. La main mise du FDF sur le MR ne vise à rien d’autre et il en va de même dans les autres partis, même parmi ceux apparemment peu suspects de visées institutionnelles comme le CDH ou Ecolo. Une des têtes pensantes de ce dernier parti, Marie Nagy, n’a-t-elle pas dit un jour (dans « Le Soir » du 4 septembre 1997) que « la Belgique sera bruxelloise ou ne sera pas » ?

 

Ce mythe de la Belgique continuée, cette dérive identitaire qu’on essaye (à peine) insidieusement de nous imposer est extrêmement dangereuse et néfaste. C’est une politique annexionniste et une stratégie d’acculturation. A nous de réagir et de rappeler que notre rôle, c’est aussi de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas nécessairement entendre.

 

L’échec de la création pérenne d’une « nation belge » s’explique par le fait que le nationalisme n’est pas du à l’existence des nations, mais la Flandre l’a montré récemment, que ce sont bien les nations qui sont le produit du nationalisme comme Benedict Anderson et Ernest Gellner l’on théorisé.  Méfions nous de cette pseudo « nation francophone » qu’on veut nous imposer.  Il y a là un danger pour notre identité wallonne, romane, française. Si tout le monde a besoin d'une identité, de s'inscrire dans un groupe, cette identité peut être multiple, et non pas réductrice, mais elle doit être.

Il est important de le rappeler et de ne pas se laisser imposer des choix. Si je n’ai pas souvent partagé les choix politiques de Jean-Maurice Dehousse, je ne peux qu’être d’accord avec l’intervention ci-dessous :
 



(**) Fayard 2008
(**) Il y en a d’autres, religieux par exemple.  Il suffit de penser à la forte augmentation des femmes voilées dans les lieux publics à Bruxelles et à la problématique du port du voile. Phénomène identitaire indiscutable, témoin d’une intégration insuffisante dans une société – finalement assez schizogène – qui se défini de manière assez peu compatible et peu claire comme à la fois judéo-chrétienne et laïque…

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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commentaires

Ø 15/04/2009 21:46

Je ne vois pas en quoi le nationalisme wallon serait moins mythique que le nationalisme belge ou bruxellois.Vous substituez simplement un mythe à un autre.Moi qui suis liégeois ne me sens pas plus proche d'un brabançon wallon qui n'en à rienà faire d'un liégeois que de n'importe quel flamand. De même les carolos, tournaisiens ou autres montois m'indifèrent. Et ne parlons même pas des luxembourgeois.De plus bizarement, cette nation wallonne à peine déclarée, vous vous hatez de la fondre dans la nation française, comme elle l'a été dans la "nation" belge.Pourquoi faire de la Wallonie un département français ? Parce que la France a été envahie par les révolutionnaires  et est restée sous sa domination pendant une vingtaine d'année ? Cela me semble peu pour créer un sentiment d'appartenance.A cause de la langue ?Si telle est la raison, à tout prendre je préférerais une fédération avec le Québec ou la Suisse francophone ou même la RDC. Il me semble qu'on à plus de points communs avec eux qu'avec la France, ne fût-ce que par une certaine forme de distance autocritique.Je vois en tout cas ce raliement à la France comme un manque de confiance certain dans las capacités intrinsèques de la Wallonie. Pourquoi, une fois débarrassée de la Flandre-qui-l'empêche-de-se-développer-en-tenant-tous-les-laviers-de-l'état-belge, pensez-vous qu'elle ne pourra voler de ses propres ailes ? Arguer de sa petite taille ou que sais-je serait mal venu. Il existe pas mal de pays de taille encore plus modeste qui y parvienne très bien, à commencer par le Grand Duché du Luxembourg voisin.Ce qui renforce le déplaisant caractère mythique de cette Wallonie, c'est ce mythe de la Wallonie ouverte, multiculturelle, accueillante, à l'avant garde du combat social, de gauche opposé à la Flandre excluante, repliée sur elle même, de droite.Cette Wallonie ne m'intéresse pas et je ne m'y reconnait absolument pas.De mon point de vue, la seule entité wallonne qui existe et qui peut revendiquer un nationalisme réel est constituée par le territoire comprenant l'ancienne Principauté de Liège (essentiellement dans sa composante wallonne).Voilà pour quoi je serais prêt à militer...C'est la deuxième fois que je vous envoie un commentaire reprenant ce point de vue. Le premier n'a jamais été publié, je me demande pourquoi...

Claude Thayse 16/04/2009 09:09



Cher... euh... "Ø", 
Vous aurez compris, si vous me lisez depuis assez longtemps que je ne publie pas les commentaires anonymes. Je ferai une exception pour celui-ci prc que je pens qu'il reflète un point de vue
assez minoritaire et qu'il est le signbe d'un repli égoïste, témoin de ce qu j'écrivais dans ce billet comme dans celui publié hier (14/04) http://www.claude-thayse.net/article-30283445.html à propos du manque de culture historique...

Je me suis relu et je ne vois vraiment pas où je parle d'un nationalisme wallon. Celui-ci n'existe pas. On le saurait.
Bien que ceux qui  croient en un avenir pour la Wallonie soient mécontents du fait que la Communauté française, après la Belgique officielle, nie l’histoire de la Wallonie,
ils ne tenteront que rarement à légitimer l’identité wallonne en la cherchant au travers d’un passé commun aux différentes sous-régions wallonne. D’ailleurs, rechercher les racines de l’identité
wallonne dans le passé lointain  d’une origine commune est une entreprise dangereuse et vaine. Votre réaction en témoigne. Tout comme l'échec de la Belgique.
Il y a une forte inquiétude quant à l’avenir économique de la région. Le passé industriel est considéré comme une sorte de garantie pour le développement futur de la Wallonie. Un sentiment
identitaire wallon est en d’autres termes un outil du développement économique de la région et un moyen pour sortir de la situation (actuelle) de crise.
La langue est souvent considérée comme un facteur unificateur pour la détermination d’une identité communautaire. La langue n’est pas le seul élément déterminant de la construction de
l’identité wallonne. Géographiquement la Wallonie est une mosaïque. Mais les Wallons s’expriment de façon positive à propos des sous-régions, des terroirs. Cela fait partie de la singularité
wallonne. Chaque sous-région présente une richesse particulière. De plus les Wallons acceptent facilement une double identité : ils sont habitants de Namur et wallons, également habitants de
Liège, Charleroi, Virton et wallons... Cela est rendu possible en ne parlant que d’une seule voix de la culture.
L’unité wallonne ? Il s’agit là d’une forme de réinterprétation, évidemment ! Le territoire se composait de la principauté de Liège et de quelques comtés et duchés. Le nom est utilisé pour
la première fois au 19ème siècle par le poète Grandgagnage et sa signification politique lui a été donnée par Mockel. La Wallonie, c'est l’unité dans la diversité. Il faut insister sur
le côté positif de cette diversité interne. La Wallonie doit rester plurielle, avec ses spécificités. Surtout pas de nationalisme !
Les Wallons se sentent plus proches du modèle français de nation et des idées de Renan Spitaels, par exemple, a explicité son rejet du nationalisme en renvoyant à la pensée de Renan. Comme
Renan, Spitaels estime  que l’identité nationale ne se fonde pas sur une langue et certainement pas sur une appartenance ethnique, mais bien sur une manière et une volonté de vivre
ensemble. Il n’y a, chez nous, en Wallonie aucun nationalisme si ce terme suppose une agressivité envers un autre groupe ethnique ou linguistique. Il n’y a donc pas d’exclusivisme en
Wallonie.
On ne le dira jamais assez, une attention particulière va vers certaines valeurs qui sont considérées comme «essentielles » à la construction de l’identité wallonne: l’attachement à la
démocratie, l’universalité, etc... Parlons aussi « des Wallonies », au pluriel donc, autant en ce qui concerne la composition de la population que pour le territoire. La Wallonie est un
assemblage de terroirs. Le sentiment « Wallon » , le sentiment d’identité passe par une identification de « l’appartenance» à un terroir propre.
Yves de Wasseige disait en 1998 que la Wallonie a la chance d’avoir une identité forte et la malchance de ne pas s’en rendre compte. Cette identité s’est formée dans les luttes sociales et les
luttes politiques. Elle s’est aussi construite face à l’ignorance et au dédain des classes dominantes à l’égard de la culture wallonne, des traditions populaires et des solidarités dans le
travail, dans les quartiers urbains et dans les bourgades rurales. En fait, l’identité wallonne s’est construite sur les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité !


Les militants wallons rejettent avec fermeté tout nationalisme. Il ne peut être question d’une identité culturelle de type ethnique  (paradoxalement ceci prouve l’influence de la
tradition intellectuelle française). On est Wallon lorsque l’on se conforme au modèle français de la nation, où les valeurs interpersonnelles telles que la démocratie, la volonté du peuple, la
solidarité, sont importantes et non l’ethnie ou le passé du peuple. Ils refusent de considérer l’absence d’une histoire commune comme étant une faiblesse : cela n’est pas essentiel pour la
construction de l’identité du Wallon. Il en est de même pour eux quant à la langue . Le maintien de la diversité des dialectes wallons (par rapport à l’uniformité du français) est considéré comme
important. la diversité est un élément structurel de l’identité wallonne : la diversité est typiquement wallonne. Ce n’est pas parce qu’il y a diversité qu’il n’y aurait pas d’unité
mais l’inverse, lui, est vrai : la diversité fait l’unité.
Le territoire ( la Région wallonne) est un facteur déterminant de l’unité. On est Wallon par le fait d’habiter sur le territoire de la Région wallonne. Même si la Région est une mosaïque de
sous-régions, les habitants ont une identité plurielle : chacun a l’identité de sa sous-région et l’identité wallonne qui  coiffe celle-ci.

Je terminerai avec deux textes visionnaires qui vont à l'opposé de votre position et qui sont de la plume de Liègeois illustres et fiers du passé de leur cité: "un éditorial en première page de
La Wallonie libre, en décembre 1945, intitulé Gardons notre unité :


" Plus d'un mois s'est écoulé depuis que le président Joseph Merlot a levé la dernière séance du Congrès National Wallon. [...]


J'estime  [...] que le succès le plus sûr, le plus éclatant de ces deux journées mémorables est dans le fait que, pour la première fois dans le cours de notre histoire, l'unité
wallonne a été ressentie, comprise et proclamée.


On l'a parfaitement saisi chez nos adversaires et déjà s'esquissent des manœuvres équivoques. Des voix insidieuses s'en vont parler, sur les bords de la Sambre ou de la Haine, d'impérialisme
liégeois. On murmure aux Hennuyers que la Cité Ardente ambitionne de se substituer à Bruxelles et qu'elle se prépare à tirer à elle la couverture. On feint de s'apitoyer sur les Carolorégiens et
les Montois qu'on représente comme attachés au char de Liège. Parallèlement, on glisse dans l'oreille des Liégeois que les gens de Namur rêvent de faire de leur ville la capitale de la
Wallonie et qu'effectivement le confluent de la Meuse et de la Sambre serait admirablement indiqué pour jouer ce rôle. On susurre que les gens de Charleroi sont méfiants comme des Sioux
et jaloux comme des tigres. On lance à pleines poignées des semences de division, certain que l'on est de l'excellence du vieux proverbe : " Divide ut
imperes. "


Amis wallons de la plaine et des hauts plateaux, des corons et des villages, prenez garde. Détournez-vous de ceux qui veulent, pour conserver leurs injustes privilèges, nous séparer
et détruire notre neuve solidarité. S'ils insistent, hochez la tête et répondez-leur calmement : " Vos insinuations sont inutiles. Remballez votre camelote bruxelloise.
Nous avons découvert depuis peu une chose magnifique et réconfortante : l'amitié wallonne. Nous avons vécu entre Wallons - rien qu'entre Wallons - des heures d'exaltation qui nous ont laissé
dans le cœur une chaleur inconnue. Nous croyons, nous voulons croire que, dans la Wallonie de demain, il y aura de la place pour tous, que chacun y recevra la part qui lui revient, à l'ombre des
Cinq Clochers tournaisiens comme au pied du Perron liégeois. Nous avons trop souffert de l'oppression de Bruxelles pour imaginer un instant qu'un seul de nous pourrait l'infliger à ses frères.
Vous êtes des diffamateurs. Allez-vous-en ! " "


Ensuite, en juin 1946, dans la chronique que F. Schreurs donnait régulièrement à La Wallonie libre sous le pseudonyme de Jean Langlois :


" Il semble donc bien que les militants wallons soient d'accord pour reconnaître à la vieille ville des princes-évêques le titre et le rang de métropole wallonne.
Ce libre consentement ne peut qu'émouvoir profondément les Liégeois et les décider à mener plus ardemment que jamais la lutte pour la libération de notre petite patrie.
Qu'il soit cependant permis à l'un de ces Liégeois de dire nettement que la question de savoir quelle cité sera demain la capitale de l'État wallon est secondaire et, je dirai même, inopportune.
La réponse à cette question n'ira pas sans quelques discussions. D'autres localités émettront peut-être des prétentions qui devront être examinées avec bonne foi et dans un esprit dégagé des
rivalités particularistes. Ce n'est pas le moment de susciter ces discussions. Toutes nos préoccupations doivent aller au combat qui nous dresse contre la forme unitaire de la Belgique et contre
la centralisation bruxelloise. Nous devons assembler nos efforts et rejeter toute cause de dissension, si accessoire soit-elle. Le succès complet n'est d'ailleurs pas encore pour demain et nous
devons sérieusement nous abstenir de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. (...) bonne volonté entre Wallons, souci supérieur de l'unité spirituelle de la Wallonie dans le respect des
intérêts locaux, et nous serons mûrs pour accueillir la victoire. "
L'identité wallonne n'est pas un mythe. Elle se vérifie.

Quant à "fondre la Wallonie" dans la France, je vous invite à relire ce billet : http://www.claude-thayse.net/article-26549791.html

Certes, il y aura toujours des "nationalistes" partisans du repli sur soi et de l'indifférence aux autres, qu'ils soient liègeois, chimaciens ou autres, mais c'est dans la nature humaine, ça fait
également partie de la diversité. Un peu comme il y a des libéraux progressistes et sociaux, des royal-socialistes, des belges belgicistes ou que sais-je encore. C'est votre droit de penser comme
vous le faites. Il y a également des fous chez les réunionistes, j'en connais au moins un... Chacun est libre de ses opinions.

Enfin, libre à vous de ne pas vous reconnaître dans ma vision (et pas que la mienne d'ailleurs) de la Wallonie. Je pense pouvoir décripter qu vous défendez des options politiques assez radicales
sous couvert d'anonymat. Soit !



José Fontaine 01/04/2009 11:22

Il me semble qu'il faut mettre en question Ernest Gellner comme penseur du nationalisme dans la mesure où c'est un fonctionnaliste. L'une des fortes critiques qu'on peut lui faire, c'est qu'il met en place dans son livre (Nations et nationalismes), un modèle de situation séparatiste où le peuple minoritaire imaginaire (les Ruritaniens) a le choix, soit de créer un Etat où sa langue devient la langue officielle, soit de lutter au sein de l'Etat unitaire dominé par un peuple majoritaire imaginaire les  Mégalomaniens et de s'approprier leur langue et leur culture résolvant par là leur minorisation. L'ennui - et pour quelqu'un qui s'exprime dans le monde Anglo-saxon, ce n'est pas une petite chose - c'est que la grande démarche séparatiste des Américains en 1776 ne se fonde sur aucune identité ethnique opposable aux Anglais (ils sont anglais de part et d'autre de l'Atlantique), du type Ruritaniens/Mégalomaniens. Cette démarche se fonde sur l'aspiration à la démocratie et à se gouverner (chose refusée aux colonies d'Amérique du Nord par le Parlement anglais). On pourrait dire la même chose des Ecossais par exemple. Le malaise que l'on a en lisant Gellner, c'est que, d'une certaine façon, la question de la démocratie semble un peu étrangère à sa théorie. Et que la nation n'est pas vue aussi (au-delà de tout romantisme), comme une communauté morale, notion qu'utilisent des gens comme Habermas, Ferry ou les communautariens américains (dont on peut trouver la définition sur Internet), et qui fait de la nation autre chose que le problème fonctionnel qu'elle revêt sans doute aux yeux de Joëlle Milquet (et d'autres).Je veux dire qu'il y a dans la question de la nation, quelque chose qui tient non pas seulement à des intérêts définissables sociologiquement, mais aussi à quelque chose d'existentiel, de profondément humain, que la nation définit partiellement(ce ne peut être que partiellement)  l'humanité de l'homme. Quand une nation meurt, c'est un peu d'humanité qui meurt. La première fois que j'ai éprouvé ce sentiment, c'était à 11 ans, lors d'un film d'exploration du monde sur la disparition des Incas. Il y avait dans la disparition de ce peuple quelque chose d'intolérable humainement. C'est ce que j'ai ressenti. En quelque sorte, faire la Wallonie, c'est une responsabilité que nous avons à l'égard de l'humanité et une responsabilité que personne d'autre n'assumera à notre place.

Claude Thayse 01/04/2009 13:24


Je partage évidemment ton point de vu sur l'incomplétude (pour ne pas dire plus ) de la théorie de Gellner. Comme toute théorie, elle est criticable. Le paradoxe que je cotais ici l'est beaucoup
moins et se vérifie dns la réalité.
Je préfère la définition de la nation de Renan qui rejoint la notion d'humanité et celle de "vouloir vivre ensembles". Mais c'est un débat qui pourrit nous entraîner très loin par on côté
passionnant et parfois passonné.
Merci en tous cas de ton message !


denis 30/03/2009 15:32

J'ai entendu parler de ce livre il y a peu... Je viens de terminer "la treizième tribu" de A. KOESLER qui donne un grand coup au mythe de l'origine sémitique des juifs d'Europe Orientale et qui lors de sa parution vers 1970 avait déclanché l'ire de certains...L'histoire "à rebrousse poils" est très instructive.Bien à vousDenis Dinsart

Claude Thayse 31/03/2009 09:56


En effet, sans oublier que les historiens sont d'abord des homms avc leurs convictions et leurs croyances. C'est une "science molle", à prendre avec précautions.


Feuilly 30/03/2009 13:43

Vous avez raison, évidemment. Mais il y a là tout de même un paradoxe. Alors que la Flandre se définit par opposition à ses voisins (essentiellement nous) et que son nationalisme monte, la Wallonie, de par sa langue commune avec la France, a plus de mal à définir sa singularité. Or, quand elle affirme officiellement qu’elle est de langue française (par le biais de cette institution qu’est la Communauté française), loin de favoriser le rapprochement avec la France, voilà que cela l’en éloigne (puisque cela débouchera sur la création d’une « petite Belgique »).

Le problème, une nouvelle fois, c’est Bruxelles. Garder ensemble la Wallonie et Bruxelles, c’est continuer la Belgique actuelle, si ce n’est qu’elle sera amputée de la Flandre.

Il faudrait donc miser sur le régionalisme et revendiquer une autonomie spécifiquement wallonne. Je vous entends bien et c’est sans doute la meilleure solution pour faire vraiment éclater la Belgique, mais alors ne risque-t-on pas de recréer un mythe culturel wallon (un peu comme l’équipe de Toudi tente de le faire), ce qui à terme empêchera tout rapprochement avec la France ?

Je me pose des questions, je n’ai pas de solution.

Claude Thayse 31/03/2009 09:54


C'est un risqu, en effet. Mais je le crois minime. L'autonomie wallonne restera certes un acquis, mais elle n'empêchera pas - bien au contraire - un rapprochement avec la France.
Je l'ai écrit dans un billet précédent, la Wallonie en association étroite avc la France ne perdraien de ce qu'elle souhaiterait conserver. C'est une des conséquences de la décentralisation qui
permet beaucoup de choses. Mais, je ne suis pas un devin...
La pire chose, c'est la perpétuation du système actuel. Il faut en sortir au plus vite.


« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

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