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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 13:19

Je viens de relire l’excellent essai de Francis Walder : « Saint-Germain ou la négociation » qui relate d’une manière romancée la négociation ayant abouti à la paix de Saint-Germain, signée en 1570, mettant très provisoirement fin à la guerre entre les protestants et les catholiques. L’auteur y dresse un intéressant « portrait du négociateur », montrant ses finesses, ses roueries, ses astuces. Sous la prudence des personnages et la sobriété du récit, on entrevoit des passions immenses et féroces. La paix sera de courte durée puisque deux ans plus tard a lieu le massacre de la Saint-Barthélemy qui y met un terme.

 
Et, en matière de négociations boiteuses, je ne peux que faire le rapprochement avec ce que Bart De Wever a dit un jour : « La Belgique n’est plus qu’une conférence diplomatique permanente entre deux pays »… Phrase terrible, mais si juste.

Quels que soient les défauts - ou les qualités, soyons de bons comptes – des politiciens d’aujourd’hui, ce qui les handicape c’est surtout qu’ils n’ont pas vraiment de pays à gouverner. Leur pays est séparé en deux entités qui évoluent de manière totalement indépendante. Comment dans ces conditions former pour lui un seul gouvernement. C’est pratiquement impossible ou pour rejoindre le propos de De Wever, comment voulez-vous doter une conférence diplomatique d’un gouvernement stable et efficace ?

Le problème de la Belgie-que, c’est, en effet qu’elle est formée de deux nations (au moins…) et que les institutions ne sont pas adaptées à cette situation. On s’obstine depuis des années à adapter la réalité aux institutions, alors qu’il faudrait plutôt adapter les institutions à la réalité.

 

Passions immenses et féroces écrivais-je ci-dessus. Il suffit de voir la guerre entre le Cd&V et l’OpenVLD. Cette stratégie de l’OpenVLD de bloquer la situation pour couler le CD&V alors que cela risque de le couler lui-même pour se rendre compte de l’impasse dans laquelle la Belgie-que se trouve. Les wallons et Bruxellois francophones, comme d’habitude, sont absents du débat. Certes, pour faire illusion et sans trop y croire, on a bien évoqué la possibilité de proposer Reynders au poste de premier ministre ce qui a fait immédiatement réagir le PS, mais ce n’est qu’une péripétie pré-électorale locale. Il n'y a plus d'intérêt supérieur là-dedans en dehors de celui des partis.

 

Oui, nous vivons dans des Etats différents. Les gouvernements régionaux fonctionnent assez bien dans les compétences qui sont les leurs. Les mêmes mots ne désignent pas toujours les mêmes concepts quand on franchit la frontière lingusistique : sur de nombreux points, les pratiques administratives et judiciaires de Flandre s'écartent des nôtres...  Et la crise fédérale n’a que peu d’influence sur notre vie de tous les jours.
 
L’analyse de De Wever est donc tout a fait correcte: la Flandre et la Wallonie sont en réalité deux pays, deux nations, chacun avec sa propre culture, ses propres medias, sa propre opinion publique. Est-ce grave ? Pas du tout. Rien n’empêche (et n’empêchera) des liens économiques (ou même d’amitié) entre les habitants et les entreprises de ces différentes nations. Comme c’est déjà le cas avec d’autres puisqu’il y a peu de rapports entre les rapports individuels et les rapports collectifs liés aux intérêts nationaux.

Actuellement, l’incompréhension est telle que lorsque des entreprises flamandes s’installent en Wallonie, elles n’engagent que des Flamands, persuadés que sont leurs dirigeants que les Wallons et autres francophones sont des crétins (voir les résultats des tests PISA et autres dont on a monté les résultats en épingle dans la presse flamande). Pire, alors que les Flamands choisissent de désapprendre le français comme seconde langue, préférant l’anglais, la connaissance du néerlandais progresse spectaculairement (dramatiquement) jusqu’aux extrémités de la Wallonie sous la pression d’une hystérie médiatique (la pub pour la « Nederlandse Academie » !) relayée par l’angoisse de parents mal informés.
Voilà où nous aura mené la Belgie-que, à un manque d’identité, à un point tel que si nous n’y prenons garde, le français aura tendance à disparaître - autant à Bruxelles qu’en Wallonie - pour des questions de survie économique. Le néerlandais deviendra la langue de travail partout avec l’anglais. On prévoit ainsi déjà qu’à court terme, 80% des bruxellois vont choisir l’enseignement néerlandophone mieux coté et surtout garantissant un emploi auprès de sociétés flamandes, ces dernières avouant elles-mêmes réaliser des quotas maximum de francophones en leur sein…

 
Ou bien on entérine cette situation, ou bien on résiste et il faut le faire vite, parce que la séparation sera un processus complexe.

En attendant, la solution rapide (d’urgence) de l’adaptation des institutions à la réalité ne demande que l’application d’une formule simple et élégante, l’application de l’article 35 de la Constitution. Fédéraliser un maximum de compétences. Rendre les Communautés (pour la Flandre) et les Régions (pour la Wallonie) responsables sur le plan fiscal. Donner des moyens aux politiques de mettre en place les solutions adaptées aux problèmes sociaux qui ont du sens chez nous, sans toujours devoir tenir compte de l’opinion publique de l’autre cote de la frontière linguistique (les problèmes sociaux, par exemple, sont différents).  Ou mieux encore... vous connaissez mon avis !

L’histoire récente de la Tchécoslovaquie a démontré que l’autonomie a été avantageuse pour les deux nouvelles nations. Et c’est la Slovaquie, qui était économiquement la plus faible qui en a profité le plus.

 

Mais, franchement, j’ai des doutes sur la capacité de nos dirigeants à avoir le courage de faire les choix qui s’imposent. On ne peut, en effet, que douter des qualités visionnaires de notre classe politique. Un coup d’oeil sur la pantalonnade du groupe Wallonie-Bruxelles ne laisse pas beaucoup d’illusion. On peut toujours rêver, mais peut-être découvriront-ils un jour que l’intelligence peut payer aussi électoralement…

 

Pour terminer, je vous invite à relire cet entretien - qui reste d'actualité - de Vincent Rocour avec François Perin et qui reste toujours d’actualité : « Supprimer ce pays qui ne tient pas debout ».

Ce dernier y estime que la Belgique est à bout. Tirons-en les conclusions.

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Published by Claude Thayse - dans Actualité
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commentaires

Oli 28/12/2008 19:12

Juste une remarque à francolâtre, vous dites :tout comme jusqu'il y a peu, les Belges de souche avaient d'office la préférence sur les allochtones.C'est toujours le cas il me semble. Le fameux "melting pot belge n'est qu'une illusion (surtout en flandre ou les gens de couleurs ne sont tolérés que comme...balayeurs)

francolâtre 28/12/2008 14:14

Deux petites remarques à cette excellent exposé (comme toujours):1. Concernant l'apprentissage du néerlandais, j'ai l'intime conviction qu'à connaisance linguistique égale, une entreprise flamande préférérera toujours engager un Flamand, tout comme jusqu'il y a peu, les Belges de souche avaient d'office la préférence sur les allochtones.2. Une remarque que l'on s'attire en se déclarant séparatiste est: "Pourquoi, vous n'aimez pas les Flamands?" Si, justement. Au même titre que les Hollandais, les Italiens ou les Catalans. Vouloir régler ses problèmes soi-même, ce n'est pas haïr l'autre.  

Claude Thayse 28/12/2008 15:18


Je partage complètement ces deux remarques !
Et merci pour votre appréciation !


« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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