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1 décembre 2005 4 01 /12 /décembre /2005 19:07
Non, la France n'est ni immobile ni réfractaire aux réformes! La crise du CPE a démontré que seul un projet unificateur et dynamisateur pouvait permettre de dépasser les communautarismes. Démonstration en 20 points.
 
La France bouge
 
1 Ce pays s'ébroue, s'agite, bouillonne, se soulève. - Et quelles conclusions les observateurs, tenants de: la pensée unique, en tirent-ils? Que la France est immobile. Qu'est-ce qu'une mer déchaînée? Une mer d'huile! « Il faut tout changer », hurlent les manifestants. Et qu'en déduisent les éditorialistes? Qu'ils exigent le maintien des statu quo. Schizophrénie totale. L'art du déni poussé jusqu'à la quasi-folie. Rarement les jeunes se sont autant, y compris de bon matin, mobilisés, rarement on les aura autant traités de fainéants et de flemmards. Ils veulent du travail, on comprend qu'ils le fuient. Braver la police et les casseurs? Manque de courage! Mettre en danger son année scolaire et mordre sur les vacances pour tenter de rattraper? Refus de remettre en question des acquis! L'aspiration à l'avènement d'une autre société, plus novatrice, plus juste, plus solidaire, plus humaine? Conservatisme ! Déclenchement d'une dynamique de contestation de l'ordre existant au nom d'un imaginaire idéalisé? Frilosité réactionnaire ! Ici on crie « transformez-nous ce système! ». Et, là, on comprend, ou plutôt on veut comprendre: « Nous refusons les réformes! »
 
Et qui, d'une même voix, obsessionnellement, comme pour s'en griser, chevrote jusqu'à plus soif de tels contresens? Une cohorte de « vieux chnoques », comme on dit, qui s'agrippent à leur fauteuil de « décideurs », dans les médias, la politique, la finance ou l'économie, refusent de passer la main, paniquent à l'idée qu'on pourrait, en quoi que ce soit, modifier l'organisation sociale dont ils sont devenus les nouveaux aristocrates, et refusent, en conséquence, toutes les réformes qui risqueraient de favoriser une telle transformation et de changer le cours des choses.
 
A cet égard, si la révolte anti-CPE nous a beaucoup appris, c'est surtout sur la caste dominante, qui s'est largement dévoilée ou démasquée à cette occasion - jusqu'à exprimer, elle qui brandissait à toute occasion l'étendard de la modernité et du « mouvement », une haine viscérale des jeunes qu'on ne soupçonnait pas. Surtout, cette oligarchie monopolisatrice, intellectuellement déstabilisée, a fini par pousser jusqu'à l'absurdité totale sa tendance au masochisme. Que nous a-t-elle seriné, mouliné même, en effet, tout au long des événements? Que, décidément, on ne peut rien changer en France, qu'aucune réforme n'est possible, jamais, ce pourquoi notre pays, définitivement ringard et refermé sur lui-même, comme coupé du monde, se contente de confire dans son immobilisme total. Or, ces gens-là gouvernent, et ont beaucoup gouverné. Ils détiennent, à tous les niveaux, presque tous les pouvoirs, politiques, économiques, financiers, médiatiques, d'influence. Donc, ce qu'ils nous disent, c'est qu'ils ne servent strictement à rien, que, même aux affaires pendant des décennies, ils n'ont rien pu modifier, réformer, transformer, que tout est resté en l'état, qu'ils sont donc inutiles et, tout compte fait, complètement nuls.
 
En l'occurrence, ils se calomnient gravement. Car c'est faux. La vérité est exactement inverse: jamais la France ne s'était autant transformée, modifiée, métamorphosée même, que durant ces vingt dernières années. Qu'on y songe: tout le système financier et bancaire privatisé, même le Crédit lyonnais, toutes les industries en situation de concurrence, de Thomson à Rhône-Poulenc en passant par Alcatel. privatisées, y compris la métallurgie, y compris la Régie Renault, y compris le nucléaire et le pétrole, même les autoroutes, le téléphone, Gaz de France, en partie l'électricité. Flexibilisation généralisée, développement de l'intérim, des stages, des CDD, 75 % des jeunes embauchés en emploi précaire, suppression de l'autorisation administrative de licenciement, donc démantèlement du modèle social français axé sur la stabilité et la protection. Vaste déréglementation. Structuration du système fiscal au profit des entreprises, renversement du processus de répartition de la richesse nationale au détriment des salaires, développement des stock-options et passage à l'euro, réforme des retraites, de la Sécurité sociale (deux fois), 50 réformes de l'école, plus d'une par an, 35 heures, CSG, RMI, SRU, CMU, Pacs, loi Auroux, suppression du service militaire, quinquennat, etc. La France d'aujourd'hui n'a plus aucun rapport avec la France d'hier. Alors?
 
Alors, c'est clair: on nous avait affirmé que cette vaste entreprise de libéralisation et de dérégulation, d'ouverture au monde, parfois nécessaire, bénéfique et positive, libérerait les énergies, doperait la croissance, démultiplierait les emplois, permettrait de combler les déficits et la dette. Le résultat a été exactement l'inverse. Donc, pour ne pas regarder cette pénible réalité en face, les initiateurs de cette radicale transformation finissent par nier qu'il y ait eu le moindre changement. Immobilisme, vous dis-je. Forcément. Aucune réforme! Statu quo! On s'est totalement trompés? Non. On n'a rien fait! La société qu'on a construite est devenue insupportable? Non, c'est la France qui est nulle, ce sont les Français qui sont des veaux, ce sont les jeunes qui sont lamentables. Mépris de soi, haine de son propre peuple.
 
Jamais ce phénomène de dénégation autocalomniatrice de soi ne se manifesta aussi spectaculairement qu'à l'occasion de cette crise du CPE.
C'est sans doute la première leçon qu'il convient de tirer de cette révolte victorieuse. Il y en a d’autres.
 
Le CPE prétexte
 
2 Le contrat première embauche n'était pas l'abomination de l'abomination, ce n'était pas une loi esclavagiste, Dominique de Villepin, aujourd'hui lynché sans pudeur, était sans doute sincère quand il le présenta comme une réponse au problème de l'emploi des jeunes. Mais, au creux d'un processus où l'on ne baptise « réforme» que ce qui s'apparente à un retour en arrière, à une rature d'acquis, la possibilité offerte à l'employeur de licencier qui il veut quand il veut pendant deux ans, sans être même obligé de motiver la rupture de contrat, est apparue comme la régression de trop.
 
En témoigne le fait que 60 % environ des Français se sont prononcés, selon les sondages, en faveur d'une abrogation du CPE, ce qui correspond en gros aux 60 % qui, selon une enquête CSA pour Libération, rejettent la forme actuelle du capitalisme. Donc, ça devait arriver. C'est arrivé. En conséquence, c'est le processus régressif lui-même qui vient de se heurter à un mur. En tirera-t-on les conclusions?
 
Le front de la victoire
 
3 Pour la première fois depuis trente-huit ans s'est constitué un large front intégrant tous les syndicats de salariés et de cadres, les principales organisations étudiantes et lycéennes, une partie des parents d'élèves et du corps enseignant. Cette alliance s'est révélée quasi invincible.
 
On imagine alors, dans la perspective d'une remise en question du type de société que génère la logique néolibérale et en réaction au rejet de la nouvelle « aristocratie » qu'elle produit, ce que représenterait le même front élargi à une grande partie de la paysannerie, des classes moyennes indépendantes, des artisans, commerçants et petits entrepreneurs libres, victimes, s'il en est, de cette logique néo--capitalistique globale qui tend à les asservir ou à les éradiquer.
 
Notons, en outre, que la rapidité avec laquelle est intervenu, après le retrait du CPE, l'arrêt des combats a contribué à souligner l'influence et la responsabilité des organisations qui fédèrent les combattants.
 
Une génération qui apprend
 
4 En faisant l’expérience de l’action collective et citoyenne, une nouvelle génération s’est mise en situation de bousculer le système politique sclérosé et de constituer une relève politique et militante, en particulier à gauche et peut-être au centre.
 
Un projet pour rassembler
 
5 La force des mobilisations a démontré que seul un projet unificateur et dynamisateur pouvait permettre, grâce à la propulsion du « tous ensemble », de dépasser les tendances communautaristes à la tribalisation et à la balkanisation de notre société!
 
Un mouvement à mesurer
 
6 Pour autant, fut-il victorieux, il ne faut pas mythifier le mouvement auquel nous venons d'assister. Comme en 1995, il s'agit, en grande partie, d'une révolte par procuration, les adultes et les parents faisant des jeunes les médiateurs de leur propre colère ou de leur propre malaise. Ainsi les deux journées de grève se sont-elles soldées par de relatifs échecs, surtout dans le secteur public, et les salariés de plus de 28 ans ne représentèrent qu'un peu moins de la moitié des participants aux cortèges les plus massifs (et cela alors que les principales victimes du CPE eussent été des salariés de plus de 30 ans à qui l'on aurait systématiquement préféré des jeunes en première embauche).
 
En outre, on peut se poser la question: aussi puissante fût-elle, la révolte aurait-elle aussi totalement triomphé si la droite était restée unie autour du gouvernement, alors que les révoltés ont reçu le renfort «objectif» à la fois de l'UDF et des sarkozystes de l'UMP ? Outre Ségolène Royal, d'ailleurs (par effet de compensation), c'est Sarkozy qui est sorti le plus évidemment renforcé de l'épreuve.
 
Des élites pas concernées
 
7 Il ne faut pas négliger l’importance du secteur étudiant qui est resté totalement extérieur au mouvement, d'autant qu'il représente exactement celui qui constituera les futures élites de la société néo-libérale (facs de management, écoles de commerce, droit, médecine, grandes éco-les). On remarquera, au demeurant, que certaines de ces facultés n'invitent à leurs débats et conférences internes que des représentants émérites de la pensée unique. Ceci explique cela!
 
Un arnarcho-gauchisme qui resurgit
 
8 La résurgence, au sein du mouvement lycéen et étudiant, d'un courant anarcho-gauchiste assez fort pour prendre l'ascendant dans de nombreuses assemblées générales et, surtout, pour imposer une partie de ses orientations à la « coordination » est, à terme, préoccupante. La droite réactionnaire, qui s'en réjouit, a d'autant plus de raisons de s'en servir comme repoussoir, et donc de s'en faire, comme d'habitude, un allié objectif inconscient que la gauche républicaine s'est révélée incapable de prendre la dimension du phénomène, d'en analyser la nature et d'en repérer les causes. Quand, par démagogie, elle ne l'a pas flatté!
 
L'échec du jusqu'au-boutisme
 
9 Cependant, l’échec total des tentatives de continuation aventuristes et d'élargissement sans limites du mouvement a montré les limites de l'activisme d'ultragauche et souligne la maturité des « jeunes en lutte ». En revanche, l'omniprésence des slogans qui déclinent le concept de « résistance» témoigne de la lourdeur de tendances purement défensives et de la difficulté à formuler un projet offensif projeté sur l'avenir.
 
Des casseurs fascisants
 
10 Le phénomène des « casseurs » venus des cités (qui n'a rien à voir avec l'ultragauchisme) indique, ou confirme, la naissant et Ie développement, en marge de la révolte juvénile, d'une orientation asociale et délinquante, volontiers raciste, radicalement hostile aux organisations syndicales et à l'action collective, qui, loin d'exprimer confusément un discours politique repérable, comme certains sociologues d'extrême gauche tentent de l'expliquer, s'apparente à la dérive qui a grossi, dans les années 30, les rangs des organisations fascisantes.
 
Une droite radicalisée
 
11 C’est peut-être à droite que l’effet « radicalisateur » été le plus visible. Il ne faut surtout pas l'oublier: jusqu'au bout, plus de 60 % de l'électorat UMP a estimé qu'il ne fallait absolument rien céder et que le droit de licencier un jeune, sans même formuler le moindre motif, allait tout à fait dans le bon sens! Les mêmes étaient favorables à un sous-Smic jeune! Relent d'esclavagisme?
 
Cent pour cent des lettres publiées dans le Figaro exprimaient un rejet total, et souvent haineux, du mouvement des jeunes et de l'action des syndicats en général, fussent-ils modérés ou réformistes. « Des énergumènes braillards créent une véritable chienlit, encouragés par les syndicats professionnels », écrit Grégoire Pilat, de Boulogne. En l'occurrence, il a suffi que la CFDT et la CGC participent à un mouvement social pour que l'opprobre remplace l'indulgence dont on feignait, jusqu'ici, à droite, de les faire bénéficier.
 
Ce qu'on a lu, largement, pendant trois semaines, ici et là, ce sont des diatribes qui, recyclant toute la vieille thématique chère à la droite des années 30, renouaient même avec l'archéodiscours antizazou d'avant--guerre, mais aussi avec le masochisme anti-national de la même époque que résumait l'increvable expression: « Pauvre France!» Pétainisme pas mort !
 
En fait, ce qui est apparu, c'est qu'une large fraction, sans doute majoritaire, de la droite UMP campe, en fait, sur des positions proches de celles de Philippe de Villiers.
 
Il ne faut cependant pas se le dissimuler: si la révolte anti-CPE a été puissante et victorieuse, le rejet des « désordres de rue », des occupations de facs, des violences ponctuelles, des manifestations extrémistes a mobilisé, au moins en creux, une très importante minorité silencieuse qu'il serait dangereux d'ignorer ou de mépriser, cette France-là, qui se recroqueville, n'étant pas moins légitime que l'autre, qui s'ébroue.
 
Des médias alignés
 
12 La façon dont Nicolas Sarkozy, le lendemain de l'allocution télévisée de Jacques Chirac, a réalisé son «putsch médiatique» - selon l'expression de Jean-Louis Debré -, en dictant quasiment à la presse quotidienne les articles qu'il désirait y lire, restera une première et témoigne de l'extraordinaire emprise du président de l'UMP sur les médias. (Tous les grands patrons qui dominent le domaine de l'information dissimulent d'ailleurs à peine qu'ils se sont mis à son service !)
 
Mais la tendance à un discours médiatique uniforme va plus loin et pratiquement tous les articles publiés dans la grande presse internationale, d'El Pais de Madrid à la Presse de Montréal en passant naturellement par le Wall Street Journal (dont les articles concernant la France ont été complaisamment relayés par une AFP en voie, elle aussi, de sarkozysation), ont été construits exactement sur le même modèle, coulés dans le même moule. La révolte anti-CPE décrite comme un « mouvement ringard et conservateur de refus de la réforme et de la modernité mondialisatrice ».
 
L'histoire retiendra, sans doute, que l'amorce avant-gardiste du vaste soulèvement antinéolibéral de libération, refondateur et novateur, qui va balayer le monde dans les années qui viennent, a été interprétée, par une aristocratie enfermée dans sa bulle, coupée de la réalité, comme une vulgaire et méprisable réaction d'arrière-garde! La rhétorique dominante peut se résumer ainsi: « surtout ne pas inventer, ne pas innover, ne pas imaginer, mais s'aligner, s'aligner, s'aligner».
 
Et, d'ailleurs, même les très rares journaux qui ont accompagné le mouvement de révolte anti-CPE, tel Libération, ont moins posé la question de la société que taper à bras raccourcis sur Dominique de Villepin devenu, utile bouc émissaire.
 
Des journalistes rejetés
 
13 Il résulte de ce qui précède que le rejet du pouvoir médiatique qui se manifesta si fortement lors du référendum européen a pris encore un peu plus d'ampleur cette fois-ci, les casseurs s'attaquant en priorité aux journalistes et la « coordination» étudiante leur interdisant l'accès à ses délibérations.
 
Privilèges contre acquis
 
14 L’évidence quotidiennement renouvelée, que ceux d'en haut ne cessent de renforcer leurs privilèges, de se gaver en quelque sorte, tandis qu'on exige des moins favorisés qu'ils renoncent à leurs acquis, a incontestablement dopé la rébellion sociale. Et aussi le fait que la seule évocation de cette évidence, bien qu'elle crève les yeux de tous, se heurte aussitôt, de la part des dominants, à l'accusation quasi stalinienne de « populisme» et de « démagogie ».
 
On n'échappera pas, en fait, si l'on veut faire avancer les réformes et poser la question des acquis, à une nouvelle nuit du 4 août qui obligera toutes les catégories de la population, sans exclusive, à mettre leurs vrais privilèges sur la table.
 
Des institutions obsolètes
 
15 Outre Dominique de Villepin, ce sont les institutions de la Vème République qui s'avèrent être les principales victimes de la secousse. Elles sont apparues totalement obsolètes, au point que la solution de la crise a été confiée, non au gouvernement, non au président de la République, non à l'Assemblée nationale, mais au parti unique de la droite qui, devenant une sorte de mini-Parlement, s'est substitué seul à toutes ces institutions légales.
 
Au demeurant, comment prendre au sérieux des députés qui votent, presque à l'unanimité, une loi qu'ils avaient adoptée, également à l'unanimité, et après avoir repoussé tous les amendements qui tendaient à l'humaniser? Et cela, pour la deuxième fois, après la loi de réhabilitation du colonialisme!
 
Comment ne pas conforter, de la sorte, l'idée que la rue est plus légitime que cette caricature de démocratie? En conséquence, le fossé (pour ne pas dire le précipice) qui sépare l'opinion et les institutions politiques légitimes s'est encore creusé. On imagine la réaction des électeurs à l'affirmation répétée par Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, qui se haïssent à un point jamais atteint, et placent cette exécration mutuelle au-dessus des intérêts de leur camp et de leur pays, selon laquelle « la droite n'a jamais été aussi unie et solidaire ».
 
Le tour de passe-passe sarkosyste
 
16 A moins que ses derniers partisans sortent de l’UMP pour ressusciter le RPR, le néogaullisme est mort, asphyxié par le sarkozysme.
 
Ce dernier a fait lui-même dire (et il a été naturellement entendu) qu'il avait pressenti, forcément le premier, l'impasse dans laquelle s'était fourvoyé le gouvernement. Or, c'est lui qui, également le premier, proposa une remise en question de type CPE du contrat de travail traditionnel, affirmant ensuite, quand Villepin sortit le CPE de son chapeau, qu'il en avait eu l'idée avant lui et fit voter le parti dont il est le chef en sa faveur. Chapeau, l'artiste!
 
La gauche à la traîne
 
17 La gauche a accompagné la révolte et, surtout, a transcendé le clivage qui la minait entre gauche du oui et gauche du non, mais à aucun moment elle n'a donné l'impression qu'elle était capable de la dominer, de la gérer, de l'orienter, de la réguler ou même de l'analyser. La seule initiative qu'elle a prise fut d'associer la LCR trotskiste à son « front de rejet» plutôt que de s'ouvrir en direction du centre d'opposition. Il n'est donc pas totalement certain qu'elle profitera autant qu'elle le croit du fiasco du pouvoir chiraco-villepiniste.
 
Retour de la CFDT
 
18 Enfin réhabilitée, la CFDT de François Chérèque est rentrée dans le jeu, cette fois-ci, en position de force.
 
La droite universitaire KO
 
19 La droite étudiante et universitaire (UNI et autres), dont les tentatives de contre-manifestations se sont soldées par de quasi-fiasco, a subi un grave échec.
 
Et encore Ségolène
 
20 Paradoxalement, la radicalisation aux deux bouts de la société renforce intellectuellement la position de François Bayrou, mais politiquement celle de Ségolène Royal.
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Une génération s’empare de la politique
 
Parole, ils n'oublieront pas. Ces semaines de grève, ces manifs, ces AG, ces slogans, cette victoire... non, ils n'oublieront pas. « Avec ce mouvement, j'ai appris qu'on pouvait se battre. J'ai découvert que l'Assemblée générale représente ce que j'entends par démocratie. On peut y exprimer ses idées et la majorité décide», raconte Arnaud, 20 ans, en première année d'histoire à la fac de lettres du Mirail à Toulouse. Ronnie, 20 ans, originaire de l'île Maurice et étudiant en lettres, approuve: « Cette expérience m'a donné l'envie de me battre pour la liberté d'expression dans mon pays. Avant tout ce mouvement, je n'étais pas intéressé par la politique.» Un tel bilan n'étonne guère Stéphane Sirot, auteur de la Grève en France (Odile Jacob). « Chaque moment de crise a donné lieu à la politisation des générations qui y ont participé, analyse-t-il. Cela ne donne pas forcément des vagues d'adhésions, mais on voit des gens sauter le pas. » Ce que, du haut de ses huit semaines militantes, Arnaud confirme: « Bien sûr, je m'intéresserai à la présidentielle. Mais attention: désormais, pour être crédible à mes yeux, un programme devra avoir été décidé collectivement. » Point de salut, donc, sans action collective: « J'ai compris, analyse Mathieu, 22 ans, que sortir dans la rue exige une préparation. Pour réussir une action, il faut avoir effectué des repérages, savoir garder le secret de l'info et choisir le bon jour, le bon lieu et la bonne date pour qu'elle soit bien médiatisée.» Charlotte, 21 ans, étudiante en première année d'arts plastiques, a elle aussi retenu les leçons: « J'ai appris à travailler avec les autres, à argumenter, à comprendre les médias. Maintenant, je sais que l'on peut mettre nos compétences au service du travail militant, de la logistique. » Tant de sagesse n'étonne pas non plus Stéphane Sirot : « Le mouvement contre le CPE a une caractéristique: à la différence de 1968, il a été mené par des étudiants qui sont aussi très souvent des salariés, qui connaissent le monde du travail. D'où une grande responsabilité de leur part. Cela explique pourquoi, une fois la suppression du CPE acquise, le mouvement s'arrête. » 2006 n'est définitivement pas 1968.
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Les syndicats ont pris goût à la victoire !
 
Ce ne sera jamais plus comme avant! » Le syndicaliste qui se prend à rêver tout éveillé est tout sauf un illuminé. Jacky Dintinger, porte-parole de la très chrétienne CFTC, est l'image même du syndicaliste réformiste et responsable. Mais la victoire sur le CPE lui a donné des ailes, comme à tous les autres dirigeants du mouvement social, qui ont pris goût au combat. Ainsi, des commentateurs avaient prédit que la CFDT abandonnerait l'objectif de mettre fin au CNE, le CPE pour les entreprises de moins de 20 salariés. Raté. Dans Libération, François Chérèque réaffirme son intention d'obtenir le démantèlement du contrat chéri des petits patrons de la CGPME et des grands du Medef. Avec le combat du CPE, la CGT a appris, en outre, que la patience est bonne conseillère. « Si nous n'exigeons pas l'abrogation immédiate du CPE, c'est que depuis huit mois des salariés travaillent sous ce contrat, explique Maryse Dumas, et nous ne voulons pas avoir l'air de demander qu'on les mette à la rue. »Mais la CGT, comme la CFDT, attend le gouvernement et les employeurs au tournant. Villepin a promis des discussions sur « la sécurisation des parcours professionnels », Laurence Parisot a appelé les partenaires sociaux à évoquer « toutes les flexibilités et toutes les précarités ». « Comment éviteront-ils de mettre le CPE dans la balance? » explique-t-on à la CFDT. Pour l'heure, les syndicalistes savent qu'ils ont du temps devant eux : « Ni le gouvernement ni le patronat ne veulent discuter à chaud, explique la CGT, on attend toujours les lettres d'invitation de Matignon et du Medef. »Avec les patrons, le débat pourrait être chaud: en souhaitant calquer le droit du licenciement sur celui « du divorce par consentement mutuel », Laurence Parisot a commis une faute de goût. En attendant, les syndicats devront tenter de formuler des propositions positives sur l'emploi et l'insertion professionnelle des jeunes. Des questions qui les divisent autant que la sauvegarde du code du travailles rapprochait. « Mais on a appris à se parler, à se faire confiance », jure-t-on de tous côtés. La CGT espère arriver à formuler deux ou trois propositions communes aux cinq centrales « représentatives» (CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC). Là aussi, la leçon du CPE : quelques objectifs forts et réellement partagés plutôt qu'une plate-forme fourre-tout. Reste que le temps qui passe est un véritable piège pour les directions syndicales, qui savent que les germes de la division, maladie chronique du syndicalisme français, sont toujours présents. Pour le 1er Mai prochain, rendez-vous social, il n'y aura sans doute pas d'appel commun au niveau national. Dommage.
 

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Published by (c) Marianne - Article publié dans le « Journal du Mardi » (24 Avril 2006) - dans Invités
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