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26 avril 2006 3 26 /04 /avril /2006 14:55
Précédant de peu les déclarations du Ministre de l’intérieur sur la volonté d’abandon de poursuite pour certains délits, l'agression et le meurtre inqualifiable, inadmissible, intolérable de Joe Van Holsbeeck à la Gare Centrale de Bruxelles le 12 avril dernier a heurté tout le monde.
 
C’est précisément ce moment que choisissent certains opportunistes pour financer des sondages qui, dans ce contexte précis, ne pouvaient que donner des réponses convenues :
Oui, une majorité de citoyens souhaite davantage de sécurité,
Oui, une majorité de citoyens souhaite davantage de caméras de surveillance dans les lieux publics,
Oui, une majorité de citoyens souhaite davantage de policiers qui patrouillent dans les rues,
Oui, une majorité de citoyens wallons et francophones estiment la justice trop laxiste,
Oui, une majorité de citoyens wallons et francophones invoque un chômage trop pesant et une trop forte précarité du quotidien,
Oui, une majorité de citoyens wallons et francophones insiste sur un manque de volonté politique globale dans la lutte contre l'insécurité,
Oui, les Flamands insistent surtout sur une mauvaise gestion de l'immigration (précédant, ou suivant, en cela les politiques…),
Oui, on pointe l'abandon de leur rôle par certains parents (les autres…), par l'entourage (les autres toujours), le sentiment d'impunité, les médias et le milieu scolaire comme facteurs « d’estompement de la norme ».
 
Comment pouvait-il en être autrement ? Etait-ce bien le moment, en cette période de forte émotion, de faire et de publier ces sondages ?
 
Les formations politiques ont annoncé qu’elles vont débattre du sujet. L’urgence est reconnue. Et il est vrai qu’il y a des choses à améliorer, mais surtout qu’il faut avoir une réflexion approfondie sur ce thème.
Mais je ne suis pas certain que le faire dans l’urgence soit la meilleure chose. Mais il est vrai que ces dernières années, suite à certains couacs, les affaires « de la dioxine » ou « Dutroux » ont marqué les esprits, nos responsables politiques ont pris l’habitude de réagir rapidement et visiblement aux crises. En dehors de toute sérénité et parfois d’une manière peu efficace, apportant de fausses solutions à des vrais problèmes. Avant de passer à autre chose, la conscience en paix parce qu’on a agi. On l’a vu avec la réforme des polices ou les propositions « d’écoles des caïds » par exemple.
 
Alors que les sondages portent bien sur le « sentiment d’insécurité » ce qui est fort différent d’un constat, d’une définition ou d’une « objectivisation » de cette insécurité. Or sans objectivité, sans mesure, sans connaissance exhaustive, comment agir avec certitude et efficacité ? Ici, avec la complicité des médias (l’émotion, ça fait vendre…) et suite à une monstrueuse erreur de communication des instances judiciaires de Bruxelles (« l’origine ethnique » du meurtrier), le thème du sentiment d’insécurité a fait brutalement irruption dans le débat politique en Wallonie et à Bruxelles. Au risque, parce qu’il est insaisissable et émotionnel, d’occulter tous les autres.
 
Non que ce ne soit pas un sujet de société important, au contraire il pose des questions essentielles sur notre modèle de société. Mais ceux qui, à l’occasion de ce drame insupportable, ont ainsi pris la responsabilité de mettre l’accent sur un symptôme de mal-être sociétal, individuel, extrêmement complexe et multiforme, risquent bien d’être les mêmes qui demain s’étonneront de la poussée de l’extrême droite, cet autre symptôme du même mal. La réponse à la question concernant l’influence de ce drame sur les intentions de vote aux prochaines élections est significative par son résultat : 69 % de « non ». Un « non » plus fort en Flandre qu'en Wallonie et à Bruxelles écrivent pudiquement les journaux… Un « non » qui équivaut presque à un « oui » chez nous peut-on en déduire.
 
On semble oublier que notre société est devenue extrêmement violente et plus qu’avant, ce ne sont plus les rapports de force qui comptent mais les résultats. On gagne ou on perd. C’est la victoire qui est valorisée, peu en importe le prix. 
Sans être un adepte de la « théorie du complot », il est difficile (hélas !) de ne pas se rappeler l’utilisation délibérée de ce thème de l’insécurité par les conseillers en communication du candidat élu à la présidence de la République en 2002. Même en politique, tous les coups ne devraient pas être permis.
 
En « Belgique francophone » (figure de rhétorique !), il permettrait d’occulter et de reporter – provisoirement - les problèmes récurrents auxquels il faudrait bien s’atteler après les élections communales et législatives prochaines (Chômage, pauvreté, économie déliquescente, délocalisations, éducation, etc… sans oublier les nouvelles poussées du nationalisme flamand). Et de relativiser, excusant à bon compte et à posteriori, l’évolution du rapport de force entre les partis traditionnels et les extrêmes non démocratiques dont ce thème est un des principaux « fonds de commerce ».
Il sera évidemment facile après ça d’appeler à « l’union sacrée » pour (en principe) lutter contre ceux qu’on aura contribué (sciemment ?) à faire grandir. Pour ne rien changer au fond ?
 
Alors, apprentis sorciers ou vrais cyniques ?

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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commentaires

Anne-Laure 27/04/2006 11:31

L'insécurité, c'est une invention des politiciens pour garder les gens dans la peur et les faire voter pour eux. C'est dur de réfléchir quand on est tétanisé !

« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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