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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 18:37

Dans le billet : « Les problèmes linguistiques, une invention récente ? », publié en janvier de cette année, je parlais de l’ancienneté des relations difficiles entre les populations de parlers « thiois » et « romans ». Et ce n'est pas Marino Keulen qui vient de faire parler de lui en en montrant toute l'actualité qui me démentira. Lui qui vient spectaculairement - mais c'était attendu - de relancer une guerre civile et économique froide qui dure depuis plus de cent ans. Les Flamands ont demandé la régionalisation de la loi communale pour l'utiliser pour des questions communautaires, les Wallons pour rendre la démocratie communale plus démocratique...
Finalement, le séparatisme n'est-ce pas le bon sens ?

Mais revenons au sujet. L’église, seule structure dominante et constante depuis la fin de l’Empire romain, en avait toujours perçu l’ampleur et tenu compte en structurant son organisation pour éviter les tensions. C'est ainsi qu'entre 1559 et 1561, furent réorganisés les évêchés médiévaux qui auparavant « chevauchaient la frontière des langues ». A la même époque, les collèges de Jésuites sont répartis en deux provinces « pour faciliter l’administration et pour assurer la concorde et l’union sacrée ». Les Carmes et les Récollets ont adopté le même principe au XVIIème siècle, les Capucins en 1712.

Un ami vient de m'envoyer cette carte de la Wallonie (en latin : « Vallonia ») qui montre qu'elle existait déjà sous forme de province ecclésiastique pour les Capucins en 1641… L'adjectif « wallon » est à coup sûr plus ancien que la Belgique, mais aussi la Wallonie même si cette dernière n'existait pas (encore !) politiquement.


En voilà la preuve par cette carte « Provincia Valloniae » allant du Hainaut à Liège en suivant la frontière linguistique, datée de 1641 dans l'atlas de l'ordre des Capucins, éditée à Turin et dessinée par un moine anonyme de Dinant. (Pour les Aclots, on y voit nettement le clocher (alors) gothique de la collégiale Sainte Gertrude, symbole du Roman pays)

Cliquez ICI pour la voir en grand (PDF).

Notons que le mot Wallonie est bien ancien, Albert Henry cite le mot germanique Walonica et son équivalent roman Gualonica figurant dans la Chronique de l’abbaye de Saint-Trond, datant du 12e siècle. (Albert Henry, Histoire des mots WALLON et WALLONIE, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1990, 152 p.)

 

Un correspondant qui ne m'a pas laissé son adresse ayant fait une lecture rapide de ce billet m'écrit que : "Supposer une continuité entre la Wallonie d'aujourd'hui et celle de 1641 est autant une supercherie que d'imaginer une continuité entre la Gaule belgique et le Royaume de Belgique"... Si tel était mon intention, il aurait bien évidemment raison. J'ai mis une réponse à son commentaire. La seule continuité entre cette époque et la Wallonie actuelle est évidemment une continuité culturelle et elle est bien plus ancienne que la carte présentée.
L'existence politique de la Wallonie, date officiellement de 1987. Mais que de chemin parcouru !

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Published by Claude Thayse - dans Documents
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commentaires

didier 01/12/2008 13:17

Quelques réflexions que m'inspirent cette carte et certains commentaires publiés ici:
Il n'y a aucune contre-indication ou aberration à faire le lien entre une Vallonia de 1641 (que cette carte semble attester) et la Wallonie politique de "1987". Ni même entre la Gaule Belgique et la Belgique de 1831 (la dernière ayant été ainsi nommée en référence à la première et en raison d'un certain usage ancien pour dénommer nos régions). On ne limite pas l'histoire de la Pologne, rayée de la carte d'Europe à plusieurs reprises, à 1945 (date de la dernière "réapparition" de la Pologne sur les cartes.
Lien ne veut pas dire filiation. Dire que l'on parlait à l'occasion de "Belgique" pour désigner nos régions bien avant 1830 est une vérité historique (cf Stengers). Dire cela n'est pas dire que la Belgique est l'héritière politique de la Gaule Belgique. Ne mélangeons pas tout.
De même, si l'on devait découvrir l'usage par les "Wallons" eux-mêmes d'un dérivé de "Walh" (wallon) pour désigner nos régions (Belgique romane) en opposition aux régions germaniques, tant mieux...
Pour la petite histoire, "Wallon" est effectivement bien un mot d'origine germanique. C'est ainsi que nos voisins germaniques désignaient les Romains, les Gallo-romains ou les Celtes (en fait tous les peuples non Germains rencontrés par les Germains à l'ouest).
Ce qu'on sait moins, c'est que ce "Walha" (Welsch, Waals, "Valak" etc etc) est en fait un mot emprunté au latin!
Et oui: Walha n'est rien d'autre que la germanisation de "Galli", c'est à dire "les Gaulois" en latin! Le mot a fait l'aller-retour. Les Germains n'ont fait que reprendre le mot avec lequel les Gaulois se nommaient eux-mêmes. C'est un phénomène très fréquent en linguistique historique.
Et d'un point de vue morphologique, la transformation de "g" en "w" est très fréquente (cf le mot "guerre" qui en anglais a été emprunté au franco-normand: "wère", qui a donné "war", ou encore "èwaré" en wallon qui veut dire "égaré").
Pour la (seconde) petite histoire, les peuples que les Germains rencontraient à l'est, ils les ont - plus sinistrement - appelés... les "esclaves": "S(k)laven". C'est l'origine de notre mot "slave".
 

Claude Thayse 01/12/2008 13:26


Merci de ces précisions !


Duchêne 29/11/2008 23:48

Erreur ! L'adjectif "wallon" n'est pas plus ancien que l'adjectif "belgique", puisqu'il existait déjà une Gaule "belgique" dans l'Antiquité. Supposer une continuité entre la Wallonie d'aujourd'hui et celle de 1641 est autant une supercherie que d'imaginer une continuité entre la Gaule belgique et le Royaume de Belgique.

Claude Thayse 30/11/2008 11:45



Cher "IP 80.200.109.241",


Je vous invite à relire attentivement le billet. Si le mot "wallon" est certes très ancien, il signifie « population romanisée » ou celte, d’après sa racine « wahl », terme
germanique, comme « welche » en suisse. C’est seulement dans le cadre belge qu’Albert Mockel en fit un substantif au 19ème siècle. La Société liégeoise de littérature
wallonne, où il est écrit indifféremment Wallonnie et Wallonie. Cette dernière orthographe devait bientôt s’imposer, grâce à Albert Mockel surtout, et le mot connut dès lors une rapide et
incontestable fortune, sans que jamais Wallonie fût considérée comme l’exact corrélatif de wallon.


Sa réalité politique date officiellement de 1987. C'est la seule date qui soit incontestable.


La carte présentée ici n'a certainement pas pour objectif de faire du "Pirennisme", ce nationalisme belgicain qui nous a fait tant de mal. La Wallonie présentée sur la carte était en 1641 une
province éclésiastique pour les Capucins. Point ! Je n'ai rien écrit d'autre. Ce qui est intéressant, c'est sa coïncidence avec une grande partie du territoire actuel de la Wallonie et surtout de
l'existence de sa frontière nord.


Il faut oser se dire wallon. Le peuple wallon est un peuple ouvert. Affirmer une certaine identité, une certaine appartenance est légitime. A condition qu’on ne tombe pas dans des
radicalismes nationalistes "à la belge". L’identité et la culture sont deux choses différentes. L’identité wallonne, c’est la citoyenneté politique. La culture en est indépendante. A la fin
des années septante, Jean Gol a parlé de "nation francophone". Mais c’était pour une question de stratégie politique : équilibrer le rapport des forces face au socialisme dominant
en Wallonie. Cela ne collait pas à la réalité. Bruxelles et la Wallonie forment un ensemble de deux régions associées. Depuis 1905 jusqu’à la dernière réforme de l’Etat en 1988, le mouvement
wallon a été centrifuge par rapport à la Belgique. Il n'est évidemment pas imaginable pour moi qu'il devienne centrifuge par rapport à l’ensemble français.


C'est là la seule continuité entre la Wallonie de 1641 et celle d'aujourd'hui. Elle est culturelle et encore plus ancienne.


Dans « La Wallonie, Terre romane », l’historien namurois Félix Rousseau nous fournit les éléments suivants :
La terre des Wallons s’appelle effectivement aujourd’hui la « Wallonie ». Le mot (dans son sens politique ! NDLR) n’est pas fort ancien. Il a un peu plus de cent ans. Pour désigner le
territoire habité par les Wallons, on a dit longtemps le « Roman Pays » (Roman Païs), puis ce fut le « Pays wallon ».  La période romaine a duré, chez nous, environ cinq
siècles. Il n’est pas douteux que nos ancêtres ont eu conscience d’appartenir à cet immense Empire romain, siège d’une brillante civilisation, la civilisation latine. D’où le succès, chez eux, du
mot « romanus » devenu plus tard, en langue vulgaire, « roman » pour désigner leur parler : le « roman », leur terre : « le roman pays ». (…) A
partir du XVème  siècle, mais surtout au XVIème siècle, va prévaloir une nouvelle dénomination, qui se substituera progressivement à celle de
« roman », à savoir : « wallon ». C’est un mot d’origine germanique, quant à sa racine : « Wal ». (…)Ce « Wal » nous reporte à une époque très
ancienne. On croit qu’il est entré en ancien germanique vers le quatrième siècle avant J.-C. pour désigner les « Volcae » (les Volques), le premier peuple celtique avec lequel les
Germains se sont trouvés en contact. Leur nom est devenu en ancien haut allemand « Walha ». Dans la suite, les germains l’ont appliqué à l’ensemble de leurs voisins du Sud, aux Celtes,
puis aux Romains (…).Donc, le terme « Walha », d’où dérive notre Wallon, a présenté, dès ses origines, un sens ethnographique, impliquant l’idée d’une opposition : il signifie
l’Etranger, le Celte, le Romain au regard du Germain. Les Germains ont transporté partout le mot « walha » et ses dérivés. En allemand, les termes ont conservé une application
générale : le « Welschland » fut longtemps l’Italie et aussi la France. La « Welsche Schweiz » est la Suisse romande, le « Welsch Tirol », le Tyrol roman.En
Angleterre, les Anglo-Saxons l’ont employé pour désigner les Gallois, qui s’ont d’origine celtique et usent d’un langage celtique. Au Moyen Age, dans les textes latins de l’Angleterre,
«Wallonia » désigne le Pays de Galles et les «Wallonnes » sont les Gallois. En anglais moderne, « Wales » est le pays de Galles et « Welsch » désigne un Gallois.


Intéressant à lire est aussi ce chapitre que Félix Rousseau intitule « La culture française en Wallonie » ». Pourquoi les Wallons parlent-ils français depuis des siècles, pourquoi
ont-ils adopté la culture française, alors que – au point de vue politique – pendant plus d’un millénaire (à part Tournai et le Tournaisis) l’ensemble des terres wallonnes n’ont été françaises
que pendant vingt années, exactement de 1794 à 1814 ? Donc, au XIIIème siècle, il se produisit en Europe occidentale un événement d’une portée considérable : le latin perd son
hégémonie, les langues vulgaires deviennent des langues de culture, des langues d’administration.Que va-t-il se passer dans nos régions wallonnes ? Un dialecte (par exemple le dialecte
liégeois) va-t-il prendre le pas sur les autres parlers et devenir l’organe commun, la « coïnê ? Nullement. A part Tournai et le Tournaisis, fiefs français, la principauté de Liège, les
comtés de Namur, de Hainaut, de Luxembourg se trouvaient « en terre d’Empire », donc situés en dehors des frontières politiques de la France. Et cependant, dès le XIIIème siècle, c’est
le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept
siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.Certes, le français employé dans nos régions au Moyen Age sera un
« français provincial », un français émaillé de wallonismes ou de picardismes suivant les cas. Les réussites seront variables suivant le degré d’instruction. Ce qu’il faut souligner
avant tout, c’est la volonté qui se manifeste d’employer la langue littéraire. Le français de chez nous 
ne sera ni plus ni moins provincial que celui en usage dans la plupart des provinces françaises à la même époque. N’oublions pas de rappeler que très tôt, le français a été adopté comme langue de prière. Le français, langue noble, pouvait concurrencer le latin pour adorer Dieu et vénérer ses saints. (…)Y a-t-il une culture
wallonne ? » A cette question Félix Rousseau répond :Les Wallons ont eu une chance inouïe dans leur histoire : un dialecte d’oïl,
apparenté à leurs propres dialectes, est devenu très tôt une langue universelle. Ils s’y sont rattachés tout naturellement.Voilà l’exacte position culturelle des Wallons. Non
seulement, elle n’est jamais mise en pleine lumière, mais on cherche à la déformer en affirmant que nos régions wallonnes ont été autrefois plus ou moins bilingues – bilingues
français-flamand. (…)L’audience des lettres françaises chez nous a été complète. Depuis le XIIIème siècle, entre la Wallonie et la France, sur le plan intellectuel, il n’existe
aucune frontière. Possédant depuis des siècles le français comme langue de culture, les Wallons ont profité de sa fortune prodigieuse, de son prestige incomparable, de son rayonnement
immense dans le monde. (…)Le français est devenu pour le wallon une « alma mater », une langue maternelle, au même titre que pour un Bourguignon, un Champenois ou un Normand. Car le
français a pénétré tous les domaines de la pensée et du sentiment, dans la vie spirituelle comme dans la vie familière.



Snow 28/11/2008 09:03

Les germaniques transforment le G en W. C'est  aussi simple que cela.
La Wallonie est un morceau de la Gaule et le Général de Gaulle ne s'appelait il pas Van de Walle.
Pays de Galle = Walles.
La Suisse romande est appelée Wellsch par les allémaniques.
Nous sommes gaulois même si nous nous sommes romanisé par la conquête romaine. Mai s beaucoup de mots celtes sont resté dans le français comme charette, charbon, cheval, tonneau etc ...
Merci

Claude Thayse 28/11/2008 17:14


Ben oui...


Daniel 26/11/2008 21:56

Je ne cherche pas particulièrement à jouer les rabat-joie mais voir figurer Charleroy sur une carte datée de 1641 me laisse à tout le moins perplexe, l'acte de naissance de la ville mentionne ... 1666.

Claude Thayse 28/11/2008 17:13



Oui... J'ai également été surpris... mais :rRenseigement pris, cette faisait partie d'un atlas écrit par le RP Ioannis a Montecalerio, en Italie à Turin, publié en 1641. La IVème édition du livre
de la Principauté de Liège de Jean Lejeune la reproduit également.
Que croire ?



Lerusse 25/11/2008 11:09

Cher M Thayse,
Comme ce serait bien de pouvoir imprimer la carte de Vallonia en format A4 sur papier photo, pour l'encadrer. Pourriez-vous faire les démarches techniques auprès de votre ami ? Bien à vous,

Claude Thayse 25/11/2008 12:51



Vos désirs...


La carte est désormais téléchargeable au format PDF !



« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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