Dans le billet : « Les problèmes linguistiques, une
invention récente ? », publié en janvier de cette année, je parlais
de l’ancienneté des relations difficiles entre les populations de parlers « thiois » et « romans ». Et ce n'est pas Marino Keulen qui vient de faire parler de lui en en montrant toute l'actualité
qui me démentira. Lui qui vient spectaculairement - mais c'était attendu - de relancer une guerre civile et économique froide qui dure depuis plus de cent ans. Les Flamands ont
demandé la régionalisation de la loi communale pour l'utiliser pour des questions communautaires, les Wallons pour rendre la démocratie communale plus démocratique...
Finalement, le
séparatisme n'est-ce pas le bon sens ?
Mais revenons au sujet. L’église, seule
structure dominante et constante depuis la fin de l’Empire romain, en avait toujours perçu l’ampleur et tenu compte en structurant son organisation pour éviter les tensions. C'est ainsi qu'entre
1559 et 1561, furent réorganisés les évêchés médiévaux qui auparavant « chevauchaient la frontière des langues ». A la même époque, les collèges de Jésuites sont répartis en deux provinces « pour
faciliter l’administration et pour assurer la concorde et l’union sacrée ». Les Carmes et les Récollets ont adopté le même principe au XVIIème siècle, les Capucins en
1712.
Un ami vient de m'envoyer cette carte de
la Wallonie (en latin : « Vallonia ») qui montre qu'elle existait déjà sous forme de province ecclésiastique pour les Capucins en 1641… L'adjectif « wallon » est à coup sûr plus ancien que la
Belgique, mais aussi la Wallonie même si cette dernière n'existait pas (encore !) politiquement.
En voilà la preuve par cette carte « Provincia Valloniae » allant du Hainaut à
Liège en suivant la frontière linguistique, datée de 1641 dans l'atlas de l'ordre des Capucins, éditée à Turin et dessinée par un moine anonyme de Dinant. (Pour les Aclots, on y voit
nettement le clocher (alors) gothique de la collégiale Sainte Gertrude, symbole du Roman pays)
Cliquez ICI pour la voir en grand (PDF).
Notons que le mot Wallonie est bien ancien, Albert Henry cite le mot germanique Walonica et son équivalent roman Gualonica figurant dans la Chronique de l’abbaye de Saint-Trond,
datant du 12e siècle. (Albert Henry, Histoire des mots WALLON et WALLONIE, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1990, 152
p.)
Un correspondant qui ne m'a pas laissé son adresse ayant fait une lecture rapide de ce
billet m'écrit que : "Supposer une continuité entre la Wallonie d'aujourd'hui et celle de 1641 est autant une supercherie que d'imaginer une continuité entre la Gaule belgique et le Royaume de
Belgique"... Si tel était mon intention, il aurait bien évidemment raison. J'ai mis une réponse à son
commentaire. La seule continuité entre cette époque et la Wallonie actuelle est évidemment une continuité culturelle et elle est bien plus ancienne que la carte présentée.
L'existence politique de la Wallonie, date officiellement de 1987. Mais que de chemin parcouru !
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