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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 09:49
Il fallait s'y attendre, l'ancien journaliste du « Soir », Christian Laporte, passé sur le tard à la « Libre » et véritable réincarnation de Jo Gérard qu’il a remplacé dans la vénération (l’iconolâtrie ?) royaliste, encense - « le premier ministre de Baudouin...» - Wilfried Martens  à l’occasion de la présentation de ses « Mémoires ». Oubliant que jeune leader CVP, ce dernier conduisait les effrayantes « marches flamandes sur Bruxelles » - « ville flamande »  -  dans les années 60-70 et dont il n’a jamais accepté de faire une région (presque) à part entière. Il a fallu attendre Jean-Luc Dehaene qui, en acceptant (contre de plus gros avantages et tout à fait provisoirement dans son esprit) le statut actuel de Bruxelles en 89, a curieusement « trahi » cet objectif du Mouvement flamand.
Leterme ou la barbarie de la surprise...
 
Si Karel De Gucht a logiquement resitué la carrière de Martens dans le contexte de la continuité historique du Mouvement flamand à une époque «où l'on avait encore une vision politique qui voyait plus loin que le journal du lendemain», si Françis Delperée (du CDH, parti frère du CDNV) fidèle à l’image qu’il s’est créée a parlé de « Premier ministre du roi Baudouin» et de son attachement à la Belgique fédérale du début du troisième millénaire, à l'Europe, terre d'avenir», Yves Leterme a renoué avec la vraie tradition des leaders flamands. Ce que, évidemment Laporte n’a pas apprécié. Disant à propos des premiers qu’ils avaient eu des «  propos de condor royal (sans jeu de mots...) survolant la Cordillère des Andes et traitant Yves Leterme de « plutôt mouette collée au sol après une pollution au mazout. »
 
Et quoi ? Yves Leterme a demandé que le statut de Bruxelles soit à l'agenda de la prochaine réforme de l'Etat ? Où est la vraie surprise ? Il rejoint la pensée de l'ancien premier ministre qui écrit dans ses mémoires qu'il aspire au parachèvement du projet fédéraliste. Soulignant que le concept fédéraliste que Wilfried Martens avait en tête il y a 30 ans portait bel et bien sur un Etat à deux composantes et non trois. Qui peut croire qu'il a réellement changé ? Qui peut croire que le Mouvement flamand a changé ? Et pour quelle raison ? On ne change pas une stratégie gagnante !
 
Picqué, Di Rupo et consort ne pouvaient que réagir. Ils disent qu'une telle offensive contre les institutions de la Région de Bruxelles, symbole de la coexistence des deux communautés, ne peut être comprise que dans le cadre d' une stratégie visant à la disparition du pays. Oui, et alors ? Ce n'est pas nouveau !
 
Tous les arguments invoqués par les francophones ; surenchère communautaire permanente, remise en cause des accords précédents, limites et financement de Bruxelles, représentation garantie et exorbitante des Flamands à Bruxelles, réduction des pouvoirs royaux, etc., s'ils sont cohérents dans le cadre d'un souhait de survie d’une certaine Belgique ne sont pas en phase avec la vision flamande de l'avenir. Dans un couple, il faut un minimum de projet commun. Ce n'est plus le cas depuis longtemps. Le tournant fut le vote de la loi spéciale du 16 janvier 1989 dite du « juste retour territorial » : les richesses doivent revenir là où elles ont été générées. Le début de la fin de la solidarité fédérale.
 
Les propos le Leterme, le Manifeste du club de la Warande, les projets de Constitution flamande, le débat sur le rôle du roi, le récent (ce 14 avril !) « Manifeste de printemps » de « l'élite flamande non politique appelant à la grève générale si la Flandre n'obtient pas en 2007 toutes les nouvelles compétences exigées, l'exigence de la connaissance du flamand pour obtenir un logement social, etc.., tout cela participe d'un même projet, d'une vraie vision d'avenir que les Flamands ont le mérite d'affirmer pour eux-mêmes.
 
Il semble bien que nos représentants politiques actuels n'ont plus suffisamment de courage politique pour vouloir présenter une vision qui ne soit pas calquée sur la pensée unique qu'ils ont eux-mêmes contribuée à créer et dans laquelle ils se sont piégés. Ils laissent comme d'habitude les Flamands prendre l'initiative. Ils ont de fait déjà abandonné la Wallonie et Bruxelles qu'ils prétendent défendre. Di Rupo ne parle-t-il pas, vaguement, de l'élargissement de Bruxelles à « une ou plusieurs communes à facilités » ! Et les autres ? Et les Fourons ?
Ne rêvons pas, la position des membres du « front francophone » consiste à cacher une politique d'abandon, de marchandages et de renoncement. Ceux qui les suivent sont comme certains qui, victimes de leur propre inertie, soutenaient Pétain contre de Gaulle ! Mais ce pas la voix chevrotante d'un maréchal octogénaire que nous entendons aujourd'hui, ce sont les déclarations éhontées de politiciens qui débitent des boniments auxquels ils ne croient plus vraiment eux-mêmes.
 
A nous de sortir de l'opposition stérile et vaine à ce projet flamand, légitime de leur point de vue. Nous, Wallons et Bruxellois francophones, devons affirmer nos propres aspirations et les présenter à l'opinion comme un choix délibéré, positif et constructif. Non pas comme une solution de rechange à laquelle nous serions contraints « à cause » de la sécession flamande. Rappelons-nous ces paroles fortes citées par Jules Gheude dans sa récente carte blanche au « Soir » :  « Je me souviens de la terrible colère de Jean Gol au bureau du parti quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de l'implantation de la capitale wallonne à Namur. « Il n'y a que deux capitales possibles », déclara-t-il. « Si ce n'est pas Bruxelles, j'en connais une autre autrement prestigieuse !  Il n'a pas prononcé le nom de Paris mais... » (François Perin, dans Le Soir du 20 septembre 1995).
 
Il n’y a pas d’autre choix.

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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