« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de
chercher la vérité et de la dire » (Jean Jaurès)
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« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement
qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite
Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)
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S'il y a une première leçon politique (provisoire) à tirer de tout ça, c'est de se demander à quoi sert encore la Belgie-que. Ou s'il y a encore vraiment une Belgie-que ! Un des derniers pans de l'unitarisme vient de tomber. Quelles raisons avons-nous encore de rester ensembles ? Qu'avons-nous encore en commun ? Même plus les moules !
Ceci dit, c'est génial de la part de BNP-Paribas qui obtient ainsi l'accès à l'épargne en Belgie-que (40% de l'épargne bancaire !) par le réseau Fortis, et même récupère celle investie à Paris (dans l'ex-banque parisienne de crédit) sans débourser un euro. Mais aussi, et surtout, parce qu'en cas d'attaque contre son capital, cette banque pourra compter désormais sur le soutien de deux états : la France et celui du gouvernement belge (encore que... reste-t-il quelque chose ?) qui ne pourra pas se permettre de perdre sa mise, constituée des fonds publics investi.
Les épargnants devraient donc être rassurés, et même plus. Malgré les limites de la réglementation belge il est bien possible que BNP va probablement faire des offres intéressantes pour les frais de banque ou pour la rémunération de l'épargne pour éviter la fuite des anciens épargnants "TSF" (pour "tout sauf la France") de Fortis (Vers où ? ING ? des Hollandais… ? Il reste évidemment KBC…) et en attirer d'autres. L'épargne flamande et celle des ultras du belgicanisme drainées vers la France, amusant, non ?
Evidemment pour les actionnaires, c'est nettement
moins bon. Ce qui est coté en Bourse, c'est le titre "Fortis Holding", et non le titre "Fortis Bank". Après ces cessions, "Fortis Holding" va donc se trouver à la tête d'env. 30 à 35 milliards en
cash (16 à 17 hollandais, 11.7 belges et 8,8 français) auxquels il faut ajouter plus ou moins 66% d'actifs toxiques dans ses actifs propres. Comme ça, ça a l'air bien, mais si on retranche le
passif propre, il ne devrait plus rester grand chose et comme c'est ce résultat final qui est coté… C'est la Bérézina à très court terme ! Le message de Leterme cette nuit était clair : "Il
fallait protéger les épargnants, les actionnaires savaient quels risques ils prenaient…". Le drame dans cette affaire, c'est que "l'action Fortis" était considérée par beaucoup en Belgique
comme une action de "bon père de famille". Donc elle-même une forme d'épargne. Aïe !
Mais bon... On ne sauve pas un système déjà fortement
gagné par la gangrène, en multipliant les transfusions. Chacun sait que dans ce cas, il faut amputer avant de pouvoir stabiliser et reconstruire les parties saines du corps.
Heureusement, on le sait aussi, la plus grande partie de cette forme particulière d'épargne (?) est concentrée en
Flandre…
Autres perdants, vous l'aurez compris, les contribuables. L'état belgo-flamand détiendra 20 à 30 % de ces "actifs toxiques" du "Holding Fortis"... 20 à 30 %, ce n'est pas rien !
Les autres leçons politiques à tirer sont :
1. Se demander à quoi sert encore le BENELUX (Si pour nous Wallons, ce machin a un jour servi à quelque chose…). Les coups les plus durs sont venus sont venus des "amis" du nord (le "lâchage" des
bataves), la main tendue (Dexia et Fortis) est venue de France. Le front face à la crise financière passe donc désormais par l'axe Paris (surtout) - Bruxelles (un peu), et non plus par
Amsterdam-Bruxelles-Luxembourg. Merci la France ! Et les faits économiques précèdant souvent les faits politiques...
Juste pour information, l'Etat néerlandais porte effectivement une part de responsabilité importante dans la débâcle de Fortis: 1. il n'a jamais versé les 4 milliards d'euros de capital qu'il s'était
engagé à souscrire le 28 septembre 2008. 2. la Banque centrale de Hollande a refusé de faire le "funding" des activités hollandaises durant la semaine cruciale. 3. l'Etat hollandais a menacé de
mettre la banque en Hollande sous curatelle, le but ultime était de récupérer ABN-Amro, joyau hollandais à vil prix et éviter qu'il ne soit cédé à Deutsche Bank. Le gouverneur de la Banque de
Hollande, Wout Nellinck, a indiqué qu'il n'aurait jamais accepté cette solution.
2. Se
demander à quoi sert encore la Commission européenne dont on n'entend plus parler, elle qui a facilité - et même provoqué – toute la dérégulation qui a abouti à la crise actuelle.
Quel silence assourdissant ! (Au fait, où est la Banque centrale ?)
3. Les Etats nationaux restent les principaux garants de la stabilité. Partout. L'Allemagne ne vient-elle pas d'annoncer une garantie d'Etat pour tous les dépôts d'épargne de particuliers ? (Pour
mémoire 20.000 € en Belgique, 70.000 en France avant la crise).
Tous les Etats nationaux ? Non. Tous sauf un. La Belgique ! Où le choix (la fuite ?) vers le niveau européen se révèle désastreux.
Ça fait des années que je l'écris… Pour les partisans de la survie de cet Etat impossible, cette stratégie de "tout à l'Europe" s'apparente maintenant clairement à un résultat "tout à l'égout"
!
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Je vois un autre avantage immédiat à la reprise de Fortis par BNP Paribas, pour le personnel wallon de la banque: les cadres francophones auront enfin de sérieuses perspectives d'avancement et de carrière au sein du groupe ...
Quand Kraft a racheté Jacob-Suchard à Liège dans les années 1990, on a ainsi vu des petits Liégeois prendre des postes à responsabilité à ... Paris. Difficile à imaginer dans une structure "flamando-hollandaise".
L'Euro est finalement tout ce qui reste du projet original des "pères fondateurs" qui était extrèmement généreux et réconciliait l'économique et le social. On est est loin.
Paradoxalement, l'Euro vient finalement de sauver l'existence de la Belgique...
Eh bien savez-vous quoi ? Je suis rattachiste, et anciennement client de Fortis groupe belgo-hollandais non point par volonté personnelle mais par inertie, étant ancien client de la défunte CGER, et cela fait quelques années que je me dis, mais diable, quand passeras-tu dans une banque française ?
Eh bien, sans changer de banque, voilà qui est fait, les managers n'ont fait que des bourdes mais ils ont fait de ma banque une banque française, grâce aussi à l'habileté du gouvernement français et de la banque PARIBAS !
Il faut dire que je suis client mais pour mon compte courant et une ligne de crédit à la consommation ! Heureusement je n'ai pas d'action Fortis sinon je serais évidemment beaucoup moins content, mais n'étant pas riche, voilà ... je ne risque pas de m'appauvrir non plus. Pratique non ?
Cette crise bancaire a au moins ceci de bon : elle révèle la fragilité du système d'intérêts belgo-belge et son grand château de carte, comme l'était le régime de Louis XVI en 1788, juste avant 1789 !
Comparaison n'est pas raison, mais cela aide le moral des rattachistes.