Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 12:52
La crise que nous vivons - sans précédent depuis celle de 1929 - révèle évidemment la faillite d’un système économique et financier aux contrôles défaillants et à la seule finalité d’enrichir démesurément quelques acteurs sur le dos de tous les autres. Eminemment discutable... et instable par ses excès et à sa profonde injustice.

Pour sortir de la crise et enfin remettre l’économie de marché au service de l’Homme, il faut agir sur ses causes. Il serait en effet inutile et scandaleux de continuer à déverser des milliards d’aides publiques sur un système à bout de souffle pour lui permettre ensuite de recommencer les mêmes erreurs.

Tout le monde semble d’accord aujourd’hui, il faut, à tous les niveaux, à la fois moraliser, relancer et rééquilibrer notre économie.

Il n’y a pas de marché bénéfique sans confiance réelle. Le rôle de la puissance publique est de la garantir par un ensemble de règles. La dérégulation de ces 20 à 30 dernières années a permis au système, avec la complaisance des gouvernants. On ne peut pas simplement, ni sauver le système, ni chercher à désigner l’un ou l’autre coupable, cela reviendrait à accélérer dans une voiture sans freins.

Une nouvelle régulation des marchés doit être mise en œuvre au niveau européen et mondial. On en est loin. Le système européen est essentiellement dérégulateur. Sarkosy arrivera-t-il à obtenir une coopération européenne indispensable ? J’en doute.

Heureusement, les vieilles nations que cette même Europe veut détruire ont la capacité de réagir.

-le Parlement hollandais a voté le 9 septembre une loi taxant fortement les excès de rémunération des dirigeants d’entreprises ou de fonds d’investissement ;

-certains, en France, proposent de soumettre au droit commun les plus-values liées à l’exercice des stock-options comme des indemnités des départs, ce qui permettrait aussi de financer des dispositifs sociaux sans ponctionner les classes moyennes ;

-Enfin, il faudrait, par voie législative, contraindre les banques à déclarer les « créances pourries » qu’elles détiennent. Toute tricherie aurait un caractère pénal.

La leçon keynésienne de la crise de 1929 aurait du nous apprendre qu’il faut éviter la contagion de la crise financière à l’économie réelle. Le paradoxe est de voir l’Europe incapable de relancer son économie alors qu’elle est réellement moins exposée que les Etats-Unis sur le plan bancaire. Là aussi, faute d’une action coordonnée européenne, les gouvernements ont montré leur capacité d’agir très vite au niveau national.

Pourquoi le Conseil européen n-t-il pas déjà été réuni pour mettre en œuvre un plan de relance économique. C’est qu’aujourd’hui, le vrai danger est de voir les banques ne plus prêter aux particuliers et aux PME, au risque de les pousser à la faillite. Il est grand temps de proposer un plan de relance à plusieurs volets voici quelques pistes :

-un plan d’investissement de la Banque européenne d’investissement, notamment pour les infrastructures de transports permettant de lutter contre l’effet de serre ;

-la suspension officielle du pacte de stabilité et l’incitation pour les pays excédentaires de la zone à accroître leur déficit ;

-la soumission (enfin !) de la Banque Centrale européenne au pouvoir politique pour l’obliger à baisser ses taux pour permettre aux taux courts de redevenir inférieurs aux taux longs, un euro bon-marché grâce à une stratégie de change;  l’application de montants compensatoires monétaires vis-à-vis de pays à monnaies sous-évaluées; la création d’un fond de garantie des prêts aux PME ; la relance des emplois aidés ; des prêts préférentiels aux particuliers qui rénovent leur habitation ; une réduction des charges sociales sur les nouveaux emplois; le renforcement de l’aide aux collectivités locales qui épargnent et qui investissent. Ily a beaucoup d’autres pistes.

Il faut, tout comme après la crise de 29 réinventer une économie de marché où existe un équilibre raisonnable et durable entre l’offre et la demande.

Les événements viennent de démontrer que « l’é-casino-conomie » où les cours boursiers atteignent des sommets grâce aux licenciements massifs, à la compression des salaires et à la création de valeur fictive au profit de quelques uns, n’est pas seulement injuste mais autodestructrice.

C’est là qu’est l’origine de la crise que nos dirigeants, trop contents de passer sous silence leur responsabilité première (mais depuis 20 ans et plus, nous sommes tous un peu responsables d’avoir, si pas oublié, du moins approuvé la pensée unique de dégraissement des responsabilité de l’Etat) dans la dérive du système, veulent faire oublier en mettant à l’index « les spéculateurs ». Le rôle du politique n’est plus de fermer les yeux sur un système fou en versant de temps à autre des sommes colossales pour le renflouer. Quand ce n’est pas une larme de crocodile sur les gigantesques dégâts sociaux, humains et environnementaux, qu’il cause. Tous les partis sont impliqués au même titre, même les partis de gauche qui crient maintenant plus fort que les autres (Voir ce que je publiais ici, « in tempore non suspecto », en janvier 2006… et qui m'avait vallu de recevoir une vollée de bois verts de certains qui n'hésitent maintenant plus à le reprendre à leur compte).

L’intérêt collectif et le service universel ont été bradés sous l’influence du libre échange ultime et sans limites prôné par la Commission européenne. Cette crise a du bon, voilà, je l’espère, un mythe définitivement démodé.

Je suis opposé à toute chasse aux sorcières. Plutôt que se focaliser, en toute bonne conscience, sur les erreurs du passé, il est désormais indispensable d’articuler efficacité économique et justice sociale. Conditions indispensables au développement valable, durable, matériel et moral, des sociétés. Nous avons donc besoin d’en revenir à des frontières politiques et économiques qui rejettent une mondialisation sauvage fondée sur une harmonisation sociale et environnementale par le bas, à une économie mondiale multipolaire organisée sur des zones régionales de libre échange, et coopérant entre elles.

Keynes que j’appelle un socialiste intelligent avait raison d’analyser que le capitalisme est en crise permanente. Sans récuser le principe d’une une économie libérale, il faut entreprendre de le dépasser par une transformation en profondeur en renforçant certaines réglementations, et en particulier celle de l'information. La crise actuelle ayant été provoquée par une grande asymétrie de cette dernière : toutes les parties n'étaient pas informées au même niveau. Irons-nous vers un nouveau Bretton-Woods ? Méfions-nous d'une approche qui voudrait d’abord régaler (les plus riches) pour éventuellement mieux réguler par après...

Mais d'ici là, il peut encore se passer beaucoup de choses. J'appréhende les prochains jours à la Bourse...

En complément, pour ceux qui veulent comprendre toute l'histoire des "subprimes", téléchargez ce petit document réalisé par l'excellente équipe du Blog "Rue 89".

Partager cet article

Repost 0
Published by Claude Thayse - dans Réflexions
commenter cet article

commentaires

denis dinsart 07/10/2008 17:25

Comme vous le soulignez, cette dérégulation a pu avoir lieu grace aux gouvernements qui dans le cas de la France, de l'Italie, de la GB, étaient des gouvernements de gauche... (Jospin, Prodi, Blair). Ne parlons pas de la Belgique...Lire à ce propos Le Soir de ce jour. Lire à ce sujet "idéologies toxiques et pensée molle" de Jean-Paul Marthoz.Bien à vous Denis Dinsart

Claude Thayse 08/10/2008 10:56


Bien entendu ! Mais ils n'ont pas été les seuls.
Certes aussi, tout ça se passait dans un climat d'après guerre froide et de lutte féroce pour la survie (le contrôle de la planète) entre deux régimes. Lutte qui a détruit beaucoup de choses et
mené aux désastres économiques, politiques, sociaux, écologiques que nous connaissons. On voit bien maintenant les effets de cette volonté de dérégulation qui consistait en l'idéologie principale
du vainqueur...
Victoire de courte durée. Victoire à la Pyrrhus ? Moins de dix ans après le communisme autoritaire, le capitalisme financier des marchés, sans contrôle, vient (est en train ?) de s'effondrer. Que
reste-t-il ? Si vous me permettrez j'oserais une comparaison entre le capitalisme libéral et l’attelage ailé que décrit Platon dans un de ses dialogues, Phèdre : sans la raison pour le brider, le
maîtriser et le guider, le capitalisme est entraîné dans la course folle de ce que les Grecs anciens appelaient  l’hybris.
Crozier, le sociologue, écrivait que "les bureaucraties n'évoluent que dans la douleur". Il semble bien y aller ainsi également de nos sociétés.
Il a fallu les crises de 29-30, la montée des idéologies noires et la guerre mondiale pour qu'on se décide à mettre en place le système économique appelé "Etat providence". Même si celui-ci a
commencé à être progressivement déstructuré au bout de 25 ans, victime de ses propres blocages et (paradoxalement !) de l'enrichissement collectif qu'il a permis.
Espérons comme je l'écrivais il y a quelques jours que (tous) nos dirigeants, hors les mesures d'urgences actuelles, auront le courage de convoquer - très rapidement - un nouveau "Bretton-Woods",
une grande conférence mondiale, remettant le monde sur la voie d'une logique économique (mondiale cette fois !) vraiment au service des citoyens et de la planète.
(En espérant que les dirigeants qui suivront n'auront plus la mémoire trop courte...)


Renaud Lachamp 06/10/2008 22:26

Mes remarques qui étaient effectivement consignées dans le désordre ( vous ne semblez pas avoir saisi que je m'adressais également ironiquement à moi même en cet instant là ) n'en restent pas moins légitimes . Je n'ai pas fait oeuvre de dissertation comme cette personne dont vous avez dupliqué le texte. D'ailleurs , cet article, au risque de vous paraître prétentieux , ne m'apprend  strictement rien et j'aurais pu le rédiger d'une manière beaucoup plus synthétique.  Son auteur commet d'ailleurs une imprécision à caractère quasiment scientifique. Keynes est vivant au sein de la politique économique U.S comme de l'arsenal de L'Europe depuis fort longtemps :des axiomes tels des déficits budgétaires constants ,ou d'une manière plus ponctuelle  ces subventions massives que l'Etat Fédéral octroient à ces petit agriculteurs des deux Dakota, du Montana ( 165 milliards de $ en 3 ans  et de bien d'autre Etats céréaliers en sont des exemples éloquents pris au hasard parmi bien d'autres. Prenons un tableau noir et inscrivons ce qui est demeuré Keynesiendeuis les années 30 et ce qui ne l'est plus. Vous concernant, je vous ai effectivement attaqué sur un sujet qui n'a pas grande importance : votre sympathie pour les thèses "wallingantes" de Lièges-France ( et je vous ai répondu en détail, me semble t il à ce sujet ) puis j'ai effectivement considéré , à tort ou à raison, que vous n'étiez pas du tout un homme de discours et de débats ( oraux ). Je ne change pas un mot , ni la moindre virgule à ce que j'affirme !Merci de m'avoir lu 

Claude Thayse 07/10/2008 08:50


Mais c'est toujours un plaisir de vous lire...
Vos interprétations ou suppositions sur mes sympathie pour les thèses "wallingantes" (un mot d'origine flamande) de "Lièges-France" (pour mémoire, Liège ne prend pas un "s") ou sur mes non-qualités
d'orateur ne sont que des broutilles (des billevesées ?) sans aucune importance, en effet.
Dans le sujet auquel je faisais allusion (et que je vous invite à relire et éventuellement à compléter comme vous l'avez promis à vos lecteurs...) je n'ai pas du tout apprécié que vous me fassiez
dire ou sous entendre "en substance que les immigrés qui vivent à Bruxelles ne peuvent être comptabilisés parmi les Francophones" (je vous cite). Interprétation complètement
hors contexte du billet que j'avais publié et qui montre combien vous me connaissez très mal en m'attribuant ce genre de propos assez calomnieux. Je vous l'ai écrit, la lecture de pensée ne marche
pas, ça se saurait... 


Guillaume 06/10/2008 09:48

@Leon_le_gentilIl y a presque dix ans, j'ai quelqu'un qui est rentré chez Fortis aucun problème. Sa soeur a voulu faire pareil il y a 3 ans, pas assez bilingue. Changement des DRH entretemps ... Anecdote : un jour dans le train j'entendais des gens de Fortis discuter d'un de leurs colègues qui postulaient pour un poste de direction. Il était parfait trilingue mais on l'a rejeté parce que même s'il maitrisait parfaitement le français-anglais-néerlandais, il ne connaissait pas le flamand. Ca ne s'invente pas. Au moins ce genre de choses aberrantes vont disparaitre avec le temps.

Guillaume 06/10/2008 09:31

@ David CIl est vrai que Cheminade avait raison depuis le début mais en fait c'est son mentor américain, le sénateur Lyndon Larouche qui avait fait déjà depuis 5 ans au moins le constat que la crise arrivait à cause de la politique de la FED et de son patron de l'époque Alan Greenspan.D'ailleurs j'ai visionné plusieurs de ses conférences depuis deux ans. Donc ce qui arrive ne m'étonne guère.P.S. : Je suis Larouche dans son raisonnement même si derrière il y met un peu trop d'aspects conspirationnistes à mon goût vu qu'il parle d'un combat entre une économie anglo-hollandaise qui s'attaquerait à l'économie américaine. Même son constat au niveau purement économique est validé aujourd'hui.

Leon_le_gentil 06/10/2008 09:26

Certains copains ont quitté Fortis a Bruxelles car en avait marre d'une ambiance un peu trop flamingante dans leurs services respectifs.Je crois que ces memes flamingants la ramenent un peu moins maintenant.Deja a l'epoque ou Dexia a plus basculer vers Paris, un gars de l'epoque m'avait dit " C'est fou le nombre de Flamands qui savent tout compte fait parler francais!"

« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

Recherche

Réunioniste

Pour la réunion à la France Mon action se base sur les Valeurs républicaines,
les déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen
1789 & 1793

La République indivisible, laïque, démocratique et sociale

Dans Le Rétro...

Pour y réfléchir

Vidéos

- Participation à Controverses (RTL) sur BHV…
- Message improvisé pour les législatives de 2007
- Interview sur TV-Com
- Chirac, une certaine idée de la France
- Mes pubs préférées sur le rugby
- Gendebien, un avis...
- L'identité wallonne est-elle incompatible avec l'identité française ?
- Religions, Neutralité ou laïcité de l'Etat
- "Bye bye Belgium"
- "Enregistrement, Evaluation et Autorisation des substances CHimiques" : Qu'en penser ?
- Attention à la publicité !
- Le Club du Net : Karl Zero et Dupont-Aignan
- Magnifique leçon de civisme d'Elisabeth Badinter.
- François Mitterrand

Textes

- Le vrai visage des Français
- Bicentenaire de la réunion de Mulhouse à la République
- La loi d'unanimité et de contagion
- L'heure décisive approche pour les Bruxellois
- Appel à la France, à tous les francophones :  pour une action mondiale pour le français et la Francophonie
- Les réformes des régimes de retraites - Comparons la Belgique et la France
- Un peu de tout... mais des infos utiles
- Du 24/10/62 au 24/10/63, pour comprendre les dessous d'une évolution institutionnelle (CRISP)
- Une histoire de la Wallonie (Institut Jules Destrée)
- Les pouvoirs en Wallonie et environs, mode d'emploi (Crisp)
- Wallons et Bruxellois francophones, pour en finir avec le syndrome de Stockholm !
- ISF - Impôt de solidarité sur la fortune, de quoi s’agit-il ?
 
- Aux origines de la frontière linguistique 
-
La Wallonie sauvera-t-elle l'Europe ? 

Autres sujets ?


Merci à
FreeFind !

Sur Le Feu...