Je n'ai pas encore lu le nouveau livre du polémiste prolifique Rudy Aernoudt, n'en ayant lu que ce qu'en
disent les articles de presse. J'ai quand même plusieurs réflexions à faire.
1. Quelle crédibilité peut vraiment avoir cet homme dont même les Flamands ne veulent plus ? Ancien haut
fonctionnaire déchu, ne cherche-t-il pas une revanche ? (Mais je suis d'accord pour dire qu'il s'agit là d'une opinion subjective)
2. Son analyse reste dans les limites étriquées de l'ancien Etat belge. Il n'envisage que les pistes
d'indépendance pure et dure. Or, les rattachistes savent qu'il y en a d'autres beaucoup plus intéressantes. Depuis la fusion pure et simple dans l'Etat français jusqu'aux différentes formes
d'associations comme celle d'une collectivité territoriale avec un statut ad hoc ou encore toute l'ingéniérie institutionnelle que permet l'article 86 de la Constitution de la
République…
3. Son second scénario, aux antipodes du premier, de maintien et de reconstruction d’un Etat fédéral
performant, au moins aussi compétitif, économiquement, que ses voisins immédiats pêche par sa faiblesse quand il dit que 100.000 des 200.000 chômeurs wallons devraient, en tout cas, à terme,
accepter d’occuper les 150.000 emplois vacants en Flandre. On sait bien que les emplois vacants en Flandre demandent les mêmes qualifications que les emplois à pourvoir pour lesquels on ne trouve
pas de chômeurs compétents en Wallonie. Je me demande comment le simple fait de traverser la frontière les rendraient subitement qualifiés ?
4. Aernoudt part de l’hypothèse que la scission du pays mettra automatiquement fin aux transferts Nord-Sud.
Peut-être certains transferts visibles, en matière de sécurité sociale, par exemple. Mais il néglige totalement les transferts occultes (la clé de répartition régionale 60/40 par exemple qui
enrichit la Flandre au détriment de la Wallonie, sans oublier les détournements du passé dont j'ai parlé dans un billet
précédent). Soyons sérieux, par ailleurs, les flux économiques ne s'arrêtent pas non plus à la frontière linguistique. Une Wallonie, même indépendante se retrouverait dans
un environnement très différent de celui que nous connaissons actuellement.
5. J'insiste peut-être, mais j'aimerais lire un jour une analyse sérieuse et non orientée du coût (du bilan)
de la Belgique (et de son maintien !) pour la Wallonie… Je suis de ceux qui estiment (et ne suis pas le seul) que la régionalisation a permis de sauver pas mal de chose, même si elle était
imparfaite et qu'elle est maintenant dépassée.
6. Utiliser des chiffres orientés qui ne sont que des agrégats et des extrapolations ne sert faire peur aux
citoyens (je ne suis pas certain qu'on en parle en Flandre) et n'apporte rien au débat. C'est jouer au faux prophète. Les Wallons ne doivent pas avoir peur, la scission faite, nous nous
retrouverons dans un nouvel environnement où nous pourrons utiliser tous nos atouts.
C'est en fin de compte la politique et la pression de l'opinion publique qui décideront des choix. Si on ne tenait compte que d'arguments financiers, jamais la Tchécoslovaquie n'aurait éclaté et
jamais l'Allemagne ne se serait réunifiée. Heureusement, face aux frileux, c'est encore la politique qui décide... parfois !
7. A l’analyse
des données socio-économique de la Belgique, le séparatisme flamand est certainement moins dangereux pour la Wallonie qu’un Etat confédéral dans lequel la Flandre maintient sa domination et
continue à profiter de l’essentiel des ressources de la Belgique. La
question nationale prime tout. Il n'est aucune prospérité économique possible, aucun niveau de vie acceptable dans l'asservissement culturel et politique. Puissent les
Wallons en prendre conscience. Et surtout parmi eux, ceux qui se sentent anticipativement protégés par la future frontière d'état française (les 49 % au dernier sondage en sont
le reflet) et qui acceptent encore de subir la domination flamande, pourvu qu'ils aient leur niveau de vie plus ou moins garanti et que cette domination soit "douce" (c'est-à-dire sans violences
physiques).
Voilà, c'est une réaction rapide, mais j'y reviendrai.
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