C'est sous ce titre bilingue que le Cercle littéraire dialectal " Lès Rèlîs Namurwès " présente le thème de son 100ème
anniversaire.
Je sais qu'il est de bon ton dans certains milieux réunionistes, rejoignant en ça une certaine "élite" belgicaine de mépriser
ce patrimoine en le trouvant trop populaire. Je ne partage pas ce point de vue, sans rejoindre pour autant les partisans du "tout au wallon". Le français et le wallon sont fait pour cohabiter,
l'un se nourrissant de l'autre (et réciproquement).
Voici quelques extraits de leur plaquette de présentation :
Depuis une trentaine d'années, le patrimoine est à la mode. Chaque jour, nous entendons des cris d'alarme pour la défense
de notre patrimoine naturel menacé par la pollution, la déforestation, le réchauffement climatique : la biodiversité est en danger et il s'agit de nous mobiliser.
Les journées du patrimoine nous font redécouvrir notre histoire inscrite dans les monuments et les paysages.
Patrimoine matériel, lui aussi à protéger et à restaurer. Récemment, les Gilles de Binche, les marcheurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse, les "échasseurs" et les "Molons" namurois ont été reconnus
comme patrimoine culturel immatériel. Nos fêtes et traditions méritent, elles aussi, d'être encouragées et valorisées, elles disent quelque chose de notre identité et de nos racines.
Tous les pays qui n'ont plus de légende
Seront condamnés à mourir de froid...
Patrice de la Tour du Pin, La Quête de joie
« Je crois que chaque fois que disparaît une langue, disparaissent une vision du monde et une sensibilité spéciale. Voilà
pourquoi je ne suis pas partisan qu'il n'y ait qu'une seule langue et une seule image de l'homme, mais je suis partisan d'une pluralité. Les grandes époques créatrices de l'histoire ont été des
époques plurielles. La Renaissance est caractérisée par une série de petites nations et de républiques indépendantes. L'idée d'une seule langue, d'une seule nation, d'une seule image de l'homme,
d'un seul seigneur, c'est-à-dire l'idée d'empire, stérilise l'esprit de l'homme. »
Octavio Paz, Prix Nobel de littérature 1992.
Èritance
Notre patrimoine wallon ne se résume pourtant pas à nos belles pierres ni à nos manifestations folkloriques Il est un autre
patrimoine immatériel qui dit qui nous sommes, d'où nous venons et où nous voulons aller, c'est notre langage immémorial, le wallon. Une vision du monde et une sensibilité spéciale, pour
reprendre les mots d'Octavio Paz. Le wallon, c'est un regard amusé, canaille parfois, sur les êtres et les choses, c'est une manière d'être qui prend la vie à bras le corps et à fleur de peau et
de travail quotidien, c'est une langue qui dit le plaisir et la souffrance d'exister. Une langue qui ne se prend pas au sérieux, qui fuit comme la peste les abstractions et les phrases creuses,
qui parlent en images : nos "spots et nos ratoûrnures", nos proverbes débordent de créativité et d'humour.
Rastrind : un patrimoine à défendre
Le wallon a inventé un superbe mot de résistance : "rastrind !" (arrête, tu exagères !). Ce mot lui est bien nécessaire
pour survivre (...) le wallon est entré en résistance. Comme le braconnier qui se joue du garde-chasse et du châtelain, le wallon a infiltré le français, l'a tordu quelque peu et a créé ces
belgicismes et "fautes de français" savoureux : "chercher après quelque chose", "i s'racrapote" , "si j'aurais", "c'est moi qui va"... et autres petites revanches d'une langue méprisée par
les élites.
Mais le wallon résiste aussi et d'abord chez ceux qui le parlent, en famille et au travail. (Le wallon a ainsi été la
langue d'accueil des nombreux immigrés italiens venus chercher du travail chez nous.) Ils résistent aussi chez ceux qui jouent au théâtre, qui composent des chansons ou prêchent lors des fêtes de
Wallonie...
Un patrimoine qui ouvre l'avenir
Les Rèlîs Namurwès s'inscrivent dans ce mouvement de résistance du wallon. Dès 1909, les fondateurs se mobilisent pour
défendre notre langue et surtout le faire pétiller. Un wallon de qualité, "wêre maîs bon", peu mais du bon, selon leur devise. Poètes, romanciers, dramaturges, prédicateurs, musiciens... ont
trouvé dans leur vieux langage des mots, des images, des expressions pour chanter la vie des gens de chez nous, "dès djins d'amon nosôtes".
Ils ont surtout magnifié le labeur, la souffrance et la joie de vivre des humbles, paysans, soldats, facteurs, ouvriers et
mineurs, qui ont bâti notre Wallonie sans tambours ni trompettes. Parce que le wallon garde les pieds sur terre et le cœur sur la main...
En 2007, la situation du wallon ne s'est guère améliorée. Le lent travail de sape du wallon dans les écoles s'est
accompagné du mépris par rapport à une langue qualifiée de vulgaire, grossière, tout juste bonne à faire rire... Le français était devenu la langue de l'ascension sociale... ,
(aujourd'hui) le français se sent lui-même
menacé par le rouleau compresseur d'une mondialisation à l'anglaise qui uniformise les échanges et entraîne la rapide disparition de nombreuses langues sur la terre : si rien ne change, 3000 sur
les 6000 actuelles auront disparu en 2100 ! Le wallon fera-t-il partie des langues qui auront retrouvé fierté et dynamisme ? "Et poqwè nin ?" auraient répondu les premiers Rèlîs.
Le 100e anniversaire des Rèlîs sera donc l'occasion de redécouvrir notre langue comme notre patrimoine, "noste
Èritance", notre héritage culturel. Et, dans le wallon d'Emile Robin, poète namurois, l'èritance est à la fois
l'héritage venant des aïeux et la naissance d'un enfant, et ainsi l'ouverture d'un avenir. En choisissant ce mot pour célébrer leur centième anniversaire, les Rèlîs Namurwès veulent en même temps
évoquer les créations de quelques 300 écrivains de nos régions mais aussi faire " spiter " le wallon pour aujourd'hui et demain. Parce que le wallon est encore, et plus que jamais, un
réservoir irremplaçable d'identité et de créativité culturelles. Le wallon a sa place unique à affirmer dans le concert des 6000 langues de la terre...
J'ajouterai et surtout dans le patrimoine de la France !
Je regrette, mais il s'agit là d'un virus de pensée belge difficile à éliminer, que sous le titre " Rastrind : un
patrimoine à défendre" ci-dessus, les auteurs du texte on cru bon d'écrire que "pour survivre à l'imposition du français dans nos régions depuis l'occupation (!) française à la fin du
XVIIIe siècle (mais sans préciser comme d'habitude "la période" hollandaise qui elle était une vraie occupation mais évidemment n'a pu être que bénéfique... on le sait !), depuis le
travail d'éradication qu'ont mené nombre d'instituteurs au siècle dernier sous les injonctions ministérielles et la pression sociale". Oubliant, niant, par là l'apport considérable en termes
délévation sociale et d'égalité qu'a permis cette
Plus d'info ?
LÈS RÈLÎS NAMURWÈS - CERCLE ROYAL LITTÉRAIRE DIALECTAL
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