« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
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« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
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« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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Soyons clairs, l'évolution de la situation politique n'est pas pour me déplaire. N'étant la dégradation économique qui est liée à l'immobilisme des gouvernements, à la mondialisation et qui pénalise les plus pauvres d'entre-nous.

Tous les "responsables politiques francophones" - comme on a pris l'habitude de les appeler - en conviennent en privé : sauf à se résoudre à la scission du pays il faudra négocier sa "confédéralisation", un néologisme qui dit bien le changement radical de style et d'époque auquel ils doivent se préparer.

Comme l'a relevé le journaliste C. Askolovitch (Nouvel Observateur), " La Flandre a les idées claires. Elle veut jouer seule. Elle est prospère, mondialiste et nationaliste à la fois. Elle joue de ses martyrs et de son argent ( ...) La Wallonie, elle, n'a pas fabriqué sa légende. Elle se croyait belge et est entrée dans la bagarre séparatiste à reculons. Cela va changer. Mais ça n'a rien d'évident. Car les Wallons ont pris l'habitude de subir les agendas des autres "... Cruel constat !

Non ! Du point de vue institutionnel, les choses vont dans le bon sens. Quittant leur intransigeante position : "On est demandeur de rien ", nos politiques affirment maintenant avoir bien compris qu'une réforme de l'Etat était inévitable. Mais à leur attitude, ils semblent mal évaluer le paquet d'exigences flamandes et refuser de fait de vraies négociations. Estimant tenir le bon bout (et espérant séparer la NV-A du CD&V...) en acceptant, juste pour la forme, de participer à ce dialogue de communauté à communauté. Je les invite évidemment à continuer dans cette voie, car aujourd'hui, s'il semble être encore possible de négocier un avenir pour la Belgique, grâce à eux, demain, les cartes pourraient se présenter autrement.

Wallon, j'en ai marre comme beaucoup d'entre-vous d'être insulté par les Flamands. Comme j''ai toujours mal supporté le mépris de certain leader réunioniste qui utilise les mêmes arguments pour nous disqualifier, croyant par là nous convaincre d'aller vers la France par dépit, par peur, plutôt que par conviction. Et maintenant par Reynders qui en rajoute une couche dans un souci purement électoral : " La meilleure façon de sortir du mal belge, c'est de redresser la Wallonie. Il faut un changement profond au sud du pays, sinon on continuera de se séparer. "

Oui, j'en ai marre de ces pseudo Wallons qui donnent des armes à nos adversaires et cherchent à nous disqualifier à nos propres yeux.

Certes; nous avons des carences, des faiblesses mais aussi de grandes qualités et des forces potentielles considérables.

Si on se base sur les statistiques Eurostat 2007, les quinze régions européennes les plus développées obtiennent un PIB/habitant supérieur à 158. Toutes à l'exception de Prague sont situées dans l'ancienne Union des 15 tandis que toutes les régions les moins développées se situent dans les nouveaux pays membres de l'ancienne Europe de l'Est. Notons que le Luxembourg et Bruxelles (*) se positionnent dans les 15 premiers (je vais y revenir) et qu'aucune région de tradition industrielle (RETI) n'y figure. La position respective de la Flandre et de la Wallonie n'évolue que peu sur une longue période. Déjà, en 1987 dans l'Union européenne des 12 et en 1997 dans l'Union européenne des 15, ni la Flandre ne figurait dans les 25 régions les plus développées, ni la Wallonie dans les régions les moins développées.

Il faut aussi se référer à l'histoire. Celle-ci nous indique que la Flandre moins marquée économiquement et socialement par les retombées de la crise industrielle mondiale a pu entamer plus rapidement sa trajectoire de développement orientée vers l'expansion économique. Elle s'est trouvée mieux armée pour affronter les mutations de la globalisation dans la mesure où elle a pu libérer et concentrer plus de moyens budgétaires sur cet objectif de réajustement de son économie.

Il est par ailleurs étonnant - mais trop peu connu... - de constater qu'alors que le PIB flamand a dépassé celui de la Wallonie en 1956, même dans les années 80, la solidarité nationale a joué en sa faveur. En effet, au moment des négociations des aides de l'Etat central à la restructuration de la sidérurgie wallonne ("Geen centen etc"...), le gouvernement belge a ajouté à la liste des secteurs industriels devant faire l'objet d'aides de l'Etat, en plus de la sidérurgie, les charbonnages, le textile, les constructions navales, l'énergie nucléaire, et le verre creux d'emballage. Il en a résulté que 76,7% des aides de l'Etat ont été alloués à... la Flandre contre 23,3 % à la Wallonie ! (Relire à ce propos : Michel Quévit, La Wallonie, l'indispensable autonomie, Editions Entente, Paris.).
Du coup, rien d'étonnant à ce que, à la fin des années 80, la Flandre affiche déjà un PIB au dessus de la moyenne européenne et se distancie clairement de la Wallonie.

On le voit la richesse de la Flandre, résultat d'un détournement, est toute relative, il lui reste encore un long chemin à parcourir pour recoller au peloton de tête des régions les plus prospères. Arrêtons de nous focaliser sur cette région et de fantasmer sur ses pseudos réussites économiques que nous lui avons payées par l'intermédiaire de cette Belgique que certains veulent maintenir à tout prix.

D'autant plus que - l'histoire nous le montre encore - pendant cette période et depuis lors, la Wallonie plus largement touchée par la crise industrielle a du adopter une politique de redressement économique et de reconversion de son économie. Sa situation est loin d'être unique dans le contexte européen car d'autres régions de tradition industrielle sont aussi freinées par l'impératif de la restructuration de leur tissu productif et se maintiennent dans un PIB/habitant inférieur à la moyenne européenne (100).  Néanmoins, depuis quelques années, l'écart - s'il ne se réduit pas - n'augmente pas non plus.

Et pourtant, à l'instar des autres régions industrielles, la Wallonie n'a pas encore pu aisément - et pour cause - libérer des moyens budgétaires suffisants que pour s'inscrire dans la nouvelle donne de l'économie mondialisée. Elle doit pourtant s'y inscrire si elle veut se trouver dans le peloton des régions développées de l'Union européenne. Notre progression est trop lente, malgré les signes encourageants comme l'immigration nette d'entreprises qui indiquerait que la Wallonie est actuellement la plus attractive des trois Régions. Mais ça, c'est à confirmer.

Venir dire que le "Mal belge, c'est la Wallonie" est faux, grossier et méprisant. Puisque c'est faire fi de réalités historiques et crier avec ceux (Flamands ou autres...) qui veulent minoriser et dévaloriser les Wallons. C'est infâme. C'est oublier le nationalisme flamand ou pire encore l'excuser. Ceux qui le font se déshonorent.

Le mal wallon ? C'est la Belgique, voilà la vérité !
Quand on lit ce qui est écrit ci-dessus à propos des transferts, il faudrait plutôt calculer le coût réel de la Belgique pour la Wallonie. Mais ça obligerait à dire la vérité aux citoyens. Et hâter la fin du pays, et donc celles de certaines prébendes ou rentes de situation.

J'aurais pu m'arrêter là. Si les propos que je viens de stigmatiser n'étaient appuyés par l'éditorial de Benoit July dans le Soir consacré au Brabant wallon.

Quelques morceaux choisi...

"Les Wallons s'identifient peu à un Brabant qui ne serait wallon que par effraction".
"(...) petit coin de territoire que l'on perçoit surtout comme une excroissance de la toute-puissance bruxelloise"
"La maison Wallonie est accueillante mais les locataires ne s'y pressent pas. Il faut en renforcer les fondations, repeindre la façade, améliorer la formation du personnel de maison".

C'est évidemment l'autre aspect des choses. Derrière ces regards "bienveillants" se cache la volonté d'annexion du Brabant wallon sous prétexte d'hinterland et surtout celle de subordonner la Wallonie à Bruxelles (*). Or, c'est le travail et la richesse passée des Wallons qui ont fait de ce bourg de province la ville-Région qu'elle est devenue.

Cet éditorial du Soir, on dirait presque du Maingain. Quand je vous disais que tout ça se tient.

Le problème, c'est comprendre ce qui compte pour "nos" leaders politiques. Qu’est-ce qui est prioritaire ? La réforme de l’Etat ou gagner les élections de juin 2009 ? Je crains que le second point ne pèse actuellement plus lourd dans la balance. Tant du côté francophone, avec une lutte qui s'annonce impitoyable entre le PS et le MR, que du côté flamand, où le cartel doit tomber coûte que coûte.

(*) Pour Eurostat, le niveau du PIB/habitant est fortement influencé par les flux de navetteurs. Le PIB/habitant apparaît donc y être surestimé et sous-estimé dans les régions où habitent les navetteurs.
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