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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 12:30
Soyons clairs, l'évolution de la situation politique n'est pas pour me déplaire. N'étant la dégradation économique qui est liée à l'immobilisme des gouvernements, à la mondialisation et qui pénalise les plus pauvres d'entre-nous.

Tous les "responsables politiques francophones" - comme on a pris l'habitude de les appeler - en conviennent en privé : sauf à se résoudre à la scission du pays il faudra négocier sa "confédéralisation", un néologisme qui dit bien le changement radical de style et d'époque auquel ils doivent se préparer.

Comme l'a relevé le journaliste C. Askolovitch (Nouvel Observateur), " La Flandre a les idées claires. Elle veut jouer seule. Elle est prospère, mondialiste et nationaliste à la fois. Elle joue de ses martyrs et de son argent ( ...) La Wallonie, elle, n'a pas fabriqué sa légende. Elle se croyait belge et est entrée dans la bagarre séparatiste à reculons. Cela va changer. Mais ça n'a rien d'évident. Car les Wallons ont pris l'habitude de subir les agendas des autres "... Cruel constat !

Non ! Du point de vue institutionnel, les choses vont dans le bon sens. Quittant leur intransigeante position : "On est demandeur de rien ", nos politiques affirment maintenant avoir bien compris qu'une réforme de l'Etat était inévitable. Mais à leur attitude, ils semblent mal évaluer le paquet d'exigences flamandes et refuser de fait de vraies négociations. Estimant tenir le bon bout (et espérant séparer la NV-A du CD&V...) en acceptant, juste pour la forme, de participer à ce dialogue de communauté à communauté. Je les invite évidemment à continuer dans cette voie, car aujourd'hui, s'il semble être encore possible de négocier un avenir pour la Belgique, grâce à eux, demain, les cartes pourraient se présenter autrement.

Wallon, j'en ai marre comme beaucoup d'entre-vous d'être insulté par les Flamands. Comme j''ai toujours mal supporté le mépris de certain leader réunioniste qui utilise les mêmes arguments pour nous disqualifier, croyant par là nous convaincre d'aller vers la France par dépit, par peur, plutôt que par conviction. Et maintenant par Reynders qui en rajoute une couche dans un souci purement électoral : " La meilleure façon de sortir du mal belge, c'est de redresser la Wallonie. Il faut un changement profond au sud du pays, sinon on continuera de se séparer. "

Oui, j'en ai marre de ces pseudo Wallons qui donnent des armes à nos adversaires et cherchent à nous disqualifier à nos propres yeux.

Certes; nous avons des carences, des faiblesses mais aussi de grandes qualités et des forces potentielles considérables.

Si on se base sur les statistiques Eurostat 2007, les quinze régions européennes les plus développées obtiennent un PIB/habitant supérieur à 158. Toutes à l'exception de Prague sont situées dans l'ancienne Union des 15 tandis que toutes les régions les moins développées se situent dans les nouveaux pays membres de l'ancienne Europe de l'Est. Notons que le Luxembourg et Bruxelles (*) se positionnent dans les 15 premiers (je vais y revenir) et qu'aucune région de tradition industrielle (RETI) n'y figure. La position respective de la Flandre et de la Wallonie n'évolue que peu sur une longue période. Déjà, en 1987 dans l'Union européenne des 12 et en 1997 dans l'Union européenne des 15, ni la Flandre ne figurait dans les 25 régions les plus développées, ni la Wallonie dans les régions les moins développées.

Il faut aussi se référer à l'histoire. Celle-ci nous indique que la Flandre moins marquée économiquement et socialement par les retombées de la crise industrielle mondiale a pu entamer plus rapidement sa trajectoire de développement orientée vers l'expansion économique. Elle s'est trouvée mieux armée pour affronter les mutations de la globalisation dans la mesure où elle a pu libérer et concentrer plus de moyens budgétaires sur cet objectif de réajustement de son économie.

Il est par ailleurs étonnant - mais trop peu connu... - de constater qu'alors que le PIB flamand a dépassé celui de la Wallonie en 1956, même dans les années 80, la solidarité nationale a joué en sa faveur. En effet, au moment des négociations des aides de l'Etat central à la restructuration de la sidérurgie wallonne ("Geen centen etc"...), le gouvernement belge a ajouté à la liste des secteurs industriels devant faire l'objet d'aides de l'Etat, en plus de la sidérurgie, les charbonnages, le textile, les constructions navales, l'énergie nucléaire, et le verre creux d'emballage. Il en a résulté que 76,7% des aides de l'Etat ont été alloués à... la Flandre contre 23,3 % à la Wallonie ! (Relire à ce propos : Michel Quévit, La Wallonie, l'indispensable autonomie, Editions Entente, Paris.).
Du coup, rien d'étonnant à ce que, à la fin des années 80, la Flandre affiche déjà un PIB au dessus de la moyenne européenne et se distancie clairement de la Wallonie.

On le voit la richesse de la Flandre, résultat d'un détournement, est toute relative, il lui reste encore un long chemin à parcourir pour recoller au peloton de tête des régions les plus prospères. Arrêtons de nous focaliser sur cette région et de fantasmer sur ses pseudos réussites économiques que nous lui avons payées par l'intermédiaire de cette Belgique que certains veulent maintenir à tout prix.

D'autant plus que - l'histoire nous le montre encore - pendant cette période et depuis lors, la Wallonie plus largement touchée par la crise industrielle a du adopter une politique de redressement économique et de reconversion de son économie. Sa situation est loin d'être unique dans le contexte européen car d'autres régions de tradition industrielle sont aussi freinées par l'impératif de la restructuration de leur tissu productif et se maintiennent dans un PIB/habitant inférieur à la moyenne européenne (100).  Néanmoins, depuis quelques années, l'écart - s'il ne se réduit pas - n'augmente pas non plus.

Et pourtant, à l'instar des autres régions industrielles, la Wallonie n'a pas encore pu aisément - et pour cause - libérer des moyens budgétaires suffisants que pour s'inscrire dans la nouvelle donne de l'économie mondialisée. Elle doit pourtant s'y inscrire si elle veut se trouver dans le peloton des régions développées de l'Union européenne. Notre progression est trop lente, malgré les signes encourageants comme l'immigration nette d'entreprises qui indiquerait que la Wallonie est actuellement la plus attractive des trois Régions. Mais ça, c'est à confirmer.

Venir dire que le "Mal belge, c'est la Wallonie" est faux, grossier et méprisant. Puisque c'est faire fi de réalités historiques et crier avec ceux (Flamands ou autres...) qui veulent minoriser et dévaloriser les Wallons. C'est infâme. C'est oublier le nationalisme flamand ou pire encore l'excuser. Ceux qui le font se déshonorent.

Le mal wallon ? C'est la Belgique, voilà la vérité !
Quand on lit ce qui est écrit ci-dessus à propos des transferts, il faudrait plutôt calculer le coût réel de la Belgique pour la Wallonie. Mais ça obligerait à dire la vérité aux citoyens. Et hâter la fin du pays, et donc celles de certaines prébendes ou rentes de situation.

J'aurais pu m'arrêter là. Si les propos que je viens de stigmatiser n'étaient appuyés par l'éditorial de Benoit July dans le Soir consacré au Brabant wallon.

Quelques morceaux choisi...

"Les Wallons s'identifient peu à un Brabant qui ne serait wallon que par effraction".
"(...) petit coin de territoire que l'on perçoit surtout comme une excroissance de la toute-puissance bruxelloise"
"La maison Wallonie est accueillante mais les locataires ne s'y pressent pas. Il faut en renforcer les fondations, repeindre la façade, améliorer la formation du personnel de maison".

C'est évidemment l'autre aspect des choses. Derrière ces regards "bienveillants" se cache la volonté d'annexion du Brabant wallon sous prétexte d'hinterland et surtout celle de subordonner la Wallonie à Bruxelles (*). Or, c'est le travail et la richesse passée des Wallons qui ont fait de ce bourg de province la ville-Région qu'elle est devenue.

Cet éditorial du Soir, on dirait presque du Maingain. Quand je vous disais que tout ça se tient.

Le problème, c'est comprendre ce qui compte pour "nos" leaders politiques. Qu’est-ce qui est prioritaire ? La réforme de l’Etat ou gagner les élections de juin 2009 ? Je crains que le second point ne pèse actuellement plus lourd dans la balance. Tant du côté francophone, avec une lutte qui s'annonce impitoyable entre le PS et le MR, que du côté flamand, où le cartel doit tomber coûte que coûte.

(*) Pour Eurostat, le niveau du PIB/habitant est fortement influencé par les flux de navetteurs. Le PIB/habitant apparaît donc y être surestimé et sous-estimé dans les régions où habitent les navetteurs.

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Published by Claude Thayse - dans Coup de gueule
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commentaires

PiERRE pYNNAERT 09/09/2008 11:01

Merci pour ta réponse et pour avoir publié ma réaction (ce dont je ne doutais pas)

Claude Thayse 09/09/2008 14:06


Je ne modère (censure ?) que les messages insultants à l'égard de quiconque. Et j'accepte la critique.


Renaud Lachamp 08/09/2008 23:40

Les propos de Mr Reynders sont si scandaleux qu'ils en sont vraiment maladroits. C'est ainsi que l'on devine les limites du bonhomme qui,  en sa  triste caricature de Libéral et de technocrate soi-disant neutre;  n'est en rien un " politique ". Fort heureusement pour nous. A lire l'enquête du Gerfa sur les méfaits de ce triste personnage qui vend les actifs de l'Etat à prix bradé. Je crois que Mr Reynders ne connaît rien à l'histoire de la Wallonie ( et de l'Histoire tout court d'ailleurs )  dont le fond idéologique et la tradition, si dévoyée soit elle, est d'essence sociale démocrate. On ne peut pas liquider  toute une Mémoire ainsi , Mr Reynders.Retournez dans le Limbourg de vos grand parents , c'est tout. 

Claude Thayse 09/09/2008 09:30


Je pense surtout que sa démarche est purement électorale. Cette stratégie a bien marché lors des dernières élections, alors...
N'oubliez pas que c'est un homme de pouvoir... Comme beaucoup de ceux qui s'engagent en politique.


Pynnaert Pierre 08/09/2008 21:08

"D'accord avec vous. Heureusement, d'autres forces, plus fières de notre appartenance et notre identité, se lèvent. Nous en reparlerons."Le dénigrement du Rwf n'arrange rien à notre lutte !D'autres forces en formation? Et ben les wallons ont une tendance destructrice de former plusieurs bataillons et donc de se diviser!L'égo est à ce point fort que chacun veut sa propre division et partir en ordre de bataille dispersé.(tradition gauloise ?)la stratégie veut que nous soyons tous unis derrrière un seule banière et faire fi des conflits de personnes; l'enjeu en vaut la chandelle.

Claude Thayse 09/09/2008 09:27


Cher Pierre,

Je suis tout à fait d'accord avec ce point de vue. C'est celui que j'ai défendu pendant ma présidence du RWF. Je n'ai pas été suivi... Pour certains, actuellement à la tête du
parti, il n'était pas question de réunir les forces wallonnes dispersées et mes tentatives en ce sens ont été sabotées (*). Malgré ça, je suis parvenu à diminuer le nombre de "divisions" en
ralliant certains groupes à notre cause commune. Où en est-on actuellement ?
Il ne s'agit pas de crise d'égo de ma part. J'ai voulu dépasser les conflits de personnes, mal m'en a pris. J'ai fait l'objet d'attaques calomnieuses sur mon action politique et ma vie privée de
la part de ceux-là qui auraient du être des compagnons de combat.

Mieux (ou pire ?), "pour me remercier", j'ai été écarté dès mon mandat terminé.
Je continue mon combat rattachiste et j'ai pris contact avec ceux qui, militants wallons sincères, n' jamais rejoints ou ont été éloignés du RWF suivant le vieux principes " celui qui ne soumet
pas sa pensée à celle du chef s'exclu de lui-même"... Quel gâchis !

Ce n'est pas toujours aux mêmes à faire le premier pas. L'enthousiasme et les illusions des néophytes n'ont qu'un temps au RWF... J'ai connu la fin du RW... Peu de choses ont changé depuis.
Pour être unis, il faut au moins être deux !
Toujours pour en revenir aux questions d'égo, accusation facile (et logique) quand on ne connaît pas le dessous des cartes et l'histoire, j'ai même proposé de ne plus figurer sur les listes
électorales, alors...
Ceci dit, peut-être un jour arriverons nous à une unité que j'appelle de tous mes voeux. Il y a beaucoup de militants sincères et honnêtes au RWF, heureusement. J'apprécie leur engagement et je
ne les attaquerai jamais. Nous partageons le même idéal.
Mais croyez bien que j'en ai assez d'être toujours le seul à faire les premiers pas et je n'accepte pas de tendre la joue à longueur de temps. Et je commence à rendre les coups. Peut-être est-ce
ce que j'aurais du faire plus tôt. En tous cas, ce que j'écris est vérifiable.

(*) Tout qui n'est pas soumis au "Chef" est décrit contre le parti et la cause. L'actuel président ne parle-t-il pas de "wallingants bizarres" pour désigner les militants wallons qui ne lui font
pas allégeance ? J'accepte mal ce mépris. Mais peut-être est-ce là un effet de mon " ego surdimensionné " ? Ouf... J'en ai un un, moi au moins !



Pierre 08/09/2008 19:21

L'interview donnée au Soir par Reynders est injurieuse.Au nom de son intérêt UNIQUEMENT personnel, ce petit monsieur discrédite toute sa Région.Malheureusement, je ne suis pas convaincu que "les gens" vont ignorer son analyse. Reynders surfe sur son populisme à lui. Il est intelligent et sait ce qu'il fait. Il tient aux Wallons un discours finalement très proche de celui que tient Dedecker aux Flamands.L'édito de July dans 'Le Soir' (tiens, tiens : toujours ce journal) est également méprisant et indigne d'un journaliste qui occulte (volontairement ??) une partie de l'analyse.Voici ce que j'ai répondu à ce journaleux: "Idées courtes Cet éditorial est réducteur car il se place dans une perspective belgo-belge.La Wallonie a tout intérêt économiquement à larguer la Flandre qui la spolie et impose ses diktats. Je rappelle qu'il existe une volonté de la part de la France de développer un axe économique allant de Dunkerque à Cologne. Cet axe traverserait logiquement la Wallonie de Tournai à Liège. Chacun peut imaginer les retombées dans les régions traversées.Dunkerque est un port de haute mer au contraire d'Anvers chroniquement ensablé.Dunkerque se prépare à accueillir les super porte-conteneurs de demain. Anvers ne le pourra pas. Les retombées économiques d'Anvers pour la Wallonie ne concernent que Liège et encore. S'allier avec le Nord de la France concernera TOUT l'axe ouest-est wallon. Alors, messieurs les politiciens: un moment de courage politique. Larguons la Flandre et tournons-nous vers la France. VITE"Merci Monsieur Thayse mais comment faire passer le message à nos compatriotes francophones nom de D.... ????

Claude Thayse 09/09/2008 09:07


L'Internet est un puissant moyen d'action. Les fora, les blogs, ets utrtout la facilité d'envoi de courriers des lecteurs doivent être utilisés sans modération. Relisez ce que j'écrivais il y a 2
ans (?) à propos des processus d'influences... Je vais retrouver le billet.


michel gergeay 08/09/2008 19:05

Il faut décoloniser les francophones (Wallons si on veut) de ce pays et surtout les aider à rejeter le discours dominant dont ils finissent par adopter les connotations insultantes. Merci pour ce texte, Claude. J'en fait la promotion autour de moi. Les choses évoluent rapidement et j'ai bon espoir désormais...

Claude Thayse 09/09/2008 09:05


Merci Michel !


« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

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