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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 16:28

Participation et reconnaissance internationales - La Wallonie et le Québec ne sont pas des alliés

Sébastien Socqué, Université de Paris IV Sorbonne
Le Devoir jeudi 2 mars 2006


Antoine Robitaille et Alec Castonguay mentionnent -- comme cela est assez courant quand on cherche pour le Québec des alliés objectifs dans sa lutte pour la reconnaissance en général et la reconnaissance de ses droits collectifs comme minorité nationale au Canada, voire comme nation tout simplement -- la Wallonie ainsi que la Catalogne, dans un article publié dans Le Devoir du 10 février, «Harper ne pourra tenir sa promesse. Le Québec n'aura pas de délégué à l'UNESCO».

Il n'est pas clairement signifié dans cet article que la Wallonie et le Québec partagent les mêmes espoirs et alimentent les mêmes ambitions collectives, mais, dans la mesure où il semble parfois régner sur cette affinité présumée une certaine ambiguïté, il pourrait s'avérer pertinent de préciser certaines choses.

Les francophones belges semblent viscéralement attachés à la Belgique, à sa capitale et à ses symboles «nationaux», et sont généralement et essentiellement étrangers à tout besoin de reconnaissance comme Wallons : ils constituent de parfaits patriotes belges, ils sont partisans d'une Belgique une, unie (indivisible ? le fédéralisme belge a en tout cas beaucoup évolué depuis l'éveil flamand), et manifestent généralement très peu de compréhension (et de patience) vis-à-vis des Flamands, qui se trouvent pour leur part dans une situation qui pourrait parfois ressembler à celle du Québec (ils ne le reconnaîtraient certainement pas facilement, eux qui ont parfois développé une remarquable incapacité à faire la différence entre les Français, les Wallons et les Québécois... Tous des Français arrogants et menaçants, en somme.).

La publicité qui se fait en Belgique à propos du drapeau belge et de la fierté d'être belge évoque dangereusement l'engouement inquiet et anxieux que nous connaissons sur ces questions au Canada, et ce, dans un contexte très similaire. En Belgique comme au Canada, on parle beaucoup d'unité «nationale» mais on fait assez peu, et on réfléchit assez peu, concernant ce qui pourrait la procurer dans un contexte bi ou multinational, sauf réciter comme des mantras aliénants la fierté d'être belge.

Les pressions nationalistes et séparatistes québécoises ne peuvent, auprès des francophones de Belgique, qu'évoquer les angoisses de castration que leur procure l'autonomisation progressive de la Flandre (la relative arrogance d'une conquérante nation flamande à l'endroit d'une Wallonie récessive et en butte à de graves problèmes économiques et politiques n'aide pas et ne semble pas justifiée).

On ne voit pas pourquoi, au-delà de la question d'une participation commune à la francophonie internationale, et sur des questions de reconnaissance, les Québécois devraient ou pourraient chercher quelque appui ou sympathie auprès des francophones de Belgique. Il y a beaucoup à tirer, cela est évident, de rapports plus riches avec eux (en politique, le fédéralisme belge constitue une source d'intérêt). Il y a beaucoup à apprendre à propos et auprès de cette petite civilisation belge francophone, mais il n'est pas raisonnable d'y chercher quelque affinité avec les ambitions autonomistes québécoises.

Pas la même lutte

Par ailleurs, il y a de très importantes différences entre les «luttes» flamande et québécoise. Nous n'avons pas à déplorer chez nous leur xénophobie assez endémique et préoccupante (qu'il ne faut toutefois pas confondre avec leur fatigue de devoir encore aujourd'hui collaborer avec des Wallons avec lesquels ils ne se sentent aucune affinité et leur besoin de protéger et de pérenniser une langue que la Belgique francophone a très peu, semble-t-il, respectée et apprend toujours aussi peu), de même que nous ne pouvons nous enorgueillir du dynamisme économique et de la créativité, d'un impressionnant «amour du travail bien fait», qui semblent y régner et contribuent à la réussite et à la nouvelle confiance en soi de ce petit peuple.

En outre, le faible écart démographique entre les francophones et les locuteurs du flamand suscite un rapport de force dont les Québécois ne pourraient être qu'envieux.

Enfin, le contexte européen, qui en est essentiellement un de pluralité culturelle et linguistique reconnue et appréciée, est très différent de l'hostile océan anglophone au sommet duquel se trouve juché le Québec francophone, et au sein duquel il lui est encore difficile, en 2006, de faire admettre son droit à l'existence. [...]

Les Flamands ont demandé, comme le Québec y aspire, et obtenu des accords spéciaux leur permettant des relations plus directes et immédiates avec l'UNESCO, mais il semble que les Wallons se satisfassent d'y figurer comme Belges, bien que plusieurs des questions discutées et concernées par l'UNESCO relèvent des compétences, dirait-on en Belgique, «communautaires», c'est-à-dire wallonnes ou flamandes, comme au Canada elles sont de compétence «provinciale».

Par ailleurs, rien parmi les phénomènes qui viennent d'être désignés ne compromet une évolution nouvelle et un virage qualitatif majeur dans la manière dont les francophones belges se représentent et se projettent. En fait, il est vrai que l'évolution de la nation flamande oblige les francophones de Belgique à se repositionner et à se redéfinir identitairement, en relation notamment avec l'État simplement fédéral.

Pour l'instant en tout cas, nos partenaires de la Francophonie semblent se représenter d'abord comme Belges, tandis que les Flamands se représentent comme Flamands et posent sérieusement, et quotidiennement, la question de leur relation à l'ensemble de la Belgique. Cela est, chez eux, très loin d'être un tabou.

Du reste, dans le plat pays, le slogan «Ma Belgique inclut la Flandre» est aussi ambigu et inadéquat que «My Canada includes Quebec»...


Revendiquons notre identité !

Les Wallons méritent mieux et valent mieux que l'image qu'on donne d'eux.

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Published by Claude Thayse - dans Réflexions
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