La Ligue Wallonne de la Région de Bruxelles m'a posé deux questions : « La Wallonie est-elle engagée sur la voie du renouveau » ? et « Bruxelles est-elle engagée sur la voie de la reconnaissance dans un espace naturel » ?
Voici ma réponse à la première question :
La Wallonie est-elle engagée sur la voie du renouveau ?
Le récent rapport statistique du CESRW « Regards sur la Wallonie 2005 », politiquement neutre, montre que la Wallonie se classe fort mal par rapport aux régions européennes anciennement industrielles comparables. La régionalisation, cette "importante autonomie wallonne" a été obtenue - trop tard et trop lentement. Les partis traditionnels ont fini par s'y résoudre à contre coeur. Depuis, à côté de trop rares réussites ponctuelles, les dirigeants de la Wallonie n?ont pas su - ou n?ont pas voulu ? - éradiquer les vices de fonctionnement de la Belgique. Ils les ont aggravés : lotissement partisan de la fonction publique ; clientélisme ; saupoudrage intense des crédits et des subventions (le mal nommé plan Marshall en est le dernier exemple) ; confusion totale entre partis et administrations ; suprématie des présidents de partis sur les gouvernements ; désintérêt, voire dérision, à l?égard de l?identité wallonne et de la politique culturelle, etc..
Quand il n'est pas empêtré dans la suite des affaires (la scandaleuse gestion du dossier Francorchamps !), le Gouvernement wallon recourt au bluff et à l'effet d'annonce : Après les différents avatars incantatoires du « Contrats d?avenir » qui devaient nous guider vers des lendemains radieux, les présidents PS et CDH ont inventé le plan Marshall. Tout autant surmédiatisé. S'il a le mérite de mettre enfin des moyens financiers au service de ses ambitions, le calcul est facile : si l'on oublie que la moitié du milliard prévu est virtuel, c'est 12,5 millions par an sur quatre ans pour cinq pôles de compétitivité. Pôles sur lesquels les pays voisins mettent des moyens bien plus considérables.
Jean-François Revel écrit dans : «Fin du siècle des ombres» que «La communication, c'est ce qui sert à expliquer que les échecs sont des succès.»
« L'Etat wallon » est en train de nous prouver une chose : il enfonce les Wallons plutôt qu'il ne les libère. Son émergence devait être un stimulant. La Wallonie dans l'Etat belge ou dans ce qui pourrait lui succéder semble bien être condamnée à une sorte de « provincialisation » sans issue. D'autant plus que les principaux centres moteurs de développement sont extérieurs à son territoire.
Il n'y a pas que l'économie où la Wallonie n'est pas engagée sur la voie du renouveau. Nous y assistons à une sorte de crépuscule démocratique. Népotisme, mandats politiques héréditaires, mépris pour la volonté des électeurs (combien d'élus démissionnent aussitôt après les élections pour laisser la place à des suppléants ?) et des élus régionaux (désignation de députés fédéraux en qualité de ministres à Namur et refus d'indépendance individuelle), non-reconnaissance de l'autonomie régionale et du principe de subsidiarité fédérale (valse des élus et des mandats entre les assemblées), auto-désignation de Di Rupo à la présidence du Gouvernement wallon. Sans oublier l'irrévocabilité du pouvoir, le parti dominant y étant également le parti pivot, toute alternance semble bien exclue. Le système électoral assure une grande stabilité en favorisant délibérément l'extrême droite (extrémisme nihiliste, parti poubelle rassemblant les mécontents et facteur de stabilité au Parlement wallon en empêchant une majorité sans le PS) au détriment de formations démocratiques émergentes pour lesquelles des barrières de procédures indignes de la démocratie sont inventées à chaque scrutin.
Enfin, la Wallonie vit aussi un profond malaise identitaire et existentiel. Les crises, les affaires, le mal governo, incitent les Wallons à se tourner vers un passé ultra-belge idéalisé sans existence réelle. Les partis traditionnels en ont profité pour abandonner les revendications du Mouvement wallon, les recyclant en un message culpabilisant. « Il faut redresser la Wallonie pour sauver la Belgique et ainsi apaiser la colère flamande ». Justifiant toutes les exigences flamandes, y compris les plus extrêmes. La Wallonie est également niée par les principaux médias - le fait que ces derniers soient contrôlés par les partis politiques n'y est sans doute pas étranger - où on n?utilise plus le terme « Wallon » que pour le folklore ou pour dénoncer les dysfonctionnement, qualifiant de « belge » tout ce qui est positif.
Non, il n'y a pas vraiment de renouveau !
La Wallonie ne trouvera une véritable identité qu'en sortant du cadre belge. Son milieu naturel, c'est la France. Elle y sera enfin et pleinement ce qu'elle est vraiment : wallonne et française, au même titre que la Bourgogne, l'Alsace, la Bretagne... Son renouveau existentiel sera là, comme celui de son économie.
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