J'aime bien cette phrase de
Gandhi.
Récemment, discutant avec un
journaliste, celui-ci a eu une réflexion interpellante. Parlant de la floraison (toute relative en ce qui concerne Nivelles) de drapeaux "noir-jaune-rouge" il constatait, en s'étonnant, de
la difficulté qu'on puisse avoir à s'afficher "Wallon". Et il est vrai qu'on voit peu de drapeaux frappés du coq hardy sur les maisons particulières. Même les édifices publics
hésitent à respecter la loi qui veut que ce dernier soit arboré en même temps et de manière identique aux autres emblèmes officiels belgo-européens.
Il est vrai, me confiait-il, qu'on hésite à se
dire Wallon. "Ça fait encore un peu extrémiste", peut-être en référence à ce qui se passe en Flandre. Or, s'il y a bien un emblème qui n'a jamais été mêlé à des dérives politiques nationalistes,
c'est bien notre drapeau. C'est plutôt le symbole de la résistance aux extrémismes dans ce pays.
Les extrémistes ne sont-ils pas plutôt ceux que
vont au bout d'une logique qu'ils savent pernicieuse et même néfaste pour nous, en défendant un Etat qui nous a pillé, minorisé et dont la majorité des habitants nous méprise (*) ? Ceux dont la
douce naïveté finirait par nous attendrir, nostalgique d’un pseudo âge d’or de la Belgique idéale, à l’instar des nostalgiques de Staline en Russie, ce sont des gens qui refusent le dialogue, qui
refusent la réalité, et qui confits dans leurs certitudes pratiquent un terrorisme intellectuel largement diffusé par les médias. Mais, attention ! Il ne faut pas les confondre avec la grande
partie des gens qui sont mal informés - et voulus comme tels par le régime - des vrais enjeux du combat politique.
On le sait, une bonne part des opinions que
nous professons se sont ancrées en nous sous la pression des groupes auxquels nous appartenons par la force des choses ou par choix et dont parfois, par esprit grégaire, nous souhaitons vraiment
partager les valeurs. C’est normal.
Il existe alors et en conséquence une
dérive, une « spirale du silence », un climat d’opinion à l’encontre duquel la plupart ne souhaite pas aller, par peur de se mettre à l’écart. Ces citoyens se sentant isolés, ont alors
tendance à renoncer à leur propre jugement, à se taire. L’opinion publique devenant celle que l’on peut exprimer en public sans risque de sanctions, celle que l’on perçoit dans son environnement,
celle qui est diffusée dans les médias. Il y a ainsi dans "l’idéologie belgeoisante" (oui, je sais je ne peux pas résister à un néologisme amusant !) une forme de fascisme, osons le
dire, qui se dissimule sous une neutralité bienveillante et prétendument "apolitique" qui n’est que du conservatisme peureux, mais très souvent intéressé. Et on peut dire qu’ils mettent le
paquet. Observez que plus se creuse le fossé déjà profond qui sépare les opinions publiques flamande et wallonne ou francophone, plus on cherche à renforcer le belgicanisme de nombreux Wallons et
Bruxellois.
S'il y a une chose que le mouvement wallon a
raté, c'est bien la création d'une identité wallonne. Il faut dire que le défi était difficile. Les Wallons (et nous savons qu'il y a plus que des sensibilités différentes entres des
Liégeois et des Picards par exemple pour en citer parmi d'autres) ont été réunis pour la première fois de leur histoire sous la République et l'Empire. Et la référence était française. Malgré (ou
plutôt à cause de) la Belgique, cette identité commune basée sur la langue et la culture "officielle" n'a pu se réaliser, peut-être à cause de nos différences. Et pourtant, une de nos réalité,
c'est "qu'on se sent Wallon ", même si on hésite à le dire. Or ce n'est pas plus ringard que d'être Ch'timi, Parisien, Bruxellois ou Auvergnat ! Dans ce contexte, soyons donc fiers de ce que nous
sommes. Se dire Wallon n'est pas faire preuve d'extrémisme. Au contraire !
(*) J'ai commencé ce billet en citant Gandhi, je le terminerai en citant Jules Destrée : "Si la Belgique disparaît dans cette tourmente, l'incompréhension des centralisateurs nationalistes en aura été cause tout autant que le fanatisme conquérant des
flamingants" : Source : Maurice Bologne - Wallons et Flamands, Paris, 1923, p. 175. On ne peut mieux dire !
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